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CHAPITRE IL

DES NERFS ENCÉPHALIQUES.

1849* est dans l’usage d'assigner les caractères généraux suivans aux nerfs encéphaliques (1), pour les distinguer des spinaux :

i° De naître par une seule racine ;

2° De ne produire, à leur sortie de la dure-mère, aucun ganglion spécial, à la formation duquel un autre nerf ne prenne point part;

3° De passer par des trous pratiqués dans les os du crâne, ou par des scissures irrégulières ménagées entre eux ;

4° De se répandre dans d’autres parties que les muscles et la peau, notamment dans des organes sensoriaux et des viscères (2).

Mais, de tous ces caractères, il n’y a que le premier qui

(1) J.-D. Santorini, Obs. anal., cap. ni. — A. Bergen, De nervis quibusdam cranii ad novem paria hactenus non relatis , Erfort , 1738. — Morgagni, Ep.anat. , XVI. — Sœmmerring, De basi encepliali et originibus nervorum ecranio c gradient ium , Goettingue, 1778. — Id., Tabula baseos encepliali, Francfort, 1799. — Stieck, Dequinque prioribus encepliali nervis, Goettingue, 1791.

(2) Huber, De medullâ spinali , Goettingue, 1741 , p. 8-9. — Ascii, De primo pare mcditliœ spinatis , Goettingue, 1750 , §. XXVII.

soit, encore même à peine, d’une application générale. La cinquième paire fait exception au second, puisque son ganglion semi-lunaire est produit sans le concours d’aucun autre nerf; on peut même, jusqu’à un certain point, citer le nerf olfactif sous ce rapport. Le glosso-pharyngien et le pneumogastrique, avec l’accessoire, produisent aussi un ganglion considérable, peu de temps après leur sortie du crâne. A la vérité ces derniers s’unissent ensemble pour donner naissance au ganglion; mais i° l’anomalie qui en résulte disparaît lorsqu’on considère que ces trois nerfs doivent être regardés comme n’eu constituant réellement qu’un seul ; 2° presque tous les nerfs cervicaux s’anastomosent les uns avec les autres, au dedans de la dure-mère, par des filets intermédiaires, avant de produire chacun leur ganglion. Quant au troisième caractère, il est étranger aux nerfs eux-mêmes, et se rattache seulement à la différence qui existe entre les os du crâne et les vertèbres , sous le rapport de la grandeur et des connexions- D’ailleurs il n’est pas aussi exclusif qu’on l’a prétendu, puisque non seulement on trouve quelquefois une ouverture dans la première vertèbre du cou , pour le passage du premier nerf cervical, mais encore les nerfs sacrés passent constamment par des trous d’un os composé lui-même originairement de plusieurs pièces articulées ensemble, de manière à ne pouvoir exécuter aucun mouvement les unes sur les autres. Il ne faut pas oublier non plus les animaux, car on qrouve des trous pour le passage des nerfs cervicaux correspondans, non seulement dans la première vertèbre du cou, chez tous les mammifères , àl’exception de divers singes, mais encore dans la seconde, etmême dans plusieurs dessuivantes, chez quelques uns de ces animaux, le cochon en particulier.

L’insuffisance du dernier caractère ne paraît pas moins évidente non plus quand on considère: i° qu’il est tout naturel que les nerfs spinaux ne puissent pas se rendre à des parties qui ne se sont point encore formées ; 2° que les nerfs lombaires et sacrés se distribuent aux organes génitaux et urinaires , ainsi qu’à la dernière portion du canal intestinal.

I! suit donc de là qu’il n’existe pas , entre les nerfs spinaux et les nerfs encéphaliques, une ligne de démarcation aussi

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tranchée qu’on serait tenté de le croire au premier abord, et d’apres les assertions des anatomistes. Bien loin de cela, je démontrerai qu’il est très facile de rapporter les seconds aux premiers, et de faire voir qu’ils sont tous construits d’après le même type.

i85o. J’ai déjà fait connaître les principales différences'qu’on trouve dans les auteurs, relativement au nombre des paires encéphaliques qu’ils établissent, et démontré qu’elles dépendent de la manière diverse dont on a fixé les limites des différentes portions de la masse centrale du système nerveux. Mais il y en a d’autres encore, qui tiennent à ce que certains nerfs cérébraux ont été envisagés tantôt comme des paires distinctes, tantôt seulement comme des portions de paires.

Les anciens anatomistes suivaient la première marche, tandis que les modernes, en adoptant la seconde, ont tellement multiplié le nombre des paires cérébrales, que, peu à peu, il a été porté de sept à douze, et même, d’après Malacarne (i), à quinze (2).

Les douze nerfs cérébraux presque généralement admis aujourd’hui, sont, en procédant d’arrière en avant , {'hypoglosse, Y accessoire, le pneumo-gastrique , 1 c. glosso-pharyngien , le facial , V audit f, le moteur externe ou postérieur , le trijumeau , le moteur interne ou supérieur, le moteur commun , Y optique et Y olfactif

Ce qui a déterminé à reconnaître un moins grand nombre de nerfs, c’est que: 1“ pendant long-temps, jusqu’à Massa, le nerf olfactif, a été regardé, non comme un nerf, mais comme une portion du cerveau ; 20 que jusqu’au temps d’Achillini, on a considéré le nerf moteur externe comme faisant partie du cinquième ; 5° que l’auditif et le facial ont été coufondus en une seule paire jusqu’à Sœmmerring; 4" et 5° que, jusqu’à Àndersch, on n’a vu, dans le glosso-pharyngien et l’accessoire, que des portions du pneumo-gastrique. Cepen-

(1) Ncuro-encephalotomia, Pavie, 1791.

(2) Malacarne en compte, à proprement parler, dix -sept; mais le dixseptième est la racine postérieure du nerf sous-occipital , et le onzième le nerf sympathique.

5o ANATOMIE SPÉCIALE.

dant certains anatomistes , dont plusieurs ont même précédé ' de beaucoup l’établissement de la division admise aujourd’hui , j qui date surtout de la publication des travaux de Sœmmerring, avaient déjà regardé un plus ou moins grand nombre des nerfs que je viens de citer comme autant de paires distinctes, j

Malacarne a porté le nombre des nerfs encéphaliques à quinze : i° et 2° en admettant un accessoire pour le moteur commun et pour le moteur supérieur ; 3° et 4“ en considérant les trois branches du trijumeau comme autant de nerfs distincts, ce qui donnerait seize paires, si, au lieu de distinguer le nerf glosso-pharyngien , il ne l’avait pas réuni au pheumo-gastrique. Or cette méthode est fort inconséquente, car i° quand bien même Malacarne aurait été fondé à admettre ses nerfs accessoires des moteurs , il n’aurait pu voir en eux que des racines de ces derniers, aux troncs desquels ils se réunissent; 2° les trois branches du trijumeau naissent d’un tronc nerveux commun ; 3° le glosso-pharyngien mérite beaucoup plus qu’aucun des nerfs que Malacarne isole, d’étre séparé des nerfs voisins, et considéré comme une paire distincte.

Au reste j’aurai plus loin occasion de faire voir qu’il serait plus convenable de diminuer que d’accroître le nombre des nerfs cérébraux; mais , pour le moment, je suivrai la division reçue aujourd’hui.

Le principe sur lequel reposent les dénominations imposées à ces nerfs n’est pas le même pour tous. Autrefois on prenait pour tel la situation respective de leur origine, et on les désignait par des noms numériques, en les comptant d’avant en arrière. Plus tard, on conserva cette méthode, mais en y joignant des noms tirés du mode de distribution et des usages. Cette dernière marche est incontestablement la meilleure, et je l’ai suivie d’autant plus volontiers que la première ne se concilia pas bien avec la manière dont je considère les nerfs, en prenant la moelle épinière pour point de départ.

1 85 1 . Il existe des différences considérables entre les nerfs cérébraux de l’homme , sous le rapport du volume , de la forme et de l’origine.

i° Volume. En général les nerfs cérébraux diminuent de

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volume dans l’ordre suivant : trijumeau, optique, olfactif, auditif, moteur commun, pneumo-gastrique, glosso-pharyngien, facial, moteur externe , accessoire, hypoglosse et moteur supérieur.

2° Forme. A cet égard , on peut considérer :

a. La configuration. La plupart de ces nerfs sont ronds; cependant le moteur externe est un peu aplati, et l’olfactif triangulaire.

b. Texture. Presque tous sont fibreux depuis leur origine ; l’olfactif est le seul dans lequel on n’aperçoive pas de fibres distinctes. Les fibres sont plus long-temps séparées dans quelques uns que dans les autres, et elles le sont d’autant plus que les nerfs naissent plus en arriére. La plupart du temps elles se réunissent en faisceaux de volume différent avant de s’accoler en un seul tronc. Le nombre de ces faisceaux est d’autant plus considérable, et ils se ressemblent d’autant plus, sous le rapport de la grosseur, que les nerfs sont situés plus en arrière. Les deux nerfs antérieurs ne forment qu’un tronc unique à leur sortie du cerveau.

Il faut encore ranger ici les différences qui tiennent à la substance et à la solidité. De même que les nerfs spinaux, les onze cérébraux antérieurs sont composés de substance blanche ; l’olfactif, au contraire, en renferme de la grise. Ce nerf et l’auditif sont beaucoup plus mous que les autres.

3° Origine. A cet égard :

a. Les nerfs cérébraux se succèdent d’arrière en avant.

b. Tous naissent de la partie inférieure du cerveau. Quelques uns, en particulier l’hypoglosse, l’accessoire, le pneumogastrique, le glosso-pharyngien, le moteur postérieur, le trijumeau , le moteur commun et l’olfastif, proviennent de sa face inférieure. Les autres tirent plus ou moins leur origine de sa face supérieure.

c. Les origines de quelques uns, tels que le trijumeau et le moteur commun, sont cachées profondément dans la substance des parties du cerveau à la surface desquelles on les voit sortir. Au contraire on ne peut pas poursuivre celles de la plupart des autres au-delà de la surface.

4° Direotion et marche. Tous sc dirigent en avant; mais ils

ANATOMIE PECULE.

diffèrent les uns des autres, sous ce rapport, en ce que les dix postérieurs sont dirigés en devant et en dehors, tandis que l’optique marche en devant et en dedans, à sa partie postérieure, s’unit avec celui du côté opposé, et ne se porte en dehors qu’après cette réunion. L’olfactif se dirigp obliquement en dedans et en avant dans tout son trajet.

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