‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologique [electronic resource]Chapitre 72 sur 186 · I. ANOMALIES ORIGINELLES · texte numérisé non relu

I. ANOMALIES ORIGINELLES

500. Ce qu'il y a de remarquable, sous ce rapport, c'est que, de toutes les régions de la colonne rachidienne, la cervicale est celle qui s'écarte le plus rarement du type fondamental, au moins sous le rapport du nombre. On doit en chercher la cause dans la constance du nombre des vertèbres cervicales chez les mammifères, ce qui prouve qu'il n'y a pas jusqu'aux anomalies qui ne ressentent l'influence de la règle générale.

501. A. Anomalies relatives à la quantité, a. Faiblesse de formation. Elle s'exprime de plusieurs manières différentes.

a. Par le défaut de vertèbres entières. Cette anomalie présente plusieurs degrés. Lorsque la moitié supérieure du corps, ne s'est pas développée complètement (§467)? il manque quelquefois la région pectorale, ou la cervicale tout entière; et quand le crâne n'a pas acquis un développement parfait , dans la fausse acéphalie (§ 467)1 il arrive souvent qu'on trouve une ou plusieurs vertèbres de moins au cou. Cependant l'absence d'une vertèbre, au milieu d'une formation d'ailleurs régulière, n'est pas non -plus un phénomène sans

(1) Albinus dit que le coccyx tout entier reste cartilagineux long temps après la naissance. Cette assertion n'est pas exacte.

de l'état anormal de la colonke vertébrale. 5g5

«xemple; mais elle a lieu très rarement au cou , et les régions où on l'observe le plus communément sont les latérales et celle du coccyx. Quelquefois aussi il ne manque qu'une seule moitié, ou les deux moitiés opposées de deux vertèbres. On doit ici distinguer l'absence réelle de l'absence fausse ou apparente ; dans ce dernier cas, il arrive seulement qu'une vertèbre d'une région prend les caractères de celles d'une autre région. C'est ce qui a lieu, par exemple, lorsqu'il y a une paire de côtes en plus ou en moins, que la dernière vertèbre lombaire acquiert la forme et le volume d'une vertèbre sacrée, qu'elle se soucie avec cette dernière par l'un de ses deux côtés, ou par tous les deux, etc.

(3. Par le défaut de quelques parties des vertèbres. La plus ordinaire des anomalies de ce genre est la non réunion des moitiés droite et gauche, le spina bijida , qu'on observe bien plus fréquemment que partout ailleurs à la région lombaire, et qui est susceptible de plusieurs degrés. Il arrive fort rarement que le corps lui-même soit partagé en deux moitiés. Le plus souvent ce sont les deux demi-arcs qui ne se réunissent pas sur la ligne médiane. Ce vice de conformation offre luimême différens degrés; car tantôt il manque en même temps une portion des moitiés latérales, dont le reste est tourné en dehors, tantôt il y a simplement défaut de soudure entre ces deux moitiés, tantôtenfin elles ne sont séparées l'une de l'autre que par une petite ouverture. Quoique le spina bifida, porté à un haut degré, et accompagné du développement incomplet de la moelle épinière, avec accumulation de sérosité dans l'intérieur de la colonne vertébrale, soit plus ordinaire à rencontrer aux lombes que dans toute autre région, il paraît cependant que quand il n'y a que le système osseux qui souffre, la première vertèbre cervicale est celle qui fournit le plus d'exemples de cette anomalie , par la non réunion de ses deux moitiés latérales. Ordinairement ce vice de conformation est symétrique; rarementil se borne à un côté du corps , et alors il ne manque qu'un seul demi-arc (i).

(1) RosenmuHer , De singut.. et nativ. otiiûm corp. hum. variéjatiùui , Lriipsick , i8o/| , p. 58.

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y. Par la non réunion de la partie postérieure avec le corps. C'est le degré le plus léger de l'anomalie.

3. Par surabondance. Ici se range le nombre trop considérable des vertèbres. Une loi générale, sous ce rapport , c'est que la vertèbre surnuméraire se développe entre les autres, et non a côté d'elles. Ici donc encore la nature de l'aberration est déterminée par la règle elle-même. Le plus ordinairement cette anomalie, a laquelle s'applique tout ce que j'ai dit de l'état contraire, existe à la région dorsale et lombaire. Cependant il est vraisemblable qu'on ne peut pas partager la surabondance des vertèbres en totale et partielle , et que, quand il en existe qui paraissent être surnuméraires, cette anomalie rentre presque toujours dans la classe de celles qui sont relatives à la qualité.

5o3. B. Anomalies relatives à la qualité. On doit considérer comme telles :

a. Le mode de développement insolite des vertèbres. Il arrive quelquefois que certaines parties de ces os doivent naissance à des germes particuliers. C'est ce qui a lieu , dans certains cas, pour les apophyses épineuses ; j'en ai déjà fait la remarque à l'occasion de l'atlas (§ 4^6). Bichat dit aussi • avoir observé cette anomalie, mais sans la rapporter à aucune vertèbre en particulier. Il est très probable qu'on doitlui attribuer, du moins quelquefois, les cas dans lesquels on trouve les vertèbres composées d'un nombre insolite de pièces osseuses, unies, soit par des sutures ou par un large cartilage, soit par des ligamens qui leur permettent déjouer les unes sur les autres. C'est ainsi qu'on a trouvé, formaut un os distinct, tout ou partie de l'apophyse épineuse (î), ou de l'apophyse transverse (2). Le premier cas s'est offert dans la seconde vertèbre du cou, et il paraît que le second se rencontre plus particulièrempnt à la région lombaire.

b. La conversion anormale des vertèbres les unes dans les autres, ici se range, jusqu'à un certaiu point, l'anomalie pré-

(0 Kelch, Iieytràge zur pathologischen Anatomic, Berlin, îSiô, p. 7- [7.) Ungebauer, loc. cit., p. 25 j. — Rosenmullcr , loc. cit., p. 58.

de l'état anormal de la colonne veutébuale. 5g5

cédente, notamment l'apparition des apophyses transverses sous la forme de pièces osseuses distinctes, puisqu'elle rapporte la formation des vertèbres proprement dites aux lois de développement du sacrum (§ 49 1 )• Ce rapprochement paraît d'autant mieux fondé, que tous les exemples de l'anomalie dont il s'agit, qu'on trouve dans les auteurs, ont été fournis par les vertèbres lombaires, où elle a été vue, en outre, trois fois par Ungebauer , et deux par Rosenmuller.

Les vertèbres peuvent encore offrir d'une autre manière des caractères différens de ceux qui leur appartiennent dans l'état normal. Ici se rapportent l'élargissement et l'augmentation de volume de la dernière vertèbre lombaire, en particulier de ses apophyses transverses; son articulation fixe avec l'os des îles (1) ; sa soudure avec le sacrum (2), accompagnée ou non de cette transformation, la soudure quelquefois originelle, et non produite par une cause externe, des autres vertèbres, par exemple de deux dorsales , ce qui les assimile aux fausses vertèbres du sacrum ; la conversion de la première pièce du sacrum en une vraie vertèbre, en une vertèbre lombaire, par Fétroitesse des apophyses transverses, le défaut de soudure avec la seconde et la mobilité sur l'os des îles; enfin la transformation de vraies vertèbres en d'autres, par exemple de la dernière cervicale en dorsale, par l'absence du trou vertébral, l'alongement des apophyses transverses, quelquefois même la non réunion de la racine antérieure de ces dernières avec la postérieure et avec le corps.

Une loi générale à cet égard, c'est que les vertèbres voisines sont celles qui se convertissent de préférence les unes dans les autres. Voilà peut-être pourquoi on observe si souvent le spina bifida à la région lombaire, car il y a de l'analogie entre cette aberration et la formation normale des vertèbres sacrées.

Une autre loi, moins générale à la vérité, c'est que les vertèbres qui se correspondent aux deux extrémités de la

(1) Kelch , toc. cit. , p. 7.

{■>) Albinus, Ann. acad., I. IV. —

Van Doevcrcn, Obs. arnrl. , p. anfi

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colonne sont aussi celles qui ont le plus de tendance à se convertir les unes dans les autres. On peut citer à l'appui de cette loi la réunion des deux demi-arcs , dont la première vertèbre du cou fournit tant d'exemples , et les cas nombreux dans lesquels on trouve le corps de cette vertèbre , de la seconde et même de la troisième, formé de plusieurs pièces, dont les latérales correspondent aux noyaux antérieurs des apophyses transverses des vertèbres sacrées.

c. Diverses autres anomalies. Telle est, par exemple, l'obliquité des vertèbres, provenant de ce que le corps a plus de hauteur d'un côté que de l'autre Lorsque l'anomalie n'est pas compensée par une disposition inverse de la vertèbre voisine, il en résulte une obliquité plus ou moins considérable de la colonne. Cette disposition est ordinairement le premier degré du défaut partiel d'une vertèbre, car la vertèbre oblique est plus basse qu'a l'ordinaire du côté le moins élevé, tandis qu'elle n'est pas plus haute que de coutume du côté qui l'est le plus.

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