ŒSOPHAGE
2137. L 'œsophage ( œsophagus ) (1) est la partie du canal alimentaire qui se trouve comprise entre le pharynx et l'estomac. Plus étroit que l’un et l’autre , il se continue avec eux, à ses deux extrémités , par des portions dilatées en manière d’entonnoir.
Ce canal est situé dans le médiastin postérieur , et placé, dans toute sa longueur, devant la colonne vertébrale. Sa partie supérieure correspond directement à la face antérieure du rachis, depuis la cinquième vertèbre du cou et le cartilage cricoïde , où il commence , jusqu’à la cinquième vertèbre dorsale, quoiqu’il lui arrive assez souvent de s’incliner aussi un peu à gauche. Depuis ce point jusqu’à la neuvième vertèbre dorsale, il s’écarte légèrement à droite, puis il revient sur la face antérieure de la colonne , s’engage dans la fente œsophagienne du diaphragme , et se termine aussitôt à l’orifice supérieur ou gauche de l’estomac.
A sa partie supérieure, il se trouve derrière la trachéeartère. Depuis la cinquième vertèbre dorsale , il est placé entre l’aorte à gauche et la veine azygos à droite. Du tissu cellulaire très lâche l’unit aux parties voisines.
2i58.. L’œsophage est la partie la plus étroite de tout le canal alimentaire. Lors même qu’il se dilate autant que possible, son diamètre ne s’élève pas tout-à-fait à un pouce. Sa largeur pst la même dans toute son étendue, si l’on excepte
(1) J. Bleuland, Observationes cmatomico-mcdicce de sana ct morbosn œsophagi structura , Leyde, 1785. — V. Malacarne, Suit’ csofago, suite intestine, e sopra alcune v.alvuledet tubo aliment are, Padouej iSoâ.
tout au plus la portion un peu rétrécie qui traverse le diaphragme.
La tunique musculeuse a une épaisseur considérable, qui s’élève en général à une ligne au moins.
Elle est composée de deux couches, l’une externe, longitudinale, l’autre interne, transversale, dont la première a une épaisseur double de celle de la seconde. Les fibres longitudinales commencent ordinairement en haut, par trois têtes ou faisceaux, un moyen et deux latéraux. La tête moyenne naît par un tendon, du milieu de la face postérieure du cartilage cricoïde , immédiatement au-dessous de son bord supérieur, et s’étale en descendant. Les deux latérales, qui sont charnues, descendent du bord inférieur du muscle constricteur inférieur du pharynx. Ces trois faisceaux ne se réunissent ensemble qu’à quelques pouces au-dessous de l’extrémité supérieure, pour produire une membrane musculeuse uniformément étendue.
Les fibres circulaires sont une continuation de la partie postérieure interne du constricteur inférieur du pharynx, mais beaucoup plus minces que celles de ce dernier muscle.
Les supérieures sont transversales. Les suivantes , obliques de haut en bas et de dehors en dedans, s’entre- croisent avec celles du côté opposé, et décrivent des lignes spirales. Les inférieures, de même que les supérieures, forment des anneaux droits. Dans l’espace d’un pouce, à l’extrémité supérieure de l’œsophage, ce canal est tout-à-fait dépourvu de fibres circulaires sur sa face antérieure, et comme les faisceaux longitudinaux ne sont pas non plus unis ensemble en cet endroit, l’œsophage y estbeaucoup moins musculeux et plus extensible que dans le reste de son étendue.
A la tunique musculeuse succède la celluleuse ou vasculaire, qui ne tient à la précédente que par des liens très lâches, tandis qu’elle adhère avec force à l’interne, avec laquelle elle forme un canal intérieur qu’on parvient assez facilement à détacher de la membrane musculeuse. On trouve dans cette tunique une quantité considérable de glandes mucipares, serrées les unes contre les autres, et composées de granulations plus petites, dont le nombre et le volume
vont en diminuant à mesure que l’on se rapproche de l’extrémité inférieure.
La tunique interne ou villeuse est blanche, assez solide, et garnie à sa face interne d’une multitude de sillons longitudinaux très étroits, séparés les uns des autres par des parois intermédiaires. On ne doit nullement la considérer comme ne faisant qu’un avec la précédente (i).
Sa face interne est couverte d’une membrane plus mince, plus délicate et humide, qui est évidemment un épiderme, et qui cesse tout d’un coup, à la partie inférieure de l’œsophage, dans l’endroit où ce canal se continue avec l’estomac. La coction et l’ébullition permettent d’isoler assez facilement des lambeaux de cet épiderme, mais il est difficile de le détacher tout entier , si ce n’est lorsqu’une altération pathologique lui a fait acquérir davantage d’épaisseur et de solidité. En outre l’extrémité inférieure de l’œsophage l’offre ordinairement, quelque temps après la mort, détaché de haut en bas, sur un ou plusieurs points , ce qui tient sans nul doute à ce que le fluide sécrété par les glandes œsophagiennes et cardiaques le ramollit etle dissout, ainsi que le tissu cellulaire lâche quil’ur.it à la tunique celluleuse.
2i3g. Après que les alimens ont été comminués par les dents dans la cavité orale, imprégnés de salive, et convertis en une masse molle, les muscles de la langue, de l’hyoïde, du pharynx et de l’œsophage les font cheminer successivement vers l’estomac : c’est ce qui constitue la déglutition ( dégluti ~ lio ) (2). A cet effet, le bol alimentaire est d’abord, mû d’avant
(1) Sœmmerring ( Eingewcidclefare , p. 216 ) décrit ces deux tuniques comme n’en constituant qu’une seule, sous le norn de tunique vasculeuse ou glanduleuse interne ; il dit que la membrane interne et la membrane vasculeuse de l’estomac se continuent avec elle (p. 203 ). Ce qu’il y a de vrai, c’est que la membrane interne de l’estomac se continue avec l’interne de l’œsophage, et sa vasculeuse avec celle de ce canal. D’autres anatomistes s’écartent encore bien davantage de la vérité en considérant la tunique villeuse de l’estomac et du canal intestinal comme une continuation de l’épiderme de l’œsophage.
(2) Schulze, De deglutitionis mcclianismo , Halle, 1739. — F. -B. Albinus. De degluiitione, Leyde, 17/10. — Wentz, De deglutitionis mechanismo, Erlangue, 1780. — P. -J. Sandifort, Deglutitionis mcchanismus, vertieali sectione narium, oris, faucium Ulaslratus, Leyde, i8o5.
en arrière dans la cavité orale, mouvement qui nécessite l’occlusion de cette cavité parle rapprochement des mâchoires et des lèvres. En même temps la langue se trouve placée, par ses muscles, de manière que ses bords soient relevés, et sa partie moyenne enfoncée au contraire, ce qui fait qu’elle représente une gouttière. Cette goultièfe, en s’appliquant contre le palais , produit un canal dans lequel le bol glisse d’avant en arrière, parceque c'est dans ce sens qu’il trouve le moins de résistance. Lorsqu’il a parcouru ce trajet, les muscles génioglosses et génio-hyoïdiens, qui redressent la langue et la ramènent en devant, favorisent encore sa progression, parce qu’ils soulèvent ainsi le voile du palais, mouvement auquel contribuent aussi les muscles élévateurs de ce dernier. Dès que le bol est arrivé en cet endroit, les constricteurs du pharynx entrent en action ; en même temps les abaisseurs du voile du palais et les stylo-glosses se contractent pour soulever la langue et rétrécir l’isthme du gosier; les contractions du constricteur supérieur pressent le pharynx contre la portion molle du palais, et de cette manière ferment les fosses nasales, comme elles l’avaient été auparavant par le soulèvement du voile palatin. Les muscles stylo-pharyngiens, puis les constricteurs de l’isthme du gosier, élèvent le larynx et le dilatent, de manière que le bol puisse s’y précipiter avec plus de facilité. Les génio-hyoïdiens , les mylo-hyoïdiens , les thyrohyoïdiens et les hyo-glosses ramenant le larynx en avant et en haut, ce mouvement favorise l’occlusion de la glotte par l’épiglotte, que la pression du bol contribue aussi à abaisser, de manière qu’il ne peut s’introduire aucune parcelle d’alimeiis dans les voies aériennes.
Toutes ces parties étant très irritables, agissent avec une rapidité extrême et beaucoup de facilité. La déglutition, d’abord soumise aux ordres de la volonté, devient absolument involontaire dans l’œsophage, quoique ce conduit reçoive scs nerfs du pneumo-gasirique.