I. SYSTÈME CUTANÉ EN GÉNEHAL
388. Le système cutané externe (1), ou la peau proprement dite (cutis), enveloppe la surface externe du corps entier , et forme unsacsans ouverture, qui représente exactement la forme dece dernier, et qui se continue avec le système des membranes muqueuses, dans les endroits que j'ai fait connaître précédemment (§ 574). La peau diffère des membranes muqueuses, en général, parce qu'elle est plus dense, plus solide, plus sèche et moins riche en vaisseaux. Comme j'ai déjà indiqué les particularités qu'elle offre dans sa forme et sa composition, il ne me reste plus qu'à décrire les couches qui la constituent.
38g. Le derme (corium , derma) est un tissu blanc, solide
(1) Indépendamment des ouvrages cités ci-dessus, voyez Malpighi , De cxlcrno laclus organo ; dans Epist. , Londres, 1686 , p. ai-33. — Hoffmann, De culiculâ et cute, Léipsick, 16S7. — Limmer, De cule simulque insensibili Iranspiralionc , Zerbst, 1691. — A. Kaaw, Perp. Hipp. sic dicta, Leyde , 1738. — F.-D. Riet , De organo tact us , Leyde, ij43- — J. Fantoni, De corp. ingumentis , dans Diss. anal. Fil. renov., Turin, 1745, n. 1. — Lecat , Traité des sens, Amsterdam, 1/44- — Cruikshank, Expcriments nn the insensible perspiration of tlxe luiman body siwing ils afpnity to respiration, Londres, 1795. — C.-F. Wolff, De cute; dans /V. C. Pelrop., t. VIII. — G. -A. Gaultier, Recherches sur t'organis. delà peau de l'homme , ci sur les causes do sa coloration , Paris , 1809. — Id. , Bech. sur t'org. cutané, Paris , 181 1. — J.-F. Schroeter, Das mcnschliclio Gcfithtorgan des Getastes nach tien Abbildungcn mehrerer beriimhlcn Anatomcn dargcstcllt , Léipsick, 1814. — Dutrocbct, Observations sur la structure et ta régénération des plumes, avec des considérations sur la composition de la peau des animaux vertébrés; dans Journal de physique, mai 1819. — Id , Observations sur la structure de la peau ; dans Journal complémentaire, vol. V.
et dense, qui offre des différences considérables sous plusieurs rapports.
Considéré d'une manière générale , il est composé, en grande partie, de mailles qu'on aperçoit surtout très distinctement à sa face interne, et après la macération. Ces mailles sont produites par une substance fort analogue au tissu fibreux (i); elles ont une direction oblique de dedans en dehors; elles sont aussi plus étroites à leur face externe qu'à l'interne, et, par la première, elles laissent sortir les vaisseaux, les nerfs et les poils. Ce tissu maillé se continue, dans beaucoup d'endroits, par exemple à la nuque, au dos, au bas-ventre , à la plante des pieds, à l'articulation de la main et à celle du pied, avec le tissu fibreux sous-jacent, auquel il ressemble presque entièrement , à la paume de la main et à la plante du pied, par son brillant et par sa structure manifestement fibreuse. Mais dans la plus grande partie de la peau, notamment au tronc, et sur presque toute l'étendue des membres , sa structure fibreuse est moins évidente , et ses connexions avec le tissu sous-jacent sont moins intimes. On n'aperçoit aucune trace de fibres dans le derme du dos de la main, du coude-pied, du front, du scrotum, des grandes lèvres et de la verge, dont la substance est parfaitement homogène.
La consistance du derme varie aussi beaucoup. C'est, sans contredit, sur le dos de la main et du pied qu'il est le plus épais; aux paupières, aux seins, chez la femme, au scrotum, aux grandes lèvres et à la verge, qu'il est le plus mince. Son épaisseur est moins considérable aux membres supérieurs qu'aux inférieurs : il est bien plus épais et solide au crâne qu'à la face.
Le derme offre au-dessous des ongles une disposition toute particulière, que je ferai connaître en parlant de ces derniers, parce que toutes les couches de la peau sont modifiées à la fois en cet endroit.
(i) Osiander, d'après des observations faites sur la peau de l'abdomen de femmes mortes en couches, prétend que la fibre qui forme le derme est^listinctcment musculaire à la face interne de la peau (Commc7ilationcs GœUingcncs rcccntiorcs , t. IV, 1S20). (Nolodcs traducteurs,)
DU SYSTÈME CUTANÉ EXTERNfc DANS L'ÉTAT NORMAL.
390. Le derme est hérissé d'un nombre considérable d'aspérités, qui ressemblent à des plis, et qui dépendent des différens états d'extension et de contraction de la peau et des parties sous-jacentes , ou qui tiennent à d'autres causes.
Les plis du premier genre sont produits par l'action des muscles, ou par la diminution de la graisse au-dessous de la peau, chez les personnes âgées, le tout à cause du peu d'élasticité dont jouit l'organe cutané. En effet ils résultent de ce que certains muscles sous-cutanés, ou du moins leurs tendons, agissent fréquemment, et de ce que la peau n'a pas assez d'élasticité pour se resserrer et se dilater dans la même proportion, ou bien de ce que cette membrane , devenant encore moins élastique par les progrès de l'âge , ne se resserre point sur elle-même a mesure que la graisse qui la distendait se trouve absorbée, de manière qu'elle se charge de plis ou de rides.
Les autres plis dépendent du tissu papillaire de la peau. Ils sont très réguliers, petits, serrés les uns contre les autres, et décrivent des spirales. On les observe surtout dans" la paume des mains et à la plante des pieds. Chacun est composé au fond de deux autres , car leur face supérieure est régulièrement un peu enfoncée, et les plis voisins sont séparés les uns dés autres par des sillons plus profonds.
3gi. Au-dessous du derme, dans le pannicide adipeux (pannicuîus adiposus) qu'il recouvre, serpentent un grand nombre de vaisseaux, appelés sous-cutanés (vasa subeutanea), parmi lesquels les veines surtout sont remarquables parleur volume, qui surpasse toujours celui des veines profondes. De ces vaisseaux sous-cutanés naissent ceux qui se répandent dans la substance du derme et à sa surface, mais dont la plupart ne font que le traverser pour venir s'épanouir sur cette dernière, de sorte que le tissu lui-même de la peau n'est pas très vasculairc. On peut en dire autant des nerfs.
392. Dans quelques endroits, par exemple , à l'entrée du conduit auditif externe, à l'extrémité du nez, sur les bords des paupières, autour de l'anus, de la vulve et du mamelon, se trouvent des ouvertures considérables, d'où sort une humeur oléagineuse et qui se durcit promplcmcnl. Ces ouver-
4?£> ANA.TOMIE GÉNÉRALE.
tures mènent dans de petits culs-de-sacs appelés glandes sébacées (glandulœ sebaceœ). Comme la peau entière exhale une substance analogue , on serait tenté de croire qu'il y a de ces glandes partout; mais il est impossible de démontrer leur existence sur tous les points. Vraisemblablement on doit considérer les bulbes des poils comme des organes qui leur correspondent sous le point de vue de la structure et des fonctions (§ 4°9 )> 011 plutôt il faut regarder ces glandes comme des bulbes de poils qui ont acquis plus de volume, et qui se sont développés davantage, d'autant plus qu'on n'en voit pas sortir de poils, et qu'on les trouve précisément sur les limites communes de la peau et des membranes muqueuses. Il paraît aussi résulter de là que le développement des cryptes muqueux dans le système cutané interne, correspond à celui des poils et de l'épiderme dans le tissu cutané externe.
595. Le tissu papillaire (textus papillaris) (1) de la peau se compose de petits prolongemens situés sur la surface externe du derme, principalement sur les élévations du second genre que présente ce dernier. On donne à ces prolongemens le nom de papilles tactiles (papillce tactus). Chaque élévation offre deux rangées de ces papilles, qui sont tellement rapprochées l'une de l'autre, qu'on peut les considérer comme n'en formant qu'une seule. De même que les élévations à la surface desquelles on les observe, elles sont surtout très apparentes à la paume des mains, à la plante des pieds, aux lèvres, au gland (2) et au mamelon (3). Leur circonférence est garnie de villosités. Partout ailleurs on les aperçoit d'une manière moins distincte, même après avoir enlevé l'épiderme. Dans les régions précédentes mêmes, il ne s'en trouveaucune entre les élévations sur lesquelles sont situées les papilles tactiles.
Ces dernières sont composées de nerfs et de ramifications très déliées des vaisseaux cutanés. Suivaut Gaultier, elles
(1) ïïintze , Do papiltis cutis tactuiinscrvicntibus , Leydc , ijij.
(2) B.-S. Albinus , De inlcgumentis glandis pénis; toc. cit., t. III, C. IX.
(3) B.-S. Albinus , De papiltis mummai et papillœ muliebris ; (oc. cit., p. XII.
sonl le siège principal de la coloration de la peau ; mais cet anatomiste paraît les avoir confondues avec le tissu vasculaire qui les recouvre.
5g4- La face externe du derme et du tissu papillaire est couverte d'un réseau vasculairc très délié, qui se compose luimême d'une multitude de points centraux , réunis par des vaisseaux anastomotiques très nombreux, très apparens et disposés avec beaucoup de régularité.
3g5. Après le derme, lorsqu'on procède de dedans en dehors, on trouve le réseau muqueux (rete mucosurn), ou le réseau de Malpighi (rete Malpighii), couche muqueuse, homogène, qu'on parvient à diviser en deux ou trois couches plus ou moins distinctes (î). Ce réseau n'est pas garni d'ouvertures qui permettent aux papilles tactiles d'entrer en contact avec l'épiderme, mais seulement d'enfoncemens qui leur correspondent, et clans l'intérieur desquels elles sont logées, comme dans autant de gaines. Cette couche est le siège principal de la coloration de la peau , puisque, chez le nègre, le derme est blanc comme chez l'Européen (2), tandis que le réseau muqueux présente toujours la couleur propre à chaque race humaine. On le dit communément simple ; mais tout porte à croire qu'il ne l'est pas. Gaultier lui assigne trois couches, dont il appelle les deux premières tuniques albuminées , interne et externe ( tunica albuginea , interna et extenia), à cause de leur couleur, tandis qu'il donne à la troisième le nom de substance brune , chez le nègre, dans la peau duquel elle est surtout facile à apercevoir. De ces trois couches , l'interne est la plus épaisse , et l'externe fort mince : toutes deux sont blanches; la moyenne est colorée, mais moins que le tissu vasculaire , de sorte qu'on ne peut la re-
(1) B.-S. Albinus, Quœdam de modis quibus cuticula c uni cor porc rcliculari de cuti abscedit; dam Annot, acad., Lcyde, 1754, 1. I, c. 1 . De cognationc et dislinclione cuticula; et rcliculi , ibid , c. n. — De rcticuti foveolis vaginisque quibus papillec continent ur , ibid., eut. — JSonnulla de usa et rationc rcliculi et cuticula}, ibid. c. v.
(2) B.-S. Albinus, De sedeet causa coloris /Ethiopuin cl eclerorum hominum, Leyde , 1757.
garder comtne le principal siège de la coloration, si ce n'est chez le nègre. Cruiskshank a trouvé , entre le derme et l'épiderme , chez un nègre mort de la petite-vérole, indépendamment du tissu papillaire, quatre couches ; l'une interne, fort mince; une seconde, dans laquelle les pustules varioliques s'étaient développées; une troisième, plus épaisse, siège proprement dit de la coloration ; enfin une quatrième, blanchâtre, qu'il considère comme le feuillet externe de la troisième. Cette description coïncide assez bien avec celle qui précède.
Ordinairement les couches situées entre le tissu papillaire et l'épiderme, qui forment le réseau de Malpighi, restent unies à l'épiderme lorsqu'on sépare ce dernier par la putréfaction ou l'ébullition ; mais quelquefois aussi elles demeurent adhérentes au derme.
3g6. \? épidémie ou cuticule ( epidermis , cuticula) est une expansion membraneuse , homogène, mince, demi-transparente, blanchâtre chez l'Européen, d'un gris clair chez le nègre, qui forme la couche la plus extérieure de la peau , tapisse partout les couches internes , et y adhère d'une manière intime. Aussi offre-t-il les mêmes plis et les mêmes inégalités que ces dernières, et remarque-t-on à sa face interne des enfoncemens arrondis qui correspondent aux papilles tactiles. Sa face externe est lisse, tandis que l'interne présente beaucoup d'inégalités. Les liens qui l'unissent aux couches sous-jacentes sont très solides ; cependant ils se détruisent tout-à-fait dans certaines circonstances, soit durant la vie, soit
(1) C.-G. Ludwig, De cuticulâ, Léipsick , 1735. — Fabrice d'Aquapendente , De toiius animatis inlcgumenlis , ac primo de cuticulâ et Us quoi supra cuticulâ s tint ; dans Opp. omn., Léipsîck, 1687, p. 43S-452. — J.F. Meckel , De la nature de l'épiderme et du réseau qu'on appelle matpighicn ; dans Métn.dc Berlin, 1753, p. 79-97. — Id., Nouv. obs. sur l'épiderme et lecerveaudes nègres, ibid., 1757, p. 61-71. — B.-S. Albinus, De incisuris cuticule cl cutis ; loc cit. , c. IV. — A. Monro , De cuticulâ humanâ; dans Works, Edimbourg, 1781, p. 54. — J.-T. Klinkosch , De verà naturâ cuticulœ et cjus regeneraiione , Prague, 1771. — Hermant, De verâ naturâ cuticulœ ejusque regencraiionc , Prague, 1775. — Mojon, Sud' epidermide, Gènes, 1 S 1 5.
après la mort. Ils paraissent consister en une multitude de filamcns très déliés (1), qu'on aperçoit surtout distinctement ù la paume des mains et à la plante des pieds, après avoir plongé la peau dans l'eau bouillante , lorsqu'on détache l'épiderme du derme. Cependant il est difficile de déterminer la nature de ces filamens. Bichat les considère comme les extrémités des vaisseaux absorbans et exhalans; mais je n'ai jamais pu les remplir, même lorsque les vaisseaux cutanés avaient été parfaitement injectés, et Hunter n'a pas été plus heureux que moi. Ne se pourrait-il pas qu'ils fussent produits par l'action de la chaleur sur le tissu muqueux? Et si cette conjecture est fausse, sont-ils réellement creux?
Ou ne sait pas mieux si l'épiderme est percé d'une multitude d'ouvertures, appelées pores, ou, s'il est seulement plus mince dans les endroits où ces pores semblent exister. Plusieurs observateurs, tels que Leuwenhoek(2) et Bichat, admettent que l'épiderme est percé, et Bichat prétend que c'est seulement la direction oblique des pores qui empêche de les apercevoir. D'autres , au contraire , comme Meckel (5) et Humbolclt (4)s rejettent l'existence de ces pores. Je n'ai jamais pu les voir, et leur existence n'est pas nécessaire, puisque les fluides exhalatoires peuvent très bien s'échapper par les points les plus minces de l'épiderme.
L'épaisseur de l'épiderme est à peu près la môme partout; cependant il est beaucoup plus épais qu'ailleurs à la paume des mains et surtout à la plante des pieds. A la vérité, le frottement augmente son épaisseur, et le rend calleux sur ces deux points (5) ; mais ce qui prouve que la différence qu'il y présente n'a point une origine mécanique , c'est que l'épiderme du creux dé la main et de la plante des pieds surpasse déjà beaucoup celui des autres régions en épaisseur dans le
(1) Hunter , Med. obs. and inq. , vol. II , p. 5a-53 , tab. i , fig. 1, 2.
(2) Arcan. nul. cp. phys., 43.
(3) Mém. de Berlin, 1763 , p. G5.
(4) Velicr die gcreizto Mushel-und Ncrvcnfascr , t. I., p. 1 5C.
(5) Nurnbcrgcr, De culicuUc frictione compriment callosû , Wittenbcrg, >789.
fœtus (1). C'est précisément à cause de cette qualité qu'il se détache plus difficilement des couches sous-jacentes dans ces deux parties du corps.
La plupart du temps l'épiderme est formé d'un seul feuillet ; mais on en observe plusieurs bien distincts dans les endroits où il a plus d'épaisseur que dans les autres. C'est du moins ce que j'ai observé plusieurs fois au creux de la main et à la plante du pied.
597. L'épiderme est le produit de la coagulation et de l'endurcissement du réseau de Malpighi. Il rentre donc réellement dans le domaine du tissu muqueux. Il est tout-à-fait dépourvu de nerfs et de vaisseaux, par conséquent sec et insensible. II se régénère complètement par la dessiccation du réseau muqueux. L'apparence de structure vasculaire qu'il présente dépend, ou de quelque extra vasation , ou de ce que des portions du réseau vasculaire y sont demeurées adhérentes.
Les usages de l'épiderme sont de modérer les impressions faites sur les papilles tactiles de la peau, et de s'opposer à l'évaporation. Aussi n'est-il pas rare qu'un vésicatoire fasse sortir en très peu de temps toute la sérosité du tissu muqueux frappé d'hydropisie. Voilà pourquoi aussi non seulement la peau se dessèche avec rapidité dans les endroits où l'épiderme a été enlevé, soit avant, soit après la mort , mais encore elle se colle intimement aux organes sous-jacens , tandis que celle des parties voisines , qui a conservé son épiderme, demeure uniformément humide.
Ce qui annonce encore que l'épiderme doit naissance à l'endurcissement du réseau de Malpighi , c'est qu'il est aussi en partie le siège de la couleur de la peau , car il offre toujours la même teinte que le réseau muqueux, seulement moins foncée.
5g8. L'épiderme se montre de très bonne heure; on l'aperçoit déjà d'une manière distincte dans l'embryon figé de deux mois ; il est même alors, proportion gardée, plus épais.
(1) B.-S. Albinus, De sede col. cutis, p. 9.
An reste, le développement considérable des poils, et la formation de Yenduit caséeux (vernix caseosa) , dont la peau du fœtus est couverte, annoncent assez quelle grande activité régne dans le système épidermoïde à celte époque de la vie.
11 est plus mou et plus mince chez la femme que chez l'homme.
Il offre aussi quelques différences relatives aux races de l'espèce humaine. Quoique plusieurs anatomistes , entre autres Malpighi et Littre , assurent qu'il est blanc chez les nègres, on sait aujourd'hui qu'il a une teinte grise , brunâtre. C'est l'opinion de Santorini, de Ruysch , d'Albinus, de Meckel et de Sœmmerring , à laquelle je me range. Il est un peu plus grossier chez le nègre que chez l'européen.
II. MODIFICATIONS DU SYSTÈME CUTANE EXTERNE , OU APPENDICES DE LA PEAU,