LANGUE
a. Etat normal.
2071. La langue ( lingua ) (1) est l’organe principal du goût, mais en même temps celui de ia parole et de la déglutition.
On peut la considérer comme la partie inférieure de la cavité orale, par conséquent du canal alimentaire, qui a pris un développement très considérable, et qui, en raison même de cette circonstance, fait saillie dans l’intérieur de la cavité.
Elle a la forme d’un carré long , entouré partout de bords arrondis, et s’amincit peu à peu d’arrière en avant.
On donne à sa partie postérieure le nom de base , et à l’antérieure celui de pointe. Elle dépasse de beaucoup, en devant et sur les cêttés, la base qui lui sert d’appui, de manière qu’elle est libre dans ces deux régions , qui forment la plus grande partie de son étendue. Sestégumens se continuent sans interruption avec la membrane buccale. Cette dernière forme, audessous de sa pointe , un repli longitudinal, d’un tissu très solide , qui s’attache au milieu de la face interne de l’os maxillaire inférieur, fixe l’organe d’une manière plus solide à la place qu’il occupe , et porte le nom de frein de la langue [frenulum linguœ ).
La langue est formée principalement de muscles qui lui permettent de servir à la parole ainsi qu’à la déglutition , et tje membranes qui en font l’organe du goût.
(1) M. Malpighi , De lingua, Bologne, 1 665 . — G. Fracassati, De lingua; avec le précédent. — L. Bellini, Gastus organon novissime détectai», Bologne, i665. — L. Heister, De lingua sana et œgrola , Altdorf, 1716. — A. F. Walter, De lingua humana, Léipsick, 172^. — J* Reverhorst, De fabrica et itsu lingua}, Leyde, 1739. — Royen, De fabrica et usa linguœ, Leyde, 1742. — J. -A. Rinder, De linguœ involucris, Strasbourg, 177S. — Bauer, Sur la structure de la langue ; dans Journal compl. des sc. mcd. , t. XIV , p.-iSi. — Gerdy, Discussions et propositions d’anatomie, de physiologie et de pathologie, Paris , 1823, p. 19, pl. 1 et 11. — Blandin, Sur la structure et les mouvemens de la langue; dans Archiv. gin. de mèd., 1. 1 ,
Sa base esl formée en arrière par l’hyoïde.
a. Muscles de la langue.
2072. Les muscles de la langue (1) peuvent être distingués en muscles de l’hyoïde et en muscles propres de la langue.
aa. Musclés de l’hyoïde.
0 ta. Mylo-hyoidien.
2073. Le muscle mylo-hyoidien ( musculus tmnsversus man dibulæ, s. mylo-hyoideus ) remplit la plus grande partie de l’espace compris entre l’hyoïde et les deux moitiés de la mâchoire inférieure, notamment celles de la portion horizontale de cet os. Il est libre en dehors, dans presque toute son étendue, et couvert,;» sa partie moyenne, par le ventre antérieur du muscle digastrique maxillaire.
C’est un muscle triangulaire et mince, dont le bord externe, qui est convexe, naît d’une ligne rugueuse située â la face interne de la portion horizontale de la mâchoire inférieure, et qui marche d’avant en arrière et de dedans en dehors. Il s’élargit considérablement d’avant en arrière. Ses fibres antérieures sont transversales. Les postérieures, dirigées d’avant en arrière et de dehors en dedans, convergent vers celles du muscle opposé. Il descend de dehors en dedans, et s’unit â ce dernier, sur la ligne médiane , de manière à n’être plus séparé de lui que par une étroite bandelette tendineuse, qui s’étend d’avant en arrière, au milieu du muscle simple produit par cette jonction. H s’attache, par la portion interne de son bord postérieur, à la partie moyenne de la face antérieure de la pièce moyenne de l’hyoïde.
Ce muscle soutient ceux de la langue qui reposent sur lui, ainsi que la glande sub-linguale , comprime le canal de Wharton et les conduits excréteurs de la glande sub-linguale, soulève ces parties , et élève l’hyoïde.
(1) Isenflamm, De motu lingitœ, Erlangue, 179a.
3io
jS/3. Génio-hyoutien.
2074. Le muscle gdnio-hyo'ulien ( musculus genio-hyoideus ) est situé immédiatement au-dessus de la partie moyenne du précédent, à côté du muscle homonyme du côté opposé. Il a la forme d’un triangle très alongé , naît de la partie supérieure de la face antérieure du corps de l’hyoïde, se dirige d’arrière en avant et de bas en haut , devient peu à peu plus mince et plus rond en montant, et s’attache à la partie inférieure de l’apophyse géni, immédiatement au-dessus du mylohyoïdien. Ses attaches antérieure et postérieure ont lieu au moyen de fibres tendineuses très courtes.
Il tire l’hyoïde en haut et en avant. Lorsque cet appareil osseux est fixé par ses muscles abaisseurs, il ramène la mâchoire inférieure en arrière et en bas^ de manière qu’il est congénère du digastrique maxillaire.
Quelquefois il n’existe pas, ou, pour parler d’une manière plus exacte, il n’est pas parfaitement développé, et se trouve remplacé par un petit muscle qui naît du tendon médian du précédent, et s’attache au digastrique de la mâchoire inférieure (1).
yy. Stylo- hyoïdien.
2075. Le muscle stylo-hyoïdien [musculus stylo-hyoicleus , s. levator ossis hyoidei ) est mince, alongé et arrondi. Il prend naissance, par un court tendon, au milieu, à peu près, de la face externe de l’apophyse styloïde, se porte en devant, eh bas et en dedans, offre une fissure, près de son extrémité inférieure, pour le passage du tendon du muscle digastrique maxillaire, et s’attache à la moitié antérieure du bord externe de la grande corne de l’hyoïde, vis-à-vis du muscle thyrohyoïdien.
Il tire l’hyoïde en haut et en arrière.
Assez souvent il est double, anomalie qui dépend de la présence d’un petit muscle accessoire.
(1) Duille, Var. musc., Lanilshut, i8i5, p. 5.
Sê . Sterno-hyoidiev.,
2076. Le muscle sterno-hyoidien ( musculus clepressor ossis hyoidei, s. sterno-liyoideus ) est mince et alongé. Il provient de la face interne de la première pièce sternale, de celle du cartilage de la première côte, et quelquefois aussi de celle de l’extrémité interne de la clavicule. De lé il se porte directement en haut. Chemin faisant, il se rapproche de celui du côté opposé, devient plus épais, et se rétrécit. Enfin il s’attache au bord inférieur de la pièce moyenne de l’hyoïde, immédiatement à côté de la ligne médiane.
Il lire l’hyoïde en bas , et comme cet appareil osseux lient à la mâchoire , lorsque celle-ci n’est pas fixée par ses muscles élévateurs, il l’abaisse aussi, de manière qu’il entre en action quand on ouvre la bouche.
Quelquefois il se confond inférieurement avec le sternothyroïdien (1), ou naît du milieu de la clavicule (2).
££• Omoplai-hyoidien.
2077. Le muscle omoplat-hyoidien , scapulo-hyoïdien , Ch. ( musculus retractor ossis hyoidei , omo-hyoideus , coracohyoideus) , est très alongé, 'mince et digastrique. Son ventre inférieur naît du bord supérieur de l’omoplate, à côté de l’échancrure coracoïdienne , quelquefois aussi du petit ligament tendu sur cette échancrure. De là le muscle se porte en haut et en devant. Entre le sterno-cléido-mastoïdien et le scalène antérieur, il dégénère en un tendon d’où provient le ventre supérieur, qui 's’attache à la pièce moyenne de l’hyoïde, en dehors du précédent, et se confond plus ou moins avec le muscle stylo-hyoïdien.
Il tire l’hyoïde en bas, eu arrière et un peu de côté.
Ce muscle offre de fréquentes anomalies. Son absence totale est rare ; cependant je l’ai observée une fois , sans que rien la
(1) Albinua, Hist. musc., p. 102.
(2) Kelch, Bcytrûgc zur pathol. Anal., Berlin, 1814, p. 02.
p. Enveloppes delà langue (i).
2082. La membrane muqueuse' qui couvre les muscles de la langue est principalement caractérisée par le développement considérable de son tissu papillaire, et par la facilité avec laquelle on en détache l’épiderme.
Le derme est plus intimement uni à la membrane musculeuse que cette couche cutanée ne l’est, dans aucune autre région du corps, avec les régions sous-jacentes.
Sa face supérieure est extrêmement raboteuse. Les inégalités qu’on y remarque sont :
cet organe dans toute leur étendue. Voici' le précis de ses observations.
La langue est composée d’une membrane, d’un tissu jaune particulier, d’un muscle lingual superficiel, de deux linguaux profonds, des linguaux transverses , des linguaux verticaux, qui sont autant de muscles intrinsèques, des deux stylo-glosses, des deux hyo-glosses, des deux génio glosses, des deux glosso-staphylins , et des faisceaux hyo-glosso-épiglottiques.
La membrane linguale est dense et comme cartilagineuse à sa surface inférieure , à laquelle s’insèrent les fibres musculaires sous-jacentes.
Le tissu jaune tapisse , à la base de la langue , la membrane d’enveloppe, qui n’a point une texture cartilagineuse en cet endroit. Il adhère à l’hyoïde, à l’épiglotte, et à beaucoup de fibres musculaires. Des follicules existent dans son intérieur.
Le muscle lingual superficiel recouvre la face supérieure et les bords de la langue , adhère fortement à sa membrane, et s’attache en arrière au tissu jaune. Ses fibres se portent en avant , les unes sur la face supérieure de la langue, en convergeant vers la ligne médiane, les autres dessus et dessous ses bords jusqu’à la pointe.
Les linguaux profonds sont deux petits faisceaux placés de chaque cûté sous les deux tiers postérieurs de la langue, entre les hyo-glosses et les génio-glosses. Leurs fibres s'attachent en arrière au tissu jaune.
Les linguaux transverses sont placés sous le lingual superficiel, traversent toute la largeur de la langue , passent entre les fibres latérales du lingual superficiel, qu’ils croisent à angle droit , et s’attachent à la membrane de la langue , sous le bord de cet organe. Un raphé fibro-celluleux les divise sur la ligne médiane. Us deviennent graduellement de plus en plus courbes vers la base de la langue.
Les linguaux verticaux s’étendent de la membrane linguale supérieure à l’inférieure, en traversant toute l’épaisseur de la langue et les linguaux
(i)J.-A. Rinder, De linguat in.volucrisy Strasbourg, 1778.
i° Des plis. On aperçoit principalement ces plis à la partie postérieure et sur les bords de la langue. Ils sont, pour la plupart , disposés d’une manière régulière, convergeas de dehors en dedans et d’avant en arrière, et serrés les uns contre les autres. Leur hauteur et leur largeur s’élèvent une demi-ligne environ. Les antérieurs présentent de nombreuses incisures transversales. Les postérieurs sont lisses, et offrent, par conséquent, une surface moins étendue que les précédens. Ceux qui existent à la partie la plus antérieure de la langue sont moins constans et moins réguliers. Souvent il règne sur le milieu du dos de la langue un enfoncement longitudinal plus ou moins sensible.
2° Des papilles (î). Très serrées les unes contre les autres, les papilles de la langue couvrent sa face dorsale presque tout entière. Elles ne sont isolées qu’à la base de l’organe , où elles acquièrent aussi un volume plus considérable.
transverses, avec lesquels ils s’enfre-croisent. Us se courbent et deviennent de plus en plus obliques vers la base de l’organe.
Les stvlo-glosses confondent leurs fibres avec celles du lingual superficiel dessus et dessous les bords de la langue, et envoient un faisceau transverse sous le tissu jaune , lequel s’unit h celui du côté opposé.
Les hyo-glosses sont placésentre les stylo et génio-glosses. Leurs fibres antérieures se dirigent, de l’hyoïde, très obliquement en haut et en avant, jusqu’au milieu de la longueur de la langue environ. Quelques unes des postérieures s’élèvent perpendiculairement à la base de la langue. D’autres se confondent avec celles du lingual superficiel, sur les bords de l’organe.
Les génio-glosses sont placés l’un à côté de l’autre , en dedans des hyo-glosses et des linguaux profonds ; leurs fibres se portent en rayonnant de l’apophyse géni aux trois quarts postérieurs de la langue , sur fa ligne médiane, jusqu’à l’hyoïde au tissu jaune et à la membrane linguale. Elles traversent de bas en haut les linguaux transversaux, le lingual superficiel, et se courbent légèrement en haut et en dehors, dans l’épaisseur même de la langue. /
Les glosso-staphylins se rendent des côtés du voile du palais sur les bords de la langue, où ils se confondent avec le lingual superficiel et le stylo-gîosse.
Les hyo-glosso-épiglottiques, petits faisceaux, ordinairement nuis chez l’homme, vont de l’hyoïde au tissu jaune , d’autres de ce tissu à l’épiglotte, d’autres encore de l’épiglotte à l’hyoïde. (Note des traducteurs.)
(r) Albinus, De diversitate papillarum tingum humaneo ; dans Annotât, acad., lib. I, c. xiv. — Sremmerring , toc. cit., tab, i, fig. i-3.
3l() ANATOMIE SPÉCIALE.
Leur forme présente de grandes différences , qui ont permis de les réduire en plusieurs classes.
La plupart sont petites, minces, triangulaires, terminées par un sommetmousse ou pointu. Celles-là sont principalement très développées sur le milieu de la langue, en devant et sur les bords. On les appelle papilles filiformes ( papillœ filiformes ).
D’autres, beaucoup plus considérables , plus isolées , bien moins nombreuses, et qui n’existent pas partout, sont renflées, à leur extrémité libre, en une tête arrondie , ce qui leur a valu le nom de papilles coniques, ou fungiformes ( papillœ fungif ormes, s. clavatœ ). Il faut cependant faire remarquer, à leur égard, qu’elles sont fréquemment remplacées par des papilles filiformes isolées, plus longues et plus grosses seulement que les autres.
Les papilles fungiformes conduisent aux plus grosses de toutes les papilles de la langue. Ces dernières, qui se trouvent à la base de l’organe , varient beaucoup sous le rapport du nombre et de la grosseur, et sont disposées en deux séries obliques, qui se touchent par une de leurs extrémités, et représentent ainsi un V, dont la pointe regarde en arrière. La plupart du temps, quoique cependant ce caractère ne soit pas constant, elles ont une forme conique, de telle sorte qu’elles s’élargissent considérablement depuis leur base jusqu’à leur extrémité libre. Elles sont logées dans un enfoncement qui se continue avec la surface de la langue, par le moyen d’un bourrelet à bords renversés. On les appelle papilles lenticulaires ( papillœ truncatœ , capüatœ , circumvallatœ). Leur nombre varie depuis trois jusqu’à vingt. Presque toujours chaque enfoncement n’en renferme qu’une seule ; mais quelquefois aussi il y en a trois et même quatre, sans que cette circonstance influe ni sur leur nombre total, ni sur leur volume. Elles ne sont point disposées avec symétrie; cependant il y en a ordinairement une qui correspond presque à la ligne médiane, et qui forme la pointe du V.
Cette dernière occupe la plus profonde de toutes les excavations, celle qu’on désigne sous le nom de trou borgne, lacune de la langue, Ch. ( foramen caecum'), indépendamment
DES ORGANES DE EA DIGESTION. 3lJ>
de laquelle il en existe quelquefois une autre encore , située derrière elle , et qui ne renferme pas de papille.
Plusieurs fois on a cru, mais sans fondement, avoir découvert, dans ce trou borgne, le conduit excréteur, soit de glandes salivaires, soit de la thyroïde (1).
2080. Les papilles de la langue , lorsqu’on les regarde à l’œil nu, et fréquemment même lorsqu’on les examine au mi- ; croscope, sans les avoir injectées, paraissent lisses dans toute leur étendue et simples ; mais quand les vaisseaux sont remplis d’injection , leur surface se montre hérissée d’une multitude de petites aspérités , qui semblent produites par des assemblages de plusieurs faisceaux ou filamens adossés les uns contre les autres. Cette texture est plus apparente à la partie antérieure qu’à la partie postérieure.
Chacun de ces filamens contient au moins un vaisseau, et lorsque l’injection réussit , toute la surface de la langue acquiert une couleur rouge. Les vaisseaux forment des arcades et des plexus très compliqués à la surface des papilles, attendu qu’ils s’anastomosent fréquemment ensemble, et qu’ils s’inclinent l’un vers l’autre à leur extrémité libre.
Chaque filament est composé, en outre, d’une masse molle et blanchâtre, qui contient probablement de la substance nerveuse. Du moins parvient-on à suivre des filets du nerf glossopharyngien dans les papilles postérieures de la langue, et des filets du rameau lingual de la cinquième paire dans les autres.
La disposition des vaisseaux est plus apparente dans les papilles antérieures de la langue que dans les postérieures, parce qu’elles renferment, proportionnellement, une quantité plus considérable de tissu muqueux (2).
2084. Derrière les papilles lenticulaires, la surface de la angue est lisse et garnie seulement d’une multitude de glandes mucipares. Les faces latérales de l’organe sont également lisses.
(1) Coschvvitz , Dediictu salivali novo , Halle, 1724. — Réfuté par Duvernoy (De duclu salivali Cosc/iru./Pubingue , 1,25) et par Haller ( Exp. et dub. circa dnctumCoschw. , Leyde , 1727).
(2) - Albinus, De fabrica papillarurn lingute l annonce; dans Annol. acad. b i.,c. xv, lab. 1. — Ilewson, Exp. Inq vol. II, p. i8G. — Sœmmening, toc. cit., lab. 1, fig. 5-9.
3l8 ANATOMIE SPÉCIALE.
On remarque seulement, sur la limite qui les sépare delà face inférieure de la cavité orale, les orifices des canaux excréteurs delà glande sous-maxillaire.
2085. La langue est couverte, surtout à sa face supérieure, par un épiderme épais, blanchâtre et humide ( perigloLtis ) (i), dont la forme correspond exactement â celle du tissu papillaire, qui parconséquent présente^ sa face supérieure une multitude d’élévations, et à sa face inférieure, celle par laquelle il regarde les papilles, un nombre correspondant de petits enfoncemens arrondis, de manière qu’au premier coup d’œil on le croirait criblé de trous, quoiqu’il ne le soit réellement pas.
2086. J’ai déjà décrit les nerfs de la langue, et déduit les raisons qui portent à croire que le rameau lingual de la cinquième paire est le principal conducteur des sensations produites par les corps sapides, tandis que l’hypoglosse ne doit être considéré que comme le nerf excitateur des mouvemens.
Malgré le grand nombre de nerfs que reçoit la langue, et malgré la sensibilité très vive qu’elle possède à sa surface, sa substance elle-même est cependant peu sensible. C’est ce qui explique comment elle peut éprouver des contusions énormes, ou comment on peut en comprendre des portions considérables dans une ligature, sans donner lieu à des accidens nerveux généraux (2).
2087. La langue est l’organe principal du goût. Elle agit aussi dans la parole, et contribue aux premières altérations que les alimens éprouvent dans la cavité orale.
La faculté gustative réside principalement à sa pointe, puis sur ses bords, enfin à sa base, et très peu, ou même nullement, dans son milieu. Cependant elle n’est pas le seul organe du goût, car le voile du palais est sensible, du moins à l’impres-
(1) Albinus, De pcrigtotticle et cor pore rcticutari linguce ; dans Annota acad., 1. 1 , c. xvi.
(2) E. Home, Obs. on tire structure on the tongue , illustrated by cases in wliich a portion ofthat organ had been removed by ligature; dans Phil. tr,> j8o5, p. 2o5-2i4.
sion île certaines saveurs, par exemple à celle des substances amères. Yoilà pourquoi la perte de la langue n’eDtraîne pas nécessairement celle du goût.
La langue sert à la parole, en ce que plusieurs consonnes, qu’on désigne par cela même sous le nom de linguales , sont produites, ou du moins articulées d’une manière plus distincte, au moyen des mouvemens qu’on lui imprime en diverses directions.
Elle contribue aussi aux changemens que les alimens éprouvent dans la cavité orale, non seulement parce qu’elle les transporte dans tous les points de cette cavité, de manière à ce que la salive les imprègne parfaitement , mais encore parce qu’elle s’oppose à ce qu’ils sortent de la bouche.
Je reviendrai sur cet usage de la langue, et ferai connaître la part qu’elle prend à la déglutition , lorsque j’aurai décrit le pharynx.-
2088. La langue n’offre pas de grandes différences qui soient relatives à son développement. Dans le principe, son volume proportionnel est plus considérable que quand l’organisme a acquis toute sa perfection. En même temps elle est plus large, et s’attache à la paroi inférieure de la langue par une étendue moins considérable de sa face inférieure , ce qui rappelle jusqu’à un certain point la conformation particulière des batraciens.
b. Etat anormal.
2089. Quelquefois la langue n’existe pas, soit par l’effet d’un vice primitif de conformation, soit à la suite d’ulcères qui l’ont détruite.
Assez souvent son frein est trop solide , trop court, ou trop long.
Il est très rare de la trouver bifurquée à sa pointe.
Il est rare aussi que les papilles lenticulaires manquent presque tout-à-fait , et soient remplacées seulement par un repli cutané, dénué de papilles (1).
(1) Louis, Mémoire physiologique et pathologique sur la langue; dans Mèm. de l’ac. de chir., t.V , p. 486-520. — Breidenstein , De morbis fin guœ, Erlangue, 1791.
L’excès de volume de la langue est rarement congénial. On l’observe plus souvent dans le cours de la vie, à la suite de quelque accident , et surtout par l’effet d’une métastase.
En pareil cas , on peut extirper une portion de l’organesans nul inconvénient. Cette anomalie semble affecter de préférence les femmes.
Le renversement de la langue en arrière , qui occasione la suffocation en bouchant l’entrée du larynx, peut être produit aussi bien par la longueur excessive que par la section totale du filet (1).
Les principales altérations de texture de la langue sont le squirrhe et le cancer.