‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologique [electronic resource]Chapitre 74 sur 186 · I. STERNUM · texte numérisé non relu

I. STERNUM

A. ÉTAT NORMAL

5o4- Le sternum ( sternum, ossa pectoris , xiphoides ) ( 1 ) est situé, comme la colonne vertébrale, sur la ligne médiane du corps, immédiatement au-dessous de la peau, et en face du rachis. Il forme la partie moyenne et antérieure de la poitrine, de même que la colonne vertébrale en forme la partie moyenne et postérieure. On peut donc, à juste titre, le considérer comme une colonne vertébrale antérieure (2). Dans l'état parfait , il se compose de trois pièces placées l'une au-dessus de l'autre, qu'on appelle, la supérieure, la poignée , la suivante, le corps , et la dernière , l'appendice xiphoide.

a. ÉTAT PARFAIT.

5o5. Cette colonne vertébrale antérieure, ou la chaîne des os sternaux, est alongée, bien moins étendue d'un côtéàl'autre que de haut en bas, et surtout que d'avant en arrière. Son extrémité supérieure est beaucoup plus large que l'inférieure. L'os ne va pas en se rétrécissant d'une manière régulière de haut enbas, mais redevient un peu plus large vers le milieu de sa longueur, après quoi il se rétrécit de nouveau et flnit par se terminer en pointe. Sa face antérieure est peu bombée, et la postérieure tout aussi peu concave.

(1) Voyez un excellent Mémoire de Geoffroy Saint-Hilaire sur le sternum considéré dans les quatre classes d'animaux vertébrés , et sur la détermination philosophique des pièces dont il se compose; dans sa Philosophie anatomique , t. 1 , 1818, p. 57.

(a) J'ai rassemblé, dans mon Mémoire sur l'analogie des formes animales, plusieurs argumens, tirés de l'anatomie comparée et de l'histoire du développement du fœtus , qui militent en faveur de cette opinion (.Bpyfrœ&c, t. II, cah. h)*

DU STERNUM. 5q$

506. Le sternum est situé entre les deux clavicules et les sept paires de côtes. La poignée est la partie la plus large et la plus épaisse, le corps, la plus longue, et l'appendice xiphoïde, la plus petite en tous sens.

507. ha poignée (manubrium) s'étend depuis le bord supérieur jusqu'à l'endroit où le cartilage de la seconde côte s'unit au sternum. On y remarque, au bord supérieur, de chaque côté, une large cavité (cavitas clavicularis) oblongue, encroûtée de cartilage , contre laquelle s'applique l'extrémité sternale de la clavicule. Entre les deux cavités règne une échancrure (incisura semi-lunaris) demi-circulaire , dont l'étendue est bien moins considérable que la leur. Les bords latéraux convergent l'un vers l'autre de haut en bas; ils sont un peu concaves et tranchans dans presque toute leur longueur, à l'exception de leur partie supérieure, ordinairement plus épaisse , où ils sont larges, et creusés d'un enfoncement destiné à recevoir le cartilage de la première côte. II résulte de là que chacun de ces bords est partagé en deux échancrures, l'une supérieure et l'autre inférieure.

508. Le corps (rnucro, corpus) s'étend depuis l'extrémité inférieure de la poignée jusqu'à l'insertion du cartilage de la septième côte. Sa forme est inverse de celle de la poigoée , c'est-à-dire qu'il a moins de largeur à son extrémité supérieure qu'à l'inférieure, qui se termine en s'arrondissant. Ses bords latéraux présentent ordinairement quatre échancrures demicirculaires (incisurœ senii-ltmares latérales). A chacun des endroits où ces échancrures s'adossent l'une contre l'autre, on aperçoit une petite cavité articulaire (sinus articularis costalis) , revêtue de cartilage ,' qui reçoit le cartilage d'une côte. Ces échancrures se raccourcissent de haut en bas, ce qui fait que les cavités articulaires se rapprochent aussi. Les troisième, quatrième, cinquième et sixième cartilages costaux s'appliquent au bord latéral du corps, uniquement; le second s'ar-. ticule à la fois avec lui et avec la poignée; le septième porte également sur son bord inférieur et un peu sur la partie inférieure de l'appendice xiphoïde; le sixième et le septième sont tellement rapprochés l'un de l'autre , que c'est seulement dan* un sternum fort étroit et fort alongé, qu'on aperçoit une cin-

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quièmc échancrurc demi-circulaire très petite , entre les cavités articulaires qui leur «ont destinées.

5og. \J appendice xipho'ide (processus xiphoïdes) s'unit à la partie inférieure du corps par son bord supérieur. Ordinairement elle est libre; niais quelquefois aussi elle est couverte par les cartilages de la sixième et de la septième côte , qui montent au-devant d'elle pour aller gagner le corps, cas dans lequel le dernier s'attache a sa face antérieure. Les bords latéraux de cet appendice sont libres dans la plus grande partie de leur étendue. Son extrémité inférieure demeure cartilagineuse jusque dans l'âge le plus avancé; elle se termine par un sommet tantôt simple , tantôt partagé en deux pointes, qui ne sont ordinairement pas symétriques.

b. MODlï DE DÉVELOPPKMEKT.

5io. Les trois pièces superposées du sternum (i), la poignée, le corps et l'appendice xiphoïde, sont ordinairement encore séparées à l'époque de la puberté. L'observation m'a appris qu'on trouve plus souvent l'appendice xiphoïde soudée au corps , que celui-ci réuni à la poignée; cependant on rencontre aussi , particulièrement chez les sujets âgés , les trois pièces confondues en un seul os.

Ces os varient beaucoup dans leur mode de développement. Comme le tronc ne se ferme qu'assez tard à sa face antérieure, de môme aussi les slernaux ne paraissent que fort lard. Depuis le cinquième jusqu'au sixième mois de la grossesse, on n'aperçoit pas encore de noyaux osseux dans leurs larges cartilages. A cette époque , le premier germe se montre ordinairement dans la poignée , tandis qu'on ne découvre encore aucune trace d'ossification dans les deux autres pièces.

Le plus généralement ce noyau osseux est simple, oblong

(1) Béclard a observé quelquefois, sur des sternums d'adultes , deux points osseux pisiformes, placés un de chaque coté, sur 1 échancrurc trachélienne du sternum. Il les appelle sus-sternaux ou prc-slcrnaux . Voyez Nouveau Journal de médecine , t. VIII , 1820 , p. 83.

' ( Noie des traducteurs. )

DU STBMSHM.

Goi

et arrondi ; cependant on en trouve quelquefois deux, qui sont presque toujours situés l'un au-dessus de l'autre, et dont le supérieur surpasse debenucoup l'inférieur en volume. Lorsque le noyau simple de la poignée n'est pastoblong et arrondi dans le fœtus à terme , ou après la naissance, mais qu'il a la forme d'un 8 de chiffre, tout porte à croire qu'il en existait primitivement deux placés l'un au-dessus de l'autre. Il est beaucoup plus rare de rencontrer deux germes latéraux, disposés de telle sorte que tantôt l'un est plus gros que l'autre, qui semble n'être alors qu'une pièce complémentaire, tantôt leur volume est égal , et ils sont parfaitement symétriques (1).

Il paraît être moins rare de trouver plus de deux noyaux osseux dans la poignée. Albinus en a vu , chez un sujet, trois situés l'un au-dessus de l'autre , et dont l'inférieur était fort petit (2); il en a même , chez un autre individu, rencontré quatre, un supérieur, qui occupait toute la largeur de la poignée, et trois inférieurs, dont un mitoyen impair et deux latéraux (3).

Comme les noyaux osseux de la poignée paraissent avant ceux des autres parties du sternum, ils sont aussi, dans la règle , beaucoup plus gros que ces derniers, quand les autres pièces sternales ont commencé à s'ossifier. Sur quarante cas que j'ai sous les yeux , je n'en trouve qu'un seul qui fasse exception : c'est celui d'un fœtus de huit mois , dont la poignée du sternum offre deux noyaux osseux , situés l'un au-dessus de l'autre; le supérieur est plus petit que l'inférieur, antre anomalie également remarquable, et tous deux sont moins gros que le plus petit des trois germes osseux.

Après le septième mois on commence à apercevoir, dans ie corps du sternum, des noyaux osseux, qui sont sujets à plusieurs anomalies: en effet ils varient beaucoup pour le nora-

(1) Je ne connais qu'un seul exemple de cette disposition ; j'en ai donne' la description et la figure dans mes lieytràgc, t. II, cah. r, p. i45, tab. », f'g-8. .

(7) Loc. cit., p. 87.

{•->) Loc. cit. , p. 92.

bre, le volume et la situation. Il leur arrive bien plus souvent qu'à ceux de la poignée de se développer l'un à côté de l'autre, et d'une manière presque entièrement symétrique; car, sur trente-trois sternums de fœtus et de jeunes enfans, que j'ai comparés sous ce rapport, je n'en ai trouvé que dix-neuf, dans lesquels les noyaux osseux fussent placés les uns au-dessus des autres. Dans huit d'entre eux , les noyaux supérieurs sont simples et impairs, et les inférieurs doubles, formant tantôt une seule et tantôt plusieurs paires. Mais dans six autres, tous les noyaux du corps sont disposés par paires , sans cependant offrir une symétrie parfaite , à l'égard soit de leur volume, soit de leur situation; les simples sont plus arrondis, et les pairs plus alongés , plus petits que les simples , ce qui fait que chacun d'eux semble n'être que la moitié d'un simple : sous ce point de vue, mes observations s'accordent parfaitement avec celles d'Albinus, Les noyaux osseux , qu'ils soient simples ou multiples , sont toujours disposés de manière à tomber entre deux des surfaces destinées à recevoir les cartilages costaux, d'où il résulte qu'il se développe toujours une pièce sternale entre deux côtes. Ordinairement, du moins dans tous les cas que j'ai sous les yeux, lorsque les noyaux osseux sont situés l'un au-dessus de l'autre , il ne s'en trouve qu'un seul entre deux cartilages costaux. Les observations d'Albinus conduisent au même résultat: car cet anatomiste déclare que, lors même qu'il a trouvé plusieurs noyaux dans un espace intercostal, ils étaient toujours rangés l'un à côté de l'autre. Ordinairement aussi les noyaux supérieurs se développent avant les inférieurs, ce qui fait qu'ils les surpassent en volume, quoiqu'à une époque subséquente le corps du sternum acquière une plus grande largeur dans sa partie inférieure. On trouve souvent, chez le fœtus à terme, quatre germes osseux dans le corps du sternum , savoir dans les intervalles de la seconde et de la troisième côte, de la troisième et de la quatrième, de la quatrième et de la cinquième , de la cinquième et de la sixième ; mais quelquefois aussi on n'en rencontre que trois , plus rarement deux. Ces différences proviennent de deuxcauses; tantôt, ce qui est le cas le moins commun, le troisième et le quatrième germe osseux se sont soudés en un seul plus volumi-

DU STERNUM. . 6o3

neux; tantôt, ce qu'on rencontre bien plus souvent, le quatrième et même le troisième n'existent pas. Dans ces deux dernières circonstances , particulièrement lorsque le troisième noyau manque aussi, il arrive souvent que ceux qui existent sont divisés, coïncidence remarquable , en ce qu'elle annonce le peu d'énergie de l'acte formateur.

ïlne se développe ordinairement, dans l'appendice xiphoïde, qu'un seul noyau osseux arrondi , et l'on en trouve rarement deux non symétriques. Le noyau paraît d'abord à la partie supérieure de l'appendice; il s'étend peu à peu vers le bas, mais n'envahit presque jamais le cartilage tout entier. Quelquefois on le rencontre déjà chez le fœtus à terme ; mais, en général, il ne se développe qu'après la naissance, souvent même fort tard, et seulement vers l'âge de douze ans, ce quiest cependant contraire à la règle , puisque, chez la plupart des sujets, on le trouve déjà formé avant l'écoulement des six premiers mois.

La soudure des quatre noyaux osseux, ou des quatre paires de noyaux , dont ordinairement le corps du sternum est déjà composé chez le fœtus à terme, commence par ceux qui sont placés l'un à côté de l'autre. J'observe du moins, én examinant des squelettes de sujets plus âgés , chez lesquels il existe deux noyaux osseux latéraux dans un même intervalle, que tous ceux qui se trouvent les uns au-rdessus des autres sont encore séparés. Les premiers qui se soudent ensemble sont les deux inférieurs, de manière que les septième, sixième et cinquième cartilages costaux s'attachent entièrement à cette pièce osseuse, et que le quatrième s'y fixe aussi en partie. Le corps est donc alors formé de trois pièces, qui ont à peu près la même grandeur, ou dont l'inférieure surpasse les deux supérieures en étendue chez les sujets plus âgés; mais les deux pièces supérieures primitives sont encore tout-à-fait distinctes de l'inférieure, produite par la réunion de la troisième et de la quatrième. Plus tard la seconde s'unit avec ces dernières, tandis que la première continue de rester séparée, et ne se soude qu'à la puberté , époque à laquelle le sternum ne se trouve plus composé que de trois os, la poignée, le corps et l'appendice xiphoïde , qui ne se confondent ordinairement ensemble qu'à un à"gc fort avancé.

Go4 ANA.T0MIE SPECIALE.

Le sternum se développe donc peu à peu par des pièces osseuses qui, tant qu'elles ne sout pas soudées ensemble , ont la plus grande analogie avec les dernières fausses vertèbres , celles du coccyx , et qui, de même que celles-ci , représentent seulement le corps des vertèbres , tant par leur forme que par leur mode d'articulation avec les côtes. Il est facile, surtout dans le sternum de plusieurs animaux, de démontrer une portion cervicale , une dorsale et une lombaire ; et, comme les noyaux de sa partie moyenne se confondent en une seule pièce dès avant la puberté, comme toutes ses parties se soudent plus tard ensemble pour ne former qu'un seul os, de même aussi il arrive toujours aux fausses vertèbres du sacrum , et souvent aux véritables vertèbres, de se réunir en un seul os, tandis que , d'un autre côté, chez tous les mammifères, les noyaux osseux, ou les vertèbres du sternum, dont il se trouve toujours un eutre deux côtes, demeurent séparés et distincts pendant toute la vie.

5n. Le sternum est ordinairement plus long et plus étroit, proportion gardée , chez la femme que chez l'homme. Souvent aussi , mais pas toujours , la poignée est proportionnellement plus grande et plus large chez la première que dans l'autre sexe.

Le sternum s'articule, dans les points que j'ai indiqués , avec les clavicules et avec les cartilages des sept côtes supérieures.

B. ÉTAT ANOHMAL.

5 12. L'état d'imperfection du sternum qui s'éloigne le plus de la disposition normale , est Yabsence totale de cet os. Cette absence coïncide ou non avec celle des légumens communs et des côtes *• dans le premier cas le cœur se montre a nu ; dans le second, on peut le sentir à travers la peau (1). Une modification de cet état consiste dans la présence Couvertures situées ordinairement à le partie inférieure du corps de l'os , ou le long de son appendice xiphoïde et dans la scissure de

(i) Wiedcmann , ficher dus fehlcnclc Bntslbein , Hruiiswick , 1 794-

DES CÔTES. Go5

cette dernière. Ce qu'il y a de remarquable , c'est que ces ouvertures ne se rencontrent qu'a la partie inférieure du corps et de, l'appendice, nouvel argument en faveur du parallèle établi entre la colonne vertébrale et la chaîne sternale , puisque le spina biûda s'observe de préférence à la partie inférieure diurachis , aux lombes , qui correspondent à la partie inférieure du slernum. Quelquefois le sternum est trop court. Ce vice de conformation coïncide presque toujours avec le développement incomplet de la poitrine. En général alors, l'os est beaucoup plus large qu'a l'ordinaire, et plus ou moins bombé en avant.

Il est moins commun de trouver le sternum plus long que de coutume, circonstance également remarquable en ce qu'elle fournit un trait de plus a l'analogie qui existe entre la colonne vertébrale antérieure et la postérieure.

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