B. PORTION EXCRÉTANTS DE L’APPAREIL BILIAIRE
2222. La portion excrétante de l’appareil biliaire comprend le conduit excréteur proprement dit du foie ( ductus excretorius ), et un renflement en cul-de-sac de ce canal, qu’on appelle vésicule du fiel ( cystis , s. vesicula fellen , cholecystis ).
a. Conduit excréteur.
2223. Le conduit excréteur, dont j’ai déjà décrit la portion renfermée dans l’intérieur du foie, est formé paf deux membranes, l’une externe, solide et celluleuse ; l’autre interne, plus épaisse , lisse et parsemée d’un grand nombre d’enfoncemens très serrés les uns contre les autres. On. y distingue trois portions, le canal hépatique , le canal cystique , et le canal cholédoque.
Le canal hépatique ( ductus liepaticus ), ou la première portion du conduit excréteur, naît dans le sillon de la veine porte , ordinairement par deux branches , l’une droite, plus petite* qui provient delà partie antérieure du grand lobé du fuie J
l’autre gauche, bien plus considérable , qui tire son origine de la partie postérieure de ce même lobe et du lobe gauche. Ces deux branches s’anastomosent ensemble, sous un angle aigu, avant d’abandonner le sillon de la veine porte. Le canal qui résulte de leur jonction , et qui a un pouce et demi ou deux pouces de long, sur à peu près deux lignes de large, dans l’état normal, se dirige de haut en bas et de droite à gauche, et se partage pour donner naissance au canal cystique et au canal cholédoque, qui font corps avec lui, sans qu’il existe entre eux lo moindre interruption.
Le canal cystique ( ductus cysticus ) se dirige, à angle aigu, en avant, en bas et à droite. 11 est plus étroit, mais ordinairement un peu plus long que l’hépatique, et se renfle pour produire la vésicule biliaire.
b. Vésicule biliaire.
2224. La vésicule biliaire est logée dans un enfoncement particulier de la face inférieure du foie. Elle a ordinairement la forme d’une poire. L’extrémité voisine desonorifice, et qu’on appelle col ( cervix ), est la partie la plus étroite. C’est dans son milieu qu’elle offre le plus de largeur. Son extrémité antérieure, terminée en cul-de-sac, est appelée fond [fondus] ; communément elle dépasse un peu le bord antérieur du foie. En général la vésicule adhère d’une manière intime, par la partie supérieure de sa circonférence, à la face inférieure de ce dernier organe; mais quelquefois aussi elle n’est unie avec lui que d’une manière assez lâche, par un repli du péritoine. La membrane péritonéale la revêt plus ou moins complètement suivant qu’elle offre l’une ou l’autre de ces deux dispositions.
Au-dessous du péritoine, on trouve un tissu cellulaire condensé, dans lequel serpentent les plus gros troncs vasculaires, et qui porte le nom de tunique vasculeuse ou nerveuse. La face externe de celte seconde tunique présente des fibres, pour la plupart blanchâtres , marchant en des directions différentes, quelquefois très analogues à celles de la tunique musculeuse du canal intestinal, et qu’on ne peut pas considérer comme constituant une couche distincte,
La tunique celluleuse recouvre la membrane Interne ou muqueuse, dont la face interne offre des inégalités dues à des plis qui représentent un tissu réticulaire, formé de pentagones irréguliers, qu’on ne parvient pas à effacer, même lorsqu’on étehd la vésicule autant que possible. De très petites ouvertures, qu’on aperçoit aussi sur cette face, conduisent ù des glandes simples, la plupart du temps imperceptibles. 11 ne se répand guère que des ramifications veineuses à la surface des plis.
Le canal cystique et le col de la vésicule biliaire sont rétrécis par une douzaine environ de plis transversaux, véritables valvules, qui doivent naissance aux tuniques interne et celluleuse. La plupart de ces plis ont leur bord libre tourné vers la cavité de la vésicule, de manière à produire, entre eux et la paroi du canal, un enfoncement dirigé dans le même sens.
Ces plis vont en s’agrandissant peu à peu, depuis le canal hépatique jusque vers le col de la vésicule. Ils tiennent les uns aux autres, surtout les plus gros, par des élévations intermédiaires, longitudinales et obliques, moins saillantes.
222 5. Le canal cholédoque ( ductus choledochus), ou la portion inférieure du conduit excréteur du foie, est la continuation de l’hépatique et du cystique. Sa largeur surpasse un peu celle de ces deux canaux, mais il ressemble davantage , sous le rapport de la structure et du diamètre, é l’hépatique, dont on doit même le considérer comme la continuation immédiate, car sa direction est la même, et, très souvent au moins , il existe, le long de l’abouchement du canal cystique, une petite élévation entre lui et ces deux conduits.
Ce canal a ordinairement quatre pouces de long environ. Son extrémité inférieure va gagner la paroi postérieure du duodénum , dans la portion moyenne duquel il s’ouvre. Il conserve à peu près le même diamètre jusqu’au moment de son entrée dans l’intestin , mais il se rétrécit beaucoup en se glissant entre les tuniques musculeuse et celluleuse de ce dernier, et il se termine enfin par un orifice plus étroit que le reste de son étendue.
2226. Lorsqu’on fend le duodénum, on aperçoit, à sa paroi postérieure , l’embouchure du canal cholédoque, sous
DES ORGANES DE Ik DIGESTION,
la forme d’un tubercule oblong, long d’environ quatre lignes, et garni, à son extrémité inférieure, d’une ouverture taillée obliquement de haut en bas. Cette ouverture est située ordinairement à trois pouces au-dessous du commencement de l’intestin, et formée par les membranes muqueuse et celluleuse de ce dernier et du canal cholédoque, qui se continuent sans interruption l’une avec l’autre,
La partie inférieure de cet orifice n’appartient pas uniquement au canal cholédoque ; elle lui est commune avec le canal pancréatique.
2227. La fonction la plus évidente du foie est celle, fort importante, de sécréter la bile, liquide vert, très amer, alcalescent, dont les qualités physiques varient beaucoup, sous plus d’un rapport , et dont la présence est indispensable pour l’accomplissement de la digestion. On distingue généralement la bile en cystiquee t en hépatique. La première est plus épaisse, plus foncée en couleur, plus amère, et, par conséquent, plus concentrée que la seconde, différences qui dépendent de son séjour dans la vésicule, et qui ne tiennent pas à ce que ces deux fluides auraient une origine différente, quoique Malpighi (1) et Galeali (2) aient adopté cette dernière opinion, du moins en partie.
Il est très vraisemblable qu’abstraction faite même de cette différence de concentration , la bile n’a pas toujours la même composition chimique.
Mais elle contient constamment une quantité d’eau très considérable, qui en forme les onze douzièmes en général. Le reste se compose, d’après Thénard , d’albumine, de résine, qui y entrent toutes deux à peu près pour une portion égale, et qui la constituent d’ailleurs presque en totalité, d’une petite quantité de substance jaune insoluble , d’une proportion encore moins considérable de substance soluble, enfin de quelques traces de soude, de phosphate, de sulfate et d’hydro-chlorate de soude, de phosphate de chaux et d’oxyde de fer, substances qui sont toutes dissoutes dans l’eau, à l’exception
(1 ) De liene , c. vi.
(2) Com, Bonon., t. I,ib. t, II, p. 1.
460 anatomie spéciale.
de la jaune, insoluble (i). La résine, admise par Thénard et ses successeurs, est produite , suivant Berzelius (2) , par l’action des acides sur une substance de nature particulière , qui se rapproche de l’albumine. Ce chimiste considère la bile comme un composé, sur cent parties , d’eau, 90,74; substance particulière, 8,00; mucus, 3, 00 ; soude et sels ordinaires, 9,06. Aucun de ces principes constituons ne renferme d’azote, ce qui est remarquable à cause de la conversion fréquente de la bile en un corps gras, et de l’analogie du méconium avec les substances végétales.
Thénard prétend que le picromel, substance particulière, d’une saveur à la fois douce et amère, qu’on rencontre dans ia bile delà plupart des mammifères, n’existe pas dans celle de l’homme , mais Chevalier l’a retrouvé aussi dans cette dernière (3).
Il est très vraisemblable que la bile se forme, en totalité, ou du moins en grande partie, aux dépens du sang veineux de la veine porte, et que l’artère hépatique ne sert qu’à la nutrition du foie. Les principaux argumens qu’on peut faire valoir en faveur de cette opinion , sont:
i° La distribution de l’artère hépatique, qui se répand dans les membranes vasculaires ( § 2217);
20 La présence même du système de la veine porte;
5° L’analogie plus grande entre le sang veineux et la bile, qu’entre cette humeur elle sang artériel ;
4° La corrélation qui existe entre le calibre de la veine hépatique et le volume du foie, sans égard à l’abondance de la sécrétion biliaire, tandis que cette dernière circonstance coïncide toujours avec un plus grand développement de la veine porte.
Les argumens invoqués par les adversaires de cette théorie, sont :
î L absence du système de la veine porte chez les animaux sans vertèbres;
(1) Mèm. de la soc. d’Arcueit, t. I.
(2) Méd. chir. trans., vol. III.
(3) Annales de chimie et de physique*, b
DES ORGANES DE LA DIGESTIOfl.
2“ Les cas dans lesquels on trouve la veine porte ouverte dans la veine cave , et l’artère hépatique plus développée qu’à l’ordinaire ;
5° La correspondance entre le calibre du conduit excréteur du foie et celui de l’artère hépatique, et la disproportion qui existe entre celui du canal hépatique et celui de la veine porte.
Ces argumens ne suffisent point pour réfuter ceux des partisans de l’opinion contraire. Plusieurs motifs se réunissent pour faire penser que le sang artériel des animaux sans vertèbres est peut-être plus propre à la sécrétion de la bile que celui des animaux vertébrés. Il se peut faire aussi que le sang artériel de ces derniers soit plus approprié à cet usage dans l’anomalie sur laquelle repose le second argument, qu’il n’a coutume de l’être , précisément parce qu’alors la sécrétion biliaire ne contribue pas à rendre le sang de la veine porte plus analogue à celui qui circule dans les artères. En outre, tous le3 cas connus de celte anomalie ont été observés chez des enfans , la bile étant moins amère et moins abondante que de coutume. Quant à la troisième objection , l’artère hépatique, comparée aux artères des autres organes sécrétoires, paraît trop petite pour qu’on puisse admettre qu’elle sert en même temps à la sécrétion et à la nutrition.
Quelques physiologistes, ayant égard au volume du foie, à son existence constante et à la fréquence de ses maladies, sont tentés de croire qu’il remplit dans l’économie une autre fonction encore que celle de sécréter la bile ; mais cette autre fonction n’est rien moins que prouvée. Nul doute d’ailleurs que les usages de la bile 11e soient pas uniquement relatifs à Indigestion, et qu’elle ne soit en rapport avec l’acte vital tout entier, sous ce point de vue que la sécrétion qui la forme prévient la surabondance du carbone et de l’hydrogène dans le corps, ainsi que semble l’indiquer l’accroissement qu’elle éprouve lorsque la fonction respiratoire diminue dans la série animale, lorsqu’elle n’existe pas encore, comme chez l’embryon, ou quand elle est pervertie, comme dans certaines maladies( 1).
(1) Meckel, Abliandlungen , 1806.
Cependant la circulation de la veine porte peut avoir encore pour but d’atténuer, d’assimiler les substances étrangères que la portion veineuse de ce système a puisées dans le canal intestinal, et de diminuer ainsi l’influence nuisible qu’elles pourraient exercer sur le corps.