TROMPES , MATRICE ET VAGIN
249^- Les trompes de Fallope, la matrice et le vagin 11e forment, dans l’origine, qu’un seul canal, fendu à sa partie supérieure, qui offre partout la même largeur, et qui s’étend sans interruption depuis l’extrémité abdominale des trompes jusqu’à l’orifice externe du vagin.
a. Trompes.
24g4- Les trompes sont d’abord, proportion gardée, beaucoup plus épaisses et plus longues qu’aux époques suivantes.
Elles descendent d’abord très obliquement de déhors en dedans, en dehors des ovaires, auxquels elles sont collées d’une manière immédiate, et dont elles dépassent de beaucoup l’extrémité supérieure. Jusqu’au troisième mois, elles se réunissent à angle aigu, par leurs extrémités inférieures et internes , en une petite masse médiane , perpendiculaire, qui n’a d’abord aucune largeur, qui en acquiert ensuite un peu, et qui représente la matrice. Elles ne sont pas flexueuses jusque fort avant dans le quatrième mois (1). A cinq mois seulement on commence à y apercevoir des flexuosités, qui, d’abord peu prononcées, deviennent peu à peu plus grandes, de manière qu’à huit mois, et au moment de la naissance, elles sont plus flexueuses que chez l’adulte, disposition qu’elles conservent encore pendant le cours des premières années de la vie. Elles paraissent d’abord se terminer en cul-de-sac et par un renflement. Leur extrémité abdominalesemble s’ouvrir au quatrième mois, mais les franges ne s’y
(1) L’opinion générale suivant laquelle les trompes sont constamment flexueuses dans le fœtus, n’est donc pas tout-à-fait exacte. Leur rectitude primitive est un fait très important à cause de l’analogie qu’elle établit d’une part entre elles et le canal intestinal durant les premiers temps de l’existence, de l’autre entre elles aussi et les oviductes de plusieurs animaux.
développent que plus tard. Leur cavité est toujours d’autant plus considérable, proportion gardée, que l'embryon est plus jeune, et on la trouve toujours sans peine, à quelque époque qu’on la cherche (1).
Entre les trompes et les ovaires, dans le repli du péritoine, existent, non seulement chez l’embryon etle foetus, mais encore durant les premières années qui suivent la naissance, des vaisseaux extrêmement remarquables (2), qui, bien qu’on ne parvienne à les injecter ni par l’ovaire , ni par la trompe , de manière qu’on ne puisse pas encore les considérer comme établissant une communication entre la cavité de celle-ci et la substance de celui-là, ressemblent tellement aux conduits défé— rens de l’homme, sous le rapport du nombre, de la situation et de la forme, qu’on doit au moins voir en eux une tendance à la formation de ces conduits et de l’épididyme. Cependant la forme que l’extrémité abdominale de la trompe affecte dans l’origine permet de conjecturer, avec beaucoupde vraisemblance, qu’ils la font communiquer d’abord avec l’ovaire , mais que la communication s’efface probablementà l’époque oùl’exîrémité abdominale de la trompe s’ouvre, et où il se forme par conséquent une nouvelle voie, un nouveau passage.
b. Matrice.
24g5. La matrice est d’abord, et ordinairement même jusqu’à la fin du troisième mois au moins, beaucoup plus large et bicorne. Les cornes sont d’autant plus longues, et jointes à angle d’autant plus aigu, que l’embryon est plus jeune. Mais lorsque cet angle s’est effacé entièrement, la matrice paraît bicorne. D’abord elle est également large dans tous les points de son étendue, et parfaitement lisse ; il n’y a point de saillie, soit en dehors, soit en dedans, qui la sépare du vagin. Elle rie commence à s’élargir à son extrémité supérieure, que vers la fin du quatrième mois. Ce phénomène dépend de ce que les cornes qui existaient dans l’origine s’effacent, et sont remplacées par une cavité unique. Mais cette partie supérieure est d’autant
(1) Hirschel et Roesslein ont, à tort, prétendu le contraire.
(2) Rosenmuller, loc. cit.
plus petite que l’embryon est plus jeune, ce qui fait que le col l’emporte su rie corps, dans la même proportion. Peu à peu ie corps augmente, de manière que, vers l’époque de la puberté, la matrice perd la forme presque cylindrique qu’elle avait depuis long-temps , et devient piriforme. La longueur du corps n’est encore que le quart de celle de l’organe entier chez le fœtus à terme ; il n’en fait que le tiers à treize ans, et ce n’est qu’après la puberté qu’il en constitue la moitié. En même temps il se développe, sur la face antérieure et sur la face postérieure, des rides transversales et un peu obliques, qui convergent en haut, vers les orifices des trompes, mais qui sont surtout très serrées les unes contre les autres à la partie inférieure, où elles commencent à paraître, et qui envahissent peu âpeu toute la hauteur de la matrice. Insensiblement il se forme aussi sur les deux faces de l’organe une éminence alongée, qui en parcourt toute la longueur, et vers laquelle les rides de chaque côté convergent de haut en bas. Ces rides grossissent beaucoup. Elles rendent toute la face interne de la matrice fort inégale, non seulement chez le fœtus à terme, mais encore durant les premières années de la vie. Cependant elles s’effacent peu à peu dans le corps , dont la face interne est tout-à-fait lisse après l’âge de cinq ans.
L’orifice externe de la matrice se montre d’abord sous la forme d’une saillie à peine sensible que l’organe fait dans le vagin; mais cette saillie augmente peu â peu, de manière que, dans les derniers temps de la vieint’ a-ulérine, la portion vaginale de la matrice est proportionnellement beaucoup plus considérablequ’aux époques subséquentes. A septet àhuitmois, moins chez le fœtus à terme, et pendant les premiers mois qui s’écoulent après la naissance, toute cette portion de l’organe est très inégale aussi à sa face externe, garnie de rides longitudinales, et terminée par des bords tranchans, inégaux, profondément échancrés, dont les laciniures occupent souvent toute la hauteur de la portion vaginale. Plus tard cette saillie se raccourcit, devient lisse à l’extérieur, prend la forme d’un bourrelet , et l’orifice utérin se montre alors sous l’aspect d’une fente transversale simple et lisse.
Les parois de la matrice sont d’autant plus minces, en proportion de la cavité, que l’embryon est plus jeune. D’abord elles
ont la même épaisseur partout; mais, à cinqmois, elles deviennent beaucoup plus épaisses dans lecol qu’à la partie supérieure. Peu à peu, entre l’âge de cinq ans et celui de six environ, l’épaisseur redevient uniforme partout, et conserve ce caractère jusqu’à la puberté, époque à laquelle le corps surpasse plus ou moins lecol en épaisseur.
Ainsi la matrice ne prend que fort tard sa forme parfaite et l’épaisseur normale de ses parois ; mais elle acquiert de bien meilleure heure la longueur qu’elle doit conserver, du moins en grande partie. Elle est même, proportionnellement, plus longue dans le principe, par exemple chez le fœtus à terme, qu’aux époques suivantes.
C’est principalement le corps qui croît chez l’adulte, et la matrice prend alors une forme triangulaire. Chez les femmes avancées en âge, elle devient irrégulièrement arrondie, ce qui ne dépend pas des grossesses antécédentes, puisqu’on observe les mêmes changemens chez les vieilles filles. En même temps elle se rapetisse , surtout chez les femmes qui ont vécu dans le célibat.
La consistance et la couleur de la matrice reviennent aussi, dans la vieillesse, à ce qu’elles étaient dans l’enfance. A ces deux époques, l’organe est dur et blanc, tandis que, dans la fleur de l’âge, il est mou et rouge.
Dans le fœtus âgé de trois à quatre mois, la matrice est située presque tout entière hors du petit bassin, qu’elle dépasse encore de beaucoup dans le fœtus à terme. A dater de l’âge de quinze ans, elle est entièrement logée dans le bassin, au fond duquel on la trouve chez les vieilles femmes.
Dans le fœtus, elle est presque perpendiculaire; mais sa direction change peu à peu, de manière que son plus grand diamètre se dirige presque directement d’avant en arrière.
2406. Ce n’est pas seulement la forme , c’est encore les fonctions de la matrice qui offrent des différences périodiques considérables.
A l’époque de la puberté, lorsque la femme devient apte à concevoir, il s’établit, tous les mois, un écoulement de sang et de sérosité par les parties génitales, qui dure quelques jours, et auquel on donne le nom de menstruation ( menstrua -
tio , s. menses), en raison de son mode de périodicité. Cet écoulement disparaît, avec l’aptitude à procréer, ordinairement entre la quarantième et la cinquantième année. Il ne constitue point un caractère propre exclusivement à la femme (1). La face interne de la matrice tout entière est le siège de cette exhalation.
L’écoulement dure ordinairement quelques jours, tout au plus une semaine.
La quantité de sang peut être évaluée, en général, entre six et huit onces.
Sa couleur est foncée , circonstance d’après laquelle seule on peut conjecturer, avec un haut degré de vraisemblance, contre l’opinion reçue , qu’il est de nature veineuse (2).
Cette conjecture est fortifiée par l’analyse chimique. En effet, Lavagna (3) n’y a pas trouvé de fibrine. Or, Saissy et Mayer (4) ont constaté que le sang veineux contient moins de fibrine, et par conséquent moins d’azote , que le sang artériel.
La matrice se gonfle un peu pendant la menstruation, ses vaisseaux se dilatent, et deviennent saillans sur toute sa face interne, en manière de villosités (5).
L’essence de la menstruation consiste incontestablement en une exaltation de la vitalité des organes génitaux de la femme, qui avoisine l’état inflammatoire , et dont l’hémorrhagie est la crise. C’est ce que démontrent l’irritation qui a lieu dans ces organes, avant l’invasion de la période menstruelle, le penchant plus vif que la femme éprouve alors pour l’acte vénérien, et la facilité plus grande avec laquelle elle conçoit.
On peut aussi la considérer comme une tentative pour former un nouvel organisme. En effet, les changemens que la matrice subit à cette époque ressemblent à ceux qu’on re-
(1) Cuvier, Annales du Muséum, vol. IX, p. u8-i3o. — Kahleis, Remarques sur la menstruation ; dans J ourn. compl.des sc. méd., t. XVIII, p. 252.
(2) J. -F. Osiander, Diss. de fluxu menstruo alque uteri prolapsu, Goettingue, 1808, cap. in.
(3) Dans Brugnatelli , Giornalc di fisica, 1817, p. 397-416.
(4) Deutsclies Arcfiiv fur die Physiologue, t. III, p. 534.
(5) Osiander, cap. 1,11.
marque en elle après la conception. D’un autre côté, il n’est pas rare , d’après les observations de Denman , Brandis et Joerg, que le sang menstruel sorte accompagné de productions membraneuses analogues à la membrane caduque qui se développe quand la femme a conçu.
Enfin la menstruation peut aussi débarrasser le corps en général, et les organes génitaux en particulier, non pas vraisemblablement de substances nuisibles, mais au moins du sang superflu; car, tant que la femme est apte à concevoir, le sang s’amasse toujours dans ces organes, d’une époque mentruelles à l’autre, pour y produire un nouvel organisme, et pendant la grossesse et l’aliaitement, il est employé à d’autres formations.
c. Vagin.
2497- Dans l’origine, le vagin n’a pas plus de largeur que la matrice, et il est tout-à-fait lisse comme elle. Il se charge aussi d’inégalités vers la même époque. On voit d’abord paraître, à peu près au cinquième mois, une élévation longitudinale sur chacune de ses faces antérieure et postérieure. Ensuite cette élévation elle-même se charge de gros plis transversaux, serrés les uns contre les autres et fort nombreux. Ces plis, réunis ensemble par d’autres qui suivent une direction oblique, se répandentsur toute la circonférence du vagin, de manière à en rendre la surface d’autant plus inégale et réticulée, qu’ils sont eux-mêmes garnis d’échancrures et de franges nombreuses ; tel est l’aspect que le vagin présente surtout à sept mois et à huit. Mais peu à peu les plis se rapetissent ; déjà ils sont bien moins sensibles chez le fœtus à terme ; ensuite ils s’effacent toujours déplus en plus, deviennent moins saillans , plus unis, plus écartés les uns des autres , de manière qu’à l’époque de la puberté , même sans que le coït ait été exercé, le vagin est beaucoup plus lisse, et n’oifre guère de rides qu’à son extrémité inférieure , sur ses faces antérieure et postérieure, sur la première toutefois plus que sur la seconde.
Le vagin est aussi, dans le principe, plus étroit proportion-
nellement que durant les périodes subséquentes. C’est vers le septième mois et jusqu’au huitième qu’iî offre, sans contredit, la largeur proportionnelle la plus considérable.
Sa longueur est toujours , proportion gardée , plus considérable dans le foetus qu’aux époques suivantes de la vie. lia constamment au-delà de deux pouces de long chez le foetus de huit mois et chez l’enfant à terme , tandis que , chez la femme adulte, sa longueur ne dépasse presque jamais quatre pouces. Cette disposition tient, du moins en partie, à ce que la matrice est située plus haut; cependant elle ne dépend pas uniquement de là, puisque le vagin n’est pas plus étroit dans la même proportion.
d. Hymen.
2498. Le vagin est beaucoup plus étroit à sa partie inférieure que dans le reste de son étendue. On ne découvre absolument aucun vestige de l’hymen, avant le milieu de la grossesse. A cette époque, on commence à l’apercevoir de chaque côté, sous la forme d’une saillie mince et étroite, qui se dirige d’arrière en avant, de manière qu’il reste une fente longitudinale dans le milieu. Cette saillie est d’abord dirigée en bas , et d’une largeur égale partout; mais , peu à peu , elle devient plus large en arrière, et se convertit ainsi en un repli demi-circulaire, ou plus exactement en une cloison arrondie et oblongue, qui offre une ouverture à son extrémité antérieure. L’hymen conserve cette forme jusqu’au moment de sa destruction. Les inégalités du vagin se continuent aussi, dans le lœlus, sur lui et sur l’orifice de l'urètre, d’où elles descendent sur le clitoris et sur la face interne des petites lèvres.