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II. ALTÉRATIONS DE COMPOSITION ET DE TEXTURE

2023. Presque toutes les altérations de composition et de texture, dans l’œil comme dans les autres parties du corps, reconnaissent pour cause l’inflammation, à laquelle cet organe est très exposé. Cependant il en est plusieurs qui se développent sans qu’on puisse les considérer précisément comme les résultats d’une phlegmasie antécédente.

Les altérations de texture sont très rarement congéniales. Cependant on doit regarder comme telles les anomalies dans la coloration de l’œil, qu’on peut rapporter : i° au défaut de coloration du pigment (leucœthiopie) ; 20 aux couleurs différentes que l’iris présente dans les deux yeux , ou même dans diverses portions de son étendue; 3° au défaut de transparence. Ainsi Farar (3) a observé, chez trois enfansdela même famille, qu’au moment de la naissance , la cornée était obscurcie par une nébulosité qui disparaissait ensuite peu à peu , de la circonférence vers le centre.

Les formations nouvelles, qu’on doit considérer, soit toujours , soit au moins dans le plus grand nombre des cas , comme , des suites de l’inflammation, sont principalement les suivantes:

i° Aux paupières.

a. La grêle ( grando ), tumeur arrondie, plus ou moins dure,

(1) Augenhrankhcitcn , t. II, p. 63.

(2) Loc. cil., p. 170.

(3) Med. communie. , vol. II, p. 463.

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qui se développe au bord inférieur ou un peu au-dessous. C’est un kyste purulent, un orgelet ( hordeolum ) , que la suppuration n’a pas entièrement détruit , et qui est rempli d’albumine coagulée.

b. Le sarcome, qui est rouge, d’abord mou, ensuite plus dur, et qui se développe à la face interne des paupières, principalement chez les sujets lymphatiques.

Ici se range encore Y encanthis , tumeur qui a son siège dans la caroncule lacrymale et la troisième paupière.

2 0 A la conjonctive . Le drapeau est une élévation plus ou moins considérable, qui se développe entre la face antérieure de la sclérotique et la conjonctive qui la tapisse. Le ptéryg ion (1) naît communément dans l’angle interne de l’œil, d’où il s’étend en dehors, jusqu’à la face antérieure de la cornée transparente, ou jusqu’au-delà du milieu de cette dernière. Il est très rare d’en trouver un second, ou même un troisième, soit dans l’angle externe de l’œil, soit dans une autre région. Il renferme un nombre plus ou moins considérable de vaisseaux sanguins. Toujours sa base regarde la circonférence, et son sommet le milieu de l’œil, ce qui tient , sans contredit, à ce que la conjonctive est unie d’une manière moins intime avec la membrane sous-jacente dans le premier endroit que dans l’autre, où elle se confond réellement avec la cornée transparente.

Le pannus diffère du ptérygion en ce que c’est la substance de la conjonctive elle-même, et quelquefois aussi celle de la cornée transparente , qui est le siège de l’épaississement. La tumeur désignée sous le nom de pinguecula se développe ordinairement dans l’angle externe de l’œil, ou du moins en dehors de la cornée. Il est rare que sa grosseur surpasse celle d’une lentille. Elle est formée par la conjonctive et par le tissu cellulaire sous-jacent.

(1) Beer (/or. cit., t. II, p. 638) ne considère pas le ptérygion comme le résultat d’une inflammation. Cependant on peut citer en faveur de cette étiologie , non seulement ce qu’il affirme lui-même , que la tumeur doit ordinairement naissance à des applications de caustiques (p. 640), mais encore l’observation faite par Larrey, qui a remarqué qu’elle était une des suites fréquentes de l’ephthalmie d’Égypte.

5° A la cornée transparente (1) les principales suites de l’in- | f flamraation sont le nuage et la taie (obscuratio , maculœ, nebula, albugo, s. leucoma ), qui lanlôt ne doivent naissance qu’à de simples exsudations dans le tissu de la cornée, tantôt aussi sont les cicatrices d’ulcères de cette membrane, et qui varient sous le rapport , soit de leur étendue , soit de leur degré d’opacité. Dans le premier cas, la surface de la cornée ne diffère point, à l’endroit de la tache, de ce qu’elle eslpartout ailleurs; dans le second elle est enfoncée. La cicatrice est toujours dure , de même que la tache produite par l’exsudation , quand elle est ancienne. Du reste on ne remarque pas d’autre alté- >j ration de texture dans l’endroit qui en est le siège (3).

4° A l’iris , l’effacement de la pupille par une fausse membrane opaque , qui détermine en même temps l’adhérence de l’iris, surtout à la capsule cristalline. Puis la production de pus ou d’un liquide puriforme à la surface de l’iris, d’où résulte dans la chambre de l’œil une congestion puriforme,"'a laquelle on donne le nom d ’hypopyon. Suivant Scarpa c’est du vrai pus qui se forme ici , puisqu’on ne trouve pas , dans l’iris, d’abcès dont la rupture puisse produire cette humeur purulente (3). La nature séreuse des deux faces de l’iris parle en faveur de son opinion, mais l’autorité de Beer (4) permet au moins de douter qu’elle soit susceptible d’être érigée en règle générale.

5“ Au cristallin et à sa capsule. Ces deux parties de l’œil sont fréquemment le siège de la cataracte ( cataracta , s. suffusio ) , dont le caractère le plus général consiste à rendre opaques des parties qui sont transparentes dans l’état normal.

La cataracte varie sous le rapport du siège, de la consistance et de la couleur.

Elle est ordinairement le résultat de l’opacité du cristallin { cataracte cristalline , cataracta lenticularis) , plus rarement

(1) G.Mirault, Mémoire sur ta kératite ou inflammation de la cOrnce transparente; dans Arclr. gèn. de méd., t. III, p. 5.

(2) Wardrop , toc. cit., p. 93.

(3) Loc. cit. , p. i4g.

(4) Loc. cit., t. I,p. 436.

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de la capsule, notamment de sa face postérieure ( cataracte capsulaire, cataracla capsularis), plus rarement encore de l’humeur de Morgagni ( cataracte laiteuse, cataracta morgagniana , s. lacted). Ces trois espèces se réunissent ensemble pour donner naissance à la cataracte capsulo-cristalline ( cataracta capsulo-lenticularis ).

L’opacité commence en général par le centre (1) , et à une grande profondeur, dans la cataracte cristalline. Elle débute par la circonférence, au contraire, dans la cataracte capsulaire. Quelquefois elle n’est qu’éparse de distance en distance dans ce dernier cas , d’oû résulte la cataracte fenétre'e ( cataracta fenestrata). Le plus ordinairement, surtout chez les vieillards, quoique tous ne soient pas dans ce cas, le cristallin est plus dur qu’à l’ordinaire, en quelque sorte ossifié ou pétrifié ( cataracta dura). 11 est rarement plus mou que dans l’état normal {cataracta mollis) , ou même fluide ( cataracta Jluida). La capsule est le plus souvent endurcie, épaissie. Sa face antérieure est couverte en outre, dans certains cas ( cataracta trabiculata, pyramidata), d’une couche de substance, ayant quelquefois la consistance du tissu osseux (2), qui doit naissance à une exsudation formée par l’iris enflammé , et qu’on peut par conséquent séparer jusqu’à un certain point de la capsule (3). La cataracte est presque toujours d’un blanc grisâtre.

Il n’est pas rare, dans la cataracte cristalline et dans la cataracte capsulaire, que le cristallin et sa capsule se trouvent détachés l’un de l’autre, ou des parties voisines, par suite d’une violente commotion du corps entier. Mais le plus ordinairement leurs connexions sont plus intimes que par le passé , à tel point même qu’il y a quelquefois adhérence entre la capsule et l’iris.

Dans la cataracte pyramidale, la paroi antérieure épaissie

(1) Rudolphi ( Grundriss der Physiologie, t. II, p. 1 84) parle d’une famille de Berlin dans laquelle est héréditaire une cataracle centrale (cataracta centralis) , consistant en un seul point obscur qui se développe au centre du cristallin, et qui demeure stationnaire.

(2) Beer, Loc. cit., p. 3o3.

(3) Beer, Loc. cit., p. 297.

de la capsule fait même quelquefois saillie à travers la pupille, et s’avance jusqu’à la cornée transparente, avec laquelle elle contracte des adhérences.

6° Dans le corps vitré , la perte de la transparence ( glaucoma ) et la dissolution complète ( synchysis ) , qui accompagnent ordinairement la goutte sereine (1).

024* Les formations nouvelles qui se développent dans l’œil sont très probablement, pour la plupart, les produits d’un acte analogue à l’inflammation; cependant on ne peut pas toujours les considérer positivement comme un résultat d’une phlegmasie oculaire. On les divise, comme partout ailleurs, en celles qui ne sont anormales qu’en raison du lieu où elles se développent , et en celles qui sont tout-à-fait nouvelles.

i° Parmi les tissus qu’on rencontre ailleurs , à l’état normal, dans le corps, on distingue :

a. Le tissu cellulaire, qui, prenant la forme de fausses membranes, opère la réunion de parties primitivement séparées, et dont j’ai déjà parlé plusieurs fois , sous ce rapport , comme d’un produit de l’inflammation.

b. Le tissu vasculaire, qui naît de la même manière dans les diverses formations nouvelles, notamment dans la précédente.

c. Le tissu séreux, qui se développe dans les paupières, notamment la supérieure, sous la forme de kystes, dans l’inté- i rieur de la glande lacrymale, dans l’orbite (2), plus rarement entre la choroïde et la rétine (3). On doit probablement ranger ici les kystes qui se forment à la surface de l’iris, quand cette membrane fait hern'e à travers une ouverture de la cornée transparente.

d. Le tissu fibreux, qu’on rencontre beaucoup plus rarement. Dans un cas, la rétine était convertie en une membrane blanche, fibreuse, très solide , et tout-à-fait semblable à une aponévrose, dont la face externe adhérait d’une manière très

(1) Heister , dans Act. nat. cur., t. I. , p. 71. — Demours, loc. cit. , t. I. , p. 39o.

(2) Beer, loc. cit., t. II, p. 589 , note.

(3) Portai, Anat. mcd., t. IV, p. 4>8.

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intime à une couche osseuse interposée entre elle et la choroïde (i).

e. Le tissu osseux se manifeste le plus ordinairement sous la forme de plaques minces , plus ou moins irrégulières, entre la choroïde et la rétine, et qui doivent naissance, suivant toutes les apparences , à la métamorphose de la membrane séreuse qui tapisse la choroïde en dehors. On le rencontre plus rarement dans la cornée transparente (2), et il est probable qu’il s’y développe primitivement dans la membrane de Descemet.

On doit probablement ranger ici l’endurcissement considérable et même pierreux du cristallin opaque, et la formation de concrétions lapidescentes à la place du corps vitré, car tout porte à croire que ces dernières concrétions, même lorsqu’elles acquièrent une épaisseur considérable, ne sont point le résultat d’une métamorphose du corps vitré, mais se forment entre la choroïde et la rétine, et ne font que repousser ce corps, puisqu’on l’a trouvé refoulé et atrophié dans leur milieu (3).

f. Il est probable que, parmi les parties constituantes du tissu cutané, les productions pileuses sont les seules qui se développent d’une manière anormale dans l’œil, à moins qu’on ne veuille ranger ici les kystes qui se forment autour des hernies de l’iris, et que j’ai rapportés au système séreux. La conjonctive paraît être la seule partie de l’œil dans laquelle des poils prennent racine. Ils se développent quelquefois, sous la forme de cils anormaux ( distichiasis ) , le long du bord interne de la paupière supérieure, à la suite des ophthalmies négligées, et diffèrent des cils ordinaires, non seulement par leur situation , mais encore par leur minceur , leur petitesse et leur couleur blanchâtre (4). Il est plus rare d’en voir naître sur la conjonctive oculaire, où ils se développent, soit dans la con-

(1) Magendie, dans Demours, loc. cit. 7a, t. I.

(2) Walter, Anat. mus ., t. 1 , p. i3g. — Wardrop, loc. cit., p. 72. • — Anderson, 'Aid. , p. 73.

(3) Scarpa , p. 26g.

(4) Beer, loc. cit., p. 1 19.

jonctive même (1) , ce qui paraît être le cas le piu9 ordinaire, soit sur la cornée transparente (a). Dans le cas observé par Himly, ils étaient implantés au milieu d’une production graisseuse, et dans tous les autres cas connus, du moins dans ceux dont nous devons les détailsà Wardrop et à Demours, un ptérÿgiori ou un panons leur servait de bas, c’est-à-dire qu’ils avaient été précédés par une dégénération pathologique. Himly et Wardrop ont observé cette formation dans l’angle externe de l’œil, et Demours l’a vue dans l’angle interne. Ce dernier cas rappelle par conséquent l’accroissement considérable d’un des poils de la caroncule lacrymale, qui s’est offert à Albinus (3). Ce qu’il y a de remarquable, c’est que, dans plusieurs des cas de cette anomalie, jusqu’à présent en assez petit nombre, qui ont été publiés , il y eut une liaison évidente entre l’invasion de la pubertp et le développement des poils accidentels. Dans le' cas qui a été décrit par Wardrop, les poils ne parurent qu’à seize ans, avec la barbe , et dans celui dont nous devons la description à Himly, la tumeur, qui existait depuis l’âge de deux ans, ne devint gênante qu’à l’âge de vingt ans, sans doute parce que ce fut si cette époque seulement qü’tl se développa des poils à sa surface.

2° Les formations tout-à-fait nouvelles sont :

a. Dés èXcr'oîssances ficoïdes, qui naissent sur l’iris, dans l’inflammation syphilitique de cette membrane.

b. Le fongus hématode , qui se développe tantôt dans l’œil Im-ihême y et , à ce qu’il paraît, sur la partie postérieure delà choroïde, d’où il se porte en avant, détruisant devant lui toutes les parties de l’organe, et acquiérant souvent un volume considérable, tantôt hors de l’œil, dans la graisse de l’orbite. Peut-être doit-on ranger également ici des excroissances qui se développèrent dans l’intérieur du nerf optique (4).

c. Les1 entozoaires. Ici se rapportent vraisemblablement,' du moins quelquefois , les bydatides libres qui s’engendrent

(1) Himly, Ophlhalm. Bibl. , t. II, cah. r, p. igg. — Ware, On entropeon , p. 7. — Wardrop, p. 3i. — Demours, tab. txiv, fig. 1.

(2) Gazelles, dans Journ. de mécl. , t. XXIV.

(3) Annot. acad . , lib. III, cap, vin. 0

(4) Gallereux, dans Demours , t. I, p. y5.

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dans la g'ande lacrymale, et qu’on explique mieux de cette manière qu’en les attribuant à une transformation du tissu cellulaire (1). La filaire de Médine se rencontre quelquefois sous la conjonctive (2).

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