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DU SYSTÈME CCTANE INTERNE

A. ÉTAT NORMAL

422. J'ai déjà fait connaître la répartition du système cutané interne , ou système des membranes muqueuses (§ 474)- De la description que j'en ai donnée, il résulte que ce système représente un grand canal étendu de l'a bouche à l'anus, qui offre dans son trajet divers prolongemens ramifiés, et plusieurs culs-de-sacs, simples ou composés, qui communiquent d'une manière immédiate avec le système cutané externe. On observe en outre, dans tous les points de son étendue, des renflemens et des rétrécissemens , qui dépendent de la figure des parties à la formation desquels il concourt, et dont il revêt toujours la face interne.

Ce système est beaucoup plus étroit que le système cutané externe; mais il est bien plus long et plus répandu dans le corps.

423. line couche assez dense et solide de tissu cellulaire, dans laquelle rampent les gros troncs vasculaires destinés aux membranes muqueuses, fixe la face externe de ces dernières aux organes voisins, qui sont presque toujours des muscles, rarement des os, comme aux gencives, quelquefois des cartilages et du tissu fibreux, comme à la trachée-artère. Celte couche porte le nom de tunique nerveuse. C'est elle, suivant Bichal, qui détermine la forme de l'organe tapissépar lamembrane muqueuse. Cependant cette assertion ne repose pas sur des fondemens solides, car c'est de la tunique musculeuse que dépend principalement la forme de ces organes, ainsi qu'où peut s'en convaincre partout, notamment dans les endroits où celte dernière tunique a beaucoup d'épaisseur , comme à la matrice, dans la bouche, le pharynx, l'œsophage, le rectum. A la vérité , Bichat cite une expérience qu'il croit propre à mellre l'exactitude de son assertion hors de doute. Si l'on dépouille

une portion d'intestin de ses tuniques péritonéale , musculeuse et nerveuse , et qu'ensuite on pousse de l'air dans le canal, la membrane muqueuse fait hernie a travers le vide qu'on a produit. Si l'on retourne une anse intestinale, qu'on enlève la membrane muqueuse, avec la tunique nerveuse, et qu'on pratique ensuite l'insufllalion , les tuniques musculeuse et péritonéale font également hernie a travers le vide. Mais celte expérience m'a toujours donné des résultats différens , et qui ne me permettent pas de douter que la forme de l'organe ne dépende de la tunique musculeuse. Dans le premier cas, en effet, lorsqu'on laisse l'intestin en place, la hernie s'opère aussitôt après qu'on a enlevé la tunique musculeuse, quoiqu'elle devienne plus considérable après l'ablation de la tunique nerveuse. Si, au contraire, on retourne l'intestin, l'enlèvement des tuniques muqueuse et nerveuse n'estpas suivi de la hernie de la membrane musculeuse , tandis que, quand on a enlevé cette dernière , la tunique péritonéale s'élève , mais peu.

L'union entre la membrane muqueuse ej les parties environnantes n'est pas également intime partout. La plupart du temps, comme dans le canal intestinal, les fosses nasales, la vessie, les conduits déierens, l'adhérence est faible. Ailleurs, par exemple à la langue, aux parois des alvéoles, â la matrice, elle est si intime qu'on peut à peine distinguer les limites respectives des parties.

42^. La face interne et libre des membranes muqueuses n'est pas parfaitement lisse, comme celle du système cutané externe. Elle offre des inégalités , qui sont même, sur quelques points, bien plus prononcées encore que dans ce dernier: Tantôt ces inégalités dépendent du développement considérable des papilles nerveuses, comme à la langue et dans l'intestin grêle, de sorte qu'elles sont produites par ces papilles et par l'épiderme, c'est-à-dire réellement par toutes les couches de la membrane muqueuse, mais aussi par elle seule. Tantôt elles donnent naissance à des plis, à des valvules, formées soit par les seules tuniques muqueuse et nerveuse, soit en même temps par la tunique musculeuse. Le premier cas est bien plus commun que le second. Au nombre de ces plis se rangent les valvules de Iierkring dans le canal intestinal, les plis de la I. 02

4g8 ANATOMIE GÉNÉRALE.

face interne de la vésicule biliaire, des vésicules séminales et du col de la matrice, les froncernens de l'estomac et du vagin. Parmi les plis de la seconde espèce, on peut citer les valvules pylorique et iléo-cœcale. Ces derniers se rencontrent dans l'endroit où la l'onction de l'organe auquel ils appartiennent, rend nécessaire l'établissement d'une barrière ou d'une ligne de démarcation entre ses diverses parties. Les différences de la première sorte sont tantôt constantes et tantôt inconstantes. Ainsi, par exemple, les plis intestinaux sont constans, tandis que les froncernens de l'estomac et du vagin ne le sont point. Les premiers, comme ceux qui dépendent du développement des papilles nerveuses , tiennent à l'étendue de la surface que la membrane muqueuse offre dans son développement; au contraire ceux de l'estomac proviennent de ce que la membrane muqueuse est moins contractile que la tunique musculeuse qui l'entoure. Quant aux froncernens du vagin , leur inconstance dérive de la même source que celle des rides de l'estomac : car puisqu'ils s'effacent plus ou moins complètement, pour toujours, à la suite de distensions répétées du canal , cette particularité démontre que leur existence et leur absence dépendent de la même cause.

425. Le système cutané interne s'éloigne peu de l'externe à l'égard de sa texture ; mais il présente bien plus de différences que lui , sous ce rapport, dans les diverses régions du corps , ce qui tient sans contredit à la variété plus grande des fonctions qu'il remplit, suivant la nature des organes dont il tapisse la face interne. Les plus remarquables de ces différences sont :

i° La manière dont la membrane muqueuse est limitée à l'extérieur, ou dont elle se continue avec les parties qui l'entourent. J'ai déjà examiné précédemment cette question (§423).

20 Le rapport des couches entre elles. Les membranes muqueuses diffèrent du système cutané extérieur en ce qu'on ne peut pas partout isoler les couches qui les constituent. En effet, ces couches sont unies d'uue manière si iutime dans presque toute l'étendue du système cutané interne , qu'on a inutilement reoours aux moyens ordinaires pour les mettre en

Dt) SYSTÈME CUTANÉ INTERNE DANS L'ÉTAT NORMAL. 4(j9

évidence. C'est ce dont les membranes muqueuses de l'appareil urinaire, des organes générateurs et de la plus grande partie du canal intestinal , fournissent la preuve. Les épispasliques pendant la vie, et la macération après la mort , sont impuissans pour y démontrer l'existence d'un épiderme , ou en général de plusieurs couches superposées. Au contraire , on parvient a isoler l'épiderme dans la bouche et l'œsophage. Il est aussi plus ou moins sensible à la surface du gland, dans le conduit auditif, en un mol, comme je l'ai déjà dit précédemment (§385), dans la plupart des endroits où le système cutané interne se continue avec l'externe. Cependant il est plus mou , plus fragile, plus difficile à détacher dans une certaine étendue , que celui de la peau , quoique , sur quelques points, par exemple à la langue , son épaisseur surpasse celle de l'épiderme qui couvre la plupart des régions extérieures du corps.

Il est fort douteux que l'épiderme existe dans les endroits où l'on ne peut réussir à l'isoler par aucun moyen, et que, comme le pensent Haller, Bichat et divers autres physiologistes, son existence soit attestée par la sortie de membranes ayant la forme des canaux d'où elles s'échappent , puisque la formation de ces membranes peut très bien s'expliquer autrement et de plus d'une manière. En effet:

a. Il est possible que ce soit des formations nouvelles et des produits de l'inflammation des membranes muqueuses , d'autant plus qu'on les voit sortir lorsque les organes sont frappés de phlogose, et que non seulement il se développe très souvent des expansions membraneuses anormales à la surface des membranes séreuses enflammées, mais encore qu'il se produit régulièrement dans la matrice une expansion de ce genre , la membrane caduque , par l'effet soit d'un coït suivi de fécondation, soit même d'un état morbide, sans copulation.

b. Il se peut aussi que la membrane expulsée soit la muqueuse elle.-m<MTie , séparée de ses entourages parla gangrène, puisqu'on voit également la peau et d'autres organes se détacher, dans toute leur épaisseur, sous l'influence de la mémo cause.

L'existence de l'épiderme, comme couche distincte, n'est

point non plus prouvée par l'épaississement , l'endurcissement et la sécheresse dont les membranes muqueuses sont frappées lorsqu'elles ont été irritées souvent , ou exposées pendant quelque temps à l'action de l'air extérieur. Enfin, elle n'est pas démontrée par la facilité avec laquelle les membranes muqueuses supportent ces rapports insolites avec les objets extérieurs ; car tout ce qu'on peut conclure de là> c'est que leur surface libre est couverte d'un tissu analogue à l'épidémie.

On découvre encore moins de traces d'un réseau muqueux distinct , à moins qu'on ne veuille considérer comme tel un fluide blanchâtre qui se trouve entre l'épiderme de la langue et ses papilles.

Le derme des membranes muqueuses n'offre pas moins de différences , et même comme ces membranes ne sont composées que d'une seule couche, dans la plus grande partie de leur étendue, c'est presque exclusivement à cette couche qu'on doit rapporter les principales variations qu'elles présentent , et qui nous restent encore à examiner.

5° L'épaisseur. Elle varie beaucoup. Le derme des organes urinaires , respiratoires et génitaux est en général très mince ; celui du canal inteslinal et de l'estomac est plus épais ; celui de l'œsophage l'est encore davantage, moins toutefois que celui de plusieurs parties de la bouche, telles que le palais et les gencives. Le derme de la membrane muqueuse du nez a aussi une épaisseur considérable.

4° Le développement du tissu capillaire. On est fondé à comparer, comme le faisait Bichat, les villosités. des membranes muqueuses aux papilles tactiles (§ 3g4)- De même que ces dernières, elles sont composées de tissu cellulaire, dans la substance et à la surface duquel se distribuent certainement des vaisseaux sanguins et lymphatiques, et qui reçoit probablement aussi des nerfs, quoiqu'on ne soit pas assuré que ces derniers y existent partout. La présence des vaisseaux est démontrée par l'injection : on n'en peut surtout pas douter lorsqu'on examine les parties injectées au microscope. Quant aux nerfs, on les aperçoit d'une manière bien distincte dans certaines parties, telles que la langue; mais ailleurs, par exemple dans le canal intestinal, les observations microscopiques, faites

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avec le soin le plus scrupuleux, ne démontrent qu'une simple structure granuleuse clans les villosités. Je n'ai pas pu non plus y apercevoir d'ouvertures.

Le volume et le développement des papilles des membranes muqueuses ne sont pas les mêmes partout. Dans plusieurs endroits, à la langue et dans l'intestin grêle, ces papilles sont bien plus développées qu'ailleurs , et visibles sans le secours d'aucune préparation , par exemple sans qu'il soit nécessaire, comme à la peau , d'enlever Fépiderme. Aux lèvres et au gland, elles sont considérables, mais Fépiderme les y recouvre. Partout ailleurs elles sont extrêmement petites, et même insensibles.

On reconnaît partout que leur degré de développement est en raison directe des besoins et de la l'onction des organes ;car leur volume s'accroît dans tous les points où une grande augmentation de surface était nécessaire.

5° Les glandes sont bien plus développées dans les membranes muqueuses que dans les tégumens extérieurs. Elles représentent toujours des culs-de-sac, et sont plus prononcées dans certaines parties, par exemple autour de la bouche, que dans d'autres, notamment dans la plus grande portion de l'étendue des membranes muqueuses, où elles se présentent sous la forme de simples enfoncemens. Je ferai connaître leurs propriétés spéciales en traitant de l'histoire des glandes. Ici je dois me contenter défaire observer qu'en général leur nombre et leur volume sont en raison inverse de ceux des villosités : on peut s'en convaincre en comparant la membrane du palais et de la langue avec celle de l'intestin grêle et du gros intestin.

6° Delà présence des glandes mucipares, de l'activité particulière dont sont doués les vaisseaux des membranes muqueuses , et de leur peu d'exposition à l'action desséchante de l'air, dépend l'humidité continuelle qui règne à leur surface interne et libre. Le fluide sécrété par les glandes , et qu'on appelle mucus , varie dans les diverses régions , quoique ses propriétés essentielles soient partout les mêmes (i) ; il est inso-

(i) Foiircroy et Vauquelin , dans Annales du Muséum , t. XII , p. G1-G7, — Berzelius, dans Mcd, chir. tram, , vol. III , p. 2/1 5-25 1 .

lubie dans l'eau , mais il en absorbe une quantité considérable ; il ne se coagule ni par l'action du froid, ni par celle de la chaleur, et acquiert de la transparence en se desséchant.

7° La couleur des membranes muqueuses n'est pas partout la même. En général elles sont d'un blanc rougeâtre.

8° Ces membranes sont beaucoup plus molles que la peau extérieure.

9° Elles sont aussi bien plus riches en vaisseaux.

Mais elles deviennent plus ou moins semblables auxtégumens communs, sous tous ces rapports, lorsqu'elles se trouvent placées dans les mêmes circonstances, notamment dans les inversions et les prolapsus des parties qu'elles revêlent.

426. Les membranes muqueuses offrent-elles des appendices comparables aux ongles et aux poils delapeau extérieure ? Ce n'est que par l'effet d'une disposition anormale qu'on découvre en elles des parties parfaitement correspondantes a ces appendices, et seulement même encore des poils (§43,)> mais on peut considérer les dents comme des organes qui ont beaucoup de rapports avec eux. Bonn avait déjà iftdiqué ce rapprochement (1), qui a été mieux développé depuis par Walther (2) et par Lavagna (5), et à l'appui duquel il serait facile de rapporter un grand nombre de faits; mais je me réserve d'examiner cette importante question , dans l'anatomie spéciale , à l'article des dents.

B. ÉTAT ANORMAL

427. Nous manquons d'observations qui permettent de décider si les membranes muqueuses se régénèrent après atvoir

(1) De contin. membr. , § XVI; dans Sandifort , loc. cit., p. 276. An ergo membr anu la hœc follicutiim consliluens, cutis oris propago est, per foraminula limbi producla? An testula, quce dcin crusla vitrea vocatitr cotitin uat io cjus epidermidis , et naturœ ungidiim quodammodo , sed mugis induratce ?

(2) Physiologie , t. I, p. 174, 175.

(3) Espcrienze c riflessioni sopra la carie de' denti umani coll' aggiunla di un nuovo saggio s alla riproduzzione de' denti ncgli animali rosicanli , Gûncs, 1812, p. 164-198.

BU SYSTÈME CUTANÉ INTERNE DANS l'ÉTAT ANORMAL. 5o3

été détruites, ou si, dans les cas où elles ont paru se reproduire , il y a eu simplement affaissement et réunion des parties demeurées intactes (1).

428. Les membranes muqueuses sont sujettes à une foule d'anomalies. Leurs vices de conformation , surtout ceux qui sont primitifs, coïncident presque toujours avec des états analogues de l'organe dont elles tapissent la face interne; tels sont la scission , les prolongemens en forme de cul-de-sac , les renversemens, les rétractions, etc. Dans ces divers cas, toutes les couches dérogent de la même manière à l'état normal.

A la vérité, dans d'autres circonstances, les couches supérieures présentent aussi des anomalies simultanées; mais ces dernières sont d'une autre nature. Ainsi , par exemple , dans les distensions considérables , qûe les membranes muqueuses éprouvent souvent lorsqu'elles font hernie à travers la tunique rnusculeuse, et qu'on désigne, particulièrement au canal intestinal et à la vessie, sous le nom de faux diverticules , les libres de cette dernière sont écartées les unes des autres.

Cependant on observe des prolongemens anormaux qui n'appartiennent qu'aux membranes muqueuses , indépendamment des autres couches.

42g. Ces dernières anomalies font le passage des vices de conformation aux altérations de texture , puisque ce sont quelquefois de simples prolongemens , tels que des valvules tendues dans le canal intestinal , mais bien plus souvent des excroissances , des formations nouvelles, dont la texture diffère plus ou moins de celle de la membrane muqueuse normale. On peut remarquer , en général , qu'elles s'observent de préférence aux extrémités du système cutané interne , à peu de distance de son union avec l'externe, dans les fosses nasales , la cavité buccale , le pharynx , le rectum , la matrice, le vagin. Cependant elles ne sont pas d'autant plus communes qu'il y a moins de dislance à parcourir pour arriver aux limites des tégumens communs ; elles sont , au contraire , presque toujours un peu éloignées de ces limites, de manière,

(1) Thomson , Lectures on inflammation, Edimbourg, i8i3, p. 421,422.

5o4 ANAT0M1E GENERALE.

par exemple , que les excroissances des fosses nasales se développent plus fréquemment dans le sinus maxillaire , celles de la cavité buccale dans Parrièrc-bouche , celles de l'appareil urinaire dans la vessie , celle de l'appareil génital de la femme dans la matrice ou le vagin , sans que , jusqu'à présent , on puisse dire à quoi tient cette particularité.

Les excroissances dont il s'agit sont désignées sous le nom de polypes. Elles tiennent à la face interne des membranes muqueuses par un pédicule long ou court , étroit ou large , et flottent dans la cavité que forment ces dernières. Leur structure n'est pas toujours exactement la même. En général elles sont formées d'une substance très homogène ; quelquefois cependant onyaperçoit des fibres perpendiculaires à la surface qui les supporte. Leur consistance varie également; car elles sont tantôt dures , tantôt molles et muqueuses. Dans certains cas , elles reçoivent un nombre considérable de vaisseaux très irréguliers , qui forment de grands sinus , et qui ne sont pas entourés de parois spéciales. Dans d'autres , on n'y distingue point de vaisseaux. Tantôt elles causent beaucoup de gêne par leur volume et la compression qu'elles exercent ; tantôt elles nuisentàla santé par deshémorrhagies fréquentes, provenantes de leur surface ou de vaisseaux déchirés dans leur substance. Quelquefois il leur arrive de s'enflammer et de tomber en suppuration. L'endroit où elles se sont développées , conserve ordinairement une grande tendance à les reproduire, après qu'on en a fait l'extirpation.

Le squirrhe et le cancer sont également des attributs particuliers aux membranes muqueuses , et au système glandulaire , qu'on peut considérer comme le résultat du développement de ces membranes. Ces productions anormales se rencontrent aussi dans certains points de préférence aux autres, et qui sont , généralement parlant , les mêmes que ceux sur lesquels on voit se développer les polypes. Cependant les parties qui en sont le plus souvent atteintes, sont les organes génitaux de la femme et le rectum. Ils se développent aussi avec une sorte de prédilection sur d'autres points, où les polypes croissent rarement, tels que l'estomac, surtout dans l'endroit où il se continue avec l'intestin grêle.

DU SYSTEME CUTANÉ INTERNE DANS 1,'liTAT ANORMAL. 5()5

Cette maladie a incontestablement son siège dans les cryptes muqueux, et doit naissance à l'irritation fréquente des parties dans lesquelles elle se développe. Elle rétrécit souvent beaucoup la cavité de l'organe , en raison de l'épaississement considérable qui en est le résultat ordinaire.

Il est fort rare que les membranes muqueuses s'ossifient, ou seulement qu'il se forme de la substance osseuse à leur face postérieure; mais il s'y développe fréquemment, dans plusieurs endroits , parmi lesquels je peux citer l'œsophage et l'intestin grêle , de véritables loupes graisseuses arrondies , dont Vicqd'Azyr (1) et Monro (2) ont eu tort de nier l'existence , quoiqu'on puisse fort bien avoir confondu avec elles d'autres tumeurs d'une nature tout-à-fait différente.

La condition générale de toutes ces anomalies est l'exaltation de la faculté nutritive, Y inflammation , qui cependant aussi attaque très souvent les membranes muqueuses sans y donner lieu (5). Une des suites les plus ordinaires de cette in-

(1) Encylc. met h. anai. paihol. , p. 343.

(2) Morbidanat. oflhchuman gullet , Edimbourg, i8i5, p. 196.

(3) Les membranes muqueuses n'ayant été considérées dans ce qu'elles ont de commun que depuis les travaux de Pinel et de Bichat , on chercherait en vain , dans les écrits des auteurs précédens , des vues générales sur les maladies de ce système: mais, si l'on réfléchit qu'elles constituent, à proprement parler, le poumon, l'estomac , les intestins , et les dépendances de ces viscères , il ne faut, pour les connaître dans l'état de maladie, qu'étudier ce qu'on a dit des affections morbides de ceux-ci. Les écrits de Bonnet et de Morgagni sont remplis de faits précieux sur l'anatomie pathologique des membranes muqueuses. Pinel a rangé parmiles inflammationsde ces membranes tous les catarrhes des anciens , ou plutôt il n'a admis d'autres phlegmasies de ces membranes que les catarrhes , on flux séreux , muqueux , de ses prédécesseurs. Mais personne ne s'était spécialement occupé de l'inflammation du système muqueux, lorsque P. -A. Prost fît paraître sa Médecine éclairée par l'observation ei l'ouverture des corps ( Paris , i8o/| , 2 vol. in-8°). Il y établit , d'après un grancLnombre de faits, les propositions suivantes: l'irritation de la membrane muqueuse des intestins se communique au centre animal sans douleur ; l'excitation , l'agitation, le trouble de ses fonctions , sont relatifs à ia susceptibilité de ces organes , aux causes qui les irritent , aux dispositions naturelles et à la sensibilité de l'individu. Les altérations de ces viscères sont d'autant plus influentes sur le cet-

5of> ANAT0M1E GENERALE.

flammalion, surtout quand elle a duré long-temps, est l'épaississement de la membrane. Il n'est pas rare non plus que des ulcères s'y développent. Mais les membranes muqueuses peuvent suppurer sans être ulcérées, ce qui dépend sans doute de la grande analogie qui existe entre leur sécrétion normale et le pus. Souvent la surface libre des membranes muqueuses enflammées sécrète une quantité plus ou moins considérable de substance coagulable, qui donne naissance à des cylindres creux ou solides. C'est ce qu'on observe , par exemple , dans

veau que leurs artères sont plus développées , le sang rouge plus abondant dans leur étendue , et les moyens qui les irritent plus actifs. Les douleurs de l'abdomen dépendent de l'état de pblogose du péritoine et du tissu cellulaire qui l'entoure. Les inflammations de la membrane muqueuse des intestins se communiquent fréquemment à la péritonéale , lorsqu'elles sont très intenses ; mais celle-ci peut être pblogosée sans que la muqueuse le soit. La prostration du centre animal résulte del'éloignement du sang rouge de la surface muqueuse intestinale, soit qu'il y ait altération avec épaississemeut, dureté , fongositè, infiltration , ulcération de cette membrane, soit que ces affections n'existent pas. Enfin, les altérations des intestins, avec ou sans pblogose, sont en rapport avec les derniers symptômes des fonctions animales qui ont précédé la mort. Prost ne pouvait manquer de déduire de ces faits généraux une tbéorie médicale fort différente de ce qu'on avait enseigné jusqu'à lui ; mais il ne sut pas tirer de ses observations des conclusions définitives ; il n'en fit qu'une application indécise à la pathologie , retenu qu'il était par le despotisme des classifications.

Broussais a été plus loin. Après avoir blâmé les exagérations de Prosl, il a fini par attribuer à l'inflammation des membranes muqueuses, surtout gastriques , toutes les fièvres essentielles; les phénomènes inflammatoires , gastriques , bilieux, muqueux , adynamiques, ataxiques , typhiques, sont pour lui, directement ou sympatbiquement, le résultat de cette inflammation: nulle pblegmasie , de quelque autre organe que ce soit, ne peut donner lieu aux symptômes de la simple accélération du mouvement circulatoire, sans que les membranes muqueuses gastriques n'y participent plus ou moins. Il fait dériver de l'inflammation aiguë , chronique , latente , obscure de ces membranes , une foule de' maladies , telles que les exanthèmes , la goutte , le rhumatisme , les vésanies. C'est l'inflammation des membranes muqueuses , surtout gastriques, qui fait le principal danger de la plupart des maladies aiguës ou chroniques ; c'est elle que le médecin doit prévoir, prévenir, combattre, empêcher de récidiver de préférence ; c'est enfin la maladie la plus fré-

HV SYSTÈME CUTANE INTERNE DANS L'ETAT ANORMAL. 5oj

le croup. Cependant ile.st rare que les parois des membranes muqueuses contractent des adhérences ensemble , après des exsudations de celte nature; mais elles s'unissent souvent à la suite des ulcères, dans les endroits surtout où les mouvemens et un passage continuel de substances étrangères ne s'y opposent pas.

43o. Les membranes muqueuses participent-elles à la formation des exanthèmes qui sont si communs dans le système

quente , la plus grave , celle qui porte le "plus d'atteinte au reste de l'organisme, et la connaissance approfondie de cette phlegmasie est la clef de la pathologie. Broussais a d'ailleurs donné une très bonne Histoire de l'inflammation des membranes muqueuses pulmonaire et gastro-intestinale, et des notions importantes sur l'inflammation des autres membranes muqueuses. Il fait dépendre toutes les altérations de texture dont elles sont susceptibles de leur inflammation aiguë ou chronique. Quelque exagération que renferment ces idées sur l'inflammation des membranes muqueuses , il n'en est pas moins vrai qu'elles ne pèchent qu'en ce qu'elles offrent de trop général, et Broussais n'en a pas moins comblé une des plus vastes lacunes de la pathologie , de l'anatomie pathologique. Ses opinions et leurs variations sont consignées dans V Histoire des phlegmasics ou inflammations chroniques , Paris , 1808 , 2 vol. in-8°; id. t8i6 , 2 vol. in-8° ; id. 1821 , 3 vol. in-8° ; dans son Examen des doctrines médicales généralement adoptées, Paris, 1816, in-8°, id. 1821 , 2 vol. in-8°; et ses Annales delà médecine physiologique, commencées en 1822. Boisseau s'attacha, en 1817, à démontrer que la gastrite ne constituait pas toutes le3 fièvres essentielles, et que les inflammations du système muqueux n'avaient pas seules le privilège de produire la fièvre. Voyez ses Réflexions sur la nouvelle doctrine médicale, dans Journal universel des sciences médicales , t. vu , p. 1 , et t. vin, p. 257 ; son article fièvre du Dictionnaire, abrégé des sciences médicales ,• sa Pyrétologie physiologique , Paris, 1823, in-8° ; id. 1824, in-8°. — Voyez aussi Roche , Réfutation des objections faites à la nouvelle doctrine des fièvres , Paris , 1822 , in-8°. — Bégin , Physiologie pathologique, Paris, 1821 , in-8". — J. Cloquet {Mémoires sur les ulcérations des intestins, dans Nouveau journal de médecine , t. I , p. 107). — Scoutetten (De l'anatomie pathologique en général , et de celle de l'appareil digestif en particulier, Paris , 1822 , in-4° ) , et Andral (Médecine clinique, Paris, 1823, in-8° ) ont décrit avec soin les traces de l'inflammation du tissu muqueux. — Goupil, Exposition des principes de la nouvelle doctrine médicale , avec un Précis de thèses soutenues sur ses différentes parties, Paris , 1824 , in-8°.

( Note des traducteurs. )

5o8 ANATOMIE GENERALE.

cutané externe, et qui s'y montrent sous des formes si variées ( i) P

Il n'y a peut-être pas de question en pathologie sur laquelle les avis soient autant partagés.

Nul doute qu'il ne se forme souvent des exanthèmes dans la portion externe des membranes muqueuses, près de l'enrlroit où elles se continuent avec le système cutané externe, quand ce dernier vient à en être attaqué lui-même. D'ailleurs ces membranes s'enflamment fréquemment à l'occasion des maladies éruptives de la peau. Mais les exanthèmes y affectent-ils la même forme que dans les tégumens communs? La grande différence qui existe entre la texture des deux parties autorise A penser que l'exanthème cutané diffère heaucoup de celui des membranes muqueuses, et l'expérience nous apprend que, dans beaucoup d'affections exan thématiques, par exemple dans la petite-vérole, toutes les membranes muqueuses sont souvent le siège d'une vive inflammation, mais qu'on n'y trouve pas la moindre trace de pustules, quoique la peau en soit couverte. Cependant quelques observations, entre autres celles de Wrisberg (2) et de Blane (5), établissent incontestablement que , malgré l'opinion contraire des médecins les plus recommandables, lorsque les pustules varioliques existent sur la peau, il s'en forme aussi quelquefois sur les membranes muqueuses, en particulier sur celles des voies aériennes et du canal intestinal, et que celles-là diffèrent peu de celles qui s'élèvent à la surface des tégumens communs.

43 1. Les membranes muqueuses se développent d'une manière anormale dans un assez grand nombre de circonstances. Le plus ordinairement, c'est à la suite de l'inflammation , quand elle se termine par la suppuration. Je ne crois pas me tromper en comparant toute surface qui suppure à une membrane muqueuse imparfaite.

(1) Scoutettcn , loc. cit. — Andral , loc. cit.

(2) Syllogc comment. , p. 52.

(3) Trans. for impr. ofmcd. and sur/,', hnowl. , vol. III , Londres, 1812,

n° xxxi , p. 425-427.

DU SYSTÈME CUTANE INTERNE DANS L'ÉTAT ANORMAL. 5o()

A la suite de l'inflammation , le tissu cellulaire, imbibé de la partie coagulable du sang, qui s'est épancbéepar exsudation dans sou intérieur, se transforme en une membrane molle et blanchâtre, qui acquiert bientôt la l'acuité de sécréter un fluide particulier, appelé pus, dont la grande analogie avec le mucus est démontrée par l'insuffisance de nos réactifs pour l'en distinguer. Cette membrane, qui est intimement unie au tissu cellulaire sous-jacent, ne tarde pas à recevoir un grand nombre de vaisseaux. Sa surface, d'abord lisse, devient inégale; il s'en élève une multitude de petits tubercules formés de vaisseaux et de tissu cellulaire , qu'on appelle bourgeons charnus; dans cet état, elle continue à sécréter du pus, jusqu'à ce que le nombre des vaisseaux y diminue , que les bourgeons s'affaissent, et qu'il se développe à leur place une substance dont la structure ressemble plus ou moins à celle de la membrane normale qui existait auparavant. Les membranes muqueuses tombent donc plus facilement en suppuration que toutes les autres parties; et ce qu'il y a de plus remarquable, elles ont la faculté de fournir du pus, sans qu'au préalable leur tissu se détruise , et qu'il s'en forme un nouveau , conditions indispensables dans la plupart des autres organes. Les membranes séreuses sont peut-être dans le même cas; mais elles acquièrent alors une grande ressemblance avec les muqueuses, ainsi que le témoignent leur épaississeinent, leur ramollissement, l'augmentation du nombre des vaisseaux dans leur substance , et la rougeur qui en dépend.

Les kystes accidentels ont souvent aussi beaucoup de ressemblance avec les membranes muqueuses, tant sous le point de vue de leur structure , que sous celui de la nature du fluide qu'ils contiennent , et Bichat est allé certainement trop loin en les rapportant tous à la classe des membranes séreuses. J'ai trouvé plus d'une l'ois, dans les ovaires et dans la matrice, de grandset de petits kystesqui ressemblaientdavanlage auxmeinbranes muqueuses qu'aux séreuses. Je crois aussi qu'il y a, généralement parlant, un rapport exact entre leur structure et la nature du fluide qu'ils contiennent, car j'ai reconnu que les kystes remplis de sérosité ressemblent beaucoup aux membranes séreuses, tandis (pie d'autres , remplis d'une matière

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plus épaisse, mucilagincuse ou purulente, se rapprochent davantage des muqueuses.

Les kystes purulens, dont les rapports avec le tissu cellulaire environnant sont moins intimes que ceux des abcès ordinaires, conduisent tout naturellement ù ces derniers.

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