DU SYSTÈME GLANDULAIRE
ARTICLE PREMIER
DU SYSTÈME GLANDULAIRE DANS l'èTAT NORMAL.
432. Il e9t très difficile de donner une définition parfaitement satisfaisante des organes qui constituent le système glandulaire (1). La plupart de celles qu'on a imaginées sont trop étendues, ou trop resserrées , ou fausses. La difficulté provient surtout de la grande différence qui existe entre les organes qu'on désigne sous le nom de glandes. Si l'on veut se conformer à l'usage , et donner a la définition toute l'extension dont elle est susceptible, on doit dire que les glandes sont des organes qui sécrètent un liquide différent du sang, de ses ma-
(1) Warlon, Adenographia , Londres, i656. — Malpighi, De visecrum structura; dans Opp. omnia, ctseors. éd., Amsterdam, 1669. — ldetn,Deslructurâ glandularum conglobatarum consimiliumq ue /)ar/(«m; dans Opp.poslh. — Lossius , Disq. de glandulis in génère , Wittenberg, i6S5. — Nuck, Adenographia curiosa, Leydc, 1691. — C. Mylius, De glandutis, Leyde, 169S.
— L. Terraneus, De glandulis universim et speciatim ad urelhram viritem , Leyde, 1729- — Opuscula anat. de fabricû glandularum in corporc liumano continens binas episiolas , quarum prior est Boerhaavii super bac rc ad Ruyschium, altéra Ruyschii ad Boerhaavium , qua priori respondetur , Amsterdam , 1733 ; dans Ruysch, Opp. omn. — A.-L. de Hugo, Commcntatio do glandulis in génère et speciatim de thymo, Goltingue, 1746. — Bordeu , Recherches anal, sur la position des glandes et sur leur action , Paris , 1701 .
— G.-A. Haase , De glandularum dcfinit'wnc , Leipsick, 1806.
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tériaux immédiats et de leur propre substance, liquide dont les rapports avec les fonctions d'un organe n'ont rien de mécanique, et qui déploie son action dans une partie différente de celle où il a pris naissance; qu'elles ont une forme plus ou moins arrondie ; qu'il entre dans leur composition une quantité considérable de vaisseaux sanguins et lymphatiques , avec une substance particulière et des nerfs, enfin qu'elles sont entourées d'une ou plusieurs enveloppes , et plongées au milieu d'un tissu muqueux très peu condensé.
Au moyen de cette définition , on exclut du système glandulaire le système séreux , qui s'en rapproche en raison du fluide qu'exhale aussi son tissu. Mais le système séreux a une forme membraneuse ; le liquide qu'il fournit n'a que des rapports purement mécaniques avec l'organisme, et n'agit qu'autant qu'il est renfermé dans la cavité des membranes séreuses.
Cette définition écarte aussi l'estomac et le canal intestinal ; car, bien qu'ils sécrètent des liquides différens du sang, ces fluides manifestent leur action dans l'intérieur même de l'organe qui les a produits.
Mais, d'un autre côté, elle permet d'admettre dans ce système des organes qu'il faudrait en exclure , si on le renfermait dans des limites plus étroites. Ainsi, en ajoutant que les fluides sécrétés par les glandes s'écoulent par des conduits excréteurs propres, on est forcé, ou d'imiter Bichat, et de repousser la rate, le thyroïde, le thymus, les capsules surrénales, les ganglions lymphatiques, ou d'adopter l'hypothèse de Haase, et d'attribuer à ces organes des canaux excréteurs, dont l'existence n'est ni démontrée , ni même vraisemblable. D'ailleurs cette addition est tout-à-fait inutile, car il importe peu, pour la fonction de la glande, que le fluide qu'elle élabore s'échappe par un canal excréteur particulier, ou soit repris par les vaisseaux lymphatiques.
La définition que j'ai donnée empêche qu'on ne considère les glandes comme autant d'appendices des membranes muqueuses (i), quoique La plupart se continuent avec elles par les prolongemens ramifiés que le système cutané interne envoie
(i) D'après Wilbiand, Vom Jlautsystcm , p. 56.
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dans leur substance. Elle embrasse presque toutes ies parties qu'on désigne sous le nom de/viscères ( visccra), et, dans la réalité, il est inexact de ne l'appliquer qu'a certaines glandes, à l'exclusion d'autres présentant tous les caractères que renferme la définition restreinte elle-même (i), puisqu'il n'existe pas de différences essentielles entre les glandes et la plupart des viscères, ainsi que Malpighi (2) l'a parfaitement démontré contre l'opinion de Wharton (3).
433. D'après cette définition , le système glandulaire embrasse :
i° Les glandes muciparcs ; 2° Les glandes sébacées ;
3° Le foie, les glandes salivaires de la bouche, le pancréas, les glandes lacrymales , les amygdales, les testicules, les ovaires , la prostate, les glandes de Cowper , les reins;
4° Les glandes lymphatiques, la thyroïde, les glandes mammaires, le thymus , la rate et les capsules surrénales.
434. Les caractères généraux les plus essentiels des glandes sont les suivans :
1" Les glandes renferment des cavités entourées par leur propre substance , et dans lesquelles se dépose le liquide qu'elles sécrètent. Elles sont donc plus ou moins sensiblement des organes creux. .
20 Leur configuration n'est pas, à beaucoup près, la même partout. La plupart du temps elles sont rondes , et celles mêmes qui paraissent lisses et anguleuses à un certain âge, ont une forme arrondie dans les premiers temps de la vie.
3° Elles diffèrent aussi les unes des autres de plusieurs manières, sous le rapport du nombre.
a. Quelques unes sont solitaires, et d'autres très multipliées. Parmi les premières se rangent le foie, les reins, les testicules, les ovaires, la prostate , les glandes Lacrymales.
(1) Comme l'a fait, par exemple, HaaSe , qui ne comprend , dans k' système glandulaire, que les glandes lacrymales, les salivaires, la thyroïde, le thymus , les glandes de Cowper et les capsules surrénales.
(2) De liepalc , c. IV.
(3) Adcnogr. , c. V.
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Au contraire, les glandes mucipares sont disséminées sur toute l'étendue des membranes muqueuses. Les glandes salivaires font le passage des premières aux secondes.
b. Les glandes isolées sont tantôt uniques , comme le foie, la thyroïde, la prostate ; tantôt doubles, comme les reins, les testicules , les ovaires, les glandes lacrymales. Les simple? diffèrent entre elles par le plus ou moins de symétrie qui règne dans leur construction. Le foie est la glande la moins symétrique sous le rapport de la situation et de la forme ; la prostate et la thyroïde le sont davantage , car elles se composent de deux moitiés correspondantes , l'une à droite , l'autre à gauche, et sont placées sur la ligne médiane. Mais les glandes doubles ne sont pas non plus parfaitement symétriques. Les reins et les capsules atrabilaires des deux côtés ne se ressemblent point. Il y a davantage de ressemblance entre les testicules, les ovaires et les glandes salivaires de droite et de gauche.
4° Les glandes ne sont pas formées d'après un type constant. Les agglomérations de glandes mucipares dans le canal intestinal varient presque autant qu'on compte d'individus. Les reins sont tantôt réunis en une seule masse , de la manière la plus variée , tantôt fort inégaux en volume, plus alongés que de coutume , situés plus bas qu'à l'ordinaire , etc. Cependant l'inconstance du type de formation n'est pas également grande dans toutes les glandes. Les reins sont sans contredit celles qui présentent le plus de différences à cet égard. "Viennent ensuite le foie, les glandes salivaires et les lacrymales. Le type est moins sujet à varier dans les glandes appartenant aux organes génitaux, du moins dans les plus volumineuses, celles qui forment la partie essentielle de cet appareil.
5° Les glandes reçoivent une grande quantité de vaisseaux sanguins et lymphatiques. Ces vaisseaux se ramifient à l'infini, et ne forment pas de pelotons. Aussi la glande , considérée dans son ensemble, a-t elle une figure plus ou moins arborescente.
. G" L origine et la distribution de vaisseaux varient fréquemment. Ces aberrations dépendent en partie de la situation et de la forme des glandes, Un rein plus alongé reçoit ordinaU i. 33
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rement un plus grand nombre de vaisseaux, qui sont plus petits dans la même proportion ; lorsqu'il est situé plus bas que de coutume, ses vaisseaux offrent la même disposition. Cependant ces diverses circonstances sont fréquemment aussi indépendantes les unes des autres. Ainsi l'origine des vaisseaux varie souvent beaucoup , sans qu'il y ait aucune variation dans la forme des reins, de la thyroïde, du foie.
7° Le nombre des nerfs quj se rendent aux glandes est , au contraire, peu considérable. Ils proviennent, soit du système central, soit du grand sympathique, mais plus souvent de cette dernière source que de l'autre.
8° Le tissu et la substance propre sont différens dans toutes les glandes qui n'appartiennent pas précisément a la même classe.
9° Le tissu interne de ces organes , celui dans lequel s'opère la sécrétion , échappe à presque tous nos moyens d'investigation , a cause de la ténuité des objets. A cet égard les opinions sont partagées entre deux hypothèses, celle de Malpighi et celle de Ruysch.
Suivant Malpighi , partout, sur la limite entre les vaisseaux qui apportent le sang et ceux qui éconduisent le fluide sécrété, se trouvent de petites vésicules membraneuses , dans les parois desquelles se distribuent les dernières ramifications vasculaires. Selon Ruysch, au contraire, ces vésicules ne sont autre chose que des ramifications vasculaires non développées, et les dernières terminaisons des vaisseaux se continuent sans interruption avec les racines des conduits excréteurs.
Mais, quoiqu'on ne puisse pas disconvenir que les injections qui ont bien réussi et la macération faite avec soin démontrent que les vésicules admises par Malpighi sont des ramifications vasculaires très déliées , cependant l'hypothèse de cet anatomiste semble mériter de beaucoup la préférence sur celle de Ruysch. A la vérité , il n'y a pas de grandes vésicules dans le lieu que Malpighi leur assigne pour siège ; mais il est très vraisemblable que le système des conduits excréteurs commence par une multitude de racines en cul-de-sac , fermées de toutes parts , qui s'insinuent entre les ramifications les plus déliée» du poumon , et qui, de concert avec elles .
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forment les plus petites granulations, de même que la glande en général est composée de vaisseaux sanguins et de vaisseaux excréteurs. Malpighi s'est déjà servi, avec une. grande sagacité, de la structure du foie dans les animaux des classes inférieures et dans l'embryon des animaux supérieurs , pour élayer son opinion (1), et l'on peut ajouter que la disposition du système glandulaire entier chez ces animaux parle en sa faveur, puisque toutes leurs glandes sont composées uniquement de canaux en cul-de-sac , simples ou composés, en nombre plus ou moins considérable , qui flottent librement dans le fluide nourricier épanché au milieu des organes.
Les glandes mucipares les moins composées , qui ne sont que des sacs simples , fournissent le prototype de la formation glandulaire. Figurons-nous ce sac prolongé, ramifié, engageant ses branches entre celles des vaisseaux, et nous parviendrons a en faire la glande la plus composée, sans jamais arriver aune communication immédiate des vaisseaux sanguins avec les conduits excréteurs (2).
Cette idée s'applique très bien aussi aux glandes imparfaites, puisqu'on découvre également dans leur intérieur des excavations plus ou moins apparentes, oue remplit un fluide sécrété. Seulement ici ces cavités sont fermées de toutes parts, et probablement moins ramifiées que dans les glandes parfaites.
De cette manière on concilie les deux hypothèses ; car les objections de Ruysch ne sont dirigées que contre les grandes vésicules.
io° Suivant Lucre , il y a partout une analogie frappante entre la couleur du fluide sécrété et la substance de la glan-
(1) De visecr. struct. , cap. 11 , et Ep. de gt. congtob., p. 6.
(2) Il suit de cette idée éminemment philosophique, et qui simplifie beaucoup la théorie des sécrétions, que les poumons eux-mêmes sont de véritables glandes, dans l'acception rigoureuse môme du mot, puisque la trachée-artère joue le rôle de conduit excréteur. Seulement ici la sécrétion exige une condition de plus que dans les autres glandes, l'al'Iluence de l'air extérieur dans le conduit excréteur. Cette vue, si elle est adoptée, modifiera beaucoup la théorie delà respiration, et renversera bien des hypothèses gratuites sur lesquelles on a vainement tenté jusqu'à ce jour de l'asseoir. ( Note des traducteurs.)
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de (1). Cependant, si l'on excepte les cas e,ù la couleur provient du fluide contenu dans les glandes, cette assertion est évidemment dénuée de fondement, car on ne découvre pas la moindre analogie entre la couleur des glandes salivaires et celle de la salive, du foie et de la, bile , des reins et de l'urine, des testicules et du sperme,
1 1° Les glandes sont toujours plongées au milieu d'un tissu muqueux lâche et abondant; mais, en outre, la plupart d'entre elles sont recouvertes d'une capsule membraneuse particulière , quelquefois même multiple.
12° Elles s'accumulent principalement vers les parties internes.
io° Elles sont fragiles , peu élastiques. Elles ne sont susceptibles d'éprouver aucun changement passager dans leur volume, quoiqu'il leur arrivesouventd'en augmenter et de s'atrophier. Leur sensibilité est , généralement parlant, très peu développée dans l'état normal, si l'on excepte toutefois quelques unes, par exemple le testicule.
i4° Leurs fonctions sont de la plus haute importance. Elles forment les parties principales des appareils avec lesquels elles sont en connexion , et les autres parties de ces appareils n'ont guère que des usages purement mécaniques.
435 Le système glandulaire peut être partagé en deux sections, qui se composent, l'une des glandes parfaites, et l'autre des glandes imparfaites. A la première appartiennent celles qui sont pourvues d'un canal excréteur, et à la seconde celles dans lesquelles les vaisseaux lymphatiques tiennent lieu de ces conduits. La première comprend les glandes mucipares, les glandes sébacées, le foie, les glandes salivaires et les lacrymales, le pancréas, les amygdales, les testicules, les ovaires, la prostate , les glandes de Cowper , et les reins ; la seconde les mammai res, les glandes lymphatiques , la thyroïde, la thymus , et les capsules surrénales.
(1) Untcrsuchung der Wiymus , Erfurt, 1811 , p. 5g, i8ia, p. 28.
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