‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologiqueChapitre 101 sur 289 · I. MEMBRANES DE L’OEIL · texte numérisé non relu

I. MEMBRANES DE L’OEIL

A. MEMBRANES EXTERNES» l’cEIL.

1972. Les membranes externes du globe de l’œil sont beaucoup plus fermes et plus épaisses que les autres. Ce sont elles qui déterminent sa forme.

a. Sclérotique.

3973. La sclérotique, cornée opaque, ou membrane albuminée de l’œil ( tunica sclerolica, s. albuginea , s. cornea opaca ), revêt la partie postérieure de l’œil, et occupe à peu près les cinq sixièmes de sa circonférence. En arrière , un peu plus près de son côté interne que de son milieu, elle est garnie d’un trou rond, ou du moins beaucoup plus mince que, partout ailleurs. Sur ce point, elle offre une multitude de petites ouvertures, semblables à celles d’un crible, par lesquelles les faisceaux du nerf optique communiquent avec la rétine. En devant, elle se termine par une large ouvertui'e arrondie, qui reçoit la cornée transparente.

Comme elle appartient à la classe des membranes fibreuses, elle est blanche, brillante, d’une texture fibreuse, très solide et élastique. On peut, quoiqu’en forçant la nature, la diviser en plusieurs couches; mais ces couches sont unies les unes aux autres par des filamens intermédiaires.

Ses deux faces sont lisses. A l’externe adhèrent, d’une manière intime, un nombre considérable de vaisseaux sanguins.

qui sont les troncs de ceux dont les ramifications se répandent dans les parties internes de l’œil. Ces vaisseaux la percent, les uns en arrière, les autres plus en devant, vers le milieu de son étendue. Us parcourent tous, dans sa substance, un trajet plus ou moins long, qui est proportionnel à leur propre volume.

D’autres ouvertures plus petites, qu’elle offre dans sa moitié postérieure , livrent passage aux nerfs ciliaires, auxquels elles permettent de s’insinuer, de dehors en dedans, entre elle et la choroïde.

L’épaisseur de la sclérotique n’est pas la même partout. En général , elle diminue beaucoup d’arrière en avant. Elle est d’une ligne, à peu près, en arrière, et près de moitié moins considérable à la circonférence de la cornée transparente.

La membrane est plus mince dans les points qui corres- / pondent à l’attache des tendons des muscles droits de l’œil, que dans les intervalles de ces insertions.

Dans l’endroit où le nerf optique communique avec le globe de l’œil, elle s’unit d’une manière très intime avec l’enveloppe que la dure-mère fournit à ce nerf. Quoiqu’elle soit huit à dix fois plus épaisse et en même temps plus solide que cette enveloppe , on doit cependant la considérer comme ne faisant qu’un avec elle, puisqu’elle n’en diffère pas essentiellement sous le rapport de la texture.

1974. Parmi les feuillets superposés et entrelacés de la sclérotique, il en est un qu’on peut plus ou moins facilement détacher des autres, et qu’il est surtout plus aisé d’isoler, aux premières époques de la vie, que chez l’adulte. Ce feuillet, très mince, est un prolongement, non de la pie-mère, comme on le suppose depuis Zinn (1), mais de l’enveloppe que l’arachnoïde fournit au nerf optique , et avec laquelle il se continue d’une manière manifeste. Il forme un petit bourrelet saillant en dedans, autour de la lame criblée, par laquelle le nerf optique entre dans l’œil, et se réfléchit de la circonférence de cette lame sur la face interne de la sclérotique, avec

fi) Zinn, tac. cit , p. 1 1.

DE L’ORGANE DE LA VTJE

laquelle il s’unit intimement, et qu’il accompagne jusqu’à son bord antérieur.

II existe donc, entre ce feuillet et la sclérotique, précisément le même rapport qu’entre la dure-mère et l’arachnoïde dans l’intérieur du crâne et de la colonne vertébrale, ou, pour choisir une comparaison plus générale , qu’entre les substances dures, cartilages ou organes fibreux , recouvertes de membranes séreuses , et ces membranes.

La face interne de ce feuillet interne de la sclérotique est assez intimement unie à la choroïde, par un tissu cellulaire lâche, ainsi que par les nerfs et vaisseaux qui percent la capsule extérieure de l’œil. Cependant on peut parvenir, surtout quelques jours après la mort, à fendre et à enlever la sclérotique sans léser la choroïde.

b. Cornée transparente.

ig-5. La cornée transparente ( tunica cornea , s. cornea pellucida ) (1) , qui entoure la partie antérieure de l’œil, diffère tant de la sclérotique, par sa structure, qu’il est absolument impossible de confondre ces deux membranes sous une dénomination commune.

Elle représente un segment d'une sphère un peu plus petite que celle dont la sclérotique a la figure, de sorte qu’elle est plus bombée, et qu’elle fait légèrement saillie à la surface de cette dernière.

Elle est toujours un peu plus épaisse que la sclérotique. Ordinairement son épaisseur est uniforme partout, à l’exception de sa circonférence, où elle s’amincit beaucoup , mais seulement dans une étendue peu considérable. Quelquefois cependant elle est un peu plus épaisse dans le milieu qu’à son contour. Toujours sa face postérieure décrit une concavité qui correspond parfaitement à la convexité de sa face antérieure.

(1) B.-D. Manchart, Corncœ ocuti tunicce examen analomico-pliysiologicum , Tubingue , — HofTbauer, Diss. de cornea r jusque morbis ,

Berlin, 1820. — M. J. Chelius, Ueber die durclisiclilige Ilornhaut des Auges, Carlsruhe, 1818.

La conjonctive se prolonge vers le bord supérieur et le bord inférieur de sa face externe dans l’étendue d’environ une demiligne, de manière que cette face externe n’est pas parfaitement ronde, mais un peu elliptique. La face supérieure, au contraire, est lout-à-fait ronde. Elle se termine par un enfoncement circulaire, par une rainure qui reçoit un bord saillant situé sur la limite entre le ligament ciliaire et l’iris.

Elle s’amincit toujours beaucoup et se termine en biseau à son bord externe, celui par lequel elle s’unit avec la sclérotique.

L’union entre les deux membranes se fait de trois manières différentes.

Tantôt la face antérieure diminue peu â peu, de sorte que la cornée transparente est couverte en partie parla sclérotique.

Tantôt les deux faces s’amincissent peu à peu, et la cornée s’enchâsse dans une coulisse creusée sur le bord antérieur de la sclérotique.

Tantôt enfin la face interne disparaît insensiblement, de manière que la cornée s’applique un peu sur le bord antérieur de la sclérotique.

La première disposition est la plus commune, et la dernière la plus rare.

1976. La cornée transparente est formée de plusieurs feuillets plus faciles à séparer les uns des autres que ceux de la sclérotique, entre lesquels se trouve un fluide limpide, et qui sont unis ensemble par un tissu cellulaire peu serré.

Ce- fluide transsude après la mort. Son évaporation est en partie la cause qui fait qu’alors la cornée devient opaque et s’affaisse sur elle-même.

La face postérieure de la cornée est tapissée par une membrane mince, pellucîde, homogène, peu extensible, qui se déchire net lorsqu’on exerce des tractions sur elle, et qu’on en détache facilement par la coction ou par une légère macération (1). Cette membrane s’attache au bord de la cornée, et

(1) B. Duddclf, Treatisc on Ihe discases of the liorny coat in lltc eye , Londres, 1729. — J. Descemet, An sola lens c.rysiallina cataraclte scdes , Paris, 1758. — Id. dans Mcm. des sav. étrangers, t. J.~ Demours , Lettre

DE L’ORGANE DE LA VÜE

ne s’étend pas, du moins d’une manière sensible, sur l’iris. On lui a donné le nom de membrane de l’humeur aqueuse [membrana humoris aquei) , qui lui convient peu , car elle ne paraît pas contribuer à la sécrétion de l’humeur aqueuse (i).

B. CnOROÏDB ET IRIS.

1977. Immédiatement au-dessous de la tunique externe du globe de l’œil, on trouve une autre membrane, dont l’étendue est à peu près la même, et qui se compose également de deux moitiés différentes sous le rapport de l’organisation. La postérieure porte le nom de choroïde , et l’antérieure, qui est bien plus petite, a reçu celui d’iris.

a. Choroïde.

1978. La choroïde ( tunica vasculosa , s. chorioidea)[ 2] correspond à la sclérotique. Elle s’étend depuis le bord antérieur de cette membrane jusqu’à l’entrée du nerf optique, pour le passage duquel elle est percée , comme elle , d’une ouverture arrondie. Elle lui est unie, d’une manière immédiate, par un tissu cellulaire assez lâche, dans toute son étendue, principalement le long du trajet des nerfs et vaisseaux ciliaires. L’union entre les deux membranes se trouve seulement interrompue, de distance en distance, par les nerfs ciliaires et par les artères ciliaires longues, qui marchent entre elles d’arrière en avant.

àM. Petit, Paris, 1767. — On peut lire les détails de la querelle entre Descemet et Demours, relativement à la découverte de cette membrane, dans Journ. demèd., 1769, 1770, 1771.

(1) S. Sawrey s’est attribué, en 1807, la découverte de cette membrane, dont son compatriote Duddell avait déjà eu vaguement l’idée, et qui a été réellement découverte par Demours ou par Descemet (an Account of a newly discovered membrane in ilie human eye, Londres , 1S07.)

[Note des traducteurs.)

(2) Ruysch, Ep. anat. XIII. — L. Heister, Diss. de tunicâ cliorioideâ; dansFasc. diss. med., Leyde, 1745. — B. S. Albinus, De tunicâ Ruyschia-

nâ et chorioideâ oculi; dans Ann. acad. , 1. VII, cap. iv.

La face interne de la choroïde n’adhère point à la rétine, quoiqu’elle soit en contact immédiat avec elle.

>979* Vers l’extrémité antérieure de la choroïde, le tissu muqueux s’épaissit beaucoup , à la face externe de la membrane , et donne naissance à un anneau blanchâtre, large d’une ligne environ , qu’on appelle ligament ciliaire, commissure de la choroïde , Ch. ( ligamentum ciliare , orbiculus ciliaris , circulas ciliaris , plexus ciliaris ). Cet anneau rend la choroïde plus adhérente à la sclérotique qu’elle ne l'est dans le reste de son étendue; mais il est bien moins intimement uni à la sclérotique qu’à la choroïde, dont l’épaisseur est moins considérable dans l’endroit qui lui correspond, de manière qu’on parvient assez facilement à détacher cette dernière de la cornée opaque, mais qu’il n’en est pas de même pour le ligament ciliaire, qu’on peut par conséquent considérera bon droit comme en faisant partie.

La circonférence intérieure du ligament ciliaire est bornée par une saillie blanche, étroite, mais bien sensible, qui s’emboîte exactement dans une coulisse creusée sur le pourtour de la face interne de la cornée transparente.

Au-devant de cet anneau, on aperçoit 17m, qui est uni d’une manière intime avec lui.

b. Corps ciliaire.

1980. La face interne de la choroïde subit une modification remarquable en cet endroit , où elle forme le corps ciliaire [corona ciliaris, s. orbiculus ciliaris, corpus ciliare , tunica ciliaris) (1). En effet, à partir du bord externe du ligament ciliaire, elle produit en dedans , et dans la largeur d’une ligne et demie à peu près, une multitude de petits plis, d’où résultent un nombre très considérable de rayons peu saillans , qui se dirigent de dehors en dedans. A ce cercle rayonnant en succède un autre plus petit, plus intérieur, formé par des

(1) J. -G. Zinn, De ligamentis eiliaribus programma, Goettingue, 1753. — Doellinger, Sur les procès éiliaires dans l’œil de l’homme ; dans Nov. acta nat. car., t. IX, p. 274.

DE L'ORGANE DE LA VUE

plis plus prononcés , dont le bord interne est convexe , qui deviennent d’abord plus sailians de dehors en dedans, et qui se terminent par un rebord arrondi. Le nombre de ces plis, appelés procès ciliaires , rayons sous-iriens, Ch. ( processus ciliares ) est moins considérable , quoique très grand encore, puisqu’on en compte environ soixante-dix. Cependant ils sontbienplus écartés les uns des autres que les externes. Leur extrémité antérieure est libre. Ils s’attachent à la grande circonférence de la capsule cristalline par la partie antérieure de leurbordadhérent. La partie postérieure de toute cette région de la choroïde adhère d’une manière très intime à la face externe du ligament ciliaire, car ses plis sont reçus dans des enfoncemens de ce dernier dont la forme correspond exactement à la leur, de manière qu’en cet endroit la face interne de la choroïde est unie avec force aux parties sous-jacentes, et que, quand on cherche à l’en détacher, dans l’état frais, on déchire presque toujours le ligament ciliaire.

1981. La choroïde est mince, molle, mais d’un tissu dense et solide. Après qu’on a enlevé le pigment qui la couvre, elle paraît blanchâtre et un peu transparente. Elle est composée presque entièrement de vaisseaux sanguins , qu’on aperçoit d’une manière très distincte sur ses deux faces, notamment sur l’externe.

Ces vaisseaux sont les uns artériels , et les autres veineux (1). Mais les veines l’emportent du beaucoup sur les artères.

1982. Les artères de la choroïde, qu’on désigne sous le nom d 'artères ciliaires ( arteriœ ciliares), sont principalement de deux sortes.

Les artères ciliaires longues , iriennes , Ch. ( arteriœ ciliares longce , sont plus longues que les autres, et plus rapprochées de la superficie. Ordinairement il n’y en a que deux, l’une externe et supérieure , l’autre interne et inférieure. Ces deux artères sont placées plus ou moins en face l’une de l’autre. Après

(1) J.-E. Hebenstreitj De vasis sanguiferis ocitli, Léipsick, 1742. — J. -G. Zinn, Devasis subülioribus oculi et cochleœ auris intcrn.ee , Gœttingue, 1753.

saS

avoir percé la sclérotiqué, à sa partie postérieure, elles s’appliquent sur la face antérieure de la choroïde , marchent directement d’arrière en avant, sans fournir aucune ramification considérable, et gagnent l’iris , dans lequel elles se répandent. D’après cela, elles n’appartiennent réellement pas à la choroïde.

Les artères ciliaires courtes ou postérieures, uvéales, Ch. (arteriœ ciliares brèves s. postcriores\ sont beaucoup plus petites , mais plus nombreuses, que les longues. On en compte ordinairement vingt, et même davantage, qui n’ont pas toutes exactement le même volume. Elles percent la sclérotique plus en arrière et en dedans que les précédentes, à une distance moins considérable du nerf optique, et pénètrent aussitôt dans la choroïde. Elles ne tardent pas à s’y partager en rameaux , qui se détachent sous des angles aigus, s’anastomosent fréquemment ensemble, surtout dans la partie antérieure de la choroïde, et forment en devant, derrière le bord externe du corps ciliaire, un cercle composé lui-même d’un lacis très compliqué.

Les rameaux qu’elles produisent en se divisant, sont parallèles, et marchent, d’arrière en avant, serrés les uns contre les autres. A la partie postérieure de la choroïde, ils sont situés sur la face externe de cette membrane ; mais, vers le milieu du globe de l’œil, ils la percent pour se porter à sa face interne, où on les aperçoit par conséquent d’une manière plus distincte qu’à l’externe.

ig83. Les veines de la choroïde sont faciles à distinguer des artères , par le trajet qu’elles parcourent , et par leur volume plus considérable.

Leurs branches, serrées les unes contre les autres, s’étendent en rayonnant d’avant en arrière et de dehors en dedans, et décrivent en même temps de grandes arcades. Elles se jettent dans douze ou quatorze petits rameaux qui percent la sclérotique, à peu près vers le milieu du globe oculaire, parcourent un trajet de quelques lignes, d’avant en arrière, dans l’épaisseur même de celte membrane, et se réunissent en quatre ou cinq troncs plus volumineux, qui sortent de l’œil, dans sa moitié postérieure, pour aller se jeter dans les veines

DE L’ORGANE DE Là VU E.

ophthalmiques. Quatre de ces troncs sont beaucoup plus gros que les autres, dont quelques uns, qui se contentent aussi de marcher directement d’avant en arrière, reçoivent les ramifications provenant de l’iris.

Ces veines ont reçu le nom de vaisseaux tourbillonnes ( vash. vorticosa), à cause des flexuosités qu’elles décrivent. Elles sont plus rapprochées de la superficie que les artères, et situées aussi plus en dehors qu’elles, à la partie antérieure delà choroïde, dont elles forment la couche externe.

Indépendamment de ces veines, il y en a d’autres, les veines ciliaires longues ou antérieures ( venœ ciliares longœ , s. anteriores ), qui accompagnent les artères ciliaires longues, reviennent de l’iris , et ne reçoivent aucune ramification considérable de la choroïde (1).

1984. Les vaisseaux sanguins, et le tissu muqueux qui les soutient, sont les seules élémens organiques qu’on aperçoive dans la choroïde. On n’y aperçoit point ces fibres dirigées d’avant en arrière, dont plusieurs anatomistes admettent l’existence, et le corps ciliaire lui-même paraît n’être qu’un lacis très compliqué de vaisseaux.

ig85. On n’a pas besoin du secours des instrumens d’optique pour reconnaître que la face interne de la choroïde n’est point parfaitement lisse, mais que, ce qui devient très sensible quand on a injecté l’œil, elle offre une multitude de petits flocons flottans, qui lui donnent un aspect velouté, ap parence qui devient encore plus sensible lorsqu’on fait usage du microscope. Ces flocons sont surtout très développés dans le corps ciliaire. Ils sont formés, en grande partie, par un lacis très serré de vaisseaux, principalement dans la région postérieure de la choroïde, où ils couvrent presque entièrement la face interne de cette membrane, tandis qu’ils permettent davantage de la distinguer en devant.

1986. On ne peut pas considérer, chez l’homme, la face interne de la choroïde comme une membrane particulière, puisqu’il est impossible de la diviser en deux feuillets. Cette

(1) Voyez la figure des vaisseaux de la choroïde, dans Scemmerring, Veber das feinste Gefâssnetz der Aderhaut im Augapfet, 1818,

opinion a élé émise pour la première fois par Ruysch, dont le fils a désigné la tunique en question sous le nom de membrane ruyschienne ( tunica ruyschiana ). On n’est pas plus fondé à admettre , sous le nom de tunique villoso- glanduleuse ( tunica villoso-glandulosa ) ( 1) , ou de membrane sus-choro'idienne ( rnembrana supra-choroidea ) (2), une autre membrane, située à l’extérieur de la choroïde , qui serait la seconde des tuniques moyennes de l’œil, ou même la troisième, en supposant réelle l’existence delà ruyschienne, et qu’on a regardée comme appartenante à la classe des membranes séreuses (3). '

Enfin il est plus inexact encore de représenter la choroïde comme un assemblage de cinq feuillets superposés (4), dont le second, le troisième et le quatrième constitueraient la choroïde proprement dite, et les deux autres seraient ie6 deux membranes dont je viens de parler.

e. Iris.

1987. L 'iris {iris) (5) est une membrane circulaire, percée , dans son milieu, d’une ouverture arrondie et à peu près concentrique, qu’on appelle pupille, ou prunelle ( pupilla ). Cette membrane a un peu moins de largeur à son côté interne, celui qui regarde le nez, que dans le reste de son étendue (6), Elle s’attache , par son bord externe , au bord antérieur de la choroïde, notamment du ligament ciliaire. Du reste elle est tout-à-fait libre dans la chambre de l’œil, où elle forme une

(1) B.- A. Stier , De tunica quadam oculi novissime deteciâ. Halle, 1759.^

(2) Montain, dans Journal de mèd., t. LVII. — Bull, de la soc. méd. d Emul. , 1807, p. 33o.

(3) Doellinger, loc. cit., p. 6.

(4) Hovius, De circulari humorum motu, Leyde , 1716, p. 29.

(5) Maunoir, Mémoire sur l’organisation de l’iris , et l’opération de la pupille artificielle, P aris, 1812.

(6) Winslow, Observations sur la mécanique des muscles obliques de l’œil, sur l’iris, etc. ; dans Mèm. de Paris, 172 1, p. 483. — Litleton , Sur tes causes d’où dépend la largeur de la pupille; dans Bradley, Med. and pltys. journal, vol. XXXVI, p. 89.

DE L’ORGANE DE LA V«E

cloison transversale, tendue de haut en bas et de droite à gauche, qui partage celte chambre en deux! compartimens , l’un antérieur, l’autre postérieur , communiquant ensemble par l’ouverture de la pupille.

L’iris forme la paroi postérieure de la chambre antérieure de l’œil , dont la cornée transparente est la paroi antérieure. Elle forme, au contraire , la paroi antérieure de la chambre posté rieure, dont la paroi postérieure correspond à la face antérieure de la capsule du cristallin et au bord antérieur du corps ciliaire.

La paroi postérieure de cette membrane porte aussi le nom d 'uvée ( uvea ).

Chez l’homme elle est droite , et non convexe en devant , comme on l’a prétendu (1). Elle est plus rapprochée de la face antérieure du cristallin que d.e la face postérieure de la cornée transparente (2). La distance qui la sépare du cristallin ne s’élève même qu’t\ une demi-ligne , à sa circonférence externe, où l’intervalle qui l’en sépare est cependant le plus grand. Elle en est éloignée d’un quart de ligne tout au plus à sa partie moyenne. Il y a près d’une ligne de distance entre son centre et la cornée transparente, mais elle est beaucoup plus rapprochée de cette membrane à sa grande circonférence.

Son étendue de dehors en dedans est extrêmement variable. Non seulement on la voit souvent, dans l’état pathologique , tantôt se dilater à un tel point que la pupille disparaît presque entièrement, tantôt se resserrer tellement sur elle-même qu’on ne l’aperçoit plus du tout , ou qu’il n’en reste plus qu’une faible trace ; mais encore , dans l’état ordinaire, elle est sujette à des alternatives rapides d’extension et de contraction , sous l’influence de certaines causes, tant externes qu’internes (3). En examinant avec soin toutes les circonstances

(1) Petitj Mém. sur tes yeux gelés , dans lequel on détermine la grandeur des chambres qui renferment l’ humeur aqueuse; dans Mém. de Paris, 1735, p. 54.

(2) Ibid., 1728, p. 295 et 4oS.

(a) J. -G. Zinn, Demotu uveœ; dans Comm. Gott., t. I. — F. Fontana-, Del moii dclt’iride, Lucques , 1765. — J. -F. Bluincnbacli, De oculis leu -

qui se rattachent â ces deux phénomènes , on arrive à conclure que l’extedsion de l’iris est un^état actif, et sa contraction un élat de relâchement.

1988. Cette membrane est bien plus épaisse dans sa partie externe que dans sa partie interne , où elle paraît comme coupée tout-à-coup en biseau de dehors en dedans et d’avant en arrière, de sorte qu’elle s’y termine par un bord mince. Si l’on excepte cette partie interne , qui d’ailleurs a bien moins d’étendue que l’externe, l’épaisseur de l’iris surpasse trois ou quatre fois celle de la choroïde.

Son bord externe et son bord interne sont d’une couleur plus foncée que la portion comprise entre eux. La partie la plus colorée de la membrane est une petite étendue de sa circonférence interne située un peu en dehors du bord interne. Cet endroit obscur, et la portion de l’iris comprise entre lui et la pupille, porte le nom de petit cercle ou de cercle intérieur ( annulus minor, s. internus ). Le reste de la membrane a reçu celui de grand cercle ou cercle extérieur ( annulas major , s. ex te mus ).

La face antérieure de l’iris est colorée dans toute son étendue. La postérieure ne l’est que dans la portion correspondante au petit cercle ; tout le reste est blanchâtre, mais cependant couvert d’une mucosité noire (§ 1996). La face antérieure est le siège de la couleur qui caractérise les yeux de chaque individu. Elle est couverte partout de petits flocons très déliés et diversement colorés, qui sont, avec les rayons de pigment dont je vais donner la description , la source de la coloration diverse des yeux.

1989. On aperçoit , tant sur la face antérieure de l’iris , que

eaethiopum et motu iridis , Gœttingue, 1785. — F. Hildebrandt, De mol u iridis , Brunswick, 1786 — Doemling, U cher die Ursache der Bewegung der Regenbogenliaut; dans Reil, Archiv fur die Physiologi, t. V. — Caldani, Intorno ai niovimenti delfiride ; dans Mem. delta soc. Hat., t. XIV, p. 2, p. iot-114. — - G.-A.-F. Ivluge, Diss. de iridis molu, Erford , 1806. — S. S. Guttentag, De iridis motu , Breslau, i8i5. — Littleton, On tiw causes wliiclt influence lhe size o f the pupit; dans Lond. med. and. phys. journal., t. LV1, 1816, p. 89, 265, — E.-H. Weber, Tractatus de motu iridis , LéipSick, 1821,

DE L’ORGANE DE LA VUE

sur sa face postérieure, des fibres circulaires , un peu onduleuses , et des fibres longitudinales, rayonnantes de dehors en dedans. Les premières sont surtout bien sensibles au voisinage de la grande et de la petite circonférence. Les autres se voient de préférence sur la face antérieure ; elles sont plus grosses et plus faciles à apercevoir dans le grand cercle que dans le petit.

Parmi ces fibres , il y en a de blanchâtres, qui alternent avec d’autres grises moins sensibles. Les premières se divisent plusieurs fois , sous des angles aigus , en un nombre considérable de petites branches, qui s’anastomosent ensemble à la circonférence externe du petit cercle , en donnant naissance à des arcades dont la convexité est tournée en devant , et formant ainsi une couronne compliquée, d’où partent des stries longitudinales plus petites et plus serrées , qui s’avancent en rayonnant dans le cercle intérieur , jusqu’au bord de la pupille.

1990. L’iris a une texture molle et spongieuse.

Celte membrane se compose en grande partie de nerfs et de vaisseaux, unis ensemble par du tissu muqueux; mais il est très probable qu’elle renferme aussi des fibres qui sont le siège de la faculté d’exlension et de contraction dont j’ai dit qu’elle était douée ( § 1987 ).

1991. Les nerfs de l’iris, ou les nerfs ciliaires, iriens , Ch. ( nervi ciliares ) (1), naissent de la première branche de la cinquième paire , de la sixième paire et du grand sympathique. Ils sont au nombre de vingt environ, percent la sclérotique un peu en arrière du milieu du grand diamètre de l’œil , parcourent un trajet de quelques lignes dans la substance même de cette membrane, se placent ensuite entre elle et la choroïde, adhèrent faiblement à ces deux tuniques , marchent d’arrière en avant sans fournir aucun rameau, et gagnent le bord externe du ligament ciliaire , immédiatement derrière lequel lisse partagent presque toujours en deux branches qui décrivent ensemble un angle aigu. Ces branches se portent en devant, sur la face antérieure de la choroïde, sous le ligament ciliaire,

(1) Tiedemann , Diss. de ganglio ophlaimico et nervis ciliaribus anima lium, Landshut, i8i5.

et gagnent la face antérieure de l’iris , où elles forment les fila— mens blanchâtres et rayonnans qu’on y remarque , filamens sur le trajet desquels se trouvent des rcnflemens arrondis , qui sont peut-être des ganglions.

Les nerfs ciliaires sont d’une grosseur extraordinaire en proportion du volume de l’iris. Cette membrane est une des parties du corps qui reçoit le plus de nerfs , sinon meme celle à laquelle il s’en rend davantage.

1992. Les vaisseavx de l’iris proviennent principalement des ciliaires longs ou antérieurs.

Chacune des deux artères ciliaires longues se partage, audessous du ligament ciliaire , en deux branches , qui vont à la rencontre des deux branches correspondantes de l’autre tronc artériel, et qui , en s’anastomosant avec elles, produisent, sur le bord externe de l’iris, une couronne faiblement concave en devant, d’où naissent un nombre considérable de rameaux qui s’avancent en rayonnant vers la petite circonférence de la membrane, et, se bifurquant encore, communiquent de distance en distance par des ramuscules transversaux. Us s’anastomosent surtout ensemble à la circonférence externe du cercle interne, de manière à former un cercle plus ou moins concentrique à l’ouverture pupillaire, d’où proviennent de nouveaux rameaux rayonnans , qui vont gagner la petite circonférence elle-même, et dont plusieurs cependant naissent immédiatement des rayons du grand cercle artériel externe.

Indépendamment de ces ramifications artérielles , l’iris renferme aussi beaucoup de veinules qui se jettent les unes dans les veines ciliaires longues, et les autres dans les veines tourbillonnées. Si elles semblent être moins nombreuses que les artères, et ne point former d’arcades (1), celte apparence tient vraisemblablement ù ce qu’on ne peut les remplir qu’en poussant l’injection par les artères, ou à ce que, quand on lec injecte par les troncs, elles se remplissent moins bien que ces dernières.

C’est sur la face antérieure de l’iris que les vaisseaux sont?

(x)Zinn, loc. cit., p. 94.

DE L’ORGANE DE LA VtE. 235

le plus apparens , et ils semblent n’y être retenus que par des liens très lâches.

On ne peut douter qu’ils ne charrient du sang rouge, puisque la membraune saigne lorsqu’on la blesse, et qu’on distin gue très bien leur couleur rougeâtre dans les yeux des albinos, chez lesquels le pigment est demeuré incolore , par suite d’un vice primitif de formation (1).

1993. Lors même que l’injection a parfaitement réussi, l’iris paraît être encore formé de fibres d’un blanc jaunâtre, plus ou moins sensibles, dans lesquelles j’ai déjà dit qu’on devait, suivant toutes les apparences, placer le siège des mouvemens que cette membrane a le pouvoir d’exécuter.

Plusieurs anatomistes, tels que Drelincourt (2) , Ruysch (5) et Monro (4) adoptent formellement cette opinion, ou sont du moins très disposés, comme Zinn (5) , à l’embrasser.

Les fibres sont, dit-on, les unes rayonnées et les autres circulaires : les premières s’étendent du cercle externe au cercle interne, où Ruysch prétend même qu’elles s’attachent par de petits tendons ; les autres forment la plus grande partie du cercle interne de l’iris (6). En se contractant, les longitudinales dilatent la pupille, tandis que les circulaires la resserrent.

Indépendamment des fibres circulaires , dont Ruysch et Monro s’accordent à admettre l’existence, j’ai quelquefois observé sur la face antérieure de l’iris , vers sa grande circonférence , des faisceaux circulaires bien sensibles et correspondans à ceux que Monro a découverts au même endroit dans l’œil dubœuf(7); mais ni l’examen anatomique ni l’observation des phénomènes vitaux de l’iris ne me paraissent justifier l’admission des fibres longitudinales rayonnantes.

1994. Il faut recourir à l’art pour diviser l’iris de l’homme

(1) Monro, Ueber den Baudor Fische. Léipsick. 1787, p. 7/}.

(2) Prœlud. anat. Opp. omn. p. 195.

(3) Respons. ad epist. anat. XIII, Thés. anat. II, p. i3-i5.

(4) L oc. cit., p. no-li5.

(5) Loc. cit., p. 91 et g5.

(6) Monro a représenté surtout ces fibres internes ou circulaires (toc. cit., tab. 3.)

(7) Loc. cit., tab, 2.

en deux couches , l’une anlérieure , ou l’iris proprement dit, l’autre postérieure , ou Yuvée ( menbrana uvea) ; encore même ne parvient-on jamais à isoler ces deux feuillets que par petits lambeaux. On n’est pas certain non plus que sa face antérieure soit tapissée par un prolongement de la membrane de Descemet. Ce qu’il y a de positif seulement, c’est que, si cette dernière s’étend aussi sur l’iris, elle doit y être beaucoup plus mince qu’à la face postérieure de la cornée transparente, et y avoir changé de nature.

1995. Les opinions sont partagées relativement au mode de connexion entre l’iris et la choroïde. Les uns prétendent que l’iris est un prolongement de cette dernière; les autres pensent qu’on doit le regarder comme une membranespéciale.

Les argumens qui militent en faveur de la seconde opinion sont :

i° L’épaisseur bien plus considérable de l’iris;

20 Les nerfs nombreux qui s’y rendent, tandis que la choroïde n’en reçoit aucun;

3° Les vaisseaux moins nombreux qui y apportent le sang, et qui 11e ressemblent d’ailleurs à ceux de la choroïde ni sous le rapport de leur origine, ni sous celui du mode de leur distribution ;

4° La différence qui existe entre les deux membranes, sous le point de vue des phénomènes vitaux qu’elles présentent, puisque l’iris est doué d’une vive contractilité, dont on ne trouve aucune trace dans la choroïde.

On peut encore ajouter qu’il est facile de détacher, sans beaucoup d’effort, la grande circonférence de l’iris à la suite d’une macération qui n’a pas duré à beaucoup près assez longtemps pour détruire la continuité du tissu, soit de cette membrane elle-même, soit de la choroïde.

d. Pigment.

1996. Les deux faces de la choroïde et la face postérieure de l’iris, ou l’uvée, sont couvertes d’une substance colorée en brun, dans l’état normal, qu’on nomme pigment ( pig-

DE L’ORGANE DE LA VUE

mentum nigrum) (1). Sur quelques points, principalement à la face postérieure de l’iris , on parvient à détacher ce pigment, dans une étendue plus ou moins considérable, sous la forme d’une membrane liée et cohérente. Dans quelques endroits,

; notamment à la face interne du corps ciliaire , et surtout entre les procès ciliaires, ainsi qu’à la surface de l’uvée, par conséquent, en général, dans les régions intérieures et profondes, !il est plus abondant, plus foncé en couleur et plus adhérent aux parties voisines. On en trouve beaucoup moins à la face externe qu’à la face interne de la choroïde, quoique d’ailleurs celui qui s’y rencontre ne diffère, par aucun caractère essentiel, de celui qu’on trouve ailleurs. Il n’y en a point à la partie postérieure de la face interne de la choroïde , autour de l’ouverture qui livre passage au nerf optique, de sorte que la choroïde est blanche en cet endroit.

Le pigment est composé d’une substance muqueuse particulière , et d’une autre substance colorante, dont la première lie toutes les molécules ensemble, de manière à leur faire prendre la forme d’une membrane. Sous le rapport de sa structure mécanique, la substance colorante se compose de globules. Ces globules ne sont pas entièrement noirs, mais seulement parsemés chacun de petits points d’une teinte foncée. Ils ont une forme irrégulièrement arrondie. Us sont, sur les procès ciliaires, plus petits, mais disposés en plusieurs couches superposées, et d’une couleur noire plus uniforme. A l’égard de leur composition chimique, ils contiennent, outre une quantité considérable de fer, beaucoup de carbone, qui fait près de la moitié de leur masse totale, de manière qu’ils sont, de toutes les parties du corps, celle dans laquelle on rencontre le plus de cette substance élémentaire (2).

(1) Mondini, De ocutï pigmento; dans Comm. Eonon., t.|VII , p. 29. — Elsaesser, De pigmento oculinigro, Tubingue, 1800. — L. Gmelin, Diss. sistens indagationem chimicam pigmenti nigri oculorum taurinorum et vitulinorum, adnexis quibusdam in id animadversionib us physiotogicis, Gœttingue, 1812. — F. Mondini , Sut nero pigmento dell’occhio; dans Opuscoli scientificlii di Eologna, 1818, fase. VII, p. ia-2-. — Berzelius, Djurkemi , II , p. 201.

(2) Berzelius, dans Med. cliir. truns., t. III, p. 255.— Coli, dans Mondini fils, loc. cit ., p. 17.

Le fer est la cause de leur grande pesanteur, mais non point la source de leur coloration , puisque ce métal est peu abondant dans le mucus malpighien delà peau du nègre, oûil existe même en plus petite quantité que dans celui des hommes qui font partie de la race caucasique (î).

Le pigment ressemble tellement au mucus malpighien, sous le rapport des qualités essentielles , qu’on peut admettre une identité parfaite entre eux, d’où il suit qu’on doit le considérer, non pas comme un fluide sécrété, mais comme un tisssu solide, comme un élément organique spécial et revêtu d’une forme particulière.

Page 1