CHAPITRE IX
DU SYSTÈME SEREUX.
ARTICLE PREMIER
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LE SYSTÈME SliREUX. A. ÉTAT NORMAL.
352. Le système séreux (5) est fort bien caractérisé, tant par sa forme extérieure que par sa texture , quoique, sous plus d'un rapport, il semble n'être qu'une légère modification du
(1) Fleischmann , Leichcnoefjnungcn , i8i5 , p. 112.
(2) Dumas, dans Sédillol, Recueil périodique, t. XXV, p. 74.
(3) Colomb, OEuvrcs cliirurg., p. 72.
(4) Dumas , Méd. éclair. , t. II.
(5) Bichat , Traité des membranes, Paris, au VIII , p. 7j-1.11 et 202-292.
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DU SYSTÈME SEREUX OANS l'ÉTAT N0HMAL. 4^9
tissu cellulaire. A la vérité, ses parties ne sont pas toutes liées les unes avec les autres; mais il est répandu sur tous les points de l'économie, et il concourt a réunir divers organes. On peut .y rapporter les membranes synoviales ou capsules articulaires, dont la structure et les fonctions ne différent point des siennes , et le partager d'après cela en système séreux proprement dit , et en système synovial.
555. Ce système affecte toujours la forme de membranes. Il se compose d'un certain nombre de sacs arrondis, qui sont entièrement séparés les uns des autres, et, en général , fermés de toutes parts.
La forme de ces sacs n'est pas la même partout. On peut les diviser, sous ce rapport, en deux grandes sections. La première comprend les sacs simples , qui présentent de tous côtés une surface arrondie. Les membranes séreuses qui font partie de cette section appartiennent au système synovial ; elles sont toujours placées entre les tendons et les os , et on leur a donné le nom assez mal choisi de bourses muqueuses (bursœ mucosce). Ces bourses ne revêtent jamais qu'une portion de la circonférence du tendon au-dessous duquel elles se trouvent. Les membranes séreuses de la seconde section , qui ont une forme plus compliquée, paraissent composées de deux bourses , dont l'une se trouve dans l'intérieur de l'autre. On dirait un sac simple, replié sur luimême dans un point de sa circonférence , ou renfoncé en partie dans sa propre cavité par l'action d'un corps étranger ; si l'on enlève ce corps , ou , ce qui peut se faire dans quelques endroits, si l'on en détache la portion renversée de la membrane séreuse , et qu'on isole ainsi cette dernière , on obtient un sac simple et rond. Dans l'état normal, il n'y a ni contact ni communication entre le sac externe et l'interne , l'endroit seul excepté où le sac paraît se réfléchir' sur luimême. D'ailleurs le sac externe forme toujours une cavité bien plus considérable que l'interne, quoique, dans plusieurs membranes séreuses, ce dernier ait beaucoup plus de capacité que l'autre , à cause des nombreuses duplicalures de la membrane. Iei se rangent toutes les membranes séreuses proprement dites qu'on trouve dans l'état normal, savoir : l'arachnoïde ,
le péricarde, la plèvre , le péritoine, la tunique vaginale du testicule, les membranes synoviales et plusieurs bourses muqueuses. Toutes ces membranes forment aussi des sacs parfaitement clos. Leur portion renversée sur elle-même renferme toujours un organe auquel elle adhère d'une manière intime. Dans les membranes séreuses, cet organe est en général un viscère ; dans les capsules synoviales, ce sont les extrémités de deux os voisins et mobiles l'un sur l'autre; enfin dans les bourses muqueuses qui appartiennent à cette section , c'est une partie du tendon. L'adhérence , assez légère d;ms l'endroit où la membrane se réfléchit sur elle-même , devient de plus en plus intime , et augmente souvent à tel point que , par exemple, au testicule , à la rate , au poumon et à toutes les extrémités articulaires desos, on ne peut séparer la tunique séreuse des parties sous-jacentes que dans une très petite étendue, tandis que, sur tous les autres points, elle ne fait réellement qu'un avec elles.
Cette adhérence n'est-pas également intime partout. Ainsi, par exemple , le péritoine adhère faiblement aux parties de la vessie, du duodénum et du pancréas qu'il recouvre, un peu plu9 aux viscères de l'appareil digestif, et d'une manière très solide aux organes internes de la génération chez la femme.
En général, l'union est d'autant plus intime que la partie sur laquelle s'applique la membrane séreuse est plus dure. Cette proposition ne s'applique pas moins à la portion extérieure de celle-ci qu'à sa portion réfléchie. On la sépare facilement des muscles et des glandes , très difficilement des organes fibreux et des cartilages.
354. Les membranes séreuses se réfléchissent tout d'un coup sur elles-mêmes , de sorte que le sac interne s'applique de suite sur l'organe qu'il revêt; ou bien on observe entre lui et ce dernier une lacune plus ou moins considérable , formée par deux feuillets entre lesquels marchent les vaisseaux et les nerfs destinés aux organes contenus dans le sac. On peut citer pour exemples de la première disposition plusieurs portions du colon, en particulier le colon ascendant et le descendant, le cœur, et jusqu'à un certain point le foie, et de la seconde tout l'intestin grêle, ainsi que la rate. Dans le premier cas,
DXJ SYSTEME SEREl'X DANS t'ÉTAT NORMAL. 44 1
il y a presque toujours une partie de l'organe qui se trouve hors du sac séreux : tel est le cas du colon ascendant , du colon descendant, et des parties supérieure et postérieure du foie. Dans le second, il n'y a qu'une très petite portion de l'étendue des organes , celle par laquelle arrivent leurs vaisseaux , qui ne soit pas couverte par la membrane séreuse. La plupart du temps on rencontre les deux dispositions à la fois sur le même organe : c'est ce qui arrive au péritoine , dans l'endroit où il recouvre le foie.
Indépendamment de ces replis, qui se trouvent entre les sacs externe et interne, et le9 organes tapissés par ce dernier, les membranes séreuses en forment encore d'autres de nature diverse. Elles se prolongent toujours au-delà de l'organe revêtu par le sac interne; mais alors, tantôt elles pendent librement, et se réfléchissent de nouveau sur elles-mêmes, tantôt elles passent d'une des parties contenues dans le sac externe commun à une autre. La première disposition s'observe dans les épiploons, la seconde dans l'enveloppe externe du ligament rond de la hanche, les prolongemens analogues que contient l'articulation du genou , et les bourses tendineuses de la seconde espèce. Cependant, lorsqu'on examine de près ces prolongemens, on reconnaît que leur essence est partout la même , c'est-à-dire qu'ils sont tous produits par le passage du sac séreux interne d'un organe à un autre. En effet, les épiploons ne diffèrent des bourses tendineuses que parce qu'ils ont plus d'étendue, ce qui fait qu'ils sont obligés de se replier sur eux-mêmes, en allant d'un organe à un autre.
Cependant on trouve aussi dans quelque endroits des replis parfaitement libres, qui s'élèvent de la surface des organes tapissés par le sac interne : tels sont les appendices épiploïques du colon , et les prolongemens qui, dans plusieurs capsules articulaires, par exemple celles du genou et de la hanche, recouvrent ce qu'on appelle les glandes de Havers.
355. Les replis et les prolongemens des membranes séreuses sont la plupart du temps en rapport avec la situation respective de ces membranes et des organes qu'elles tapissent. En cll'et ils sont, dans certaines circonstances, cm-
t\[\-i ANATOMIE GENERALE.
ployés , du moins en partie, à couvrir des organes qu'ils ne recouvrent point dans d'autres. Ainsi , quand ils sont remplis et distendus, les intestins s'enfoncent dans le mésentère, l'estomac dans l'épiploon, et la matrice dans les ligamens larges.
Les membranes séreuses sont réellement étrangères à la structure des organes qu'elles revêtent, et l'on ne peut les considérer que comme des moyens d'établir, entre ceux-ci et les autres organes , une ligne de démarcation plus tranchée, sous le rapport, soit delà situation seulement, soit du mode d'existence. Aussi les organes les plus importans, le cerveau et la moelle épinière, les poumons, le cœur, le canal intestinal et les principales parties de l'appareil générateur, sont-ils précisément ceux qu'elles enveloppent.
Voilà pourquoi leurs affections exercent moins d'influence sur les organes qu'ils tapissent que n'en ont celles des autres membranes. Dans les hydropisies, dans les épaississemens et les ossifications des membranes séreuses , les organes sousjacens sont parfaitement sains, même lorsque l'adhérence entre elles et eux est fort intime, comme au testicule. Cependant , toutes les fois que l'union est portée jusqu'au point que la membrane et l'organe ne font plus réellement qu'un, comme, dans les capsules articulaires, les maladies de la première ne tardent pas à se propager au second. C'est par la même raison, non seulement qu'une portion du péritoine abandonne alternativement certains organes dans les circonstances que j'ai fait connaître plus haut, mais encore qu'il se détache, sans inconvénient, des parois du bas-ventre, soit d'une manière anormale, comme dans les hernies, soit d'une manière normale, comme dans la descente des testicules. Cependant il ne faut pas perdre de vue que, dans les cas examinés précédemment, il n'y a pas seulement séparation et réunion alternatives, mais encore distension et resserrement des portions de membranes séreuses adhérentes aux organes sousj a cens.
356. Les membranes séreuses, même celles qui ont une forme compliquée, n'oifrent donc d'ouverture dans aucun point de leur étendue, quoiqu'au premier abord elles sein-
Lient être perforées : elles se replient seulement sur ellesmêmes, et sont fermées de toutes parts. Il n'y a qu'une seule exception à cette règle; elle est fournie par l'orifice abdominal des trompes de Fallope, qui s'ouvre dans la cavité du péritoine. C'est là aussi le seul cas où l'on voie une membrane séreuse se continuer avec une membrane d'un autre genre, qui est ici une muqueuse; car on ne peut pas citer ici les communications qui existent, à travers des rétrécissemens plus ou moins serrés, entre les diverses portions d'une membrane séreuse , comme entre l'aracbnoïde externe et celle qui tapisse les ventricules cérébraux, entre la grande cavité du péritoine et celle des épiploons, etc.
Cette occlusion complète des membranes séreuses explique pourquoi les congestions séreuses ne franchissent jamais les limites de leur cavité, dans les hydropisies du péricarde, des plèvres, du péritoine et de la tunique vaginale du testicule.
557. La face interne de ces sacs est toujours libre dans l'état normal. L'externe est chargée d'inégalités, et s'unit aux parties voisines parle moyen du tissu muqueux : dumoins cette union a-t-elle lieu en général , quoiqu'on connaisse plusieurs exceptions, et que, par exemple, la partie inférieure de l'arachnoïde soit libre sur ses deux faces. A la vérité, dans les membranes séreuses de la seconde espèce, la face externe du sac intérieur, qui regarde la face interne du sac extérieur, est lisse et libre , tandis que l'interne est inégale et adhérente; mais cette disposition ne contrarie pas la loi que je viens d'établir, puisque le sac interne n'est qu'une portion de l'externe, réfléchie sur elle-même. Le poli de tous les organes qui se trouvent dans une membrane séreuse ne provient que de ce sac interne; lorsqu'on les en détache, ils paraissent chargés d'aspérités, et couverts seulement de tissu muqueux; aussi leur surface n'est-elle jamais lisse sur les points où la membrane séreuse ne les revêt point dans l'état normal : tels sont le foie, dans plusieurs endroits; le colon ascendant et le colon descendant, à leur face postérieure; la plus grande partie du rectum en arrière; une grande portion de la matrice et de la vessie, etc.
Ces sacs sont toujours fort minces en proportion de leurs autres dimensions. Cependant il n'y a jamais un rapport direct et constant entre leur épaisseur et leur capacité. Ils sont toujours plus ou moins transparens, blanchâtres, brillans , moins toutefois que les organes fibreux, avec lesquels ils sont d'ailleurs en rapport très intime. Ainsi l'arachnoïde tapisse lu face interne de la dure-mère cérébrale et spinale; le péricarde est couvert par une membrane fibreuse, dent l'aponévrose du diaphragme tient la place dans les endroits où elle manque ; la plèvre est située sous le périoste des côtes et les tendons des muscles intercostaux; la tunique vaginale du testicule, sous le tendon du crémaster; les membranes synoviales, sous les ligamens fibreux et sur le périoste.
358. Le système séreux tout entier paraît n'être qu'une modification très légère du tissu muqueux, qu'un tissu muqueux plus condensé qu'à l'ordinaire, et coagulé en grandes lames.
i° Son aspect extérieur le prouve déjà. Tous deux, le système séreux et le tissu muqueux, ont la même couleur. Si l'on pousse de l'air dans ce dernier, on produit des cellules qu'on ne peut pas distinguer des membranes séreuses, notamment des plus fines, telles que la tunique péritonéale de l'intestin, l'épiploon , l'arachnoïde. On peut aussi convertir les membranes fibreuses en tissu muqueux par la macération, et en soufflant de l'air dans le tissu cellulaire sous-jacent.
2° Il n'est pas rare de rencontrer simplement du tissu cellulaire imbibé de synovie, à la place de certaines portions du système synovial.
5° Les membranes séreuses présentent une masse homogène, comme le tissu cellulaire; on n'y aperçoit aucune trace de fibres..
4° Comme le tissu cellulaire, elles reçoivent peu de vaisseaux sanguins, de sorte qu'elles sont composées presque uniquement d'un tissu de vaisseaux absorbans et exhalans(i).
(i) Rudolphi ne partage pas cette opinion. Aucun vaisseau, dit-il, ne pénètre dans la substance des membranes séreuses. On peut facilement les détacher des organes qu'elles revêtent, surtout dans l'état bydropique.
DtJ SYSTÈME SÉREUX DANS L'ÉTAT NORMAL. 44^
Mascagni les croit formées seulement d'absorbans, parce que le mercure, injecté dans le système lymphatique, les convertit en un réseau de ces vaisseaux; mais il en est de même quand on pousse l'injection dans les vaisseaux sanguins, ou quand l'inflammation, s'emparant des membranes séreuses, remplit les capillaires de sang. A la vérité, on trouve des vaisseaux sanguins nombreux et considérables à la surface extérieure de ces membranes, mais ils n'entrent point dans leur composition. L'arachnoïde est tout-à-fait dénuée de vaisseaux. Les membranes séreuses, mises à découvert sur un animal vivant , se montrent entièrement incolores-, et, après la mort, il ne coule point de sang lorsqu'on les incise.
5" De même que le tissu muqueux, elles ne reçoivent pas de nerfs.
6° Les fonctions du tissu muqueux et des membranes séreuses sont les mêmes, l'exhalation et l'absorption (1). De même que le tissu muqueux, les membranes séreuses forment autour des parties qu'elles enveloppent une barrière qui les isole, et qui est seulement ici plus marquée, en raison de l'importance plus grande des organes. Comme tous les organes sont plongés dans le tissu muqueux , qui est leur matrice commune, de même les enveloppes de l'embryon ressemblent tout-à-fait aux membranes séreuses, sous le rapport de la structure et des fonctions. On peut donc leur donner le nom de membranes formatrices , puisque le tissu muqueux a reçu celui de tissu formateur ou générateur.
359. Les membranes séreuses jouissent de Yextensibilité cl de la contractilité à un haut degré; aussi les trouvet-on intactes , même lorsqu'elles ont été distendues au-delà
En les examinant alors au microscope, on n'y découvre aucun vestige de vaisseaux. Elles ne sont formées que de tissu cellulaire, dont elles constituent la limite aux surfaces libres. Ribesa constaté le même l'ait par de nombreuses dissections. ( Note des traducteurs. )
(1) Suivant Rudolpbi, elles ne fournissent elles-mêmes aucune sécrétion, mais laissent seulement passer la perspiration fournie par le tissu cellulaire, remplissant à son égard le même office que l'épiderine à l'égard de la transpiration cutanée. 11 ne leur accorde également pas plus de pores qu'à cette dernière membrane. ( Noie des traducteurs. )
/j46 AN AT0M1E GÉNl'îBAI.E.
d« toute mesure par des hydropisies, ou par des tumeurs. Cependant il faut remarquer qu'en pareille circonstance elles ne se bornent pas a se distendre, mais que leurs plis se développent en partie , qu'elles se déplacent un peu, en raison de la laxilé du lissu muqueux qui les unit aux parties voisines, et qu'elles augmentent réellement de masse. Voilà pourquoi, dans les hydropisies par exemple, loin d'être amincies en proportion de Pampliation qu'elles ont acquise, elles sont au contraire devenues plus épaisses. Ce qui prouve toutefois que, dans ces circonstances, les changemens qu'elles subissent sont, en grande partie, le résultat d'une extension forcée , c'est que leur cavité diminue rapidement et considérablement lorsque les substances qui causaient la distension, par exemple la sérosité , dans les hydropisies, ont été enlevées, et qu'elles le font sans se rider ni se plisser.
Les membranes séreuses proprement dites jouissent de ces propriétés à un plus haut degré que les capsules synoviales. Celles-ci se déchirent lorsqu'une violence extérieure agittoutù-coup sur elles, comme dans les luxations; celles-là se distendent, comme dans les hernies. Cependant je ne dois pas oublier de dire que celte différence tient en grande partie à celle qui existe dans le mode de connexion avec les parties sous-jacentes.
Dans l'état sain, les membranes séreuses sont insensibles, ou n'ont qu'une sensibilité extrêmement faible; mais elles deviennent très sensibles dans les maladies , et l'inflammation, quand elle y établit son siège, cause des douleurs fort aiguës.
36o. Les fonctions des membranes séreuses consistent à isoler les organes qu'elles enveloppent, et surtout à faciliter leurs mouvemens, en rendant leur surface lisse, et y exhalant un fluide lubrifiant, qui est peut-être vaporeux dans l'état sain des membranes séreuses proprement dites, mais qui est liquide dans le système synovial. Ce fluide ressemble beaucoup au sérum du sang, quant à ses propriétés essentielles. Celui des membranes séreuses proprement dites n'en diffère presque pas. Celui des membranes articulaires, appelé synovie, a
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beaucoup d'analogie avec lui, mais présente en même temps quelques différences sur lesquelles je reviendrai plus loin. Tous deux contiennent beaucoup d'eau, un peu d'albumine, une substance voisine de la gélatine , et plusieurs sels (1).
3Gi. Les membranes séreuses diffèrent d'elles-mêmes aux diverses époques de la vie, tant sous le rapport de leur configuration extérieure , que sous celui de leur texture, mais plus à l'égard de la première que de la seconde.
Ont-elles dès l'origine la forme de sacs sans ouverture? Il est très probable qu'elles ne sont au moins pas toutes dans ce cas. Ainsi tout porte à croire que le péricarde et le péritoine sont d'abord ouverts, car, dans le principe, le cœur et les viscères du bas-ventre se trouvent à nu , quoiqu'il arrive plus tard une époque où ces derniers, placés encore à l'extérieur comme auparavant, sont néanmoins recouverts par un prolongement du péritoine qui les accompagne.
La forme des membranes séreuses varie aux diverses époques de la vie, en ce qu'elles s'effacent sur quelques points et se développent sur d'autres , ce qui dépend des ebangemens survenus dans la situation des organes que leur cavité renferme. Ainsi le prolongement du péritoine qui traverse d'abord l'anneau ombilical, disparaît avec l'âge, tandis qu'un autre se forme et s'engage dans l'anneau inguinal , lorsque le testicule commence à descendre du bas-ventre dans le scrotum. Il n'y a pas jusqu'au nombre des membranes séreuses, considérées comme autant de sacs distincts , qui varie aux diverses époques de la vie. Ainsi la tunique vaginale du testicule se continue d'abord avec le péritoine; mais, quelque temps après la naissance, sa partie supérieure venant à s'oblitérer, il en résulte deux cavités distinctes , la péritonéale et la vaginale.
Le tissu des membranes séreuses offre moins de différences; seulement, comme tous les organes , elles sont d'abord unies aux parties voisines par des liens plus I5cbes , ce qui fait qu'on parvient plus facilement ù les isoler dans les premiers temps
(i) Ilewson, On (lie propertics of the lympli coniaincd in llie différent cavilies nfthe body ; dans Exper. inq. , II , ch. vu. — Bostock , dans Nicholson , Journal, vol. XIV, p. i^y.
de la vie. Cette disposition ne s'applique toutefois qu'a leur feuillet externe : elle ne s'étend pas, du moins partout, à leur feuillet interne et réfléchi. Ainsi, par exemple , il n'est pas plus facile chez le foetus que chez l'adulte de détacher les membranes séreuses de la tunique albuginée du testicule et des cartilages articulaires.
Le fluide qu'elles exhalent varie probablement, comme tous les autres, pendant le cours de la vie, c'est-à-dire qu'il est moins épais et plus aqueux dans la jeunesse que dans l'âge avancé. On est autorisé à le penser lorsqu'on compare ensemble les résultats des analyses faites par Bostock et Hewson : celui-ci a trouvé le fluide en question albumineux et gélatineux; celui-là, presque semblable à la fibrine.
362. Les membranes séreuses dérogent ù l'état normal d'une manière fort remarquable, tant sous le point de vue de leur configuration, que sous celui de leur texture.
Les vices de conformation primitifs sont assez rares. Ils consistent pour la plupart en des suspensions de développement, tels que ,
i° V absence d'une portion de ces membranes, notamment du péricarde, de la plèvre et du péritoine, lorsque le cœur, les viscères de la poitrine et ceux du bas-ventre se montrent ù découvert ;
2° La communication anormale entre les diverses membranes séreuses dont les cavités ne sont régulièrement confondues ensemble que durant les premières périodes de la vie. Ici se range particulièrement la communication qui a lieu entre la tunique vaginale et le péritoine, quand le canal intermédiaire ne s'oblitère pas, et qui devient la cause occasionelle de la hernie inguinale congéniale.
Mais on rencontre encore d'autres vices primitifs de conformation. Telle est, par exemple, l'existence d'un sac séreux dans l'intérieur du sac normal, avec lequel il communique par une ouverture plus ou moins étroite, qui renferme uv.c. partie des viscères libres chez la plupart des sujets, et qui les
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sépare des autres. On n'a encore observé cette anomalie que dans le péritoine. Elle est remarquable en ce qu'elle a pour caractère essentiel la répétition anormale d'une formation normale.
Les membranes séreuses sont sujettes à desvices de conformations consécutifs , puisqu'elles prennent part aux hernies. En général, dans ce cas, une portion de la membrane séreuse se détache des parois de la cavité auxquelles elle adhère, passe à travers un écartement de ces parois, déjà large par lui-même, ou élargi par l'action d'une cause extérieure, et forme ainsi un sac, appelé herniaire , dans lequel pénètrent quelques uns des viscères logés dans la cavité et tapissés par la membrane. Il est très rare que cette dernière se déchire , que les viscères sortent sans être précédés par elle , et que la hernie soit dépourvue de sac : ce cas n'arrive qu'à la suite d'une violence très considérable, et même alors la hernie ne s'opère que dans certains endroits , par exemple, à la paroi supérieure du péritoine. Il est rare aussi que le sac herniaire se
• déchire ou s'ouvre par l'effet d'une maladie antérieure, de manière à permettre aux viscères qu'il renfermait de se mettre en contact immédiat avec les tégumens communs. Il n'y a guère non plus que le péritoine qui soit sujet à ces divers accidens, parce qu'il est, de toutes les membranes séreuses, celle qui adhère le moins aux parois de sa cavité, et que les parois du bas-ventre sont moins protégées par des os que celles des deux autres cavités splanchniques , de sorte qu'elles ne peuvent pas résister avec autant d'efficacité aux efforts des agens extérieurs.
Il n'est pas rare que les membranes séreuses soient distendues à un degré extrême par le fluide qu'elles exhalent. Ce fluide s'accumule souvent en quantité énorme , ce qui constitue les différentes espèces à'hydropisies.
Ordinairement alors la substance animale est moius abondante , de sorte qu'on peut considérer la liqueur des hydropiques comme du sérum du sang qui a perdu ~ à -f- de son
Albumine. Cependant il arrive aussi quelquefois que la proportion de celte substance augmente beaucoup, sans doute à
i cause de l'absorption de la partie aqueuse (i).
(1) Schregcr, Fluictoriim corporis (tnimulis chcmlca) nosotogicœ specimen, I. 29
/jOO ANAT0MIE GÉNÉRALE.
5G5. Les autres altérations qui surviennent dans la forme des membranes séreuses sont les conséquences d'états morbides antérieurs, notamment de V inflammation, qui y établit souvent son siège (1). L'inflammation des membranes séreuses a beaucoup de tendance à se terminer par des exsudations dans Yintérieur de leur substance, qui ont pour résultat de produire leur épaississement , ou par des exsudations à leur surface, qui amènent l'adhérence mutuelle des faces correspondantes du sac externe et du sac interne, sans qu'en général la membrane ait été détruite auparavant par la suppuration. Ces adhérences varient beaucoup sous le rapport de l'étendue , de la solidité, de la structure et du nombre. Tantôt elles envahissent la surface entière de la membrane séreuse et des parties qu'elle enveloppe , de sorte qu'il devient presque impossible de distinguer ces dernières les unes des autres , et qu'on serait tenté de croire qu'il n'y a plus de sac extérieur ; tantôt elles sont bornées à un seul ou du moins à un petit nombre de points du sac externe et du sac interne, de sorte qu'il n'y a que les organes situés en cet endroit qui soient devenus adhérens. Elles peuvent être très intimes, à tel point même que les parties réunies semblent n'en plus faire qu'une seule, ou fort lâches et faciles à rompre. Enfin , elles sont quelquefois très courtes, d'autres fois plus ou moins longues : dans ce dernier cas elles forment des cordons, des ligamens, des membranes, désignés sous le nom collectif de fausses membranes , dont la
Erlangue, 1800, p. 16-24. — Marcet, A chemical account on varions dropsical fluids ; dans Edinb. chir. irans. — Berzelius, On animal fluids ; dans Med. chir.trans., vol. II, p. 25i-253. — Bostock,0« the nature and analysis of animal fluids , ibid., vol. IV, p. 52.
(1) Rudolphi soutient que l'inflammation n'a pas son siège dans ces membranes , mais dans les organes qu'elles tapissent, qu'elles ne peuvent pas plus s'enflammer que Pépiderme, et que la pleurésie, la péricardite, la péritonite, etc. , sont des inflammations de la surface des pourrions,' du cœur, des viscères abdominaux, etc. Cbaussier et Ribes professent une opinion analogue. Si les inflammations dites séreuses ne sont en cll'et que des phlegmasies du tissu muqueux sus-visccral, on conçoit l'intensité, la rapidité, le danger de ces inflammations , et l'abondance des produits qu'elles fournissent. ( JSolc des traducteurs. )
DU SYSTÈME SEREUX DANS t'ÉTAT ANORMAL. ^5 1
nature se rapproche plus ou moins de celle des membranes séreuses elles-mêmes, et qui entraînent souvent des suites mortelles, principalement lorsqu'ils se développent sur des points ou des parties très mobiles qui peuvent se glisser dans les anneaux qu'elles ont produits.
Au reste, il est très probable que ces adhérences ne s'établissent qu'à la suite d'une inflammation , et qu'elles ne sont jamais primitives , quoique Bichat admette lé contraire à l'égard de quelques ligamens parfaitement organisés qu'on rencontre quelquefois entre le sac externe et le sac interne de la plèvre, et qui sont manifestement composés de deux feuillets accolés l'un contre l'autre, quoique, aussi, Tioch partage cette manière dfe voir au sujet de certains ligamens analogues, situés entre le cœur et le péricarde, a cause de leur ressemblance avec ceux que le cœur de plusieurs reptiles offre dans l'état normal (1). Il est certain, au moins, que l'organisation plus parfaite de ces prolongemens ne suffit pas pour justifier cette opinion , puisqu'on voit souvent des parties organisées d'une manière bien plus parfaite encore, comme dos os, des dents, et même des membranes séreuses entières, se développer à la suite d'un acte vital entre lequel etl'inflammalion il n'y a point .de différence essentielle.
Les altérations de texture des membranes séreuses qui sont le résultat d'une inflammation , et qui sont caractérisées par l'épaississement de ces membranes, ne présentent pas la même forme partout. Ainsi elles produisent dans le sac interne du péricarde de larges plaques lisses , qu'on appelle taches du cœur, et dans le péritoine une multitude de petites élévations arrondies et dures, qui ont une grande analogie avec l'éruption miliaire.
564- Le système séreux a beaucoup de tendance à s'ossifier, et sous ce rapport il présente encore les mêmes différences que sous celui des adhérences. Tantôt, en effet , c'est la substance elle-même des membranes qui s'ossifie; tantôt il se forme àleur surface des corps particuliers , lisses, la plupart du temps arrondis, variables en nombre et en étendue, qui sont
(i) Mém. de Montpellier, 1. II , p. 35 1 .
ig.
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plus ou inoins libres, et qui souvent se détachent tout-à-fait de la membrane , dans la cavité de laquelle ils flottent librement. Ces phénomènes sont communs à toutes les membranes séreuses , quoique plus ordinaires à rencontrer dans certaines que dans d'autres. Ainsi la portion du péritoine qui tapisse la rate est, de toutes les membranes séreuses, celle qui a le plus de tendance à s'ossiGer ; après elle vient le sac intérieur de la tunique vaginale ; les autres , à l'exception de l'arachnoïde, quis'ossifie rarement, diffèrent peu entre elles à cet égard.
Presque toujours ces ossifications accidentelles ont la forme de larges plaques, et elles acquièrent souvent , surtout à la rate, une grandeur considérable, au point même de faire presque entièrement disparaître la substance normale de l'organe. Les membranes synoviales sont moins sujettes à s'ossifier; cependant, comme leur sac interne s'identifie avec le cartilage articulaire , on peut dire qu'elles se cartilaginifient même dans l'état normal , et que l'ossification des membranes séreuses proprement dites n'est qu'une répétition anormale de l'état normal des synoviales.
Il est très ordinaire de voir se développer, dans la substance des membranes synoviales, diverses concrétions osseuses, qu'on trouve souvent en nombre considérable, tant dans ces organes que dans les bourses muqueuses surtout. Cependant ces concrétions ne leur appartiennent point d'une manière exclusive, car on les rencontre aussi dans des membranes séreuses proprement dites, en particulier dans la tunique vaginale du testicule , et même dans le péritoine , quoique ce dernier y soit bien moins sujet, dans la plèvre , et dans l'arachnoïde , sur les points où elle se confond avec la dure-mère.
Le plus ordinairement, presque toujours même , ces concrétions osseuses libres naissent de la manière que j'ai indiquée. Il peut se faire aussi quelquefois qu'elles soient libres primitivement, et qu'elles se développent dans le sang ou dans un autre fluide épanché par suite d'une violence extérieure dirigée contre l'articulation; mais, même alors, tout porte à croire qu'il a commencé par s'établir une connexion entre le sang épanché et la membrane synoviale, avant que l'os se développât. La formation de ces concrétions dans des mem-
branes séreuses qui ne sont point en rapport avec des os prouve au moins que le voisinage des extrémités de ces derniers n'influe pas, comme Hunter le pensait, sur la conversion du fluide épanché en substance osseuse.
Indépendamment de ces anomalies, qui sont assez fréquentes, il yen a d'autres encore qui sont plus rares. Tel est, par exemple, le développement d'un nombre immense de prolongemens libres, mous, et longs de plusieurs lignes, à la face interne delà capsule synoviale du genou , dont j'ai un exemple sous les yeux , quoique ce ne soit peut-être là que le premier degré qui conduit à la formation des concrétions osseuses dont je viens de parler.
565. Le tissu séreux est un de ceux qui ont le plus de tendance à se répéter d'une manière anormale dans le corps. Les membranes séreuses accidentelles font même très souvent la base des autres formations anormales, attendu qu'elles se développent avant celles-ci , et que ce sont elles qui leur donnent ensuite naissance. Elles ont repu les noms de kystes et de tumeurs cystiques, et présentent tous les caractères essentiels des membranes séreuses. Constamment elles forment des sacs fermés de toutes parts , lisses à leur face interne, et chargés d'aspérités à l'extérieur. Elles sont produites par le tissu muqueux, reçoivent peu de vaisseaux sanguins, et remplissent les mêmes fonctions que les membranes séreuses normales , quoique les substances contenues dans leur intérieur ne soient pas toujours de la même nature que le fluide séreux, ne soient même pas toujours liquides.
Il est probable que les kystes ne se développent pas, comme on le pense généralement, d'une manière mécanique, par l'action compressive d'un épanchement sur le tissu cellulaire , que cette action refoulerait sur lui-même et convertirait ainsi en membrane. Déjà Bichat a combattu cette théorie , en rappelant que les kystes ont la plus grande analogie avec les membranes séreuses; que la sécrétion continue à s'opérer dans leur intérieur, tandis que la compression les rendrait vraisemblablement imperméables ; que le tissu cellulaire ne diminue point aux environs, et qu'il faudrait , dans l'hypothèse admise, supposer que le fluide sécrété préexiste à l'organe sécréteur. Il pense que
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ces organes se forment de la même manière que tous les autres, dans le tissu muqueux, et que l'exhalation ne commence à s'établir dans leur intérieur que quand leur structure s'est complètement développée. Cependant on ne saurait disconvenir que la formation du kyste» n'ait été précédée par un épanchement de fluide dans le tissu muqueux ; seulement le kyste ne se développe pas parce que ce fluide comprime le tissu muqueux environnant, mais se forme a ses propres dépens, parce qu'il a la propriété de s'organiser. Cette théorie me paraît très probable, tant à cause de l'analogie de structure et de fonction qui existe entre le tissu muqueux et les membranes séreuses, qu'a raison des phénomènes pathologiques au milieu desquels se développent les kystes. En effet, il n'est pas rare de trouver, soit dans la cavité de membranes séreuses normales, soit dans les kystes accidentels, une quantité souvent immense de petits kystes parfaitement libres , sans aucune trace d'adhérence antérieure, et remplis d'un fluide séreux, la plupart du temps limpide. Ces petits kystes, appelés hydatides(i), sont entourés d'un liquide analogue. Il est évident
(1) Ces kystes ont été désignés sous le nom A'acèphalocystes , par Laennec , qui les considère comme des animaux , opinion que Rudolphi et Cuvier n'adoptent pas. Ces naturalistes, et ceux qui les ont copiés, assurent que les acéphalocystes ne donnent aucun signe de vitalité ; mais , quand bien même on accorderait qu'ils ne jouissent pas d'une existence indépendante de celle des corps vivans dans lesquels on les rencontre , ils n'en devraient pas moins être irritables , comme toutes les parties vivantes, et on ne peut les concevoir autrement. Au reste, nul doute que ces productions vésiculaires ne soient un des produits de l'inflammation. Veit a déjà, depuis long-temps, proposé cette tbéorie {Einige Anmcrkungcn iiber die Enlstchung der Hydaidcn ; dans Reil , Archiv fur die Physiologie , t. II , 1797, p. 436) , que G. Jagcr adéveloppée naguère ( Beobaclitungcn iiber Hiilsenwiirmcr im Mensclien undeinigen Sâuglliicrcn ; dans Meckel , Deutsches Archiv fiir die Physiologie, t. VI , p. 4Q5). lia donné ainsi une base expérimentale à la doctrine de la génération spontanée des vers intestinaux , que Rudolphi et Bremser , prenant pour seuls guides le raisonnement et l'analogie , ont adoptée comme la seule qui soit en harmonie avec l'état présent de nos connaissances sur la physiologie animale et la physique générale. En effet, les acéphalocystes conduisent insensiblement aux entozaires proprement dits parles èchinocoques , que les naturalistes ne reconnaissent point non plus poiur
DES MEMBRANES SYNOVIALES DANS L'ÉTAT NORMAL. tj/55
qu'ils n'ont pu so former qu'aux dépens d'un fluide épanché dans la cavité de la membrane séreuse , par sa séparation en deux parties, l'une solide et l'autre liquide. Suivant que ce fluide s'est épanché dans le tissu muqueux ou dans une membrane séreuse, le kyste auquel il donne naissance s'unit aux parties voisines par le moyen du tissu cellulaire environnant, et reçoit des vaisseaux sanguins , ou demeure libre de toute adhérence. Les membranes séreuses ont plus de tendance qu'aucun autre organe à produire ces différentes espèces de kystes, et lors même qu'ils semblent s'être développés dans la substance des viscères, par exemple dans celle du foie, qui s'en trouve quelquefois entièrement détruite , il est très probable que leur développement commence par la portion du péritoine qui les tapisse, car on les trouve toujours appliqués à leur surface, et sur un point quelconque de leur circonférence.
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