AMNIOS
257 [\. L 'amnios ( amnion , s. tunica ovi intima ) est une membrane très mince et transparente qui enveloppe immédiatement le fœtus. Sa face externe adhère assez faiblement au chorion, si ce n’est dans l’endroit où elle revêt la face interne du placenta ; l’interne au contraire est libre. Ces deux faces sont parfaitement lisses, abstraction faite toutefois du tissu cellulaire très lâche qui couvre l’externe.
Souvent, peut être même toujours, durant les premiers temps de la grossesse, cette membrane est séparée du chorion, dont l’étendue surpasse la sienne de beaucoup, par un intervalle plus ou moins considérable, dans lequel s’amasse un fluide qu’on désigne sous le nom de fausses eaux de l’aninios ( liquor amnii spurius). Mais ce liquide disparaît d’assez bonne heure, dès le second mois (1), époque à laquelle les deux membranes se touchent, quoiqu’on les ait trouvées quelquefois encore séparées l’une de l’autre à quatre et à cinq mois (2).
L’amnios se réfléchit sur lui-même à l’origine du cordon ombilical, revêt les vaisseaux ombilicaux , dont il constitue l’enveloppe extérieure ou la gaîne, et se prolonge ainsi jusqu’à la face antérieure du bas-ventre, où il se continue avec la portion saillante de la peau de cette région qui forme l’ombilic.
On n’a encore trouvé ni vaisseaux sanguins ni nerfs dans l’amnios, quoiqu’il soit très vraisemblable que la substance qui sert à l’unir au chorion contient des voies par lesquelles le liquide nourricier et sécrétoire pénètre jusqu’à lui.
2575. Cette membrane renferme un liquide qu’on appelle eaux de l’ amnios ( liquor amnii ) (3), et qui varie, sous plusieurs rapports, aux diverses époques de la vie du fœtus.
(1) Hunter, p. 67.
(2) Lobstein,p. 23-24.
(3) Franck, De liquore amnii, Gœttingue. 1764. — F. -A. Kœnig, Deaquis ex utero gravidarum et parturientium pro/Uientibu.i, Halle, 1769. — J. -P.
J Hettler, De tiquoris amnii nalurà ac indolè, Giessen, 1776. — H. Van den |i Bosch , De naturâ et ulilitate tiquons amnii , Utrecht, 1792. — P. Schëel,
AKATOMIE SPÉCIALE.
A l’égard de ses qualités physiques, il est limpide et plus ou moins transparent dans les premiers temps de la grossesse ; mais, sur la fin, il devient trouble , et se charge plus ou moins de flocons. Il est aussi plus ténu et moins visqueux dans l’origine.
Son odeur est forte, et analogue à celle du sperme. Il a une saveur légèrement salée.
Il contient une quantité considérable de globules.
Sa pesanteur spécifique est peu supérieure à celle de l’eau.
Sa quantité absolue et sa quantité relative varient aux diverses époques de la grossesse. Plus l’embryon se rapproche du moment de sa formation, et plus les eaux de l’amnios sont abondantes, proportion gardée.
Vers le milieu de la gestation seulement, leur poids fait à peu près équilibre à celui du fœtus.
Depuis cette époque elles diminuent peu à peu, de manière que, dans le cas même où le fœtus sort sans rompre ses enveloppes, leur poids ne s’élève pas à plus d’une livre, et qu’il s’en écoule tout au plus huit onces dans les accouchemens ordinaires.
Leur quantité absolue augmente d’abord, mais diminue ensuite, comme la relative. Ainsi, par exemple, on n’en a trouvé que trente-six onces au troisième mois, jusqu’au quatrième.
Relativement à la composition chimique, il est à regretter qu’on n’ait point analysé les eaux de l’amnios de la femme, ni fait des expériences comparatives, qui ne présentaient cependant aucune difficulté, sur celles des animaux aux diverses époques de la gestation. Toutes celles que nous possédons
Diss. de tiquoris amnii arterim as perce fcetuum humanorum naturâ et usu, cui adjectus est appendice sistens generaliora quœdam de liquore amnii , Copenhague , 1799. — Buniva et Vauquelin , Expériences sur les eaux de l’amnios; dans Ann. de chimie , t. XXXIII, et Mém. de ta soc. méd. d’ém. t. III, p. 229. — F. -F. Reuss et F.-A. Emmert, Chemische l Inters uchung des Fruchtwasscrs aus dem zeitigen Ei und der kdsigen Materieaufder Haut der neugebornen Kinder; dans Osiander, Annalcn, Gœttingue, 1801, t. II, p. 107. — G. Egeling, De liquore amnii , nec non posiliones medici argumenti, Leyde, i8iâ. — G.-F. Fuckel, De liquoris amnii in fœtus corporis superfeiem pressione, Marbourg, 1819.
roulent sur les eaux reçues au moment de la parturition , c’està-dire dans les derniers temps de la grossesse.
Suivant Scheel, la liqueur amniotique contient de l’oxygène libre ; mais les analyses qui ont été faites (i) depuis n’ont pas confirmé cette assertion (2). On y trouve des traces d’alcali libre.
La portion fluide se compose d’une quantité d’eau considérable, d’un peu d’albumine, d’une proportion de gélatine encore plus faible , d’hydrochlorates d’ammoniaque et de soude, et de phosphate de chaux. La chaleur, l’alcool et les acides n’y produisent aucun changement, ou du moins n’en font naître que de très légers.
Les flocons se rapprochent surtout de la mucosité des membranes muqueuses (5).
Le fœtus est la source du liquide amniotique , suivant les uns, et selon d’autres, c’est la mère. La première hypothèse nous le représente comme une excrétion, et la seconde, comme une substance nutritive.
Parmi les premiers, les uns le font provenir de l’urine du fœtus, et les autres de son exhalation cutanée.
Plusieurs (4) supposent que sa composition est mixte, surtout dans les derniers temps de la grossesse, qu’il est formé en partie d’une excrétion du fœtus , en partie aussi d’une substance nutritive.
L’opinion qui me paraît la plus vraisemblable, c’est que les eaux de l’amnios sont sécrétées , en grande partie au moins, par les vaisseaux de la mère, quoiqu’il puisse bien se faire que, sur la fin de la grossesse, elles soient fournies en partie par le fœtus. J’ai été conduit à cette opinion parce qu’il me
(1) Lassaigne ( Sur l’existence d’an gaz respirable dans les eaux de
l’amnios , dans Archiv. gén. de Méd., tom. II, pag. 3o8) a trouvé , dans les eaux de l’amnios de la truie, quatre cent trentièmes d’un gaz qui se rapprochait beaucoup de l’air asmosphérique , puisqu’il était composé d’azote 98,3, et d’oxygène 21,7. ( Note des traducteurs.)
(2) Van Doeveren, Obs. acad., c. vu, p. io3.
' (3) Emmert, loc. cit., p. 116.
(4) Emmert, p. 12t.
paraît infiniment probable que ce liquide sert à la nutrition du fœtus. En effet :
i° Comme il semble contenir plus de substance nutritive dans l’origine que durant les premières périodes, parce qu’il fournitun coagulum plusabondantpar la chaleur et l’alcool (1), on peut expliquer cette différence en admettant que la substance alibile a été absorbée dans le principe, et que, quand elle s’est trouvée moins abondante, elle a été remplacée par un autre mode de nutrition.
2° Les eaux de l’amnios sont vraisemblablement absorbées par la peau ; car, après avoir appliqué une ligature autour des membres d’un fœtus plongé dans ce liquide, on n’a pas tardé à voir les lymphatiques sous-cutanés se gonfler beaucoup, tandis que ceux des membres qui n’avaient pas été liés étaient vides (2). En second lieu , des fœtus sont venus au monde avec la bouche close, et un cordon ombilical tout-à-fait séparé du placenta, fermé et arrondi à son extrémité libre (3).
3° La liqueur amniotique pénètre aussi par la bouche, puisqu’on en a trouvé dans l’estomac, l’œsophage, la caisse du tympan et la trachée-artère, où il a été facile de la reconnaître, tant à ses qualités physiques (4), qu’aux poils soyeux de l’enfant, qu’elle renferme, de même que le méconium (5).
4° Des observations bien précises nous apprennent que le fœtus exécute des mouvemens d’inspiration et de déglutition, qui fout pénétrer les eaux de l’amnios dans ses voies digestives et aériennes (6).
5° On est parvenu à nourrir des animaux déjà nés, pendant
(1) Osiander, Annalen , t. I, cah. 1, p. 199-200. — Lobstein, toc. cit., p. io3. C’est ce que j’ai toujours remarqué moi-même dans les embryons de brebis.
(2) Brugmans, dans Van den Bosch, toc. cit., p. 466, 467.
(3) Ibid.
(4) Winslow, Herholdt, Rafn, Abildgaard, Scheel; dans Scheel, toc. cit., p. 12.
(5) Osiander, Handbuch der Entbindungskunde, t. I, p. 23j.
(6) Winslow, dans Scheel, toc. cit., p. 12. — Béclard, dans Bull, de la fac. de Paris, i8i3, n° 6-8.
DE LA CONCEPTION DANS L’ÉTAT NORMAL. j5j
plusieurs semaines , en les tenant plongés dans la liqueur amniotique (1).
Mais indépendamment de ces usages relatifs à la nutrition, les eaux de l’amnios remplissent encore d’autres offices qui concourent d’une manière directe ou indirecte à la conservation du fœtus:
i° Elles le garantissent de toute commotion , de toute compression ;
2° Elles entretiennent la matrice dans son état normal de distension ;
3° Elles établissent une connexion plus intime entre l’œuf et la matrice ;
4° Elles modèrent la pression du fœtus sur l’organe utérin.
Mais elles ne servent pas, comme on l’a dit, à prévenir l’oblitération des ouvertures et des cavités du corps (2); d’un côté, parce qu’il n’est pas rare de rencontrer des anomalies pareilles, de l’autre, parce que les membranes muqueuses n’ont point de tendance à contracter des adhérences, à moins qu’il ne soit survenu en elles des altérations de texture. L’observation des anus contre nature, qui persistent pendant une longue suite d’années sans se refermer, prouve assez qu’il suffit des fluides qu’elles sécrètent pour empêcher leurs surfaces de se coller ensemble.
Les eaux de l’amnios sont utiles aussi au moment de l’accouchement, parce qu’elles dilatent l’orifice de la matrice, et lubréfient les parties génitales externes.