DIFFÉRENCES QUI DÉPENDENT DD DEVELOPPEMENT
23i5. Le poumon offre des différences périodiques considérables (î), sous le rapport de son existence, de sa situation , de sa texture, des substances qu’il contient, de son volume, enfin de sa pesanteur absolue et relative.
i° Existence. Le poumon est un des derniers organes qui paraissent. On ne commence à l’apercevoir d’une manière bien distincte qu’à la fin du second mois de la vie intra-utérine.
2° Situation. Tant à cause du volume proportionnel plus considérable du cœur, qu’en raison du peu de développement que lui-même a acquis, le poumon est situé bien plus en arrière avant qu’après la naissance, de manière qu’on ne l’aperçoit quelquefois pas du tout en ouvrant la cavité pectorale ; par conséquent il couvre moins le péricarde, et ordinairement ne remplit pas tout-à-fait le sac de la plèvre, ce qui fait qu’il n’est point en contact avec les parois de la poitrine.
5° Texture. Dès le troisième mois on commence à distinguer le tissu cartilagineux dans la portion aérifère du poumon. Les lobules sont d’abord unis ensemble par un tissu cellulaire
(i) Meckel, Mémoire, sur le développement du cœur et des poumons dans les mammifères; dans Journ. compl. dessc. mcd., t. I, p. a5g. — Consultez sur la différence que le poumon de l’enfant offre avant et après la respiration, G. -J. Schmitt, Neue Jersuche und Erfahrungcn über die Ploucquetsche und hydrostatische Lungenprobe, Vienne, 1806. — A. Lecieux, Considérations medico-tégales sur l’infanticide, Paris, 1811. — Magendie, Sur la structure du poumon de l’homme, sur les modifications qu’éprouve cette structure dans les divers âges , et sur ta première origine de la phthisie pulmonaire ; dans Journ. de physiol. experim., t. I, p. 78. — Fleischmann, Sur la formation de la trachée-artère ; dans Journ. compl. du dict. des sc. méd., t. XVI, p. 141. — Id. , De chondrogenesi asperiœ arteriœ et de situ œsophagi abnormi nonnulla , Erlangue, 1820.
plus lâche que celui qu’on rencontre ensuite, mais ils sont aussi composés d’un moins grand sombre de petits lobules subalternes, de manière qu’ici , comme dans d’autres parties, les muscles par exemple, la masse homogène se partage d’abord ensesgrandes subdivisions, et n’acquîertles pluspetites qu’avec le temps.
4° Couleur. La couleur du poumon est d’abord d’un blanc rougeâtre dans le foetus , et d’autant plus blanchâtre que le nouvel être se rapproche davantage du moment de sa formation. Peu à peu cet organe devient d’un rouge foncé, à mesure que le sang y afflue en plus grande abondance. Après la naissance, cette teinte s’éclaircit sous l’influence de la respiration, mais avec le temps elle redevient foncée. Vers l’âge de vingt ans le poumon est gris, nuancé de bleuâtre et de noirâtre, et depuis celte époque sa couleur devient graduellement de plus en plus foncée, en sorte que, dans un âge avancé, il est plus ou moins généralement noir ou d’un bleu noirâtre.
5° Substances contenues. La trachée-artère et ses ramifications necontiennent, après la naissance, que de l’air et une petite quantité de vapeur aqueuse et de mucosité. Mais il n’en est pas de même chez le fœtus , oû l’on trouve le canal aérien rempli de liquide amniotique. En vertu des lois de l’hydraulique, puisque le fœtus nage dans ce liquide, il doit s’introduire dans la trachée-artère, sans que l’embryon ait besoin d’exécuter aucun mouvement respiratoire pour l’y faire pénétrer. Il s’écoule ordinairement après la naissance, et quand il ne sort pas à cette époque, ce qui est rare, il peut être cause de l’asphyxie du nouveau-né (1).
6° Volume. Le poumon est d’abord beaucoup plus petit; il occupe même bien moins d’espace que le cœur, et il est facile de le confondre avec les oreillettes très dilatées de ce dernier. Ce n’est qu’à l’époque de la puberté qu’il acquiert son volume proportionnel normal.
(i)P. Scheel, Comment atio de liquoris amnii aspérité arteriœ fœtuum hnmanorum natura et usa ejusque in asphyxium neonalorum et medicinam forensem influxu , Copenhague 1799. — Herholdt, dans Reil, Archiv]fur die Physiologie, t. III. p. 168. — Id. dans Nordisches Archiv, t. I, p. 212.
53o ANATOMIE SPECIALE.
70 Pesanteur. La pesanteur absolue du poumon offre les différences périodiques les plus frappantes, qui dépendent de ce que cet organe ne commence à entrer en fonction qu’après la naissance. Il a, dans le fœtus, une pesanteur spécifique supérieure à celle de l’eau , au fond de laquelle il tombe quand on l’y plonge; mais une fois que la respiration a commencé, comme il ne se débarasse jamais entièrement de l’air qui a pénétré dans son intérieur, sa pesanteur spécifique devient inférieure à celle de l’eau, qu’il surnage.
23i6. La plupart des différences que je viens d’indiquer, notamment celles qui sont relatives à la situation , au volume', à la couleur et à la pesanteur spécifique, se prononcent plus ou moins à l’époque de la naissance, et sont le résultat de la respiration. Le poumon, devenu plus léger par l’effet de l’air qui s’y est précipité, et qui n’en sort jamais entièrement, occupe aussi plus d’espace après la respiration , de manière qu’il se trouve placé plus en avant, qu’il couvre en grande partie le péricarde, et qu’il est en contact avec les parois de la poitrine. La couleur rouge foncé que le sang veineux lui communique avant la respiration, se change en un rouge clair lorsque le nouvel être a respiré. Enfin l’organe, qui , dans l’état d’affaissement, recevait moins de sang, et était'par conséquent plus léger , acquiert plus de pesanteur lorsqu’ayant été distendu par la respiration, il est devenu plus perméable au sang.
D’après cela on a considéré ces différences comme pouvant servir à déterminer si un enfant a respiré, par conséquent s’il est venu au monde vivant ou mort. Or, comme, la pesanteur spécifique ayant diminué , le poumon est devenu susceptible de surnager, épreuve qui constitue ce qu’on appelle docimasie pulmonaire hydrostatique (1); comme aussi l’afflux du sang augmente la pesanteur absolue de l’organe, et sa pesanteur relative comparée à celle du corps, autre genre d’épreuve qu’on nomme docimasie pulmonaire par la balance (u), on a posé ce principe,
(1) F. Alberg, Dedocimasiâ pulmonum hydroslaticâ, Halle, 1791.
(2) G. -6. Ploucquet, Comm. med. in processus criminales super homicidio, infanticidio et embryoctonia , Strasbourg, 1787.
qu’un enfant dont les poumons surnagent lorsqu’on les plonge dans l’eau, et chez lequel on trouve, entre la pesanteur relative de cet organe et celle du corps, un rapport semblable ou analogue à celui que je viens d’indiquer, on a établi , dis-je, que cet enfant est venu au monde vivant et qu’il a respiré.
Considérées d’une manière générale et absolue, ces conclusions sont exactes; mais il est nécessaire d’y apporter de grandes et importantes restrictions.
i° Les poumons peuvent devenir plus légers , par le fait de la respiration, sans que l’enfant soit venu au monde ;
20 Les poumons peuvent être susceptibles de surnager, par l’effet d’une cause autre que la respiration ;
3° La respiration ne produit pas nécessairement ce changement en eux;
4° Les poumons ont quelquefois une pesanteur absolue plus considérable, sans que la respiration ait eu lieu ;
5° D’un autrecôté, ils peuvent offrir après la respiration une pesanteur spécifique aussi considérable que celle dont ils sont doués avant cet acte, d’après l’opinion reçue.
En effet :
i° L’enfant respire quelquefois assez, pendant la parturilion, pour que ses poumons soient susceptiblesde surnager, quoiqu’il puisse être mort au moment où l’accouchement se tiouve terminé (î).
2° Les poumons peuvent devoir la propriété de surnager à ee que de l’air y a été poussé, soit par la bouche ou le nez, soit tandis qu’ilsse trouvaient encore renfermés dans la poitrine, soit après qu’ils ont été extraits du corps. La putréfaction donne lieu au même phénomène.
3° Plusieurs expériences démontrent que la respiration n’imprime pas nécessairement auxpoumons les changemens dont il a été question plus haut. On a vu certaines parties d’un poumon, ou même un poumon tout entier, ne point être susceptibles de surnager, quoique l’enfant eût vécu, respiré et crié, non seulement pendant plusieurs jours (2), mais même pendant six se-
(1) Schmitt ( loc . cit., p. i5o-i-6)en a rapporté des exemples.
(2) Kaltschmied, De exp. pulw. infant, aq. injeciis, ann. 1751.
mailles. J’ai trouvé moi-même, sur un enfant de six semaines, tout le lobe moyen du poumon droit, et sur un autre de quatre semaines, de grandes portions du même lobe, sains en apparence, mais absolument incapables de surnager.
Le plus souvent c’est le poumon gauche qui éprouve ce retard dans son développement, particularité qui tient sans contredit à ce que la bronche droite est beaucoup plus courte et plus large que la gauche, de sorte qu’ordinairement, même chez les enfans qui ont succombé peu de temps après la naissance, le poumon droit surnage très bien, tandis que le gauche ne surnage pas, ou ne le fait que d’une manière imparfaite (i).
Il est extrêmement rare, au moins, que le contraire ait lieu.
«.Le cas le plus rare, c’est quand l’impossibilité de surnager dépend d’une altération morbide de la texture du poumon, d’une exsudation, d’une induration, car il est très peu ordinaire de rencontrer des altérations semblables avant la naissance, et lors même qu’elles sont arrivées à un haut degré, elles ne procurent point à l’organe une pesanteur spécifique supérieure à celle de l’eau.
b. Une cause plus commune est la présence de corps étrangers, notamment de mucosités, de liquide amniotique , dans la trachée-artère, ou l’état de faiblesse du fœtus, toutes circonstances qui ont pour effet de rendre la respiration et par conséquent la dilatation du poumon incomplète.
c. Il fautremarquer aussi que ce changement dans la pesanteur spécifique ne survient que peu à peu, et quand la respiration se fait avec l’énergie requise, que, dans le principe, et quand l’enfant respire faiblement, il ne s’étend qu’à quelques parties du poumon, et que même les premières inspirations ne le produisent quelquefois pas du tout.
4° Les poumons ont quelquefois, sans que la respiration ait eu lieu, une pesanteur absolue, et parconséquent une pesanteur
(i) A. Portai., Mémoire dans lequel on démontre l'action du poumon sur l’aorte pendant le temps de la respiration, et où l’on prouve que , dans l’enfant qui vient de naître, le poumon droit respire avant le gauche; dans Mém. de Paris , 1765. — C’est à tort que quelques écrivains attribuent cette découverte à Petit , qui ne parle que d’un seul cas ( Mém . de Paris , 1733), et qui n’indique pas la véritable cause du phénomène.
proportionnelle à celle du corps , aussi considérables que celles qu’ils offrent chez l’enfant qui a respiré. C’est ce qu’attestent les cas dans lesquels on a même trouvé le rapport entre la pesanteur du poumon et le poids du corps plus favorable encore, par exemple dans la proportion de i à 1 5 à 29-=^-, à 33 à 32 -jy. à 34 rrr (0> quoique la respiration n’eût point eu lieu.
Cette circonstance est d’autant plus remarquable que , dans le même temps , les poumons contenaient plus de sang qu’ils n’en renferment ordinairement.
5° L’observation prouve aussi que les poumons d’enfans nés vivans sont quelquefois même pins légers proportionnellement que ceux d’enfans nés morts ne l’étaient d’après l’évaluation précédente (2), puisqu’on a trouvé la proportion de 1 à 77
à77Hj et à 104-