B. DIFFÉRENCES QUI DEPENDENT DD DEVELOPPEMENT
2184. Le canal intestinal est, de toutes les parties contenues dans la cavité abdominale , celle qui se forme la première. Son mode de développement, et les changemens qu’il subit dans sa situation, sa forme et son volume, offrent des phénomènes également remarquables (1).
(1) C.-F.Wolff, De formationc intestinorum ; dans (V.-C. Pelrop., t. XII, p. 1768. — Oken, Anatomiscli-pliysiologisclie Untersucliungen , angestellt an Schweinsfotus , Sch vueinsem b ryoncn and Hundsembryonen zur Los un g des Probtems über dus Nabclbldsc'nen., etc. , dans Oken et Kieser, Beytràgen , Hambourg, 1806, 1807. — J.-F. Meckel, Abhandlungcn aus der menseli lichen and ver g leichenden Anatomie , Italie, 1806. — Id., Beytràgen zur
a. MODE DE DÉVELOPPEMENT.
21 85. Sous le rapport du mode de développement, il existe une partie qui a les liaisons les plus intimes avec la formation de l’embryon tout entier, mais surtout avec celle du canal intestinal, et dont par conséquent on doit s’occuper d’abord. Je veux parler de la vésicule ombilicale ( vesicula intestinalis , s. umbilicalis ). C’est une petite poche, plus ou moins arrondie , située entre le chorion et Pamnios , et probablement d’autant plus grande, en proportion de l’embryon, que celui-ci se rapproche davantage du moment de son origine. Elle est même plus volumineuse que lui durant les premières périodes de la vie intra-utérine, et tout porte à croire que sa formation précède constamment celle du nouvel être. Elle s’étend d’abord jusqu’à la face antérieure du corps de ce dernier, de manière que l’embryon repose immédiatement sur elle. Mais peu à peu, et d’assez bonne heure même , dès le premier mois de la grossesse, elle se rapetisse beaucoup, et s’éloigne de l’embryon, de manière qu’au second mois de la gestation on la trouve déjà toujours hors du cordon ombilical.
Les parois de la vésicule ombilicale et du canal intestinal communiquent-elles ensemble dans l’origine ? Plusieurs anatomistes d’un grand mérite (i) pensent que cette communication n’est démontrée ni pour l’embryon des mammifères en général, ni pour celui de l’homme en particulier. Cependant les faits suivons se réunissent pour lui donner un haut degré de vraisemblance :
vergleichenden Anatomie, Halle, 1808, t. I, cah. i, n° 5. — Id., Ueber die Divertihel, dans Reil, Archiv'fur die Physiologie, t. IX. — D. Kieser, lier Ursprung des Darmkanas ans dem Nabclblàschcn , Goettingue, 1810. — Hoechstetter et Emmert, Ueber das Nabelblàsclicn ; dans Reil, Archiv fur die Physiologie, t. X. — Fleischmann, Leichcnôffnungcn, Erlangue , l8i5, p. 1-75. — J. -F. Meekel, Sur la formation du canal intestinal dans les mammifères et en particulier dans l’homme; dans Journ. compl. du dict. des sc. méd., t. II, p. 119 et 289. — L. Rolando, Sur la formation du canal alimentaire et des viscères qui en dépendent ; dans Journ. compl. des sc. mid., t. XVI, p. 55.
(1) Emmert - lloeschstetter. — Cuvier, Ann. du Muséum, t. III.
i° L’analogie avec les oiseaux, les reptiles et les poissons cartilagineux, à la membrane vitelline desquels la vésicule ombilicale correspond parfaitement ( 1), et chez lesquels il est bien prouvé que la communication dont il s’agit existe à toutes les époques de la vie fœtale.
2° On aperçoit quelquefois, dans de très jeunes embryons, un canal qui se porte , à travers la gaine ombilicale, de la vésicule vers le bas-ventre , et par le moyen duquel on peut à volonté faire sortir puis faire rentrer le liquide contenu dans celte vésicule (2).
3° On trouve constamment dans l’embryon, jusqu’au commencement du quatrième mois, des vaisseaux sanguins qui se portent du mésentère à la vésicule ombilicale, se réunissent d’abord sur cette dernière, mais peu il peu ne s’étendent que jusqu’à la paroi antérieure du bas-ventre , et finissent par mourir, de manière qu’ils se déchirent ou s’effacent tout-à-fait. Ce sont les vaisseaux omphalo-mésentériques (vasa omplialomesaraicà) , comprenant une artère et une veine , et qui naissent des vaisseaux mésentériques (3).
Ces vaisseaux existent aussi dans les oiseaux, chez lesquel? on les voit se rendre au j aune, en marchant le long du< canal vitellin.
4° Les intestins sont d’abord très rapprochés de la vésicule ombilicale , et situés hors du bas- ventre proprement dit, dans la gaine ombilicale, qui, à cette époque, fait réellement partie de la cavité abdominale (4).
I! n’est pas rare , proportion gardée , de trouver , dans le fœtus à terme, un canal qui s’étend de l’intestin à l’ombilic,
(1) Needham , De form. fœlu., Londres, 1667, p. 79. — Blumenbach, Spec. phys. comp. inter anim. cal. sang. ov. et viv., Goettingue, 1789, p. 11. — Sœrr.merring, dans Haller, Grunclriss der Physiologie, t. II, p. 799, 800.
(2) Hunter, Anatomische Beschreibung des schwang. Utérus, p. 68.
(3) Meckel, Handbuch der patliologisclien Anatomie, 1. 1., p. 563. — C’est une remarque que j’ai eu occasion depuis de vérifier sur au moins dix embryons de cet âge.
(4) Meckel, Abhandlungcn, 1S06, p. 3oi. — Oken, Beytrelge , 1806, cah. ix.
s’ouvre en ce dernier lieu, et marche toujours accompagné par les vaisseaux omphalo-méscntérfques (1).
Il est donc très vraisemblable, quoiqu’il ne soit nullement certain , d’après tous ces faits, qu’une communication a lieu, dans l’origine, entre la vésicule ombilicale et le canal intestinal. Cependant il y en a d’autres qui démontrent l’existence réelle de cette communication.
Ainsi j’ai déjà parlé précédemment d’un embryon humain, long de cinq lignes, dans lequel j’ai vu d’une manière très distincte un filament, qui tenait à la vésicule ombilicale, s’étendre jusqu’à l’intestin, et j’ai figuré , telle qu’elle s’est offerte à moi dans des fœtus de brebis et de vache(2), cette communication, que Bojanus a également reconnue depuis dans l’embryon de brebis (3).
Cependant des hommes dont l’autorité est d’un grand poids, la révoquent en doute. Emmert, Hoechstetter et Cuvier prétendent qu’il n’y a pas réellement continuité de substance entre les deux organes , et que la communication qui existe entre eux est établie par les seuls vaisseaux omphalo-mésenlériques. A la vérité ils admettent, indépendamment de ces vaisseaux, un troisième filament tendu entre la vésicule et l’intestin, mais ils ne le regardent pas comme un canal de jonction, et ne voient en lui qu’un simple prolongement du péritoine. Voici quels sont les argumens sur lesquels ils se fondent :
i° L’impossibilité de faire passer l’eau ou un liquide quelconque de la vésicule dans le canal intestinal (4).
2° La différence considérable qui existe entre la substance blanche et épaisse du canal intestinal, et la membrane mince et
(1) J’ai réuni , dans le premier volume de mon manuel d’anatomie pathologique , tous les cas connus de cette anomalie, dont j’ai moi-même observé et décrit un. (Reil , Archiv fur die Physiologie , t. IX.)
(2) Muller, De genitalium evolulione , Halle, 181 5, fig. 1-2, p. 11.
(3) Sur la vésicule ombilicale du fœtus de brebis ; dans Journ. compl. du dict. des sc. méd., t. II, p. 84. — Dutrochet, Recherches sur lès enveloppes du fatus; dans Mém. de la soc. méd. d’émulation de Paris, 1816; et note aux Réflexions du professeur Emmert sur la vésicule ombilicale, dans Journ. compl. des sc. méd., t. Il, p. 369.
(4) Emmert, dans Reil, Archiv fur die Physiologie, t. X , p. 52.
rougeâtre de la vésicule , ainsi que la membranule délicate et pcllucide qui unit ces deux organes , et accompagne les vaisseaux omphalo-mésentériques ( i ).
Mais on peut opposer à la première objection, que le phénomène sur lequel elle repose tient peut-être à l’étroitesse du canal, ainsi qu’à la minceur de la vésicule, et qu’il démontrerait tout au plus l’absence d’un canal de communication creux, dont l’admission n’est point absolument nécessaire, puisque le canal intestinal de plusieurs animaux est solide de distance en distance, dans l’état normal.
Quant à la seconde objection , elle perd également toute sa valeur, quand on considère que l’allantoïde et l’ouraque sont au moins aussi différens de la vessie, et qu’on observe des différences de structure constantes aussiconsidérables, ou même plus fortes encore, entre les diverses portions d’un même système. Cette remarque est d’autant mieux fondée que les fœtus de squale sont ceux dans lesquels j’ai trouvé l’ouverture de communication la plus grande, au milieu des différences les plus prononcées entre la membrane vitelline et le canal intestinal.
D’ailleurs la différencen’estrienmoins queconsidérabledans les cas rapportés en dernier lieu.
Je crois donc jusqu’à présent devoir admettre une continuité de substance entre la vésicule ombilicale et le canal Intestinal, sans avoir la prétention de décider si les cavités des deux organes s’ouvrent l’une dans l’autre.
D’après l’analogie avec le développement du canal intestinal dans l’embryon des oiseaux, ce canal naît de la manière suivante. La membrane vitelline, qui d’abord est en contact immédiat avec la colonne vertébrale, commence par produire une petite saillie de chaque côté , en sorte que, dans l’origine, l’intestin a la forme d’une gouttière ouverte par-devant. Cette gouttière se forme peu à peu , par l’accroissement que ses parois prennent d’arrière en avant, de haut en bas et de bas en haut, jusqu’à /'endroit où la cavité de l’intestin communique avec le sac vitellin, par le canal vitellin, dont le dia-
(i) Emmevt, loc. cil., p. y 5.
DES ORGANES DE t\ D1CESTION.
mètre va toujours en diminuant ( 1). Ii est bien moins probable que, comme le pense Oken , le canal intestinal doive être considéré comme une sorte d’excroissance delà vésicule ombilicale, qui pénètre toute formée dans le bas-ventre , par le haut et par le bas : aucun fait ne vient à l’appui de cette opinion.
2186. Le canal intestinal communique-t-il toujours avec la vésicule ombilicale dans un point déterminé? Quel est ce point ?
Premièrement , le canal intestinal se continue avec la vésicule par tout son bord antérieur; mais il est très vraisemblable que le point auquel la communication finit par se restreindre, correspond toujours à un endroit déterminé, quoiqu’il puisse varier dans une certaine étendue.
On a indiqué deux points semblables. Suivant Oken, c’est l’endroit où le gros intestin se continue avec l’intestin grêle. Il considère l’appendice vermiforme et le cæcum comme es résultats et les débris de cette communication (2). D’après sa manière de voir, la vésicule ombilicale , en s’affaissant , et le canal intestinal, en s’enfonçant dans l’abdomen , produisent un rétrécissement , une sorte de col, dont les parois finissent par se rapprocher et se confondre, ce qui sépare les deux organes l’un de l’autre; alors le canal se retire dans la cavité abdominale, où la situation, jusqu’alors parallèle, des intestins doit nécessairement changer, de manièreque l’antérieur décrit un angle avec le col, qui devient un prolongement du postérieur, parce que ce dernier conserve la même direction que par le passé. C’est ce qui fait, suivant Oken, que l’intestin
(1) Wolff a démontré depuis long-temps ce mode de production du canal intestinal par la membrane vitelline, chez les oiseaux, d’après des observations très exactes et très soignées, faites en temps utile, c’est-àdire à une époque très voisine du moment de la formation première. Comme Nëedham , Blumenbach et Sœmmerring ont démontré l’identité du sac vitellin et de la vésicule ombilicale, Oken n’était pas fondé à s’attribuer, ainsi qu’il l’a fait (Bcylràgen sur vcrgteichenden Analomic , 1806. — Lelirbuch der Naturgcsckiclite, i8i5, p. 3) , l’honneur d’avoir découvert, dans les enveloppes du foetus de cochon, que le canal intestinal se forme aux dépens de la vésicule ombilicale.
(2) Loc. cit., cab. 11, p. 85.
supérieur semble s’enfoncer dans l’inférieur. L’angle de la réunion devient la valvule iléo-cœcale, et le col donne naissance au cæcum, ainsi qu’à son appendice vermiforme. Mais,
1“ On ne voit pas pourquoi le resserrement des intestins et leur rentrée dans le bas-veritre auraient pour résultat nécessaire de faire pénétrer la portion supérieure du canal dans l’inférieure, et de produire un appendice vermiforme. On le voit d’autant moins , que non seulement il n’est pas très rare de rencontrer chez l’homme un vice de conformation qui consiste dans l’absence du cæcum et de la valvule iléo-colique , mais encore que cette absence a lieu, comme conformation normale , chez un grand nombre de mammifères pourvus d’une vésicule ombilicale, tandis que d’autres, qui ont un cæcum énorme, sont privés de vésicule. Les grandes différences que le cæcum présente dans sa longueur et sa structure suffisent ici pour rendre l’cpinion d’Oken très peu probable. Il est même bien plus vraisemblable au contraire que si les choses se passaient comme ce naturaliste le pense, il en résulterait un canal simple, et n’offrant aucune trace d’interruption.
2° La cause à laquelle Oken attribue ce changement n’a pas lieu , car le cæcum existe long-temps avant que les intestins soient passés dans l’abdomen, et il se trouve lui-même renfermé dans la gaine ombilicale.
3° Si le cæcum était le point où l’intestin se détache de la vésicule ombilicale, il serait aussi la portiom dn canal intestinal la plus antérieure et la plus rapprochée delà vésicule. Or c’est ce qui n’a jamais lieu , car on trouve toujours un paquet del’intestin grêle au-devant de l’appendice vermiforme. Il est vrai qu’Oken a figuré le contraire, d’après son idée que, chez l’homme, les intestins doivent se détacher de la vésicule ombilicale (î); mais malheureusement il n’a point consulté la nature avant de publier ce dessin.
L’opinion d’Oken est d’autant moins admissible, qu’une foule d’argumens se réunissent pour donner un haut degré de vraisemblance à celle suivant laquelle la communication ente’e
(' ) Loc. cit., p. 84, t. IV, fig. i4.
DES ORGANES DE LA DIGESTION. 4iq
l’intestin et la vésicule ombilicale existe dans un endroit déterminé, à la vérité, mais tout-à-fait différent de celui qu’il assigne. Cet endroit existe , à l’intestin grêle, beaucoup plus près de son extrémité inférieure que de la supérieure.
Les argumens favorables à cette seconde opinion , et qui tous s’élèvent en même temps contre la théorie d’Oken, sont les suivans:
i° C’est toujours de ce point que partent les canaux qu’on a trouvés entre l’intestin et la paroi antérieure du basventre.
2° On a même rencontré dans un cas rare, chez un fœtus humain à terme, rendu monstrueux par plusieurs arrêts de développement, une véritable vésicule ombilicale qui avait persisté, et qui s’implantait sur ce canal ( 1).
5° C’est avec cette portion du canal intestinal que le canal vitellin s’abouche dans les reptiles et les oiseaux.
i 4° Chez la plupart des reptiles, et peut-être aussi chez quelques mammifères, on trouve, comme conformation normale, de même qu’il n’est pas rare de rencontrer, comme conformation anormale, dans l’homme et dans d’autres mammifères, sur ce point, et jamais ailleurs, un prolongement arrondi, toujours simple , plus ou moins long, plus ou moins large, et formé des mêmes membranes. Ce prolongement qu’on appelle diverticule , est évidemment un vestige du canal primitif de communication. Il lui arrive fréquemment, tant dans le fœtus que dans l’adulte, d’être accompagné par des débris des vaisseaux omphalo-mésentériques.
Très probablement il y a une époque de la vie du foetus humain, durant laquelle , après que la vésicule ombilicale s’est séparée de l’intestin, un petit tubercule semblable existe régulièrement. Ayant trouvé un diverticule très considérable, accompagné par les vaisseaux omphalo-mésentériques, dans quatre embryons humains âgés de trois mois, que j’eus occasion d’observer presqu’à la fois, je me crus même fondé à croire que l’appendice se conservait d’une manière régulière jusqu’à cette époque , c’est-à-dire long-temps après que le
(i) Tiedemann, Anatomie der hopfloscn Missgeburten, tab. IV.
/j20 ANATOMIE SPECIALE.
canal intestinal est entré dans le bas-ventre (1). Mais je renonce maintenant à cette opinion , quoiqu’elle n’ait été réfutée par personne. S’il existe réellement un diverticule pendant quelque temps, comme conformation normale, il disparaît bien avant la fin du troisième mois de la grossesse , puisque j’ai déjà trouvé le cæcum visible à sept semaines, sans qu’il y eût aucune trace de diverticule, d’où il suit que les vaisseaux omphalo-mésentériques persistent beaucoup plus long-temps que celui-ci. Mais cette circonstance ne prouve pas plus que le diverticule n’existe jamais à l’état normal , qu’elle ne prouve qu’on doive attribuer au cæcum la signification qui lui est accordée par Oken.
5° Ce point est précisément celui d’où les vaisseaux omphalomésentériques partent pour se rendre dans la gaine ombilicale, tant après que les intestins sont entrés dans le bas-ventre , qu’avant cette époque.
6° Dans tous ces cas, il existe toujours un ou deux cæcums normaux dans l’endroit ordinaire de Injonction du gros intestin avec le grêle.
Ces divers argumens me paraissent rendre l’insertion de la vésicule ombilicale sur l’iléum beaucoup plus probable que celle de cet organe sur le point indiqué par Oken. Le diverticule qu’on rencontre quelquefois, dépend soit d’un défaut anormal d’énergie dans l’acte formateur, soit de ce que le col de la vésicule ombilicale , qui peut-être meurt ordinairement jusqu’à la surface de l’intestin, ne s’efface alors que dans une portion plus ou moins considérable de son étendue.
Quoique j’aie publié ces vues depuis long-temps, Oken n’en a pas moins continué de soutenir que le cæcum est l’endroit où le canal intestinal se détache de la vésicule ombilicale (2), et il a posé en principe, soit pour me combattre , soit pour étayer son opinion : i° qu’il n’y a jamais plus d’un cæcum ; 2° que les cæcums des oiseaux ne méritent pas ce nom, et sont des appendices de la vessie; 5° que le cæcum existe, chez tous les mammifères, ainsi que chez tous les oiseaux et poissons qui pon-
(1) Ilandbuch dcr patliologisclren Anatomie, t. I, p. 565.
(s) Zoologie, i8i5, t. I,p. 2.
dent de gros œufs , et qu'il n’y a qu’un petit nombre de ces animaux, notamment ceux dont les œufs ont peu de volume, dont le cæcum soit très petit, si petit qu’il n’a pu l’apercevoir (1) ; 4° que cet organe est l’ancien canal vitellin. Ces assertions étant produites dans un livre élémentaire, méritent qu’on les examine, quoiqu’il soit facile de reconnaître qu’elles sont dénuées de tout fondement.
En établissant ses quatre lois, Oken n’a pas songé: r aux mammifères qui sont pourvus de deux cæcums, tels que le daman et le phascolome; 2° à la coexistence du canal de la vésicule ombilicale, du diverticule et du cæcum chez les mammifères et les oiseaux; 3° à la ressemblance parfaite dans les rapports qui existent, chez les mammifèresjet les oiseaux, entre les cæcums, le canal vitellin , le diverticule et le reste du canal intestinal , puisque les cæcums se trouvent partout sur la limite de l’intestin grêle et du gros intestin, tandis qu’il n’en est jamais de même pour le canal et le diverticule ; 4° au défaut absolu de faits établissant que l’union du canal intestinal avec la vésicule s’opère au moyen du cæcum , tandis qu’il en existe un grand nombre attestant que cette union correspond à la partie inférieure de l’intestin grêle; 5U à ce que le volume n’influe ici en rien sur le défaut , la grandeur ou la petitesse et les autres conditions du cæcum , puisqu’il est très gros chez beaucoup de mammifères , et qu’on ne le rencontre pas dans un grand nombre d’oiseaux. Quand bien même on lui accorderait que le diverticule des oiseaux est le cæcum , ce qui est d’ailleurs de toute impossibilité, sa troisième loi ne s’en trouverait que mieux renversée.
Oken a encore allégué depuis en faveur de son hypothèse :
i° La disposition des cæcums des poissons, chez lesquels le gac viteljin des animaux supérieurs se trouve partagé en plusieurs culs-de-sac.
2° La conformation des chondroptérygiens , chez lesquels on voit très distinctement le cæcum naître du sac vitellin (2).
(1) Lnc. cit. , p. 10,
(2 ) lsis, 1818 , p. 20.
On ne peut pas supposer que lui-mênae croie à la validité de ces deux argumens , car :
i° L’anatomie comparée démontre de la manière la plus péremptoire que les cæcums des poissons sont des glandes pancréatiques, que personne jusqu’à présent n’a été tenté de comparer à la membrane vitelline , qu’on trouve aussi chez, ces animaux.
2° Le cæcum des chondroptérygiens se trouve à la fin du gros intestin, et le canal vitellin à la fin de l’intestin grêle.
5° Le canal vitellin, largement ouvert dans l’embryon, existe en même temps que le cæcum et tout-à-fait séparé de lui. Ce dernier persiste toute la vie, tandis que le canal s’efface sans laisser la moindre trace.
Je crois donc pouvoir demeurer fidèle à mon opinion, d’autant plus qu’elle réunit des autorités imposantes, puisqu’elle a pour elle l’assentiment de Tiedemann (î), Cuvier (2), Dutrochct (3) et Jæger (4).
b. SITUATION.
2188. La situation du canal intestinal n’est pas la même à toutes les époques, ainsi qu’on peut déjà le conclure des détails dans lesquels je suis entré jusqu’ici. Quoiqu’il se forme sur la face antérieure de la colonne vertébrale, il en est cependant bien plus éloigné dans la plus grande partie de son étendue , durant les premiers temps de la vie, qu’aux époques subséquentes. Il n’y a d’abord qu’une très petite portion de ses extrémités supérieure et inférieure qui se trouve dans la cavité abdominale proprement dite; tout le reste est renfermé dans la gaine ombilicale, qui, soit pour cette raison, soit pour d’autres encore, est alors extrêmement volumineuse, et peut être considérée comme un prolongement de l’abdomen. Dans l’origine, l’extrémité supérieure et l’extrémité inférieure du
(1) Anatomie der hopflosen Missgeburten , p. 66.
(2) Isis, 1818;, p. 1 38.
(3) Loc. cit.
(/j) Deutsches Arcliiv fur die Physiologie, t. 111, p. 543.
canal intestinal y sont étendues en droite ligne l’une à côté de l’autre, et décrivent un angle pour communiquer ensemble; mais , peu à peu , vers la septième semaine de la vie intra-utérine, elles se retirent en arrière, commencent à devenir ilexueuses , et se réunissent en paquet au-devant de l’ouverture ombilicale. Il n’y a que l’intestin grêle qui décrive des flexuosités ; le gros est tout-à-fait droit, et son extrémité obtuse ; le cæcum se dirige en devant, mais toujours bien loin derrière l’extrémité antérieure de l’intestin grêle.
Vers le milieu du troisième mois , le canal intestinal rentre entièrement dans la cavité du bas-ventre, où la partie inférieure de l’intestin grêle est la dernière à se glisser. A cette époque, et même encore quelque temps après , le canal , surtout le gros intestin , s’écarte, autant qu’il faisait auparavant, de la position qu’il doit avoir plus lard dans l’état normal. En effet, le gros intestin ne se compose pas de trois portions , deux latérales perpendiculaires , et une moyenne transverse, dont la droite ne tient aux organes situés derrière elle que par un court repli du péritoine ; mais il n’est formé d’abord que d’une seule portion perpendiculaire , attachée par un long mésentère au milieu de la paroi postérieure du basventre. Cette portion s’infléchit peu à peu de droite à gauche à son sommet, puis elle devient descendante à droite, de manière que c’est seulement vers la fin du quatrième mois que la jonction du gros intestin et de l’intestin grêle correspond à la région lombaire droite. Pendant très long-temps , et même jusqu’à l’époque de la naissance, le colon descendant décrit, dans la région iliaque gauche, une courbure bien plus considérable que celle qu’il offre chez l’adulte , ce qui tient incontestablement à l’étroitesse du bassin.
La situation de l’estomac diffère, dans l’origine , de celle que ce viscère affecte chez l’adulte, en ce qu’il est d’abbrd presque perpendiculaire; le duodénum s’en détache pour se porter directement en bas et en devant , sans décrire aucune courbure. Ce n’est que quand le foie diminue de volume , et quand les intestins rentrent dans l’abdomen , qu’on voit l’estomac et le duodénum changer peu à peu de situation , pour prendre celle qu’ils doivent conserver toujours.
anatomie spéciale.