‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologiqueChapitre 139 sur 289 · DENTS · texte numérisé non relu

DENTS

2099. Les dents ( dentes ) (5) sont les parties les plus dures du corps. Leurs propriétés chimiques et physiques les rappro-

(1) Syst. des conn. chim., t. IX, p. 5x2. — John n’a pas trouvé autre chose dans deux calculs salivaires, dont l’un provenait du tissu même de la parotide : Chemisette Zerlegung einer Concrétion der Parotis ; dans Dculsches Arch. fiirdie Physiologie , t. IV, p. 602 : Chemisette Zerlegung einer Speichelsleins; même recueil, t. VI , p. 6o3.

(2) Handbuch der patiiologischen Anatomie , t. II , p. 11, p. 4^7-

(5) Burns, loc. cit., p. 265.

(4) Burns , ibid.

(5) En général, les ouvrages sur les dents traitent à la fois de ces parties du corps sous le point de vue de l’anatomie , de la physiologie , de la pathologie et de la thérapeutique , et ne diffèrent les uns des autres qu’en raison de celui de ces quatre rapports sur lequel l’auteur s’appesantit de préférence. J’ai donc cru devoir citer plusieurs écrits presque purement pathologiques , attendu que beaucoup d’entre eux renferment une foule de remarques générales ou particulières qui intéressent l’anatomie et la physiologie. — Eustachi, De dentibus libcllus , Venise, i563. — B. Martin , Dissertation sur les dents , Paris, 1679. — A. -G. -G. Curntne, Diss. sist. dentium historiam, Helmstaedt , 1715. — P. Fauchard, Le chirurgien dentiste, ou traité des dents, Paris, 1728. — Lecluse, Nouveaux élèmens d’odoir

ohent des os, mais elles diffèrent de ces derniers par la manière dont elles sont unies avec le corps , par leur mode de développement, et par les phénomènes vitaux qui se passent en elles. Sous tous ces rapports, elles sont plus voisines des parties épidermiques , notamment des poils et des ongles.

a. État normal, a. Etat parfait.

2100. i° Situation. Les dents sont renfermées, en grande partie, dans les alvéolés ( alveoli ) des deux mâchoires , qui les embrassent étroitement, et s’articulent avec elles par gomphose. La portion contenue dans l’alvéole porte le nom de racine ( radix dentis ). Le reste de la dent n’est pas libre. La partie moyenne, qui est la plus petite, et qu’on appelle col ( collum , s. corona dentis'), est entourée par la gencive. Tout ce qui se trouve au-dessus fait saillie et se montre à découvert dans la cavité orale; c’est le corps ou la couronne ( corpus, s. corona dentis ).

La racine et le col des dents sont revêtus d’une membrane mince, qui se continue inférieurement avec le tissu vasculaire

tologie, Paris, 1754. — Bourdet , Recherches et observations sur toutes les parties de l’art du dentiste , Paris, iy5y. — Gurtis, A treatiseon the structure and formation of the teeth. Oxford, 176g. — F.-X. de Wasserberg , Apliorismi anatomico-pliysiologici de dent ib us , Vienne , 1770. — J. Hunter , Natural history of the human teeth , Londres, 1778. — H. -G. Courtois, Le dentiste observateur , Paris, iyy5. — Broussonet, Considérations sur tes dents en général et sur les organes qui en tiennent lieu ; dans Mém. de l’ac. des sc., 1787, p. 55o. — A. -G. Berger, Diss. de dentibus, Kiel , 1788. — S.-H. Bring, Observationes in hodiernam de dentibus , prœcipue hominum , doctrinam , Lund, 1793. — F. Hirsch, Praktischa Bemerkungcn itber die Zahne, Iéna, 1801.— R. Blake, Essai on the structure, and formation of the teeth in man and various animais , Dublin, 1801. — J. Fox, Hist. nat. etmaladies des dents de l’esp. humaine, trad. par Lemaire, Paris, 1S21. — A Serres, Essai sur l’anatomie et la physiologie des dents, ou nouvelle théorie delà dentition, Paris, 1817. — F. Lavagna , Esperienzc e riflessioni sopra la carie dei denli , Gênes, 1821. — Heiîbronn , Diss. de dentibus , Berlin, 1821. — C.-G. Kaathover, De dentium formationc atquc nalura, Leydc , 1821. — J. Lemaire, Traité sur les dents, Paris, 1822.

anatomie spéciale.

el nerveux qui remplit la cavité dentaire , supérieurement avec la gencive, et qui porte le nom de périoste dentaire , quoique l’histoire de la dentition semble démontrer que ses rapports avec les dents ne sont pas de même nature que ceux qui existent entre le périoste et les os.

En outre les alvéoles sont tapissés par une membrane fibreuse et épaisse, qui, dans l’état normal, ne fait point corps avec la précédente, mais qui se continue de même, à sa partie supérieure, avec la gencive, et qu’on appelle périoste alvéolaire.

Les gencives [gengivce ) sont un tissu cellulaire ferme, résistant, épais d’une demi-ligne à peu près, qui adhère d’une manière intime à la membrane buccale, et qui ne reçoit pas beaucoup de vaisseaux ni de nerfs. Elles revêtent non seulement le col des dents, mais encore les deux faces des rebords alvéolaires des mâchoires, et fournissent de minces prolongemens qui s’étendent de la face antérieure à la face postérieure, dans tous les intervalles des dents.

Les dents de chaque mâchoire, considérées collectivement, forment une arcade, dont la convexité regarde en devant et la concavité en arrière.

En général elles sont serrées les unes contre les autres et placées à d’égales distances. Les supérieures et les inférieures se touchent par leur sommet. L’arcade que les premières forment est un peu plus grande que l’autre, parce que les dents supérieures surpassent presque toujours un peu les inférieures en grosseur. De là vient que les dents supérieures dépassent légèrement celles du bas en dehors, et même que les antérieures , qui sont plus minces , couvrent un peu ces dernières. Les postérieures inférieures ont leur sommet légèrement incliné en dedans, tandis que celui des supérieures est tourné presque directement en bas.

2° Configuration. Toutes les dents ont une forme plus ou moins alongée, se terminent un peu en pointe à leur extrémité inférieure, et y sont garnies d’une petite ouverture. Ce trou conduit dans le creux de la dent ou cavité dentaire (cavum dentis ) , excavation qui s’étend depuis le sommet des racines jusqu’à la couronne, offre peu de largeur en propor-

lion de sa longueur, représente la forme de la dent, et loge les vaisseaux et nerfs de cette dernière , réunis ensemble par du tissu cellulaire.

3° Nombre. Le nombre des dents est égal aux deux mâchoires , des deux côtés de chacune d’elles, et dans les deux sexes. Chez l’homme qui a pris tout son développement, il s’élève à trente-deux.

4° Texture. Le tissu des dents est très dur et très solide. Elles sont composées de deux substances, l 'ivoire et l 'émail.

2101. La substance osseuse, ou Y ivoire , forme la partie la plus considérable de la dent, la racine, le col et la couronne presque eutière. Elle représente par conséquent la forme générale de la dent. Sa dureté , qui surpasse celle des os proprement dits, tient à la disposition de ses molécules intégrantes et à sa composition chimique. En effet elle ne contient pas de cellules. On n’y aperçoit, encore même d’une manière peu sensible, que des couches longitudinales, situées les unes sur les autres, de dehors en dedans, et il entre dans sa composition une quantité de phosphate calcaire supérieure à celle qui existe dans les os. Cent parties de cette substance contiennent, suivant Berzelius (î), 5i,o4 de phosphate calcaire , 2,00 de fluate de chaux, 1 1 ,3o de carbonate calcaire, 1,16 de phosphate de magnésie , et 1,20 de soude , avec une quantité inappréciable d’hydrochlorate de soude ; selon Pepys , 0,64 de phosphate calcaire , 0,6 de carbonate , 0,20 de gélatine , et 0, 10 d’eau , y compris la perte (2).

2102. L’ émail [substantia vitrea) (3) est d’un blanc de lait, brillant, demi-transparent, et encore plus dur et plus solide que l’ivoire. Il couvre la couronne de la dent dans’ toute son étendue se moule exactement sur elle, et représente toutes les inégalités de la surface triturante. C’est sur cette surface qu’il a le plus d’épaisseur. Il s’amincit peu à peu vers le

(1) Gehlen, Journ. fur die Chimie und Phys., t. III, cah. x, p. 19.

(2) Fox, toc. cit.

(3) Ludwig, De corlice dentium , Léipsick, 1753. — Schregcr , Uticr den

Zahnsclimetz ; dans Rosenmuller et Iscnflamm , Bcylrüge zur Zergtiederungshunsl , t. I, cah. 1. ,

col. Il se compose de bandes obliques, ondulées , dentelées, dont la concavité regarde en haut et la concavité en bas , qui sont serrées les unes contre les autres de haut en bas , et s’emboîtent exactement (i).

L’émail contient encore plus de sels terreux que l’ivoire. On y trouve, d’après Morichini (2) : o,33 de chaux, 0,09 de magnésie, o, o5 d’alumine , 0,22 d’acides fluoriqueet phosphorique, 0,01 d’acide carbonique, 0,00 de matière animale ; selon Hatchelt (5), très peu de gélatine, avee du phosphate calcaire, qui le constitue presque entièrement; suivant Fourcroy et Vauqnelin (4), 72,90 de phosphate calcaire, 27,10 de gélatine et d’eau ; suivant Pepys (5) , 0,78 de phosphate de chaux, 0,6 de carbonate, et o,i(3 d’eau; enfin, d’après Berzelîus (6) , 85,3 de phosphate, 3,3 de fluate, 8,0 de carbonate de chaux, 1 , 5 de phosphate de magnésie, 2,0 de matière animale et d’eau.

2io5. Les vaisseaux et les nerfs des dents sont, proportion gardée, très considérables. Ils proviennent, les premiers , de l’artère maxillaire interne, les seconds, de la deuxième et de la troisième branche du nerf trijumeau , pénètrent par les ouvertures qui se trouvent au sommet des racines, au nombre desquelles le leur correspond parfaitement, et pénètrent dans la cavité dentaire, où, réunis à du tissu cellulaire, ils donnent naissance au noyau ou à la pulpe dentaire ( palpa, s. nucléus ). Vers le col de la dent ces nerfs augmentent de volume, deviennent mous et rougeâtres,' et paraissent couverts d’un réseau vasculaire (7).

Ces caractères sont communs à toutes les dents ; mais il y en a d’autres encore par lesquels elles ne se ressemblent pas ,

(1) Cumme, toc. cit., p. 9. — Schreger, toc. cit.

(2) Analisi dello smalto di un dente di elefante e dei denti umani ; dans Memorie delta socicta ilaliana, t. X, p. 1, p. 162 ; t. XII, p. 11, p. j3.

(3) P hit. trans ., 1799.

(4) Mém. de l’Institut , t. II, p, 283. — Annales de cliim., t. LV, p. 265, t. LVII, p. 37,

(5) Loc. cit.

(6) Gehlen, Journ. fur phys. und Chem., t. III, cah. 1, p. 27

(7) Serres, tue. cit., p. 52.

et qui permettent ainsi de les partager en plusieurs classes.

Elles différent les unes des autres à plusieurs égards , mais principalement :

i° Par leur situation ,

2° Par leur configuration ,

3° Par leur durée,

l\° Par l’époque de la vie à laquelle on les voit paraître.

■aio5. Sous le rapport de la situation, la différence la plus générale qu’on remarque à cet égard est celle qui existe entre les dents de la mâchoire supérieure et les dents de la mâchoire inférieure. Celles-ci se distinguent des premières en ce qu’elles sont un peu plus petites, et que la ligne en fer-à-cheval qu’elles représentent par leur réunion est moins large et moins longue, de sorte que l’arcade dentaire supérieure dépasse un peu l’inférieure de toutes parts.

2106. Les dents d’une même mâchoire diffèrent beaucoup les unes des autres par leur forme. De là leur division en trois classes , incisives , canines et molaires.

2107. Les clents incisives ( déniés incisivi , incisores , primores) sont au nombre de huit, quatre à chaque mâchoire, dont elles occupent la partie la plus interne et la plus antérieure. Ce sont elles qui diffèrent le plus des autres par la forme de leur couronne. Celle-ci, semblable à un ciseau, s’amincit beaucoup depuis le col jusqu’au sommet , qui présente une surface tranchante. La face postérieure est très concave, et l’antérieure bombée, quoique sa convexité ne soit pas proportionnée à l’excavation de la face postérieure. C’est surtout à partir du milieu de leur hauteur que les dents incisives commencent à devenir extrêmement minces. Dans l’état parfait, tant qu’elles ne sont point encore usées parla manducation , leur tranchant se partage en trois petites dentelures , une moyenne et deux latérales ; mais ces dentelures ne tardent pas à s’effacer, et le sommet de la dent ne forme plus alors qu’une ligne droite et mince, qui occupe toute la largeur de la couronne.

La racine de ces dents est simple. Elle diminue insensiblement à partir de la couronne jusqu’à son extrémité, de manière qu’elle se termine en pointe. Cependant il n’est pas

exti-aordinaire de voir régner, dans toute sa longueur, de chaque côté, une dépression indiquant la division de cette racine en deux moitiés, l’une antérieure, l’autre postérieure, et même que le sommet soit partagé en deux petites dentelures, l’une en devant, l’autre en arriére.

Sous le rapport de la direction , les dents incisives diffèrent des autres en ce qu’elles sont situées transversalement, de telle sorte que l’une de leurs faces libres regarde en avant, que l’autre est tournée en arrière , et que leur bord tranchant s’étend d’un côté à l’autre.

210S. Les dents incisives diffèrent également beaucoup les unes des autres. Nulle part ailleurs la différence entre les dents homonymes des deux mâchoires n’est aussi frappante qu’en elles, lors même qu’elles se rapprochent le plus les unes des autres à l’égard du volume. Cependant celles de la mâchoire supérieure s’étendent d’une demi-dent plus loin en dehors que cellesdelamâchoire inférieure. La grosseurdes supérieures est double au moins de celle des inférieures.

Les incisives d’une même mâchoire diffèrent aussi entre elles, tant sous le rapport du volume que sous celui de la configuration. A la vérité elles ont toutes la forme d’un ciseau , et leur bord externe est à peu près aussi élevé que l’interne ; quelquefois même il n’est aucune d’elles qui présente la différence la plus légère sous ce point de vue. Mais le plus ordinairement leur bord externe descend un peu plus bas que l’interne, et se continue avec l’inférieur par un angle arrondi.

Les incisives inférieures internes n’ont presque jamais cette forme, et les autres l’ont presque toujours. Dans les supérieures externes , on reconnaît même que le bord interne est un peu convexe en dehors, et qu’il se continue insensiblement, quoique un peu plus bas, avec l’inférieur, de manière que la surface tranchante est plus étroite que la plus grande largeur de la dent.

Ces différences dans la configuration sont remarquables en ce qu’elles établissent le passage graduel des incisives inférieures internes aux canines , par le moyen des autres.

A l’égard de la grosseur, les deux incisives internes de la

mâchoire supérieure sont un peu et souvent une fois plus volumineuses que les externes, tandis qu’à la mâchoire inférieure les quatre incisives sont à peu près aussi grosses les unes que les autres, ou que les deux externes surpassent un peu les internes.

2109. Après les incisives viennent les canines ( dettes canini , ferini , cuspidati), au nombre de quatre, une de chaque côté. Leur couronne est beaucoup plus épaisse d’avant en arrière que celle des incisives; elle ne diminue pas non plus aussi rapidement de haut en bas : voilà pourquoi leur sommet est moins tranchant. Dans le même temps, ce sommet est pointu, parce que la face inférieure ne décrit pas une ligne droite; en effet, comme les deux faces latérales cessent plus haut que dans les incisives , et que cependant la couronne des canines a tout autant d’élévation que celle de ces dernières, il en résulte que la face inférieure est composée de deux parties qui se réunissent à angle aigu dans le milieu ; par conséquent la couronne a une forme plus arrondie, plus conique ; elle dépasse un peu celle des incisives, tant en dedans qu’en dehors. Sur la face postérieure, on aperçoit, de haut en bas, dans le milieu, une légère saillie, entre laquelle et les bords latéraux se trouve un petit enfoncement. Cette disposition est plus sensible dans les canines inférieures que dans les supérieures.

Le canines sont de toutes les dents celles qui ont les plus longues racines. Ces racines sont simples et pointues. On y remarque presque toujours le sillon dont j’ai parlé à l’occasion des incisives externes.

2110. La partie postérieure de la mâchoire est occupée par les dents molaires ( dentes molares ), au nombre de vingt , dix à chaque mâchoire, cinq de chaque côté. Elles se ressemblent, et diffèrent des autres :

i° Parla largeur considérable de leur surface triturante, qui tiem à ce que la face postérieure de la couronne ne descend pas obliquement à la rencontre de l’antérieure, mais suit une direction parallèle à la sienne;

20 Par la forme généralement carrée ou arrondie de celte surface ;

3° Par les élévations et enfoncemens considérables qu’on y aperçoit;

4° Par le peu d’élévation de la couronne;

5° Parce que leurs racines sont partagées en plusieurs branches parfaitement séparées, ou du moins beaucoup plus distinctes que dans les autres dents , où cette scission n’est qu’indiquée.

2111. Malgré ces traits généraux de ressemblance, il existe cependant de grandes différences entre elles. Les principales sont celles qui ont lieu entres les deux antérieures et les trois postérieures .On donne aux premières le nom de petites molaires ou bicuspidees ( molares anteriores , s. minores , s. bicuspidati) , et aux autres, qui sont plus volumineuses, celui de grosses molaires ou multicuspidées ( molares posteriores , s. majores , s. multicuspidati ).

2112. Les petites molaires diffèrent des grosses :

i° Par leur petitesse. Elles leur sont inférieures de moitié à peu près.

2° Parce qu’elles sont comprimées d’un côté à l’autre.

5° Parce que leur surface triturante est chargée de moins d’inégalités. ,

4° Par la forme de leurs racines. Celles-ci sont tout au plus bicuspidées , et même , lorsqu’elles présentent cette forme, elles ne le sont que dans la moitié la plus éloignée de leur couronne, c’est-à-dire qu’elles n’offrent jamais une fente aussi profonde que celle des molaires postérieures. Dans la grande majorité des cas , elles sont plus larges de dedans en dehors que celles des incisives et des canines , terminées par un sommet moins pointu, et garnies de sillons latéraux moins profonds.

Les surfaces triturantes des petites molaires présentent en général deux éminences, l’une antérieure et externe, l’autre postérieure et interne. C’est de là qu’elles tirent leur nom. Cette disposition est surtout bien prononcée à la mâchoire supérieure, parce que les deux éminences s’y trouvent séparées l’une de l’autre par un sillon transversal profond. Les éminences des petites molaires inférieures sont au contraire réunies l’une à l’autre par une crête dirigée de dehors en dedans. Cette dif-

férence est remarquable en ce que les canines des deux mâchoires (§ 2109) diffèrent entre elles de la même manière. L’éminence antérieure externe est toujours plus élevée que l’interne, surtout à la première petite molaire inférieure , où l’interne n’est presque pas développée, et qui, sous les deux rapports, fait manifestement le passage des canines aux autres molaires.

Mais il n’en est pas de même de la seconde petite molaire antérieure. Ordinairement on y aperçoit , derrière l’éminence postérieure, un troisième tubercule plus petit et plus saillant, ou bien, ce qui arrive quelquefois , l’éminence postérieure est divisée en deux moitiés égales. Dans le même temps, l’externe est moins élevée , la couronne et la surface triturante ont davantage la forme d’un carré arrondi, de manière que cette dent marque évidemment le passage des molaires antérieures aux postérieures; elle est aussi toujours un peu plus grosse que l’interne.

Les petites molaires supérieures ressemblent davantage aux grosses que les inférieures, à cause du développement plus considérable de leur tubercule postérieur.

2ii3. Les trois molaires postérieures, portent, le plus ordinairement, quatre tubercules obtus, deux en dehors et deux en dedans, qui sont séparés les uns des autres par un enfoncement cruciforme. Mais ordinairement on en découvre encore un cinquième plus petit, entre les deux postérieurs, au bord de la surface triturante. Ces tubercules sont eux-mêmes chargés de plusieurs aspérités. En général , les rugosités externes sont les plus saillantes et les plus nombreuses, et assez souvent le tubercule interne est simple, surtout aux deux dernières molaires. La dernière grosse molaire est ordinairement la plus petite , et la première la plus grosse.

Le plus ordinairement, les racines de ces molaires présentent trois branches, dans lesquelles elles se divisent souvent à très peu de distance de la couronne. Il est vrai que la dernière a , en général , une racine simple ; mais cette racine u’est jamais aussi pointue que dans les canines et les incisives, et elle offre toujours au moins deux sillons très .profonds et très larges, qui annoncent une tendance à la scission. Quel- 5. 22

anatomie spéciale.

quefoi9 aussi les deux autres grosses molaires n’ont que trois branches à leur racine; mais, dans ce cas, l’une des branches est toujours bien plus large que l’autre, et garnie également d’un sillon large et profond. Chez certains sujets, cette large branche impaire se bifurque inférieurement en deux petites pointes. Ordinairement les branches des racines des dents molaires sont moins droites que les racines simples dés dents incisives et canines; elles commencent par s’écarter les unes des autres, puis elles convergent plus ou moins à leur extrémité inférieure, où elles se rapprochent même quelquefois jusqu’au point de se toucher, et de se souder ensemble par leur sommet, de manière qu’elles interceptent entre elles une portion de l’os maxillaire.

2ii<f|. Les caractères dont je viens de tracer l’énumération sont ceux au moyen desquels on distingue les unes des autres les dents qui restent implantées dans les mâchoires pendant la plus grande partie de la vie. Mais il est d’autres dents , différentes de celles-là, qui n’appartiennent qu’à une courte période de l’existence, dans le jeune âge, et qu’on appelle dents de lait (dentes décidai , s. infantiles , s. lacteï) , par opposition avec les premières, nommées dents permanentes ( dentes permanentes').

Les dents qui paraissent d’abord ne persistent pas pendant toute la vie. Plusieurs d’entre elles ne se maintiennent que jusqu’à l’âge de sept ans, et, vers la quatorzième année, toutes sont remplacées par de nouvelles dents permanentes , qui leur correspondent.

2 ii 5. Les deux classes de dents diffèrent l’une de l’autre, et par le nombre et par la forme.

Sorts le premier point de vue , il est de règle qu’on ne trouve pas plus de deux molaires à chaque mâchoire, pendant la période des dents de lait , de manière que le nombre de ces dernières ne s’élève qu’à vingt, tandis que celui des dents permanentes est de trente-deux.

Quant à la forme, on distingue aussi, parmi les dents de lait, des incisives, des canines et des molaires. Les incisives et les canines ressemblent aussi aux dents permanentes sous le rapport de leur nombre , de leur configuration et de leur

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situation; mais toutes les dents de lait, et surtout les molaires , diffèreut des permanentes qui leur correspondent:

Ie Parce qu’elles ont une couronne bien plus forte, en proportion de la racine;

2° Parce qu’elles sont moins élevées.

Relativement au volume, toutes ne présentent pas les mêmes particularités sous ce point de vue. Les incisives et canines de lait sont beaucoup plus petites , d’une manière absolue, que les permanentes, surtout les inférieures. Le contraire a lieu pour les molaires ; elles viennent immédiatement après les canines; les deux petites molaires antérieures les remplacent, et les trois molaires qu’on aperçoit en arrière de celles-ci sont des dents permanentes. Il résulte de là que les petites molaires antérieures sont, parmi les permanentes, celles qui correspondent aux deux molaires de lait, du moins sous le rapport de la . situation. Mais celles-ci sont beaucoup plus grosses; elles n’ont pas non plus la même forme que les petites molaires permanentes; car, au lieu d'être aplaties d’avant en arrière, elles sont extrêmement larges, pourvues d’une large couronne carrée , et garnies de plusieurs tubercules, ordinairement au nombre de cinq, qui circonscrivent un enfoncement médian très profond. L’antérieure est près de moitié plus petite que la postérieure, mais celle-ci est presque aussi grosse que la plus volumineuse des dents permanentes. En outre, elles ont toujours au moins deux et même ordinairement trois racines. Ainsi elles ne correspondent aux petites molaires permanentes qu’en raison de leur nombre et de leur situation; car, sous le rapport du volume et de la forme, c’cst-à dire à l’égard de deux circonstances bien plus importantes que les précédentes, elles sont les analogues des trois grosses molaires permanentes.

(3. Différences qui dépendent du développement (1).

cia. Considérations générales.

2116. Les dents parcourent plusieurs périodes, dans le

(1) Indépendamment de ceux des ouvrages cités précédemment dont les auteurs se sont occupés aussi de ce point de doctrine, on peut consulter

cours desquelles elles offrent des différences plus considérable? peut-être que celles qu’on remarque dans aucune autre partie du corps.

L’histoire de leur développement présente plusieurs phénomènes extrêmement remarquables. Les points les plus essentiels à considérer sont leur mode de développement, l’époque à laquelle elles percent, et les changemens qu’elles subissent dans le cours de la vie.

1" Les dents se développent dans de petits sacs arrondis et fermés de toutes parts, qui adhèrent de la manière la plus intime aux gencives. Ces sacs sont composés de deux membranes. Hunter croit que l’interne est seule vasculaire, tandis que Blake n’accorde ce caractère qu’à l’externe. Mais ce qu’il

les suivans : J. -J. Rau, De orhi et générations denlium, Leyde, 1694. — • J. -A. Ungebauer, De dentitione secundâ; dans Haller, Coll, diss., t. VI. — J. -G. Jaccke, De ossibus mandibularum paerorum sepiennium , Léipsick, 1751. — B. -S. Albinos, De denlium ortu et incrcmento ; dans Annot. acad. t. II, c. n. Quot dénies mulet puer, et quos , ibid. c, m. De denlium mutatione , ibid. c. 1. — Jourdain, Essai sur la formation des dents comparée avec celle des os , suivi de plusieurs expériences sur les os et sur les parties qui entrent dans leur composition , Paris, 1766. — A.-A.Brunner, De eruptione denlium lacleorum ; dans Wasserberg , Opp. min. fasc. T, Francfort, 1775. — M. Girardi, De re anatomicà oratio , Parme, 1781, tab. ;. — Andree, De prima paerorum dentitione , Léipsick, 1790. — Léveiilé, Mémoire sur les rapports qui existent entre les premières et les secondes dénis, et sur la disposition favorable de ces dernières au développement des deux mâchoires ; dans Mèm. de la soc. méd. d’Emul., t. VIII, Paris, 1811. — Miel, Quelques idées sur le rapport des deux dentitions et sur l’accroissement de la mâchoire dans l’homme; même recueil. — Duval, Mémoire sur la position relative de l’ouverture externe du canal maxillaire , pour servir à la démonstration de l’ accroissement de la mâchoire inferieure , Paris . 1812. — J. -F. Meckel, Essai sur le développement des dents chez l’homme; dans Journ. compl. des sc. méd., t. I, p.365. — Miel, Noie sur la manière dont les dents sortent des alvéoles et traversent les gencives; dans Journ. de méd., t. XXXIX, p. 235. — J.-E. Oudet, Observation d’une altération de la racine d’ une dent canine , présentant les caractères extérieurs de la maladie des os , connue sous le nom de spina veniosa , précédée de quelques considérations générales sur la pliys. dentaire ; dans Archiv. gèn. de méd., t. I , p. 34o. — Geoffroy-Saint-Hilaire. Système t ertiaire des mammifères et des oiseaux, embrassant sous de nouveaux rapports les principaux faits de l’organisation dentaires chez l’homme, Paris, 1824.

y a de certain, c’est que, comme j’ai pu m’en convaincre dans l’embryon humain et dans celui des animaux, et comme Fox l’a fort bien reconnu aussi, ces deux membranes reçoivent des vaisseaux; seulement le sang paraît affluer en plus grande abondance vers l’externe que vers l’interne. Entre les deux feuillets se trouve un fluide séreux, et la distance qui les sépare l’un de l’autre est d’autant plus considérable que le fœtus est moins avancé en âge, quoique les feuillets eux -mêmes soient plus difficiles à démontrer que chez les fœtus d’un certain âge, à cause de leur excessive petitesse.

Le feuillet externe est plus spongieux, plus lâche, plus mou et plus épais que l’interne. On le voit très distinctement se continuer avec la gencive, ce qui fait qu’on parvient aisément dans le fœtus, surtout durant les premiers temps de la grossesse, à extraire des alvéoles l’appareil dentaire tout entier tenant à la gencive.

Le feuillet interne est plus dur, mais plus mince que l’externe. On peut réussir à démontrer qu’il forme un sac à part, distinct de l’externe et de la gencive. Ses rapports avec les dents sont plus intimes que ceux du feuillet externe, car il en est l’organe formateur proprement dit. Les vaisseaux dentaires s’y répandent d’une manière bien évidente, et, lorsque les injections ont réussi, il paraît tout rouge.

20 Les petits sacs ou follicules paraissent de très bonne heure. Vers la dixième semaine on commence à en apercevoir, dans chaque moitié des deux mâchoires, quatre bien distincts, deux antérieurs plus petits, deux postérieurs plus gros, qui sont très serrés les uns contre les autres, de deux en deux, mais dont les antérieurs et les postérieurs sont séparés par un intervalle considérable. A la fin du troisième mois, on trouvé un troisième sac entre les deux paires, de sorte qu’à cette époque le nombre total des follicules est de vingt. Ordinairement on en découvre, dès la fin du quatrième mois un sixième, situé tout-à-fait en arrière, et qui est destiné à la plus antérieure des molaires permanentes.

3° Dans l’origine, ces petits sacs ne renferment qu’un fluide qui est d’abord rougeâtre , mais qui devient ensuite d’un jaune blanchâtre. Au bout d’un certain temps , dès le quatrième

mois de la grossesse, il s’élève, du fond de la membrane interne, un petit corps rougeâtre et mou, qui prend peu à peu de la consistance, et qui constitue le germe ou la pulpe dentaire ( pulpas dentis). Des vaisseaux et des nerfs nombreux, fournis par la base de la membrane interne, se répandent dans ce petit corps , qui paraît être enveloppé lui-même d’une membrane vasculaire qu’on a beaucoup de peine à détacher de sa propre substance. Il est d’abord très peu élevé, simple partout, et terminé par un sommet arrondi; mais bientôt il acquiert la forme propre à chaque sorte de dent, dont il offre l’image exacte, puisqu’il constitue réellement Je noyau autour duquel la dent elle-même se moule. Le développement de celle-ci est tel que la portion libre, celle qui correspond à la couronne , se forme la première, et qu’on y aperçoit déjà tous les enfoncemens, toutes les éminences qui doivent la garnir, tandis que le reste n’existe point encore.

L’ossification des dents commence vers le milieu de la grossesse. Sur la face libre du germe paraissent de petites écailles très délicates, minces et élastiques, qui sont molles d’abord, mais qui acquièrent peu à peu plus d’épaisseur et de consistance. Ces écailles sont creuses et très peu élevées. Elles se montrent d’abord sur les points les plus saillaris du germe, de manière à représenter les tubercules de la dent future. II s’en développe une sur chaque saillie de la pulpe dentaire Ces écailles s’unissent peu à peu les unes avec les autres. Elles ont déjà commencé à se développer, qu’il n’y a encore qu’une portion de la région du germe correspondante à la couronne qui se soit formée. Elles embrassent si exactement la partie de la pulpe qu’elles revêtent, qu’on est obligé de faire quelque peu d’effort pour les en détacher. Cependant leur face interne et la face externe du germe sont parfaitement b'sses. La difficulté qu’on éprouve à les arracher tient donc uniquement à la manière exacte dont elles embrassent ce dernier. Ce qui le démontre sans réplique, c’est qu’il suffit d’enlever une seule écaille pour pouvoir extraire aisément le germe tout entier par le vide qui résulte de cette soustraction. D’après cela, il est fort peu probable qu’il existe aucun lien organique entre la pulpe et l’ivoire, que ces deux parties de

la dent soient unies ensemble par des vaisseaux, par du tissu cellulaire , ou par toute autre substance quelconque. Mais une circonstance fort remarquable, c’est que le germe est beaucoup plus rouge dans les points où il se trouve couvert par de la substance éburnée, que dans toutes les autres parties de sa surface, et que les progrès de cette rougeur sont exactement en raison directe de ceux que fait l’ossification.

Les écailles ne tardent pas à grossir, de telle sorte que leur épaisseur est plus considérable dans les points qui se sont développés les premiers, c’est-à-dire à la surface triturante. Elles s'amincissent beaucoup en arrière, où elles sont aussi plus molles. La couronne grandit peu à peu, et finit par acquérir tout le développement dont elle est susceptible. Son extrémité inférieure, qui est resserrée sur elle-même, devient le col de la dent. Les racines sont des prolongemens de la couronne, dans la formation desquels le germe se comporte absolument de la même manière qu’en donnant naissance à celle-ci. Le nombre des racines, à l’époque même où le germe ne représente encore que la couronne de la dent, est cependant indiqué déjà par celui des branches distinctes que fournissent les vaisseaux dentaires.

L’ivoire de la dent se forme de dehors en dedans, de sorte que les petits tubercules qui paraissent les premiers sont aussi les parties qui restent toujours à découvert, et que la surface triturante, de même que la portion existante de la dent, a déjà le volume qu’elle doit conserver désormais, tandis que son épaisseur est encore extrêmement peu considérable, et sa cavité intérieure fort ample. Ce phénomène démontre, sans réplique, que la portion osseuse de la dent n’est pas fournie par la face interne de la capsule, mais par la face externe du germe, puisque, s’il n’en était pas ainsi, on observerait une disposition inverse. Peu à peu cette portion osseuse s’épaissit, et l’on voit diminuer la pulpe et la cavité dentaires, dans la même proportion, sans qu’il soit possible de supposer que le germe s’ossifie.

Peu de temps après le développement des écailles osseuses, ou en même temps qu’elles se forment , commence la sécrétion de l’émail. Cette substance est sécrétée par la face interne du

feuillet interne qui enveloppe la couronne de la dent, de manière à se mouler parfaitement sur les saillies et les dépressions qu’on y aperçoit. Le fluide que cette membrane exhale dépose sur la substance osseuse l’émail, qui est encore tellement mou, et si peu adhérent à cette dernière dans le fœtus à terme , qu’on parvient très aisément à l’en séparer. Il s’en détache facilement aussi, même dans l’état parfait, sous l’influence de certaines circonstances , entre autres, par l’action de la chaleur. Qn ne découvre point d’appareil glandulaire spécial qui soit chargé de le sécréter. Cependant il est assez facile d’en séparer les prolongemens du feuillet interne. Ces prolongemens , qui naissent de la portion de là capsule fixée A la gencive , sont d’abord très épais et humides; ils disparaissent peu à peu, à mesure que la formation de l’émaiL fait des progrès ; on doit donc les considérer comme le germe de cette production , et comme l’analogue de celui qui naît du fond de la capsule pour sécréter l’ivoire dentaire.

Les divei’ses sortes de dents ne s’ossifient point exactement d’après le même type, sous le rapport du temps et de la forme. Les premières qui paraissent sont les incisives internes, et les dernières sont les molaires postérieures. A l’égard des dents intermédiaires, celles do lait ne se comportent pas tout-à-fait de la même manière que les permanentes. Les incisives et les canines naissent par une petite écaille, et les molaires par plusieurs, c’est-à-dire les petites par deux, elles grosses par quatre ou cinq. Chaque écaille représente toujours un triangle peu épais au moment où elle su montre , de sorte qu’elle offre à peu près la forme qui caractérise constamment la couronne de la canine. Dans les incisives et les molaires, ces écailles s’étendent, et celles des incisives se chargent de deux petites pointes accessoires qui ne doivent pas naissance à des écailles particulières. Parmi les diverses écailles des dents canines, les externes et les antérieures sont les premières qui se développent; on voit ensuite paraître les internes. Dans les grosses molaires postérieures c’est l’antérieure externe qui se montre la première, puis l’antérieure interne , et les deux écailles de la première postérieure se forment dans le même ordre, La réunion des diverses écailles

obéit aussi à la même loi , de manière que , si l’on en juge d’après leur mode de développement, les grosses molaires paraissent être composées de deux dents plus petites.

Les inférieures naissent ou prennent du développement avant les supérieures. Ordinairement les écailles de la molaire de lait antérieure sont déjà réunies à la mâchoire inférieure dans le foetus à terme, tandis qu’elles ne le sont point à la mâchoire supérieure. Dans un cas où la première molaire permanente inférieure avait déjà cinq écailles osseuses, je n’en trouvai que trois à la supérieure.

2117. A quelle époque la formation de la dent est-elle achevée ? Elle ne l’est certainement point encore au moment de l’éruption , puisque la dent perce la gencive avant le développement complet de la racine; mais il reste à savoir si la dent subit encore d’autres changemens intérieurs après que sa racine est tout-à-fait formée.

Ceux qui répondent à cette question par l’affirmative se fondent sur les argumens suivans :

i° Le changement qui survient dans la dent chez les animaux qu’on nourrit avec de la garance;

20 La saillie qu’une dent fait au-dessus du niveau des autres, après l’évulsion de celles qui lui correspondent sur la mâchoire opposée ;

3° La guérison des fractures des dents.

O11 allègue surtout les faits suivans en faveur de la reproduction continuelle de l’émail :

4° Les altérations pathologiques de cette substance , particulièrement les taches noires qui, après avoir été enlevées, ne reparaissent plus lorsqu’il survient une maladie dérivative ( 1) ;

5° La durée de l’émail, qu’on ne peut expliquer, lorsqu’on a égard aux frottemens continuels des dents, qu’en admettant qu’il se reproduit sans cesse (2).

Mais on peut élever des objections contre ces divers argumens :

1) Hirsch, loc. cit. p. 17.

(a) Ibid.

546 anatomie Spéciale.

i° La coloration des os en général par la garance ne démontre pas qu’il se fasse un renouvellement continuel de substance en eux (1).

2° Il est probable qu’on doit moins admettre un accroissement de volume dans la dent que son expulsion hors de l’alvéole. Au reste le phénomène auquel on a fait allusion ne se rencontre ni dans l’homme ni dans la plupart des mammifères , quoiqu’on l’observe chez, plusieurs , notamment chez ceux, commeles rongeurs (a) , dont les dents repoussent après avoir été coupées ou arrachées.

3° La guérison des fractures des dents ne démontre pas qu’il se fasse un renouvellement continuel de la substance dentaire, mais elle atteste seulement que, dans certaines circonstances, le germe dentaire peut faire disparaître une solution de continuité par un procédé analogue à celui qui est mis en usage lorsque, dans le principe, il sécrète la substance dentaire sur tous les points de son étendue.

/j° Il n’est nullement prouvé que l’émail se régénère dans les cas pathologiques qu’on met en avant.

5° La durée de l’émail dépend de sa solidité.

Ainsi, les argumens qu’on invoque à l’appui de la formation continuelle des dents en général, et de l’émail en particulier, ne sont point concluans. Bien loin de là, le second fait que j’ai rapporté dépose contre elle. D’ailleurs le mode de développement de l’émail ne permet pas d’adopter cette théorie.

2118. A part même toute la durée de la gestation , il s’écoule un laps de temps assez long, ordinairement six mois après la naissance, sans que les dents soient visibles, du moins à l’extérieur.

Pendant cette période on trouve , à la place qu’elle doivent occuper plus tard, une masse très dure, réellement cartilagi-

(1) B. Gibson , On the effect of madderroot on th'e bones of animais ; dans Mem. of tlic literary socicly of Manchester , second sériés, vol. I , p. 1 46-

(2) Lavagna, Osservaz. sulla carie dei denti , Gênes, 1812. — Oudet, Expériences sur l’ accroissement continu et ta reproduction des dents chez les lapins, considérées sous le rapport ' de leur application à l’étude de l’organisation des dents humaines ; dans Journ. de phys. expèr., t. IV, p- 70.

neuse , relevée eu saillie tranchante garnie d’incisures nombreuses, hautes de quelques lignes, et tout-à-fait différentes de la gencive, qui s’élève de la surface des rebords alvéolaires, et remplit les fonctions des dents, c’est-à-dire sert principalement à retenir le mamelon. On peut donner à cette substance le nom de cartilage dentaire ( cartilago dentalis). Elle est très remarquable comme analogue du bec corné des oiseaux et des reptiles. Elle disparaît à mesure que les dents se développent et percent.

On découvre dans cette substance, principalement à la région des dents molaires, et en dedans, à son côté concave , plusieurs follicules de diverses grosseurs, remplis d’une substance jaunâtre, cassante et assez consistante, qui ont tout au plus une demi-ligne de diamètre, et qui n’ont pas d’orifice externe apparent. Serres a signalé le premier ces follicules (1). Suivant lui, ils ramollissent la gencive de l’enfant avant l’éruption des dents , et sécrètent plus tard le tartre dentaire. Cependant je ne les ai jamais aperçus que vers l’époque de l’éruption des dents, de sorte que , jusqu’à ce moment , je les considère simplement comme des formations nouvelles, provoquées par l’irritation que causent les dents prêtes à sortir, et dont la nature ne diffère probablement pas de celle des abcès.

2119. La surface triturante des dents permanentes , de même que celle des dents de lait , subit, en général , des changemens plus ou moins considérables pendant le cours de la vie. L’émail est usé peu à peu par le frottement, de manière que la substance osseuse se trouve mise à découvert, et que la surface triturante , d’abord formée entièrement d’émail , ne présente plus qu’une couche d’ivoire , lorsque les bords tranchans et les sommets pointus des couronnes se sont émoussés. Quand 1 usure graduelle va plus loin , de manière que la substance osseuse soit détruite jusqu’à la cavité dentaire, et celle-ci ouverte, il se produit généralement, dans la même proportion, au sommet de cette cavité, une substance blanchâtre , analogue à la substance osseuse, mais cependant un peu plus molle, qui bouche l’ouverture, et qui met à l’abri les parties conte-

(1) Loc. cil. , p. 28-33 , pl. 4 , f. 6.

nues dans la cavité (1). On peut alléguer aussi ces phénomènes eontre l’opinion de ceux qui croient à la reproduction continuelle de l’émail.

Cependant la nutrition s’affaiblit peu à peu dans les dents, et même leurs trous nourriciers finissent par s’oblitérer. N’étant plus alors retenues dans les alvéoles par aucun lien organique, elles deviennent branlantes et tombent. Les alvéoles s’affaissent, elle rebord alvéolaire s’efface tout-à-fail , après que la gencive à bouché les ouvertures des alvéoles.

bb. Considérations spéciales,

2120. Les diverses sortes de dents ne parcourent pas en même temps les différentes périodes que je viens de faire connaître en général ; mais elles le font d’une manière fort irrégulière, et plus ou moins les unes après les autres. On peut établir en général:

i° Que les diverses périodes sont parcourues d’après la même loi, de sorte que le germe de la dent dont le follicule paraît le premier est aussi celui qui se développe, s’ossifie et perce le premier;

2° Que les dents homonymes d’une même mâchoire se correspondent très exactement sous ce rapport ;

5“ Que les dents inférieures se développent avant les supérieures, et les antérieures avant les postérieures ;

4° Que le développement graduel des dents de l’homme correspond aux formes permanentes qu’on rencontre dans la série des mammifères.

aa. Dents de tait.

2121. Les dents de lait, en vertu de la première loi , naissent bien plutôt que les permanentes. L’époque à laquelle leurs follicules se développent, et l’ordre dans lequel ces derniers paraissent, ont déjà été indiqués précédemment. Les deux

(i) Hanter, loc.cil., p. 108. — Prochaska , Obs. de dccremcnto dentiam ; dans Annot. acad. fasc, I,

follicules internes sont ceux des dents incisives , et les externes ceux des molaires; le cinquième, intermédiaire, est celui de la canine.

L’ossification commence à cinq mois dans l’incisive interne , un peu plus tôt dans l’inférieure que dans la supérieure. Vient ensuite l’incfsive externe, puis la molaire antérieure. Vers la fin du cinquième mois on trouve de la substance osseuse dans ces trois dents à la ibis, tandis qu’il n’y a encore que le germe des deux autres. Je n’ai pu jusqu’à présent déterminer d’une manière bien précise laquelle des deux, de, la canine ou de la molaire postérieure, s’ossifie la première , parce que, à l’exception d’un seulcas, j’ai toujours trouvé ces dents avec ou sans traces de germe osseux à la même époque. Cependant il me paraît probable que l’ossification se fait d’abord dans la première, d’un côté parce qu’une fois j’y ai trouvé un germe osseux, tandis que la molaire en était dépourvue, de l’autre, parce que son noyau osseux m’a paru toujours plus étendu que celui de cette dernière , et enfin parce qu’elle perce avant elle. Mais ces trois circonstance- , les deux dernières surtout, ne donnent point un caractère de certitude à l’opinion conjecturale que j’émets ici.

Dès le septième mois de la vie intra-utérine, toutes les dents de lait contiennent des noyaux osseux (i).

Le nombre et la disposition des pièces osseuses par la jonctions desquelles ces dents se forment ne sont pas toujours exactement les mêmes.

Suivant Hunter (2) et Rudoiphi (3), les incisives se composent de trois pièces, l’une mitoyenne plus grande, et deux latérales plus petites. Les canines doivent naissance à un seul germe osseux, selon le premier, et à deux moitié latérales, d’après le second. Tous deux s’accordent à dire que la molaire antérieure est formée d’une pièce antérieure et d’une ou deux

(1) Blake ( Essai , p. s3 ) dit seulement qu’il a trouvé de la substance osseuse dans toutes les dents, chez un fœtus de huit mois.

(2) Loc. cit., p. 88.

(3) Ueber die Zâlme; dans de s A nalom i sclt- phy s ioloÿische Unlersuchungen,

55ü ANATOMIE SPECIALE,

pièces postérieures, et que la postérieure est produite par la réunion d’un germe antérieur avecplusieursnoyauxpostérieurs. Cependant quoique Hunier semble parler d’après l’observation, il s’exprime d’une manière très laconique à cet égard. Quant aux assertions deRudolphi, elles sont le résultat, non de recherches faites surjle développement des dents du fœtus, mais d’expériences chimiques ayant pour objet l’action des acides sur des dents parfaitement développées, action qui les réduit au nombre de pièces indiqué par ce physiologiste. Des observations nombreuses, faites sur le fœtus, m’ont appris que les incisives et les canines ne se développent jamais que par un seul germe, qui naît à la partie moyenne, d’où il s’étend peu à peu à droite et à gauche. Il m’est donc d’autant moins possible de considérer comme conformes à la nature les conclusions tirées de l’action des acides sur les dents achevées, que d’am très écrivains, par exemple, Albinus (j) et Blake (2) disent formellement que les incisives et les canines se développent par un seul point d’ossification. Mais les molaires doivent réellement naissance à plusieurs noyaux osseux, dont chacun , chose fort remarquable , correspond parfaitement au premier rudiment d’une incisive ou d’une canine simple. On voit d’abord paraître la pièce antérieure, qui est la plus grande, et qui correspond particulièrement aux incisives. Cette pièce est d’abord bien moins large, en proportion de sa hauteur, qu’elle ne doit l’être un jour. Ensuite se montre, auprès d’elle, la pièce postérieure, qui est beaucoup plus petite, prend peu à peu de l’extension , et s’unit à l’autre, soit immédiatement, soit, sur l’un des deux côtés, par l’intermédiaire d’une troisième, qui se développe encore plus tard. La seconde molaire nait régulièrement par plusieurs pièces, dont le nombre est au moins detrois, et s’élève presque toujours à quatre, une antérieure, deux latérales , et une postérieure. La pièce antérieure est toujours plus grosse que les autres.

Touteç ces pièces, à l’exception d’une petite, qui appartient à la molaire postérieure , sont ordinairement déjà soudées ensemble au terme de la naissance.

(1) De denlium ortu et incremento; dans Annal, acad., 1. II, c. n, p. 16.

(2) Loc. cit., p. 6.

Vers cette époque, la première et la seconde incisive sont presque aussi avancées l’une que l’autre dans leur développement, en ce qui concerne la couronne tout entière. Après elles vient la molaire antérieure, dont la couronne n’a cependant point encore acquis toute la hauteur qu’elle doit avoir. Au troisième rang se trouve la canine. La moins avancée de toutes est la molaire postérieure, dont la couronne très mince offre, sur un ou plusieurs points, des vides considérables à sa partie moyenne, sans parler d’une pièce qui est même lout-àfait séparée des autres. Cependant il n’est pas rare que les molaires postérieures de la mâchoire inférieure ne forment déjà qu’une seule pièce chez le fœtus à terme. D’ailleurs les vides et la séparation dont je ' viens de parler disparaissent aux deux mâchoires , dès les premiers mois qui suivent la naissance.

L’éruption des dents de lait se fait ordinairement au commencement du septième mois de la vie extra-utérine. En général, les incisives externes paraissent les premières : quelques semaines après on voit percer les internes supérieures ; un à deux mois plus tard , les externes inférieures et supérieures ; à la fin de l’année, les molaires antérieures inférieures; quelque temps après, les antérieures supérieures; vers l’âge de dix-huit mois, les inférieures; bientôt après, les canines supérieures; et vers la fin de la seconde année, les molaires postérieures; de sorte qu’à trois ans toutes les dents de lait sont sorties des mâchoires.

Les dents de lait reçoivent une artère particulière, qui est une branche de la dentaire , et qui parcourt un canal particulier de la mâchoire , dans lequel elle pénètre par une ouverture spéciale (i).

bb. Dents permanentes .

2122. Les dents permanentes se développent et percent à peu près dans le même ordre que celles de lait. Seulement elles parcourent leurs périodes avec beaucoup plus de len-

(i) Serres, loc.cit.,p. 16.

teur. On découvre d’abord , et dès avant la fin de la première moitié de la grossesse , le follicule de la molaire antérieure. Ceux des incisives ne se forment qu’au commencement du huitième mois. Us sont suivis par celui de la grosse molaire moyenne. Quelques semaines seulement après la naissance, rarement avant le septième ou le huitième mois de la gestation, se forme celui de la petite molaire antérieure. Puis paraissent celui de la petite molaire postérieure, et ordinairement à quatre ans celui de la troisième grosse molaire, la plus reculée de toutes en arrière. Les germes osseux sont visibles presque en même temps que les follicules.

L’ossification commence d’abord dans la grosse molaire antérieure. Ordinairement la pointe antérieure externe de cette dent porte, dans le dernier mois de la vie intra-utérine, et même encore à la fin de !a grossesse, une petite écaille osseuse, à laquelle s’en joignent peu à peu quatre ou cinq autres, distinctes, qui ne sont point réunies ensemble avant la fin de la première année. Cependant j’ai trouvé quelquefois dans de très gros fœtus à terme cinq écailles, à la vérité tout à-fait distinctes les unes des autres, et dont les postérieures étaient encore très petites.

La situation des dents permanentes par rapport à celle des dents de lait n’est pas la même pour toutes. Les trois molaires postérieures sont placées sur la même série que ces dernières , plus en dehors, tandis que celles qu’on doit appeler, à proprement parier , dents de remplacement, se trouvent comprises entre elles et la paroi postérieure des alvéoles, les incisives, les canines et les molaires derrière celles auxquelles elles correspondent. Les follicules des dents permanentes sont contenus d’abord dans les mêmes alvéoles que les anciennes dents. Leur mode de développement est très remarquable. Ils partent de la partie supérieure et postérieure des follicules dentaires déjà existans , de manière qu’on peut les considérer, jusqu’à un certain point , comme naissant de ces derniers par gemmation. Us reposent d’abord immédiatement sur eux, et plus tard même encore, lorsqu’ils se sont alongés , ils communiquent avec eux par des longs et minces cordons. Cependant mes observations m’ont appris que cette communication n’a lieu

qu’entre les feuillets externes des follicules dentaires, que les feuillets internes, bien aulrementessentiels, sont tout-à-fait isolés les uns des autres, de sorte que le nouveau sac dentaire interne se développe dans l’ancien, entre iuiet le feuillet externe, sans que leurs cavités soient en communication l’une avec l’autre. Si cette communication existait, il faudrait au moins qu’elle n’eût lieu qu’à une époque très reculée , puisque je n’ai jamais pu la découvrir, même en examinant les follicules des dents permanentes au moment de leur première apparition. Les nouveaux sacs sont séparés peu à peu des anciens par la formation de nouvelles cavités alvéolaires. Ces alvéoles paraissent d’abord sous l’aspect de légers enfoncemens à la paroi postérieure des anciens, enfoncemens qui, de même que les follicules , sont beaucoup plus courts que ces derniers , et s’étendent bien moins loin , au-delà du rebord alvéolaire , que ceux qui existaient dans le principe. Peu à peu il naît du fond de l’alvéole une cloison qui se porte vers son orifice. Cependant les deux alvéoles continuent toujours de communiquer ensemble par une ouverture considérable, à travers laquelle passe le cordon qui unit les deux sacs l’un à l’autre. L’élongation et l’amincissement de ce cordon dépendent de l’accroissement des mâchoires en hauteur.

Les ouvertures qui existent entre les dents incisives et canines sont visibles à la face postérieure des mâchoires. Celle de l’incisive interne correspond à la cavité de l’incisive de lait interne. Celle de l’externe est située entre la cavité de l’incisive de lait externe et celle de la canine de lait. Celle de la canine l’est derrière la cavité de la canine de lait. Les ouvertures de communication des molaires antérieures avec les cavités des molaires de lait ne sont pas visibles à l’extérieur, suivant plusieurs anatomistes (i), mais se trouvent au fond de ces dernières; cependant j’ai reconnu que, comme les premières, elles sont placées en dedans et en arrière de l’ouverture alvéolaire de la dent de lait, et qu’elles sont seulement plus étroites que les autres (2). Les follicules de la se-

(1) Albinus, toc. ct't.,p. i3-i5. — Blake , toc. cil., p. 4o. — Serres, toc. cit., p. 38.

(2) Meckel, toc. oit.

:onde et de la troisième dent molaire permanente sortent de la même manière , la première do côté externe de la première molaire de lait, l’autre, plus tard, du côté externe de la seconde. Le? ouvertures de communication de leurs cavités sc trouvent ;i la partie supérieure de la cloison qui les sépare.

Comme la mâchoire et les dents de lait acquièrent peu à peu plus de hauteur, parle développement et l’achèvement des racines, que les dents permanentes , destinées â remplacer ces dernières , ne croissent pas d’une manière proportionnelle dans cette direction, et qu’elles sont beaucoup plus larges que les dents de lait , il s’ensuit qu’insensiblement elles se trouvent placées plus bas et aussi un peu plus en dehors qu’elles. Les incisives permanentes externes sont situées derrière les internes et une partie des externes de lait; les externes permanentes, derrière ces dernières et les canines de lait; enfin les molaires antérieures, derrière les molaires de lait et entre leurs racines. Celles ci touchent presque , par leurs couronnes , aux racines des incisives permanentes internes, et les canines sont hors de rang, plus éloignées du rebord alvéolaire, et reportées plus en devant que les autres.

2125. A six ou sept ans commencent la seconde dentition , la chute des dents de lait et l’éruption des permanentes. Vers cette époque l’artère des dents de lait et son canal disparaissent plus oü moins complètement ( i), de sorte que les capsules dentaires ne reçoivent plus de fluide nourricier. Ordinairement, presque toujours même, les molaires permanentes antérieures commencent à se montrer avant le temps de la seconde dentition, ce qui a trompé quelques écrivains, et leur a fait admettre vingt-quatre dents de lait. Parmi les dents qui seules méritent le nom de dents de remplacement, les incisives internes inférieures sont ordinairement celles qui paraissent les premières. Viennent ensuite les in ternes supérieures , puis les externes; plus tard, ordinairement de treize à quatorze ans, et presque toujours en même temps , les canines et les grosses molaires moyennes ; enfin , à une époque très variable,

(i) Serres, loc: cit., p. 19.

entre seizeet vingt ans, quelquefois bienplus tard,etquelquefois même pas du tout, les dernières grosses molaires, appelées par cette raison clenLs de sagesse. Ainsi, quoique les canines permanentes naissent beaucoup plus tôt que les petites molaires, il est cependant de règle qu’elles percent bien plus tard , à une époque intermédiaire entre l’éruption de ces dernières et celle des molaires postérieures, absolument de même que les canines de lait sortent des mâchoires entre les deux molaires de lait.

L’ordre suivant lequel les dents percent est donc, en général, le même pour celles de lait et pour celles de remplacement.

Les unes et les autres imitent des types permanens chez les animaux.

L’apparition des incisives avant toutes les autres dents est remarquable en ce qu’elle rappelle le développement de l’os inter-maxillaire et de la portion moyenne correspondante de la mâchoire inférieure, qui prédomine, chez les poissons surtout, et plus ou moins aussi chez tous les animaux. Le développement plus précoce de l’inférieure représente d’une manière remarquable la conformation des ruminans et l’existence régulière des incisives et des molaires, sans canines, chez les rongeurs.

Les dents de lait subissent certains changemens avant de tomber. Leurs racines disparaissent. Elles deviennent à la fois plus courtes et plus minces, de telle sorte que leur partie interne est surtout celle qui diminue , et qu’elles se terminent plus ou moins en pointe.

Le canal, plus ou moins étroit, dans lequel la cavité de la dent permanente se plonge d’abord , s’agrandit peu à peu, de même que son orifice, à mesure que la dent grossit; enfin la cloison qui sépare l’alvéole de la dent permanente de celle de la dent de lait se détruit, et les deux dents se trouvent alors logées dans la même cavité, ainsi qu’il leur arrive dans l'origine, avec cette différence toutefois, qü’en raison de son volume plus considérable , la dent permanente pénètre aussi en partie dans l’alvéole de la dent de kit voisine.

Il est hors de doute que la destruction de la racine de la dent de lait dépend de l’action mécanique que la dent permanente exerce sur elle, d’après cette loi, que toute pression long-temps continuée sur une partie la fait disparaître, soit en mettant obstacle à la nutrition, soit en accélérant l’acte de destruction lui-même. On en a la preuve, non seulement dans le point où la racine de la dent de lait disparaît , mais encore dans un fait bien connu, c’est que les dents temporaires à la place desquelles il ne se développe pas de dents permanentes conservent une longueur extraordinaire jusque dans l’àge adulte, et souvent même pendant toute la vie (1). Quoiqu’il arrive souvent, dans ce cas, que la dent qui a persisté ainsi bien plus long-temps qu’à l’ordinaire finisse cependant par tomber (2), il n’en faut pas conclure que les dents de remplacement soient sans influence dans l’état normal , mais seulement qu’indépendamment de l’influence qu’elles exercent, les dents de lait ont , en vertu de leur destination primitive, une durée d’existence si courte, que cette action n’est pas absolument nécessaire pour déterminer leur mort. Au reste la persistance des dent de lait, même après la disparition complète de leurs vaisseaux et de leurs nerfs , est favorisée par l’adhérence qui s’établit entre leur racine et la face interne de l’alvéole (3).

La dent permanente détermine la chute de la dent de lait, principalement en détruisant, par la pression qu’elle exerce, les vaisseaux et les nerfs de cette dernière, de même que ses adhérences avec l’alvéole. La destruction de la racine n’est pas un phénomène indispensable, ni même constant, puisqu’on voit quelquefois des dents de lait tomber en conservant leurs racines bien entières (4). C’est elle qui est la cause prochaine de la chute de la dent, et non, comme on l’a prétendu, le vide qui résulte de la disparition de la cloison entre les deux

(1) Hunter, loc. cit., p. gg. — Hudson, dans Blakc , p,67. — Fox, /oc. cil., p. 4o.

(2) Fox, loc. cit.

(3) Serres, loc. cit., p. 97.

(4) Idem, loc. cit., p. 102.

alvéoles , vide dont le seul effet serait de rendre la dent fixée d’une manière moins solide (1). En effet, il n’y a réellement point de lacune ; la dent ^permanente , à mesure qu’elle détermine la destruction de la cloison , s’oppose à ce qu’il se forme un vide, puisqu’elle pénètre dans l’alvéole de la dent de lait.

2 124- D’après ce que j’ai dit précédemment, les dents se rapprochent des os en général, sous le point de vue de leur composition chimique et de leur dureté. Cependant elles en diffèrent même sous ces deux rapports :

i° Parce qu’elles sont beaucoup plus dures ;

20 Parce que leur tissu est bien plus solide;

3° Parce qu’elles sont composées de deux substances;

4° Parce qu’elles contiennent une proportion bien plus considérable de sels terreux.

Elles diffèrent en outre des os :

5° Parce qu’elles sont à nu dans une portion de leur étendue ;

6° Par leur mode de connexion avec le reste du corps, et par leurs rapports avec le germe dentaire ;

70 Par leur mode de développement ;

8° Parce qu’elles ne prennent point part aux maladies du système osseux;

90 Parce qu’elles ne reçoivent point de vaisseaux ;

io° Par la résistance bien plus grande qu’elles opposent, soit à l’action des réactifs chimiques , soit à la décomposition spontanée après la mort.

Sous tous ces rapports, au contraire, elles ressemblent, d’une manière frappante, aux parties épidermiques , rapprochement dont l’anatomie comparée confirme encore bien mieux la justesse (2).

(i) Serres, loc.cit., p. io4,

(3) Mayer et Kaathoven sont les premiers qui aient rangé les dent parmi les productions qui appartiennent au système corné, rapprochement adopté par Heusinger, et que Rudolphi a combattu, mais par de mauvais argumens.Bonn, {De contin. membran. ,1763, §r6j,Walther( Physiologie, t. 1, p. 176 ) et Lavagna (/oc. cit., p. i64) avaient déjà signalé l’analogie qui existe entre les dents et les poils. Ce point de doctrine a surtout été développé avec soin par Lavagna et depuis par Heusinger. Les motifs que ce dernier allègue sont: i° considérées dans les divers mam

b. État anormal.

2 ia5. Il n’est pas rare que les dents s’écartent de l’état normal. Le plus souvent c’est dans leur texture qu’elles offrent des anomalies. A ces altérations de texture se rattachent , sous le rapport delà fréquence, celles qui sont relatives à l’époque du développement et à l’ordre dans lequel il a lieu, puis celles qui ont rapport au nombre des pièces de l’appareil dentaire. Viennent ensuite les anomalies de situation et de direction, enfin celles qui intéressent la configuration , le volume et la continuité du tissu.

miferes, les dents offrent des transitions insensibles , depuis celles qui semblent ressembler aux os proprement dits, jusqu’à diverses parties du système corné , notamment les ongles , les cornes et les poils ; 2° les dents de plusieurs mammifères ont une texture lamelleuse, comme les ongles et les cornes, et cette texture, quoique bien évidente dans toutes, ne paraît quelquefois effacée qu’en raison de l’accumulation des sels terreux en plus grande quantité; 3° le développement des dents ressemble beaucoup à celui des ongles et des cornes ; 4° certaines dents sont expulsées et reproduites, comme il arrive aux ongles et aux cornes; 5° les dents ne se nourrissent pas , elles se forment tout d’une pièce, et la substance qui les constitue ne se renouvelle point. Ces vues étaient déjà en partie celles de Coïter, Hérissant, Cuvier et Serres. Geoffroy Saint-Hilaire les a complètement adoptées. La dent, dit-il, est un produit de transsudation, un corps inorganique, anatomiquement parlant, une masse composée de couches successives, où il n’y a rien qu’on puisse comparer à du tissu osseux. Mais le-savant naturaliste a étendues cesidées de beaucoup en démontrant qu’on doit rapporter le bec des oiseaux à la formation dentaire , fait curieux et d’une haute importance , qui justifie pleinement le rapprochement établi entre cette formation et le tissu épidermique. Il y rattache une autre idée, que nous croyons devoir énoncer sommairement ici,quoîqu’elle «e rallie à des considérations de haute physiologie , étrangères au but de cet ouvrage, c’est que, si les dents deviennent plus tard un moyen de mastication , c’est une bonne fortune dont ne manquent point de profiter les animaux qui en sont pourvus, mais que, quand les formations dentaires commencent à paraître dans le foetus, ce sont de véritables organes de fœtus , en ce sens qu’elles naissent, comme tous les organes de sens constitués, pour donner un mode de terminaison au système circulatoire des parties avancées de la tête , pour limiter un certain nombre dé troncs vasculaires. ( Note des (raduclctirs. )

DES or, CASES DE LA DIGESTION.

a. Vices de conformation.

2126. 1° Anomalies clans le développement. Ce sont les moins considérables de toutes. II n’est pas rare que toutes les dents, ou quelques unes d’entre elles seulement, paraissent plus tard qu’à l’ordinaire. C’est ce qu’on observe surtout dans les dernières molaires postérieures, à l’égard desquelles je dois faire remarquer que le retardement insolite de leur éruption n’est qu’une prolongation de l’intervalle de temps qui existe entre leur apparition et celle des autres dents, de même qu’entre l’éruption de ces dernières elles-mêmes, comparées ensemble. Il est moins commun que toutes les dents , ou quelques unes, percent plus tôt que de coutume ; cependant on voit quelquefois des enfans venir au monde avec plusieurs dents déjà visibles aux mâehoires. Ce qu’il y a de remarquable, quoique le fait dont il s’agit se concilie très bien avec les lois et les autres phénomènes de la vie végétative, c’est que cette précocité de développement paraît être favorisée d’une manière sensible par un séjour plus long du fœtus dans la matrice, puisqu’on a vu, dans des cas proportionnellement assez nombreux , des enfans dont la naissance n’avait été retardée que de quelques semaines au-delà de l’époque ordinaire apporter une ou plusieurs dents en venant au monde.

Il faut encore ranger au nombre des anomalies dans le développement la persistance des dents de lait au-delà du terme ordinaire, qui, n’apportant pas nécessairement obstacle à l’éruption des dents permanentes, entraîne une irrégularité telle, dans la disposition et la situation de ces dernières , qu’on serait tenté de croire, au premier abord, qu’il y a réellement augmentation du nombre des dents. Mais il arrive plus souvent que les dents de lait persistent sans que les permanentes paraissent, et c’est même à l’absence de celles-ci qu’on doit attribuer cette anomalie.

Indépendamment de ces différences dans le développement, qui sont relatives à la quantité, il y on a d’autres qui roulent sur la qualité. Ainsi l’on voit quelquefois les dents incisives percer toutes avant qu’il en paraisse une des supérieures, il

est beaucoup plus rare que les incisives supérieures se montrent avant les inférieures, les externes avant les internes, les molaires antérieures avant les incives externes, et les postérieures avant les canines (i). Le cas le plus rare de tous est celui dans lequel l’apparition des canines précède celle des molaires antérieures , quoique plusieurs auteurs donnent cet ordre pour normal , ou au moins pour aussi fréquent que celui dont j’ai parlé plus haut (2).

2“ Anomalies dans le nombre. Les dents dont l’éruption est le plus souvent retardée au-delà de l’époque ordinaire, les molaires postérieures, sont aussi celles auxquelles il arrive le plus fréquemment de ne paraître jamais. Cependant il n’y en a pour ainsi dire pas une seule qu’on n’ait vue manquer quelquefois (5). On n’a trouvé, chez un sujet, que quatre dents permanentes à chaque mâchoire. Un autre n’avait qu’une seule incisive à la mâchoire supérieure. On a même observé quelquefois un défaut absolu de dents (4).

11 est plus rare de trouver des dents en plus qu’en moins. Cette anomalie, abstraction faite de celle qui n’est qu’apparente, et dont j’ai parlé tout à l’heure, se présente principalement sous deux formes différentes. Tantôt les dents surnuméraires existent en même temps que les autres , tantôt aussi elles se développent après ces dernières.

Dans le premier cas, elles font partie de la même rangée que les autres, ou bien elles se trouvent hors de rang, de manière que, quand il y en a plusieurs, elles forment alors une seconde série. La plupart du temps elles sont situées derrière les dents normales, c’est-à-dire qu’il existe entre elles et ces dernières le même rapport qu’entre les dents de lait et les dents permanentes. Cette anomalie offre les mêmes variétés que celle qui dépend de la situation insolite des dents en général.

La premier degré de la multiplication des dents consiste (*)

(*) Blake, p. a5. — Fox, toc. cit., p. 7. — Serres, p. 85.

(2) Miel, Bull, de la soc. mèd. d’émal., 1817, p.

(3) Fox en rapporte plusieurs exemples.

(4) P°x) loc. cit., — Sabatier, Anat., t. I, p. 78.

dans le développement d’une ou de plusieurs éminences arrondies sur les parties latérales de la couronne. Il en résulte ce qu’on appelle des dents prolifères fclentes proliferi ) (1). Ce vice de conformation paraît appartenir d’une manière presque exclusive aux dents molaires, et il est remarquable en ce qu’il offre un développement plus prononcé du caractère qui les distingue, l’existence de plusieurs pointes sur leur couronne.

L’anomalie est portée à un plus haut degré encore quand il existe sur une dent normale d’autres dents, plus petites, séparées les unes des autres, et qui semblent devoir naissance à des germes particuliers. Dans le seul cas de cette conformation vicieuse que je connaisse, et qui se rapporte à une canine, le nombre des dents accessoires était de trois; ces petites dents étaient beaucoup plus petites que la canine normale, mais toutes formées d’après le même type; elles reposaient sur la base de la couronne, et suivaient la même direction qu’elle (2).

Le plus souvent les dents surnuméraires s’observent à la mâchoire supérieure, et en devant, au voisinage des canines et des incisives. Cette particularité est très remarquable, attendu que, chez plusieurs animaux, le nombre des dents antérieures est plus grand à la mâchoire supérieure qu’à l’inférieure. Ordinairement elles diffèrent de toutes les dents normales par leur forme et leur volume, étant plus petites et coniques, quelquefois bicuspidées. Lorsqu’on les rencontre à la partie postérieure de la bouche, elles ne ressemblent point à des dents de sagesse. Leur nombre varie. En général , il n’y en a que quelques unes , mais on en a quelquefois trouvé beaucoup; dans un cas même le nombre total des dents s’élevait à soixante-douze, savoir, à chaque mâchoire huit incisives,

(1) Bartholin , Hist. anat. rar., c. 1, p. 49- — Serres, toc. eit., p. 160. — Linden, Mcdic. pliys., cap xui , art. 5. — Oudet, dans Bull, de la fac. demèd. , 1821, n° 1, p. 369. — Geoffroy-Saint-Hilaire a déerit’et figuré une de ces dents (Syst. dentaire des mammif. et des oiseaux., p. 77, pl. 1, fig. 18).

(2) Lemaire, Deux observations d’anatomie pathologique sur les dents; dans Journ. de mèd., t. XXXVI, p. 252.

AHATOMIE SPECIALE.

quatre canines et vingt-quatre molaires (1). Il est possible cependant que ce fait ne soit pas parfaitement exact, et qu’on ne doive le considérer que comme un exemple de l’existence simultanée des dents de lait et des dents permanentes. Quelquefois aussi, lorsqu’il y a plus de dents qu’à l'ordinaire, cette anomalie résulte de ce qu'une ou quelques unes se sont partagées en plusieurs.

Le second mode de multiplication des dents a repu le nom de troisième dentition. Il y a même quelquefois une quatrième dentition, quoique les exemples qu’on en rapporte ne soient pas bien dignes de foi. Les principales circonstances de ce phénomène remarquable sont les suivantes:

a. L’invasion de la troisième dcntion s’annonce par les mêmes accidens que ceux de la première et de la seconde.

Les nouvelles dents sont plus petites que celles qu’elles remplacent. Elles durent moins long-temps, et ne tardent ordinairement guère à tomber.

b. L’époque de leur formation n’est pas déterminée. Si l’on en juge d’après quelques faits, elles semblent naître plus tôt qu’elles ne percent; cependant il est très probable qu’il y a, sous ce rapport, des différences individuelles.

c. La troisième dentition s’opère ordinairement à une époque très avancée de la vie.

d. Le temps qui s’écoule entre la troisième et la seconde dentitions n’est pas toujours le même. Cependant, presque toujours, les troisièmes dents paraissent peu de temps après la chute des secondes.

e. On observe, sous ce rapport, des différences qui tiennent, les unes à la quantité, et les autres à la qualité. Il est plus ordinaire qu’une seule dent, ou quelques unes seulement, se renouvellent ainsi, que toutes. Les molaires postérieures paraissent être celles qui se renouvellent le plus souvent., et quand bien même cette donnée serait inexacte, il n’en serait pas moins vrai que, lorsqu’elles sont ainsi remplacées par d’autres, les choses se passent de la même manière qu’à l’époque de la seconde dentition.

(1) Arncld, Obs. i>hys. med., p. 69.

3°. Anomalies dans la situation et la direction. Elles offrent des différences considérables.

a. Situation. Sous ce rapport, les dents s’écartent de la règle, rarement à la vérité , en ce que, si elles ne se placent pas hors de rang, cependant elles changent d’emplacement, de manière que l’anomalie dont il s’agit ici appartient à l’histoire de l’inversion latérale. Ainsi, la canine se trouve quelquefois entre les deux incisives. Dans d’autres cas, c’est la première molaire antérieure qui a pris la place de la canine, et celle-ci est située entre elle et la seconde (i). Quelquefois aussi les dents se développent dans des parties des mâchoires où il n’est pas ordinaire d’en rencontrer. Ces dents insolites se remarquent surtout fréquemment dans l’apophyse palatine 4e l’os maxillaire supérieur, immédiatement derrière Jçs dents normales , ou à une certaine distance derrière elles. A la mâchoire inférieure , c’est dans son angle qu’elles ont principalement leur siège. L’étroitesse de la mâchoire fait qu’elles sont quelquefois saillantes au-dessus des autres, cas dans lequel leur direction est en même temps moins perpendiculaire.

b. Direction. Il n’est pas rare , ce qui tient surtout à l’étroitesse de la mâchoire, que les dents soient obliques, c’est-àdire que leurs faces regardent les côtés, et que leurs bords soient tournés en arrière et en avant. Il est extrêmement rare , au contraire, de les trouver tout-à-fait renversées, c’est-àdire que les sommets de leurs racines soient dirigés vers le bord alvéolaire, et les couronnes vers la région opposée de la mâchoire.

4° Anomalies dans la configuration. La forme des dents s’écarte de la règle d’un grand nombre de manières différentes.

rz. Rel ativement à la dent entière , cette conformation anormale s’exprime par l’adhérence de deux dents voisines, qui tantôt s’étend à toute leur longueur, et tantôt est bornée seulement à une portion de leur étendue, le plus ordinairement aux racines (2).

b. Couronne. La surface triturante de la couronne a quclque-

(1) Miel, Observation sur un cas très rare de transposition des dents; dans Journal de mèd ., t. XL, 1817, p. 88.

(2) Fox, toc. cit., tab. vm, fig. 8-1 1,

fois une forme tout-à-fait différente de celle qui la distingue communément. La première grosse molaire paraît surtout avoir une tendance particulière au développement incomplet de cette surface; car il m’est arrivé quelquefois de la trouver à droite et à gauche, dans les deux mâchoires, chargée d’une quantité considérable de petites éminences, anomalie remarquable, à cause de l’analogie qu’elle établit avec les molaires du cochon.

Le reste de la couronne , au lieu d’être lisse, comme à l’ordinaire, présente quelquefois des élévations et des dépressions arrondies, transversales et longitudinales, ce qui dépend de, ce que l’émail n’a point été sécrété en quantité suffisante (1).

Il est plus rare que la couronne offre, dans tout son ensemble, une configuration tellement irrégulière qu’on serait tenté de croire qu’elle a été comprimée de haut en bas et renversée sur elle-même (2).

c. Racines. Les racines s’écartent plus souvent de la règle que les couronnes. Leurs principales anomalies consistent en ce qu’il y en a plus qu’à l’ordinaire, ou en ce qu’elles n’ont pas la direction accoutumée.

Ainsi quelquefois, quoique fort rarement, les molaires supérieures ont cinq racines (3), et les inférieures quatre (4). Il arrive plus souvent à ces dernières d’en avoir trois. Chez certains sujets, on en trouve deux aux canines, et plus rarement aux incisives (5).

La direction anormale des racines des dents consiste principalement dans leur courbure excessive , en forme de crochet (6), ou dans leur obliquité. Ces deux anomalies se rencontrent surtout dans les grosses molaires, auxquelles elles procurent plus de solidité.

5° Anomalies dans le volume. Ce sont principalement les incisives supérieures internes qui s’écartent de la règle, par

(1) Fox, loc. cil., tab. vm, fig. i\.

(2) Idem, toc. cit., tab, vm, fig. 11-12.

(5) Idem, loc. ci t., fig. i3.

(4) Idem, loc. cit., fig. 11.

(5) Tesmer, Obs. ostcol., t. I, fig. i-\.

(6) Lemaire , loc. cit., p. 254.

suite (l’un vice de première formation, en ce qu’elles offrent un volume supérieur à celui qu’elles ont d’ordinaire. Mais la masse et le volume des dents peuvent aussi être accrus ou diminués par l’influence d’une énergie trop ou trop peu considérable de l’acte qui leur donne naissance.

Les racines surtout sont sujettes à augmenter de volume , à être frappées d 'hypérostose (i). Cependant on voit aussi, quoique dans des cas plus rares, la couronne être plus grosse que de coutume, et même à un degré très considérable. Il faut également ranger ici la formation, dans la cavité de la dent, d’une substance osseuse, qui tantôt adhère aux parois, et tantôt se trouve seulement au milieu de la pulpe molle qui remplit cette cavité (2).

Le contraire de l’hypérostose est Y atrophie. Lorsque cette dernière a établi son siège dans la couronne, elle ne s’étend quelquefois pas au-delà de l’émail, ou du moins elle commence par la couche émailleuse, quoiqu’elle se propage aussi peu à peu à la substance osseuse, sans que celle-ci soit altérée dans sa texture, et sans que la cavité intérieure soit mise à découvert. Les dents antérieures sont plus particulièrement sujettes à cette maladie , qui n’attaque que leur face antérieure , et s’observe surtout chez les sujets rachitiques.

6° Solutions de continuité. Les fractures des dents surviennent rarement sans avoir été précédées d’une altération de texture qui a rendu ces parties cassantes. Dans ce cas, soit que l’esquille se détache, soit qu’il y ait simplement fissure, la solution de continuité ne guérit pas, tandis qu’elle guérit très bien, même après une perte de substance, lorsque la dent était parfaitement saine. Ceci s’applique également aux fractures longitudinales et aux transversales. Cependant il n’y a que les fractures des racines qui se consolident. Celles des couronnes ne guérissent pas , ce qui tient, sans contredit , à ce que la guérison se fait par une exsudation de substance osseuse à la face externe du germe dentaire, d’après la même

(1) Fox, toc. cit., tab. 1.

(2) Duval, Cons. méd. sur les dents ; dans Journ. de mcd. , t. XXXVI; Bull, de la fac. de méd., /i. 101.

loi que celle qui préside à la formation normale de la dent. Il paraît donc, d’après cela, que la membrane externe, celle qu’on appelle 1 c périoste de la dent, ne prend pas plus de part à la cicatrisation qu’à la formation primitive de la dent (i).

(3. Altérations do texture.

2127. Les alterations de texture des dents sont :

i° La carie. C’est la plus commune de toutes. Elle marche ordinairement de dehors en dedans, plus rarement de dedans en dehors , commence par la destruction de l’émail , et s’étend rarement au-delà de la couronne. Elle attaque de préférence les molaires. Elle est rare, ou même ne s’observe jamais dans un âge avancé.

Il arrive quelquefois au germe de s’enflammer, de suppurer et de mourir, indépendamment de la substance solide de la dent (2). Son inflammation paraît précéder la carie de cette dernière (3). ;

20 Les dents participent rarement au ramollissement général des os.

3° La formation dans l’alvéole do kystes remplis d’un liquide tantôt séreux, et tantôt plus épais. Ces kystes occasionent la dectruction partielle de la racine de la dent.

Assez souvent la gencive se ramollit ; alors elle devient saignante au moindre contact.

Le gonflement anormal de ce tissu , avec ramollissement , constitue Yepulis, dénomination qui embrasse cependant des altérations de texture très différentes les unes des autres.

(1) Duval , Sur ta consolidation des fractures des dents ; dans Journ. de mèd. , t. XIII, p-, 275.

(2) Idem , toc. cit. , t. XXXVI, p, 99, 100.

(3) Serres, toc. cit., p. 5 1 .

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