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GLANDES ORALES

a. État anormal.

2090. Les glandes orales (g landulœ orales ) sont de deux sortes, les mucipares et les salivaires.

a. Glandes mucipares.

2091. On distingue les glandes mucipares en antérieures el postérieures.

Les antérieures sont plus isolées et lenticulaires. Elles n’ont que deux lignes dans leur plus grand diamètre. On les trouve principalement aux lèvres, aux joues, vis-à-vis des dents molaires supérieures et postérieures, entre la membrane buccale et les muscles qu’elle revêt. On les partage , d’après

(1) Il est permis de douter que lamaort ait jamais eu lieu par une cause semblable, quoique les voyageurs parlent souvent de nègres qui avalent leur langue. Des observateurs superficiels ont pu être induits en erreur par un phénomène dont les recherches de Bourdon attestent au moins la possibilité, en donnant à penser qu’un effort porté au plus haut degré, chez une personne robuste, parviendrait à déterminer la mort, et que c’est ainsi qu’on a pu, dans quelques cas, se la donner volontairement. ( Recherches sur le mécanisme de la respiration et sur la circulation du sang , Paris , i8?o , p. 84 ) ( Note des traducteurs.)

leur situation , en labiales , buccales et malaires {glandulœ labiales , buccales et molares ). II n’est pas rare que ces dernières soient confondues en une masse , dont les conduits excréteurs se réunissent pour n’en former qu’un seul.

Les poste'rieures sont les glandes palatines et les amygdales.

Les glandes palatines ( glandulœ palatines') forment une couche continue, épaisse d’une à deux lignes, qui revêt toute la voûte palatine et tout le voile du palais, dont elles occupent principalement la face postérieure.

Les amygdales , ou tonsilles ( amygdales , s. tonsillœ) , sont des corps ovalaires, longs d’environ six lignes, sur trois d’épaisseur et de largeur, qu’on trouve dans le voile du palais, sur les côtés de la luette , entre les piliers antérieurs et les postérieurs. Le fluide qu’elles sécrètent est versé dans la cavité orale par plusieurs larges ouvertures situées sur leur face antérieure.

( 3 . Glandes salivaires.

20Q2. Autour de la cavité orale, et surtout de la mâchoire inférieure, se trouvent les trois glandes salivaires orales {glandulœ saliv are s orales) , qui appartiennent àla classe des glandes conglomérées (î). Ce sont la parotide , la sous-maxillaire et la sublinguale. Toutes sécrètent une humeur particulière, la salive {saliva ) (2), qui est un des liquides les plus aqueux du corps. Cette humeur contient un principe particulier, qui n’est coagulable ni par l’ébullition, ni par le tannin, ni par l’acétate de plomb. On y trouve en outre une substance muqueuse blanche , et les sels ordinaires du sérum du sang. Elle se fait remarquer par sa grande affinité pour l’oxygène (3).

(1) N. Stenon, De gtandulis oris et nitper observalis inde prodeuniibus vasis , Leyde, 1661. — A. Nuck, Sialographia dactaum aquosorum anatome nova, Leyde, 1690. — J. -B. Siebold, Historia systemalis salivatis physiologies et paihologice considerati , Iéna , 1797.

(2) G -T. Fischer , Diss. de saliva physiologice et paihologice considerala, Breslau, 1817.

(3) Berzelius, Fortscliritte der thierischcn Chemic , Nuremberg, i8i5, p. 47- — John, Recherches chimiques sur la salive et la liqueur que les ventricules du cerveau renferment dans /’ hydrocéphale ; dans Journ. compl. des sc.mcd.y t. VI, p. 270.

Ces glandes , indépendamment des caractères généraux de la classe dont elles font partie , présentent encore plusieurs particularités qui leur appartiennent en commun , et dont je vais faire connaître les principales.

i° Elles ont une forme arrondie ;

2° Leur couleur est rougeâtre ;

3° Elles n’ont point de capsule membraneuse spéciale, ne sont entourées que d’un tissu cellulaire condensé, et tiennent assez faiblement aux parties voisines ;

4° Leur situation est telle, qu’elles ressentent l’action mécanique des muscles, et même en partie celle de la mâchoire lorsqu’elle entre en mouvement.

Il est très vraisemblable que la salive qu’elles sécrètent jouit partout des mêmes propriétés.

Malgré ces rapports généraux, elles diffèrent tellement, sous le point de vue de leur configuration , de leur volume , de leur texture , de leur situation et de leurcouleur , qu’on ne peut se dispenser de leur consacrer à chacune un article particulier.

aa. Parotide.

2093. La parotide ( parotis ) (1) est la plus grosse de toutes les glandes salivaires orales; elle pèse ordinairement quatre à cinq drachmes chez l’adulte.

Sa forme est celle d’un carré irrégulier. Ordinairement elle est un peu plus haute que large , plus surbaissée de dedans en dehors que dans tout autre sens , et cependant beaucoup plus haute et plus large qu’épaisse. Sa moitié inférieure est infiniment plus épaisse et plus large que la supérieure.

Elle se trouve placée immédiatement sous la peau , au-devant de la moitié inférieure de l’oreille externe , dans le vide qui existe entre la branche montante de l’os maxillaire inférieur en avant , le conduit auditif et l’apophyse mastoïde du temporal en arrière.

Son extrémité supérieure , qui forme aussi le plus petit de

(1) Murat, La glande parotide considérée dans ses rapports anatomiques et pathologiques, Paris, i8o3.

DES ORGANES DE Ll. DIGESTION. 5s5

ses bords, s’étend jusqu’à l’extrémité postérieure de l’arcade zygomatique, et couvre la tête de la branche montante de la mâchoire. Sa moitié antérieure, qui est la plus petite, correspond, dans toute sa hauteur, à la partie postérieure de la branche montante de la mâchoire et du muscle masseter. La moitié postérieure, dont le volume surpasse celui de la précédente, remplit l’espace dont je viens de parler. Elle couvre la portion pierreuse et l’apophyse styloïde du temporal, ainsi que les parties externes des deux muscles ptérygoïdiens , et la partie supérieure de ceux qui proviennent de l’apophyse styloïde. En arrière, la glande se termine par un bord presque droit et seulement un peu échan g é. Son extrémité inférieure descend au-dessous de l’angle de la mâchoire; elle est en contact avec la partie postérieure de la glande sous-maxillaire et avec le tendon moyen du muscle digastrique de la mâchoire inférieure.

Le bord inférieur, qui est droit, et qui monte obliquement , couvre le ventre postérieur du muscle digastrique maxillaire et ordinairement aussi une petite portion de l’extrémité supérieure du sterno-cléido-mastoïdien.

Le bord postérieur, qui est concave, s’applique contre la partie inférieure do pourtour de la portion cartilagineuse du conduit auditif.

La glande parotide est composée de petites granulations arrondies, très distinctes les unes des autres.

A peu près vers l’extrémité supérieure du tiers moyen de son bord antérieur, on voit sortir son conduit excréteur, appelé canal de Stenon ( ductus Stenonianus ) (1). Ce conduit , dont les parois ont une épaisseur très considérable, en pro portion de sa capacité, marche d’arrière en avant et de

(1) Quoique le canal parotidien porte généralement ce nom, on n’est pas certain qu’il ait été découvert par Stenon, et non par Needham ou Blaes. — N. Stenon , Diss. de glandulis oris et nupcr observatis indc prcdcuntibus vasis , Leyde , 1661. — Id., Observ. anat. quibus varia oris , oculorum et narium vasa dcscribuntur , noviqae salivai tacryrnaru mt/uc et niuci fontes dcteguntur et novum üilsii commcntum rejicitur , Leyde, 1662. — Needham, De formalo fœtu , Londres, 1667 ; dans la préface. — G. Blaes , Mise. an. Iiom. brutorumque fabricant diversam exliibentia, Amsterdam, 167a.

dehors en dedans, immédiatement soïis la peau et sur Je muscle masseter. Il est ordinairement séparé du bord inférieur de l’apophyse zygomatique par un intervalle de trois à cinq lignes. L’artère transverse de la face et quelques branches du nerf facial l’accompagnent. II passe sur le bord antérieur du muscle masseter, 'pénètre entre les fibres du buccinateur, et s’ouvrc dans la paroi latérale de la cavité orale, en face delà première dent molaire postérieure de la mfichoire supérieure, par conséquent au-devant de la rangée des dents. Son orifice est simple, et n’offre point de saillie verruqueuse.

Il n’est pas rare de trouver une parotide accessoire ( glandula paretis accessoria) , située à une plus ou moins grande distance en avant de la parotide normale , sur l’os de la pommette et l’arcade zygomatique. Celte glande ne communique jamais avec la parotide proprement dite , se partage ellemême quelquefois en deux lobes , et s’ouvre, par un petit conduit , dans le canal de Stenon. Elle paraît pouvoir être comparée à la glande orbitaire de plusieurs mammifères.

bb. Glande sous-maxillaire.

2094. La glande sous-maxillaire ( glandula maxillaris , s. submaxillaris ) (1) est au moins de moitié plus petite que la parotide. Elle a la forme d’un triangle arrondi. Elle est plus épaisse inférieurement que supérieurement, et située à la hauteur de l’angle de la mâchoire, entre sa face interne et le corps de l’hyoïde.

En dehors, elle touche à la partie inférieure de la face interne du muscle ptérygoïdien interne. En devant, elle envoie un petit prolongement au-dessus du bord postérieur et de la partie postérieure de la face inférieure du muscle myloglosse. Elle s’appuie en dedans sur l’extrémité postérieure du ventre antérieur du digastrique maxillaire, en arrière, sur le stylo-glosse.

Quoique cette glande soit bien plus petite que la précédente,

(1) Whaiton, Adenographia , c.xxi. — Van Horne, De ductibus saliva libus disp, lll, i656, i65S.

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elle est cependant composée de lobules beaucoup plus volumineux.

De son extrémité antérieure naît le conduit excréteur, appelé canal de Wharton ( duc tu s Wharlonianus ) , dont les parois sont très minces en proportion de sOn diamètre, et qui est plus ample que celui de Stenon , relativement au volume de la glande. Il se dirige obliquement de dehors en dedans et d’arrière en avant , passe au-dessus du muscle mylo-glosse , au-dessous et en dedans de la glande sous-maxillaire, en dehors du bord supérieur du muscle hyo-glosse, et se termine , par une petite saillie en forme de verrue, sur les côtés de la base du frein de la langue , par conséquent derrière la série des dents inférieures.

Plus en dedans, la substance de la glande fournit ordinairement un prolongement épais de quelques lignes, qui suit la même direction, mais ne s’étend pas aussi haut, traverse la partie interne de l’extrémité postérieure de, la glande sublinguale, et s’ouvre à côté du canal de Wharton, quelquefois par un trou commun avec un petit conduit excréteur sorti de cette dernière glande. Ce conduit commun est appel écanal de Bartholin ( ductus Bartholinianus ) (i),

cc. Glande snblinguale.

2095. La glande sublinguale ( glandula sublingualis , , s. lingualis ) (2) est située devant la précédente, de manière que son extrémité postérieure touche à l’extrémité antérieure de celle-ci. Elle occupe, de chaque côté, toute la longueur de la langue, et se trouve placée immédiatement sous la membrane buccale , au travers de laquelle il est facile de la sentir avec le doigt, et même de la reconnaître à la vue, en raison de la saillie inégale et raboteuse qu’elle forme. Comprise

(1) G. Bartholin l’a découvert dans le lion (De duclu salivali hactenus non descripto observatio , Leyde , 1 684 ) *

(2) A. -F. Walther , De tingua humana novis inventis octo subtingualibus salivie vils, nunc ex suis functionnibus , glandulis sieblingualibus eductis , Léipsick, 1724. — C.-J.Trew, De vasis linguœ, salivalibus atque sanguiferis epistola, Nuremberg, 1734.

entre cette membrane, le muscle inylo-glosse, le génio-glosse, le génio-hyoïdien et l’hyo-glosse , elle a la forme d’un triangle fort alongé, et son volume égale presque celui de la glande sous-maxillaire.

Les lobules qui la constituent sont plus petits que ceux de la précédente; elle est plus blanche et plus dure qu’elle. Elle ne s’ouvre pas non plus , comme les deux glandes dont il a été question jusqu’ici, par un seul orifice, mais par plusieurs ouvertures, dont on compte ordinairement sept ou huit, et sans former de conduit excréteur qui soit distinct de sa propre substance. On aperçoit ces ouvertures à la face inférieure de la cavité orale, de chaque côté, au-dessous de la langue et tout près d’elle. En outre, tantôt plusieurs conduits excréteurs delà portion antérieure de la glande {ductus Riviniani) se réunissent avec celui de la glande sous-maxillaire , tantôt un seul s’anastomose avec un conduit produit par la scission de ce dernier, et donne ainsi naissance au canal de Bartholîn ( § 2094 ).

2096. Il n’y a réellement ni autres glandes salivaires, ni autres conduits éducleurs de la salive. Quoique plusieurs anatomistes (1) en aient admis d’autres, il est prouvé, depuis long-temps, que les parties qu’on avait considérées comme telles, sont ou simplement des glandes mucipares, soit de la base de la langue, soit de la circonférence du larynx, ou même des artères du dos de la langue (2).

2097. Les glandes orales n’offrent aucune différence relative à leur développement qui ne leur soit commune avec celles qu’on remarque dans toutes les glandes en général.

(1) A. Vater , Novus ductus salivalis , qui in Un gu ce superficie superiore circa ejus medium nolabili nrificio hiat , Wittemberg, 1720. — Id., Novus ductus salivalis isque prœcipuus in tingùà excrctorius glandulie insignis ad latcra Lnguæ et sub cadem sitœ itemque super radicenrlinguie , epiglottidem, circa glottidem super arytienoideas usque intra œsophagum expansas , Wittemberg, 1721. — Id., De ductu salivali in lingua noviler antcliac détecta, nunc dilucidato, confirmato, novisque experimentis adaucto, unaductus excrctorius tonsillarum ac glandulce ibyreoidece , Wittemberg, 1723.— G.-D. Coschwitz , De ductu salivali novo , Halle, 1724. — Id., Continuatio observatiônum de ductu salivali, Halle , 1729.

(2) Trew, loc. cit.

b. État anormal.

2098. Les anomalies des glandes orales ne présentent, généralement parlant, rien de bien particulier.

Les vices de conformation primitifs , et purs surtout , sont rares.

Cependant on doit rapporter à cette catégorie la réunion insolite des glandes parotide et sous-maxillaire.

Ces organes , particulièrement le canal de Stenon, sont très exposés à être lésés par les corps vulnérans. Il en résulte un écoulement de la salive au dehors, qui constitue la fistule salivaire.

L’occlusion de l’orifice du canal excréteur de la glande salivaire est, souvent au moins , la cause de la grenouillette ( ranula) , quoique cette affection dépende fort souvent aussi d’un kyste de nouvelle formation (1).

L’accroissement pur et simple de volume est une anomalie rare. Le gonflement que la parotide éprouve lorsqu’elle s’enflamme a son siège dans le tissu cellulaire interposé entre ses lobules.

De même , les altérations générales de texture , telles que squirrhe et cancer, qui s’accompagnent également d’une augmentation de volume, ont leur siège, en général, non pas dans le tissu glanduleux, mais dans les glandes lymphatiques situées au dedans et au-dessous des glandes salivaires, puisque le tissu glandulaire lui-même se trouve presque toujours intact dans ce cas (2). Les tumeurs qui se développent sous la mâchoire inférieure ont aussi leur siège dans les glandes lymphatiques cervicales. Quelquefois on rencontre ici, comme sur d’autres points de l’économie, des ossifications accidentelles, avec des formations tout-A-fait anormales (3).

On trouve des concrétions calculeuses dans les amygdales

(1) Breschet, Considérations sur la tumeur nommée communément rdrmle ou grenouillette ; dans Journ. univ. des sc. méd., t. VIII, p. 296.

(2) Burns , Anatomy ofthe head and neck , p. 270.

(3) Burns, toc. cit., p. 283.

et !es conduits salivnires, notamment dans les conduits excréteurs des glandes sous-maxillaires. Ces calculs sont composés, suivant Fourcroy(i), d’une matière animale et de phosphate calcaire. Cependant, si j’en juge d’après les caractères extérieurs, un calcul salivaire que j’ai décrit (2) , paraît se rapprocher davantage des concrétions biliaires dont la cholestérine fait la base.

Les calculs qui se développent dans les amygdales , sont d’un blanc sale. L’odeur désagréable qu’ils exhalent presque toujours (3) dépend probablement, en grande partie, delà décomposition de la matière animale] qui les entoure et qui entre dans leur composition; car il arrive très souvent que cette matière seule répand une odeur très fétide, qui, de même que la formation des calculs dont il s’agit (4| , dépend d’un trouble dans les fonctions, digestiycs.

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