‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologiqueChapitre 25 sur 289 · I. NERF HYPOGGOSSE · texte numérisé non relu

I. NERF HYPOGGOSSE

i852. Le nerf hypoglosse, hyo-glossien, Ch., neuvième paire cérébrale , douzième , d’après la méthode moderne ( nervus lingualis médius , Haller ; gustatorius , Winslow; lingualis, Vicqd,Azyr;hypoglossus, Winslow) (1) , provient de la face antérieure de la moelle alongée, passe par le trou condyloïdien antérieur, et se répand principalement dans les muscles de la langue.

Il commence par plusieurs faisceaux placés à la suite les uns des autres, de haut en bas Ces faisceaux, disposés en une seule série, d’un demi-pouce de long environ, décrivent une ligne courbe, dont la convexité regarde en dehors , parce que les supérieurs et les inférieurs sont placés un peu plus en dehors que les moyens. Ils proviennent du sillon qui sépare la pyramide de l’olive. Les inférieurs prennent naissance audessous de cette dernière éminence; les supérieurs commencent un peu au-dessus du milieu du sillon. Tous sont placés un peu plus en dehors que les racines antérieures du premier nerf cervical , dont les plus inférieurs sont éloignés d’à peu près deux lignes, de haut en bas.

La série entière de ces faisceaux correspond assez exactement à l’origine du nerf glosso-pharyngien , du pneumogastrique et de la portion de l’accessoire qui naît de la moelle alongée.

Ils sont toujours très distinctement séparés les uns des autres à leur origine, et commencent par plusieurs radicules,

y J.-F.-G. Boehmer, De nono pare nervorum cercbri , Goettingue , 1 777. — H. -F. Kilian , Vniersuchung iiber clas nennte Hirnnervenpaar , Perth, 1822.

DI' NERF HYPOGLOSSE.

qui sont ordinairement composées elles-mêmes d’autres radicules plus petites.

Leur nombre et leur situation sont très sujets à varier. On en compte de quatre à huit. Ordinairement ils se succèdent sans interruption , de manière que les plus petites radicules des divers faisceaux se touchent les unes les autres. Cependant on en voit quelquefois certains qui sont plus éloignes des autres, et séparés d’eux par une distance qui peut s’élever jusqu’à une ligne environ, de manière que cette disposition les partage déjà en deux ou trois paquets de grosseur différente.

Ces faisceaux se réunissent en cordons, le plus ordinairement au nombre de deux, quelquefois de trois, qui, traversant chacun une ouverture particulière de la dure-mère, marchent d’arrière en devant, de bas en haut et de dedans en dehors, vers l’orifice postérieur du trou condyloïdien antérieur. Il est très rare qu’ils se réunissent en un seul tronc avant de percer la dure-mère. Quelquefois même une cloison osseuse les partage, dans toute l’étendue du canal condyloïdien, en deux groupes au moins, qui ne se confondent ensemble qu’à l’orifice extérieur de ce canal.

A sa sortie du crâne le tronc se dirige en bas, en marchant sur la partie supérieure du condyle; et, couvert en dehors, dans l’étendue d’un pouce environ, par celui du pneumo-gastrique, auquel il est ordinairement uni par des filets, il passe sur l’artère carotide interne, et descend d’arrière en avant entre la branche laryngée du pneumo-gastrique et le nerf accessoire.

Dans cet endroit il s’unit d’abord, vers le sommet de l’apophyse transverse de la première vertèbre cervicale , en devant et en haut, avec le nerf pneumo-gastrique par un filet considérable, en bas et en arrière , avec le premier nerf cervical et le grand sympathique par un autre filet qui monte de la branche antérieure du premier et du ganglion cervical supérieur, audevant duquel il se trouve placé. Ensuite il descend, couvert en dehors par le nerf pneumo- gastrique, le ventre postérieur du muscle digastrique de la mâchoire, le stylo-glosse et la veine jugulaire interne, en dedans par l’artère carotide interne, et donne des ramifications à la glande sous-maxillaire. Parvenu à la hau-

teur delà troisième vertèbre cervicale, il passe au-devant de l’artère carotide externe, et, formant une large arcade, dont la convexité regarde en bas, il se dirige d’arrière en avant et de bas en haut, vers le muscle génio-glosse, le long du côté interne de l’os hyoïdien postérieur et inférieur.

A l’origine de son arcade , il donne une branche considérable et très constante, le nerf cervical descendant (ramus descendens noni) , qui se porte en bas et en devant, d’abord le long de la face antérieure de l’artère carotide externe, où elle est étroitement unie au tronc du nerf pneumo-gastrique par du tissu cellulaire, puis au côté interne de la veine jugulaire interne, passe au-dessus de l’artère thyroïdienne supérieure, se dirige davantage en devant à partir de ce point, fournit en avant et en dedans un rameau qui va se jeter dans le ventre antérieur du muscle omoplat-hyoïdien , en envoie d’autres aux muscle du larynx, et, se réunissant, au milieu du cou, avec le nerf descendant qui provient des branches antérieures du second et du troisième nerfs cervicaux, forme ainsi une arcade, dont la convexité est très marquée et tournée en avant.

La convexité de cette arcade donne ordinairement naissance à deux branches qui descendent le long du côté antérieur de la veine jugulaire interne. La supérieure, plus petite, rétrograde pour aller se jeter dans le ventre antérieur du muscle omoplat-hyoïdien. L’inférieure, plus grosse, passe sous le ventre antérieur de ce muscle, se porte en bas et en devant, à la face externe du sterno-thyroïdien , répand plusieurs filets dans ce muscle et dans le sterno-hyoïdien, et s’anastomose, en cet endroit , avec le nerf diaphragmatique, par un filet petit, mais constant. Des ramifications de cette branche pénètrent dans la poitrine, principalement du côté gauche, et s’étendent jusqu’à la partie supérieure du péricarde.

Le tronc du nerf hypoglosse fournit ensuite quelques branches qui se portent en bas dans le muscle thyro -hyoïdien. De là il se relève, d’abord au-dessous du tendon du muscle digastrique, puis sur la face externe de l’hyo-glosse, entre cette face et le mylo-hyoïdien , donne, de ses parties supérieure et inférieure, mais principalement de cette dernière, aux muscles du larynx, ensuite à l’hyo-glosse , au génio-hyoïdien et au génio-glosse ,

DU NERF HYPOGLOSSE.

des filets dont les supérieurs surtout s’anastomosent fréquemment ensemble , s’unit avec le nerf linguat de la troisième branche du trijumeau, dans la partie supérieure et antérieure du muscle hyo-glosse, au moyen de deux ou trois filets considérables, et s’étend ensuite presque jusqu’à la pointe de la langue, par des ramifications qui marchent entre les fibres du muscle hyo-glosse.

Arrivé au corps de l’hyoïde , le tronc du nerf se contourne sur l’artère linguale , et pénètre dans la substance du muscle génio-glosse , dans lequel il se perd par des rameaux dont quelques uns se portent jusqu’à la face inférieure de la pointe de la langue.

On ne peut pas suivre les filets du nerf hypoglosse jusque dans les tégumens de la langue; ils s’arrêtent dans les muscles de cet organe. De cette circonstance seule , on doit tirer la conclusion très vraisemblable qu’il ne sert qu’à exciter les mouvemens musculaires, et qu’il n’est point le nerf gustatif proprement dit, quoiqu’il communique, par de fortes anastomoses , avec la branche linguale du trijumeau , dont les ramifications pénètrent distinctement jusque dans les enveloppes tégumentaires de la langue. Une autre circonstance donne encore plus de poids à cette conjecture, c’est l’analogie qui existe entre lui et les nerfs moteurs des autres organes sensorîaux qui reçoivent également des nerfs moteurs et des nerfs sensitifs à la fois. Ce qui démontre que ces deux ordres de nerfs remplissent des fonctions différentes , c’est qu’on a observé que les altérations , la destruction originelle ou acquise de l’un d’eux , entraînent seulement la perte d’une des deux facultés de la langue , celle de goûter , quand l’affection a pour siège le rameau lingual du trijumeau, et celle de la motilité, quand elle porte sur l’hypoglosse (1). La perte du

(1) La perte du goût a lieu dans le trisme des mâchoires ; or les muscles releveurs de la mâchoire inférieure reçoivent leurs nerfs de la cinquième paire et non de l’hypoglosse ( Haller , El. phys. , t. Y , p. 1 1 2 ): On a observé l’absence congèniàle du goût chez un sujet dont le rameau lingual se rendait à l’occipital et non à la langue (Colombo , De re anat. , Paris , ij52 , p. 486 ).

goût, dans un cas de lésion du nerf hypoglossc(i) , quand bien même ceüe lésion n’aurait pas seulement été admise comme une chose probable , ne prouverait pas que les deux nerfs concourent la fonction gustative ; car, d’un côté , la lésion aurait pu ne produire cet effet qu’en raison des connexions qui existent entre les deux nerfs; de l’autre, l’observation citée par Heuermann prouverait plus qu’il n’est permis d’admettre, attendu qu’en raison de la distribution du nerf hypoglosse et de celle dù rameau lingual du trijumeau, l’hypoglosse ne saurait être , à lui seul , le nerf gustatif, ainsi qu’il faudrait le conclure de ce fait, considéré comme un argument péremptoire en faveur de la faculté attribuée par l’auteur au tronc nerveux dont il supposait la lésion.

Mais la différence de fonction entre les deux nerfs n’est pas prouvée par les cas dans lesquels on a observé la perte du mouvement de la langue sans celle du goût, ou la perte du goût sans celle du mouvement de la langue (2) en général , puisqu’on rencontre le même phénomène dans d’au très parties qui ne Reçoivent qu’un seul nerf, et où l’on ne peut par conséquent pas l’expliquer de la même manière.

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