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III. RATE

a . ÉTAT PARFAIT.

225g. La rate ( splen , lien ) (4) est située dans l’hypochondre gauche , entre le grand cul-de-sac de l’estomac, la portion lombaire du diaphragme, le colon descendant et la capsule atrabilaire gauche, qu’elle couvre en devant. Elle a une forme ellipsoïde. Sa face externe ou postérieure est convexe. L’antérieure ou interne est concave, et partagée , par un sillon longitudinal , qu’on appelle scissure de la rate ( hylus lienalis ) , en deux moitiés, l’une antérieure, plus considérable, l’autre postérieure, plus petite. Son extrémité supérieure est un peu plus grosse que l’inférieure. Un repli du péritoine l’unit au diaphragme, à l’estomac et au colon descendant.

(1) Meckel, Abhandlungen, p, 33i, 553, 366, 38o.

(2) Tiedemann, Sur les différences que le canal excréteur du pancréas présente dans l’Iiomme et dans les mammifères; dans Journ. compl. des sc. méd. , t. IV, p. 370.

(3) Baillie en a figuré un cas remarquable. ( Engravings , fasc. V, tab. vir.)

(4) F. Schuyl, De naturâ et usu tienis , Leyde, i664- — Malpigbi, De henc; dans De structura visccrum. — G. Drelincourt, De licnosis, Leyde, i6g3. — G. Stukeley, The spleen, ils description, uses and diseascs, Lon dres , 1725. — J. -G. Duvernoi, De liene ; dans Comm. Pelrop ., fc VI, p. 1 56. — S. -T. Quellmalz, De liene, Léipsick, 1748. — C.-L. Rolof, De fubricà et functionc tienis, Francfort, 1750. — Lassone, Histoire anatomique de la rate; dans Mèm. de Paris, 1754. — Werlhof, De splenis us" ■

Son volume varie beaucoup , non seulement chez des individus différens , mais encore chez le même individu, à des époques diverses, et d’une manière inconstante. En général on peut établir qu’elle a, chez l’adulte, environ quatre pouces de long, sur trois de large et un peu moins d’un d’épaisseur.

Son poids n’offre pas moins de variations que son volume. Il s’élève , terme moyen , à huit onces , de manière que , chez l’adulte, il est à celui du corps entier dans la proportion de i : 210. Mais le volume et le poids de cet organe ne sont point nécessairement en raison inverse de la distension de l’estomac , comme on l’a prétendu (1).

Sa pesanteur spécifique, en prenant celle de l’eau distillée pour terme de comparaison, est de i : 200.

Elle a une couleur rouge plus ou moins foncée.

Sa consistance est faible; dans le même temps elle est très molle.

2240. Au premier aperçu, la rate semble formée entièrement de vaisseaux sanguins , parmi lesquels les artères proviennent du tronc cœliaque, tandis que les veines, qui sont collées immédiatement à la surface des artères , et, proportion gardée avec cette dernière, plus volumineuses que dans aucune autre partie du corps , se jettent dans la veine porte, où elles dégorgent un sang rouge très foncé.

La substance de l’organe est enveloppée par une membrane séro-flbreuse très solide.

Le feuillet séreux, situé à l’extérieur, émane du péritoine,

Wolfenbuttel, 1761. — J. F. Lobstein, De liene, Strasbourg, 1774. — J. -P. P. Assolant, Recherches sur la rate, Paris, 1801. — A. Moreschi, Sut vero e primario usu délia milza, Milan, i8o3. — E. Home, On the structure and use of tlie spleen; dans Phil. trans., 1808. — C.-F. Heusinger , Uebcr den Bau und Verrichtung der MHz, Tbionville , 1817. — F. Gellhaus , Inaugural Abhandlung uber den Nutzent der MHz, Wurzbourg, 1817. — G.-M. Felici, Osservazioni fsiologiche sopra te' funzioni délia milza, Milan, 1818. — I. Doellinger, Betrachtungen uber die MHz; dans Deutsclies Archiv fiir die Physiologie , t. VI, p. i55. — Jaeckel, Elwas uber die Verrichtung der MHz; même recueil, t. VI, p. 58 1 . — Hodgkin, Sur les fonctions de ta ratc\; dans Journ. compl. des sc. méd., t. XIV, p. 8g. — Home, dans Phil. trans., 1821, p. 25.

(1) Assolant, loc. cit. ,p. 129-1 35.

avec lequel il se continue par le moyen de deux prolongemens que j’ai indiqués plus haut.

Le feuillet fibreux appartient en propre à la rate ; maison ne parvient à l’isoler du séreux que dans la scissure, et jusqu’à une petite distance le long de cette échancrure.

lien part une multitude de lamelles et de fibres très déliées, solides, et entrelacées ensemble de mille manières différentes, qui pénètrent dans l’espace circonscrit par la capsule, laissant entre ellesdes intervalles irréguliers, dans lesquels se répandent les vaisseaux spléniques. Ce sont ces productions qui forment, à proprement parler, la base du tissu de la rate.

Indépendamment des prolongemens fibreux, on voit encore se porter de la membrane interne de la rate à sa scissure, d’autres canaux creux, qui enveloppent étroitement les vaisseaux, et se réunissent avec eux. Les premiers filamens s’attachent à la face externe de ces canaux de la même manière qu’à la face interne de la capsule fibreuse.

Les artères spléniques donnent, dans leur trajet, un nombre considérable de ramifications, qui sc divisent en ramuscules très déliés, disposés à la manière des soies d’un pinceau, mais qui ne s’anastomosent point ensemble. Au contraire les veines qui entourent ces faisceaux artériels s’anastomosent fréquemment les unes avec les autres, et avec les veines voisines. Cependant il n’y a de grandes communications ni entre les artères, ni entre les veines des diverses régions de la rate. Quant à celles qui existent entre les vaisseaux artériels et veineux, elles sont fort amples, ainsi qu’on peut s’en convaincre, soit avec le secours du microscope, soit par la facilité avec laquelle les injections passent des artères dans les veines.

Outre les vaisseaux sanguins, la rate renferme un nombre considérable de lymphatiques.

Ses nerfs, qui proviennent du plexus splénique, sont très petits. Leur calibre est à peine un douzième de celui des artères qu’ils entourent , et on ne peut pas les poursuivre loin dans l’intérieur de l’organe.

Indépendamment de ces parties constituantes, qui sont les seules, suivant plusieurs anatomistes, la rate contient encore, d’après les observations plus exactes d’autres observateurs, en

particulier de Malpighi, Hewson, Dupuytren, Home et Heusinger, au témoignage desquels je joins le mien, un très grand nombre de corpuscules arrondis, blanchâtres, très probablement creux, ou du moins fort mous, qui diffèrent beaucoup les uns des autres sous le rapportde leur volume et deleur situation respective, puisque leur grosseur varie depuis un sixième de ligne jusqu’à six lignes, et qu’ils sont tantôt rapprochés, tantôt séparés par une assez grande distance. Ces corpuscules ont des connexions très intimes avec le reste du tissu de la rate, et reçoivent beaucoup de vaisseauxsanguins. Suivant les observations de Home, confirmées par celles d’Heusinger et par les miennes, ils se gonflent beaucoup chez les animaux, lorsque ces derniers vienn ent de boire.

Malpighi les considérait comme des glandes. Ruysch et plusieurs autres anatomistes ont nié leur existence, et ont prétendu, mais à tort, qu’on ne devait voir en eux que de simples faisceaux vasculaires.

Quoique ni ces corpuscules ni la rate n’aient de conduits excréteurs , il est cependant très probable qu’ils jouent un grand rôle dans les changemens que le sang éprouve en traversant cet organe , et qu’ils contribuent ainsi à la formation du suc gastrique , mais surtout d’une manière immédiate àcelle de là bile.

La substance d’un rouge brun, qu’on isole facilement par le lavage et l’expression , doit vraisemblablement être considérée non comme une partie constituante de la rate, mais comme le sang tel qu’il se trouve après avoir subi le changement que cet organe lui imprime.

Les cellules qu’on admettait autrefois dans la rate ne sont réellement qu’un produit de la destruction d’une partie des vaisseaux et du tissu fibreux intérieur par des injections poussées avec trop de force, d’où résultaient des vides qu’on distendait ensuite en y soufflant de l’air.

224i.Comme la rate n’a point de conduit excréteur, ses fonctions sontfort obscures, d’autant plusqu’on Paextirpéepîusicurs fois sans occasioner de trouble , ni constant, ni bien considérable , dans aucune fonction. Aujourd’hui même, après tarit d’expériences, variées à l’infini, après tant d’observations et de

réflexions, on ne peut encore que hasarder des conjectures à ce sujet.

Cependant il est permis de conclure des faits connus jusqu’à présent, que la rate a des connexions très intimes avec les fonctions du foie et de l’estomac, et qu’elle agit de concert avec ces deux organes.

Ce qui atteste qu’elle concourt aux fonctions du foie , c’est que tout le sang qui a traversé son tissu est porté à cet organe parle tronc de la veine porte. D’après cela on peut conjecturer, avec un très haut degré de vraisemblance , que le sang subit dans son intérieur un changement qui le rend plus approprié à la sécrétion biliaire, conjecture contre laquelle 11e peu vent rien les expériences chimiques, d’où l’on a conclu que le sang des veines spléniques ne diffèrepoint de celui qui remplit les autres veines du corps. Il est possible, en même temps, que la rate contribue d’une manière mécanique à rendre la sécrétion de la bile plus abondante, puisque, pendaqt l’abstinence, il s’y accumule une plus ou moins grande quantité de sang, qui, chassé ensuite parla pression que l’estomac exerce sur le viscère quand on vient à le remplir d’alimens, se porte alors vers le foie. Mais comme le sang ne se borne pas à séjourner dans la rate, et qu’il y éprouve bien certainement aussi une modification, il suit de laque le rapport n’est pas seulement mécanique, qu’il est encore chimique. La rate reçoit moins de sang au commencement delà digestion stomacale, parce que l’estomac qui se trouve plein s’oppose au libre afflux de ce liquide ; mais, à mesure que l’estomac se vide, le sang arrive plus facilement à la rate, et la fonction de cette dernière, à l’égard du foie, reprend un surcroît d’activité. Il est très probable, en outre , que la rate concourt également à la fonction accessoire que j’ai attribuée précédemment au foie, en assimilant et neutralisant les substances étrangères qui s’introduisent dans le corps D’après cela, on devrait la considérer comme un viscère qui joue, par rapportau système vasculaire sanguin, et au foie en particulier, le même rôle que les glandes conglobées à l’égard du système lymphatique. Elle a plus d’analogie avec ces glandes que n’en a le foie, puisqu’elle est dépourvue du conduit excréteur. Quant au foie, il se montre, dans le système vasculaire , sous les dehors d’un organe com-

posé à la fois d’une glande conglomérée et d’une glande conglobée.

L’action de la rate peut être relative aussi à celle de l’estomac sous plusieurs points de vue différens :

i° Sous le rapport dynamique, attendu que les deux organes semblent être en opposition l’un avec l’autre, que la rate molle et noirâtre peut être considérée, en raison de sa substance et des changemens éprouvés par le sang qui la traverse, comme contribuant surtout à mettre l’hydrogène en évidence, tandis qu’on peut voir, dans l’estomac , en raison de la nature du fluide qu’il sécrète, un organe dont l’action tend particulièrement à développer de l’oxygène.

2° Sous le rapport mécanique, en ce que la rate attire le sang à elle, hors du temps de la digestion, tandis qu’elle en reçoit moins lorsque ce viscère est rempli , de manière que le fluide circulatoire afflue alors en plus grande quantité vers ce dernier, c’est-à-dire à l’époque précisément où il est le plus nécessaire pour la sécrétion du suc gastrique.

La rate paraît avoir aussi pour fonction de recevoir promptement une partie au moins des liquides introduits dans l’estomac , quoique cette fonction ne lui soit certainement point réservée d’ui e manière exclusive , puisqu’après qu’on l’a extirpée , les liquides disparaissent de l’estomac avec autant de promptitude qu’auparavant, et que les substances contenues dans ce viscère se retrouvent dans certains fluides.

b. DIFFÉRENCES QUI DÉPENDENT DU DÉVELOPPEMENT.

2242. La rate n’existe pas dans l’origine. On ne commence à l’apercevoir d’une manière bien distincte que durant le cours du second mois de la grossesse.

Elle est d’abord infiniment plus petite, en proportion du corps, et surtout du foie, qu’elle ne l’est aux époques subséquentes» quoiqu’elle se ride et s’atrophie également chez les personnes très avancées en âge.

Les corpuscules blanchâtres sont, proportionnellement, plus volumineux et plus visibles dans les derniers temps de la vie intra-utérine et dans l’enfance que pendant les périodes qui suivent.

Toutes ces particularités sont très importantes, en ce qu’elles viennent l’appui de la huitième loi que j’ai établie dans mon introduction. En effet la rate n’existe pas chez les mollusques, qui ont un foie; elle devient de plus en plus petite, proportion gardée, à mesure qu’on descend des mammifères vers les classes inférieures du règne animal; et chez lu plupart des mammifères, comme aussi chez plusieurs autres animaux , les corpuscules sont régulièrement plus gros, proportion gardée, que chez l’homme.

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