DU SYSTÈME CUTANÉ
ARTICLE PREMIER
DU SYSTÈME CtJTANÉ EN GÉNÉRAL.
A. ÉTAT NORMAL
5?3. Le système cutané (systema cutaneum) (1) forme un sac renversé sur lui-même, qui entoure tous les autres organes. On peut le partager en deux grandes sections, le système cutané externe et le système cutané interne. Le premier est généralement désigné sous le nom de peau(cutis), ou sous celui de tégumens communs ( tegumenta communia). On appelle le second système des membranes muqueuses (membranœ mucosce). Quoiqu'il y ait de grandes différences entre eux, ils ne sont cependant que des modifications d'un seul et
trouver , au milieu de ce liquide , une plus ou moins grande quantité de corps étrangers , qui flottent librement, et paraissent être de véritables concrétions fibro-cartilagineuscs. Ces corps sont blancs , élastiques, de figure variable ; les uns adhèrent par un pédicule membraneux fort étroit , les autres sont libres. ( Note des traducteurs. )
(1) Wilbrand , Das Haiiisyslem in alten seincn Vcrzuicigungcn , Giesscn , i8i5. — Hcbréard , Mémoire sur l'analogie qui existe entre les systèmes muqueux et dermo'ule; dans Mèm. de la soc. mcd. d'émulation, vol. VIII , p. 1 53.
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même type, puisqu'ils se continuent l'un avec l'autre sans la moindre interruption, et qu'ils ont, au fond, la môme configuration, la même composition, les mêmes qualités et les mêmes fonctions.
374. La forme de ce système est celle d'un sac renversé sur lui-même , et par conséquent double. De cette disposition résultent, tant dans la moitié supérieure que dans la moitié inférieure du corps, des ouvertures par lesquelles le système cutané externe et l'interne communiquent et se continuent l'un avec l'autre (1). La plupart de ces ouvertures conduisent dans la portion la plus considérable du système des membranes muqueuses. Celles-ci forment un tube qui s'étend tout le long de la tête et du tronc, et qu'on nomme le canal alimentaire. Ce canal, garni, sur plusieurs points, de prolongemens qui donnent naissance a la plupart des viscères, présente en haut les ouvertures de la bouche et du nez, en bas, celle de Yanus. Cette portion du système cutané muqueux s'étend, au-dessus du diaphragme , dans les cavités du nez et de la bouche, ainsi que dans leurs appendices, les glandes salivaires buccales, et se continue, par le canal nasal, avec un petit prolongement en cul-de-sac, comprenant la conjonctive et les voies lacrymales. La membrane muqueuse du nez et celle de la bouche se réunissent, dans le pharynx, en une seule, qui, plus bas, se partage en deux autres embranchemens, l'un antérieur, pour la trachée -artère et le poumon, l'autre postérieur, pour le canal alimentaire. La membrane interne du système respiratoire est le plus grand des culs-de-sac que le système cutané inuqueux offre à sa partie supérieure. Ce dernier en envoie encore un autre peu considérable, en arrière, dans l'oreille interne. Au-dessous du diaphragme, il fournit de nouveaux culs-de-sac très ramifiés, qui s'enfoncent dans le foie et le pancréas. Formant ensuite la couche la plus intérieure du canal intestinal, il se termine à l'anus, où il se continue avec le système cutané externe.
Indépendamment de ce système cutané muqueux général, on en trouve encore d'autres, tant dans la moitié supérieure
(1) A. Bonn, De conlinualionibus membranarum , 1760.
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du corps que dans l'inférieure, qui ne représentent que des ■culs-de-sac rainiflés. Telles sont : i° la membrane interne du conduit auditif interne; 2" celle qui revêt la face interne des paupières, la face antérieure de l'œil et les voies lacrymales; 3° les glandes mammaires ; 4° 'a membrane muqueuse du système générateur et celle du système urinaire, qui commencent toutes deux par une ouverture commune.
Il est impossible de méconnaître la gradation qui existe depuis l'isolement absolu de quelques portions du système cutané muqueux jusqu'à sa réunion parfaite en un seul organe. Le système général des membranes muqueuses des deux moitiés supérieure et inférieure du corps, dont on peut, par la pensée, placer l'origine à la bouche et au canal intestinal, forme une cavité non interrompue. Celui de l'œil ne communique avec lui que par des conduits fort étroits , mais ne s'en isole point, si ce n'est à partir de la classe des reptiles. Celui de la bouche et du conduit auditif externe s'applique , le long de la membrane du tympau , contre un autre avec la cavité duquel la sienne ne se confond cependant point. La membrane tendue entre l'orifice des parties génitales et l'anus ressemble tellement à une muqueuse par sa mollesse et l'abondance de la sécrétion qu'elle fournit, qu'on est presque fondé à dire qu'elle réunit les deux ouvertures, et les confond réellement en une seule. Enfin la membrane muqueuse des glandes mammaires est tout-à-fait isolée du système cutané muqueux général.
3?5. On peut donc concevoir le système cutané formé de deux grands canaux, l'un étroit et pourvu d'appendices en culde-sac, le canal intestinal, l'autre plus large, les tégumens communs, et de quelques prolongemens également en cul-desac, qui s'enfoncent dans l'intérieur. Partout il présente deux surfaces, dont l'une est libre et l'autre adhérente. Dans les tégumens communs, la surface libre est extérieure, et l'autre interne : c'est le contraire clans les membranes muqueuses. Il résulte de là qu'on peut considérer les deux sections du système comme deux canaux , dont l'un serait replié sur luimême.
Du côté de sa face interne, le système cutané tient aux
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muscles par le moyen d'un tissu cellulaire court. Pour le système externe, l'union est généralement médiate; car presque toujours des aponévroses sont interposées entre les muscles et sa face interne, de sorte que les fonctions des muscles qu'il recouvre sont rarement en rapport avec les siennes. Pour le système interne, au contraire, elle est immédiate, car la membrane muqueuse n'est séparée de la musculeuse que par du tissu cellulaire, qui ne lait qu'un avec elle, à l'égard de la structure et des fonctions. Le système cutané externe enveloppe les muscles soumis à l'empire de la volonté ; l'interne circonscrit la plupart de ceux dont les mouvemens sont involontaires, c'est-à-dire presque tous les muscles creux.
La surface libre du système cutané forme partout des replis, des saillies et des enfoncemens de nature diverse, qui en accroissent l'étendue d'une manière plus ou moins permanente.
576. En considérant le système cutané comme un sac replié plusieurs fois sur lui-même, je n'entends pas faire l'histoire de l'origine des diverses parties de la peau, ni prétendre que les différentes excavations se creusent de dehors en dedans, au milieu d'une masse d'abord solide et homogène, de telle sorte que les cavités supérieure et inférieure du canal intestinal se rencontrent à moitié chemin, tandis que les autres, ne s'étendant pas aussi loin, conserveraient ainsi leur apparence de culs-de-sac. A la vérité , il y a des faits qui semblent militer en faveur de cette hypothèse. Ainsi, par exemple, les ouvertures n'existent point d'abord, à peu près jusqu'à la sixième semaine de la vie utérine , et il n'est pas rare que les deux moitiés du canal intestinal, la supérieure et l'inférieure, séparées l'une de l'autre, forment, chacune de son côté, un véritable cul-de-sac. Mais ces phénomènes ne prouvent pas que les portions internes du système cutané doivent naissance à la prolongation des externes dans l'intérieur. On explique aussi bien la non existence des ouvertures dans le principe , sans avoir recours à cette hypothèse, et en admettant que la peau se déchire peu à peu à l'endroit où elles existent, par les progrès de la formation des cavités procédant du dedans au dehors. Cette manière de voir paraît plus exacte que
l'autre, puisque, relativement au second argument favorable à cette dernière, 1" l'endroit où existe la séparation entre l'extrémité supérieure du canal intestinal et l'inférieure , n'est pas toujours le même ; qu'il se trouve souventplacédans une région fort éloignée; que le plus ordinairement il n'est en rapport qu'avec une seule extrémité, en particulier avec l'inférieure, et que par conséquent, dans ce cas, il aurait fallu que la portion interne de la peau ne se développ/it qu'à partir d'une seule ouverture; 2° il n'est pas rare que les ouvertures supérieure et inférieure n'existent point, ou qu'on rencontre plusieurs imperforations le long du trajet de la portion interne de la peau; 5° la même disposition s'observe dans d'autres prolongeraens de la peau, qui se terminent aussi en cul-desac, par exemple, dans l'appareil urinaire et l'appareil génital, où il arrive souvent qu'à l'exception de l'endroit oblitéré, dont l'étendue est fréquemment très peu considérable, la portion interne et la portion externe se sont parfaitement développées, tandis que, dans l'hypothèse dont il s'agit, sa formation aurait dû s'arrêter au point où existe la cloison intermédiaire. On se rapproche, donc davantage de la vérité en admettant que la formation de la portion interne de la peau procède du dedans au dehors; que vraisemblablement elle a plusieurs points principaux de départ; que ses différentes parties se joignent d'abord ensemble , à mesure qu'elles se développent, et qu'ensuite elles s'unissent aux tégumens communs, pour ne plus faire qu'un avec eux.
577. Le système cutané est essentiellement composé de plusieurs couches , qu'on-^peut considérer comme autant de systèmes à part, ou seulement comme des parties différentes d'un même système. Il me paraît plus convenable de suivre cette dernière méthode, parce qu'elle est préférable à l'autre pour prendre une idée exacte de tout le système.
Ces différentes couches sont le derme , le tissu papillaire , le réseau muqueux et l'épiderme.
Bichat a séparé l'épiderme de la peau. Ha considéré comme des systèmes à part plusieurs parties que je vais décrire comme dos appendices du tissu épidermoïde (§ 16). Mais elles ont des connexions si intimes les unes avec les autres , elles sont
même si parfaitement identiflées dans divers points, qu'il ne me paraît pas convenable de les isoler. On peut considérer toutes ces couches, d'abord , en général, dans le système cutané tout entier , et ensuite , en particulier, dans chacune de ses deux sections.
578. Le derme (derma, coriurn) est la partie la plus forte, la plus solide du système cutané. Il en forme la base. Toujours uni aux systèmes voisins, il adhère aux muscles, dans la peau extérieure, par sa face interne, et dans la peau intérieure, par sa face externe. Il est blanchâtre , mou, d'une épaisseur très variable, peu riche en vaisseaux et en nerfs, élastique, susceptible de s'étendre et de se resserrer peu à peu à un degré considérable, mais peu irritable, et peu sensible. Il ne jouit pas d'une grande vitalité : après avoir été détruit, il ne se régénère pas. Son épaisseur et sa consistance varient beaucoup dans les diverses régions; en général , elles sont bien plus grandes dans le système cutané externe que dans l'interne.
579. Le tissu papillaire [textus papillaris) , appliqué sur la surface libre du derme, n'en est dans la réalité qu'une sorte de développement. Il se compose de tissu muqueux, de vaisseaux et de nerfs. Il représente de petits tubercules, disposés d'une manière régulière, dont le volume et la forme varient prodigieusement dans les diverses régions du système cutané. Ces tubercules augmentent bien plus encore l'étendue de la surface du système que les replis(§ 376) qui les supportent. Ils sont le siège de la vive sensibilité du tissu cutané.
580. Le réseau muqueux ou vasculaire (rete Malpighii) est une substance muqueuse et demi-fluide, parsemée d'une innombrable quantité de vaisseaux capillaires sanguins. On le distingue plus facilement du tissu papillaire et de l'épidémie dans le tissu cutané externe que dans l'interne. C'est dans ce tissu et dans le précédent que la nutrition s'exécute avec le plus d'activité.
38 1. \1 épidémie [epidermis , cuticula) est blanchâtre, solide, cassant, dépourvu de vaisseaux et de nerfs, et tout-à-fait insensible. Il prend parfaitement l'empreinte de toutes les irrégularités des couches qu'il recouvre. On ne parvient pas tour
jours à l'isoler de ces dûrnières dari9 les membranes muqueuses internes. Il s'épaissit beaucoup par le frottement y et se ré-r produit en entier après avoir été détruit.
382. On trouve, dans plusieurs points du système cutané, des glandes simples, des espèces de bourses arrondies, et plus ou moins volumineuses, qu'on appelle cryptes ou glandes muqueuses (glandulœ s. cryptœ mucosce) , et qui portent le nom de glandes sébacées (glandulœ sebaceœ) à la peau.
585. Dans les endroits où le système cutané externe et l'interne se continuent l'un avec l'autre, le premier'devient beaucoup plus mince, plus lisse, d'un tissu plus délicat, et quelquefois aussi plus rouge, comme aux lèvres. Le caractère général auquel on reconnaît que commencent les limites du second consiste en ce que l'épiderme s'y détache plus facilement des couches sous-jacentes que dans le reste de son étendue.
584- Le système cutané enveloppe tous les autres organes , et n'en forme qu'un seul tout ; mais , dans le, même temps, il met l'erganisme en rapport immédiat avec le monde extérieur, car sans cesse il absorbe des matériaux du dehors; et en expulse du dedans. Il établit une limite et comme une sorte de pont entre l'organisme individuel et le reste de la nature. C'est lui qui constitue réellement la partie la plus importante de tous les organes de la vie de nutrition. Delà la fréquence des maladies dans ce système, sa grande influence sur la santé générale, et la part qu'il prend à tous les ohangemens survenus dans l'organisme; delà aussi l'étroite sympathie qui règne entre toutes ses parties , tant dans l'état de santé que dans celui de maladie.
385. Le système cutané présente quelques différences en raison du sexe ; il est beaucoup plus épais , plus solide , plus résistant, et moins sensible chez l'homme que chez la femme.
II ne se ressemble pas non plus toujours aux diverses époques de la vie.
i" Il a moins d'étendue dans les premiers temps de l'existence. Non seulement plusieurs parties ne sont pas d'abord formées, telles que les membres; mais encore le canal intestinal est plus court et plus étroit, et les plis paraissent plus lard
2° Dans le principe, taat que le tube intestinal et la moitié antérieure du corps sont ouverts, il ne forme pas deux canaux abouchés l'un dans l'autre, mais seulement deux demicanaux.
3° Il reçoit d'abord moins de vaisseaux et de nerfs, ce qui fait que la nutrition s'y exécute alors avec plus d'énergie. 4° Il a beaucoup moins d'épaisseur.
5° Il est uni aux parties sous-jacentes par un tissu muqueux plus lâche.
6° Enfin il y a plus d'analogie entre la portion interne et l'externe.
B. ÉTAT ANORMAL
586. Le système cutané se régénère après avoir été détruit, mais non d'une manière parfaite; aussi distingue-t-on toujours les cicatrices d'avec la peau normale. J'entrerai dans déplus longs détails à ce sujet, lorsque je traiterai du système cutané externe et du système cutaué interne en particulier.
387. Les vices de conformation congéniaux de ce système sont, Y absence, soit de toute sa substance, soit de quelques unes de ses couches, et sa surabondance , qui s'exprime par la formation de prolongemens anormaux.
Les vices de conformation acquis, si l'on excepte les lésions mécaniques, sont presque toujours les résultats des altérations de texture, auxquelles le système cutané est fort sujet , en raison des circonstances que j'ai fait connaître plus haut (§ 385). Indépendamment de ceux auxquels d'autres parties participent en même temps que lui, il est souvent le siège de l'inflammation aiguë ou chronique. Il se développe fréquemment aussi des tissus accidentels, soit dans sa propre substance, soit dans le tissu muqueux sous-jacent. Les autres altérations de texture, par exemple les ossifications, y sont rares.
ARTICLE II