PLACENTA ET CORDON OMBILICAL
a. Placenta.
25^6. Le placenta ( placenta ) (3) est une masse en général arrondie, oblongue, molle, mais assez solide, surtout à sa cir-
(1) Weydlich, dans Pohl, Embryochemia, Erlangue, i8o5, § 12.
(2) Lucæ, dans Fuckel, p. 10.
(3) G. Munniks van Cleef, De usu placenlui humanœ comparationc ejusdem cum animalium placcntis illustrato, Utrecht, 1819.
conférence , composée du chorion et de la caduque. C’est la partie la plus vasculeuse de l’œuf, celle par laquelle il tient de la manière la plus intime à la matrice.
Ce corps a ordinairement huit pouces de long dans son plus grand diamètre, six dans le plus petit, et un d’épaisseur; mais il s’amincit peu à peu vers sa circonférence. L’endroit où il a le plus d’épaisseur est celui où le cordon ombilical s’en détache. Ordinairement il s’implante, surtout chez les femmes primipares , à la partie supérieure et postérieure de la matrice, un peu à droite. Aucune des explications mécaniques qu’on a données de ce phénomène n’est satisfaisante (i).
Le placenta se compose d’un nombre considérable de lobes ( cotyledones ) d’inégale grosseur, arrondis, irréguliers , qui sont surtout très apparens à sa face externe ou utérine, et qui le hérissent d’une multitude d’inégalités.
Vers l’époque de la maturité du fœtus, il est couvert, à sa face externe, d’une couche qui ressemble beaucoup à la membrane caduque, et qui ne s’étend pas seulement d’un lobe à l’autre, mais pénètre même entre eux , et s’unit d’une manière très intime aux vaisseaux du placenta. Ces derniers communiquent avec ceux de la matrice. Entre eux et le placenta se trouvent des veines d’un très gros calibre. On remarque surtout à la circonférence du gâteau placentaire un veine circulaire, dans laquelle s’abouchent plusieurs veines de la membrane caduque.
Quoique celte couche ressemble à la caduque, sous le rapport de la structure , elle paraît cependant se former plus tard, puisque la portion de cette dernière qui correspond au placenta disparaît après avoir opéré son union avec la matrice , et qu’on ne trouve la couche en question que durant la seconde moitié de la grossesse (2).
(1) B. -F. Osiander, De causa insertionis placentas in uteri orificium ex novis circa generationem humanam observât ionib us et hypothesibus declaralâ , Gœttingue , 1792.
(2) Wrisberg, Descript. ovi et seeund., § i83. — Lobstein , toc. çit p. 58.
DE LA CONCEPTION DANS L’ÉTAT NORMAL. ?5g
La face interne du placenta est lisse, et formée par le chorion, qui offre là plus d’épaisseur que dans tout le reste de son étendue, et dont l’amnios tapisse aussi la face interne.
On y remarque les plus volumineux d’entre les branches et troncs des trois vaisseaux ombilicaux dont la réunion produit le cordon ombilical, qui unit le corps du fœtus avec les membranes de l’œuf.
Le placenta croît sans cesse, d’une manière absolue , à dater du moment de son origine ; mais il diminue en proportion du fœtus et des autres parties de l’œuf, attendu que les vaisseaux du chorion s’oblitèrent peu à peu pour la plupart. Une partie même de ceux du placenta se ferment graduellement, et paraissent alors comme autant de cordons remplis çà et là de phosphate calcaire, surtout vers la face supérieure de l’organe. Cependant le dépôt salin s’opère aussi hors des vaisseaux. C’est un signe de la maturité , de la vieillesse, de la mortification du placenta, de sorte qu’on ne l’observe que quand ce dernier est au moment de se détacher. La maturité du placenta s’annonce aussi parce qu’il reçoit moins de vaisseaux, parce qu’il est plus sec, même parce qu’il diminue dans sa masse et son volume (1) , quoique ces changemens soient beaucoup moins sensibles chez la femme que chez les femelles des animaux (2). On doit donc les considérer comme un commencement de séparation entre l’organisme du nouveau-né et celui de la mère , comme un prélude de l’accouchement.
b. Cordon ombilical. 1 2
2577. Le cordon ombilical ( funiculus umbilicalis ) est composé au moins des parties suivantes , pendant toute la durée de la vie fœtale :
i° La veine et les deux artères ombilicales;
20 Une sublance molle , demi-fluide et gélatineuse , qui entoure ces vaisseaux, et qu’on nomme gélatine de TVharton ( gelatina wharloniana ) ;
3° L’ouraque ;
(1) Lobstein , toc. cit., p. i4i, i4ï.
(2) Joerg, Uebcrdie Zeugung , p. 220.
r>6o ANATOMIE SPECIALE.
4° La gaîne ombilicale ( vagina urnbilicaiis), qui enveloppe toutes ces parties, et qui procède de l’amnios.
Il contient en outre, durant les premières périodes, et particulièrement jusqu’au troisième mois :
5° Une portion du canal intestinal, d’autant plus considérable que l’embryon est plus jeune;
6° La vésicule ombilicale , en entier ou en partie;
7° Les vaisseaux omphalo-mésentériques.
Voilà pourquoi il est alors beaucoup plus gros qu’aux époques suivantes.
Dans l’origine, jusqu’au second mois, quelquefois même plus tard, mais alors par anomalie, les vaisseaux ombilicaux sont droits. Peu à peu ils deviennent plus ou moins flexueux, et le cordon prend aussi cet aspect, d’autant plus que son calibre diminue en même temps. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que ces inflexions s’opèrent très généralement dans le même sens, de gauche à droite, ce qui arrive neuf fois contre une, si j’en juge d’après mes observations.
La gélatine de Wharton varie sous le rapport de la quantité. De là vient la différence qu’on a établie entre les cordons gras et les cordons maigres.
On peut, quoiqu’il faille cependant toujours comprimer pendant un temps plus ou moins long , faire couler du mercure dans cette substance gélatineuse (î); mais on ne saurait conclure de là, en toute assurance, qu’elle recèle des vaisseaux particuliers , propres à transmettre un fluide du placenta dansle corps du fœtus. Tout au plus pourrait-on admettre, d’après cette expérience , que la gélatine de Wharton se compose de tuyaux appliqués les uns contre les autres, formés par du tissu cellulaire, et contenant une substance en mouvement, qui sert probablement à la nutrition du fœtus (2). Quoique divers anatomistes, anciens et modernes, disent avoir découvert quelques lymphatiques dans le cordon ombilical (3), il ne m’a
(1) Uttini, Sur les vaisseaux absorbons du placenta; dans Mem.dell’ inst. naz. ital., t. I.
(2) Lobstein, toc. cit., p. 38.
(3) Michaelis , Observationes circa placenta; ac funiculi ttmbilicalis vasa absorbentia, Gœttingue, 17^0.
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pas été plus possible qu’à Lobstein ( 1 ) de les apercevoir, malgré toutes mes recherches à cet égard.
La gaine ombilicale enveloppe les parties qui forment le cordon, sans les serrer. Elle diffère d’autant plus de la peau du fœtus, que ce dernier est plus éloigné du moment de sa formation.
Je n’ai pas pu voir de nerfs dans le cordon ombilical, de manière à ne conserver aucun doute sur leur existence (2) : aussi je n’en admets pas (5).
25^8. Ordinairement le cordon ombilical ne provient pas du centre du placenta, mais s’y implante à une distance plus ou moins grande de sa circonférence. Il s’attache à la face antérieure de l’abdomen , d’autant plus bas que l’embryon est plus jeune , et , à partir de ce point , les parties qui le constituent s’écartent l’une de l’autre.
Non seulementson calibre, mais encore sa longueur varient beaucoup aux diverses époques de la vie fœtale.
Dans l’origine, et jusqu’à la lin du premier mois, il n’existe réellement point encore, et l’embryon se trouve appliqué immédiatement sur l’amnios.
Une fois qu’il a commencé à paraître, il se prolonge continuellement jusqu’à la maturité du fœtus, de manière qu’à cette époque il a , en général , deux pieds de long à peu près , et qu’on trouve peu de différence entre sa longueur et celle de l’enfant qui va naître.
Cependant il est à remarquer qu’en général ces deux périodes sont séparées l’une de l’autre par une troisième, durant laquelle le cordon ombilical a une longueur proportionnellement plus considérable, et qui surpasse plus ou moins
(1) Loc. cit., p. 84.
(2) Chaussier et Ribes disent avoir suivi des filets du nerf ganglionnaire du foetus, le long des vaisseaux ombilicaux, jusque dans le placenta. ( Chaussier, Expériences nouvelles sur le digestion , et remarques à ce sujet ,• dans Journ. univ. des se. mèd., t. I, p. 233.)
{Note des traducteurs. )
(3) E -F. Durr, Diss. sistens funicutum umbilicalem nervis carere, Tubinguc, i8i5. — L.-S. Rieck, U trum funiculus umbiticatis nervis pollcat , nul carcat, Tubingue, 1816.
celle du fœtus; c’est ce qui a lieu du moins depuis la fin du second mois jusqu’à la fin du sixième.
Cependant, au terme de la grossesse, la longueur du cordon varie entre un pied et deux.
2579. Le placenta et le cordon ombilical établissent la communication entre l’enfant et la mère. Le premier se compose essentiellement de deux portions différentes, l’une fœtale , l’autre utérine.
La portion fœtale est formée par des ramifications des vaisseaux ombilicaux et par le chorion ; l’utérine, par des prolongernens des vaisseaux utérins et par la membrane caduque. Ces deux portions sont unies ensemble d’une manière d’autant plus intime que le fœtus est plus avancé en Sge; mais leurs vaisseaux respectifs restent toujours séparés, de manière que les artères et les veines del’utérine communiquent directement entre elles , comme font aussi celles du placenta fœtal. Voilà pourquoi les injections des vaisseaux de la matrice, même lorsqu’elles ont le mieux réussi , ne remplissent que le placenta utérin, tandis que celles qu’on pousse parles vaisseaux ombilicaux ne remplissent que la portion fœtale. De là vient aussi que, quand on injecte le placenta détaché du corps, ou quand il n’est point encore séparé de corps de l’enfant né et vivant , de sorte que le sang circule sans interruption dans son intérieur, on 11e voit jamais sa surface libre fournir aucun écoulement. De là vient le défaut d’isochronisme qu’on remarque entre le pouls de la mère et celui du cordon ombilical.
C’est ce qui explique comment des enfans venus au monde sans que leurs enveloppes fussent déchirées peuvent y vivre plus ou moins long-temps, la circulation continuant de se faire parfaitement en eux (1) , et il n’y a probablement que le changement de température qui impose la nécessité d’ouvrir toutes les enveloppes, quoique Wrisberg ait prolongé l’expérience
(1) Dans les expériences de Roederer, Wrisberg et Osiander (Roederer, De vi imaginationis in fœtum ncgandâ, Gcettingue, 1756. — Wrisberg, Obs. de struct. ovi; dans Comment. , vol. I, p. 618. — Osiander, Annalen, 1. 1, cah. 1, p. 27-28), que j’ai répétées avec le même résultat sur des chiens, des chats et des lapins.
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pendant neuf minutes, et Osiander pendant un quart d’heure, sans inconvénient.
La même circonstance explique encore pourquoi le cordon, qui reste long-temps en communication avec la mère après avoir été séparé du corps de l’enfant, ne fournit qu’un très léger écoulement , produit par la faible quantité de sang qui se trouve contenu dans le placenta fœtal.
Enfin voilà pourquoi des fœtus, non seulement peuvent survivre plusieurs heures à leur mère foudroyée par une hémorrhagie, mais encore conserver plus ou moins la quantité de sang qu’ils ont ordinairement.
258o. La portion interne ou fœtale du placenta ne se compose que des innombrables ramifications de la veine et des artères ombilicales, enveloppées par un prolongement vaginal du chorion.
Les artères et les veines marchent toujours de concert, et décrivent fréquemment des circonvolutions, comme les troncs; leurs dernières ramifications même s’accompagnent d’une manière constante, de manière qu’on trouve une artériole et une veinule enfermées dans un même prolongement vaginal du chorion.
Cependant cette disposition n’a lieu que dans les derniers temps de la grossesse; car, durant les premières périodes, les vaisseaux du placenta fœtal sont simples, et seulement veineux, comme ceux du chorion en général.
Indépendamment des vaisseaux, on trouve, dans le placenta, des filamens blancs, tendineux, qui naissent du chorion, pénètrent avec lui entre les troncs vasculaires, et paraissent n’être que des vaisseaux oblitérés, puisqu’il leur arrive souvent d’être à demi ouverts et de recevoir les injections.
Si l’on excepte une anastomose considérable et oblique qui existe, entre les deux artères ombilicales, à la base du placenta , leurs rameaux subalternes ne communiquent point d’un lobe à l’autre dans l’intérieur de ce corps. Il n’y a pas d’autre anastomose non plus entre les branches de la veine ombilicale. Au contraire, les artères et les veines se continuent les unes avec les autres par des anastomoses proportionnellement très larges.
Cette portion du placenta est d’un tissu proportionnellement très lâche : la solidité de la masse entière ne dépend que de la portion suivante.
Le placenta n’a point de lymphatiques. On ne peut non plus y démontrer rigoureusement l’existence de filets nerveux.
2581. La portion utérine ou externe du placenta est beaucoup plus ferme que l’interne, et formée par la membrane dont j’ai parlé précédemment, qui ressemble à la caduque.
Cette membrane revêt sa face externe , et lui donne un aspect tomenteux; mais, en même temps, elle envoie à l’intérieur une multitude de prolongeraens irréguliers, qui pénètrent entre les ramifications les plus déliées des vaisseaux ombilicaux , avec lesquelles ils forment alternativement des élévations et des enfoncemens.
Le placenta utérin , de même que toute la membrane caduque qui lui correspond , est un produit de la matrice , et ses vaisseaux sont des prolongeuiens des vaisseaux utérins.
Les artères sont très flexueuses , et les plus grosses ont à peu près une ligne de diamètre. Les veines , qui suivent une marche moins flexueuse, mais qui se rendent obliquement au placenta , sont infiniment plus larges. De la membrane caduque naissent une multitude de ramifications veineuses qui, après s’être réunies en troncs , se répandent principalement sur le bord du placenta.
Le passage des artères aux veines se fait, dans le placenta utérin, non pas par des anastomoses, mais dans de grandes cellules qu’on peut remplir complètement , soit par les troncs artériels , soit par les troncs veineux , et dans lesquelles l’injection s’épanche toujours avant de passer des artères dans les veines.
Ces cellules doivent être considérées comme des ébauches grossières de vaisseaux, puisqu’elles n’ont pas de membranes propres, et qu’elles forment encore de grandes îles.
2582. Malgré la séparation des deux circulations dans le placenta, il y a cependant, entre les deux portions qui le constituent et entre leurs vaisseaux, un rapport d’action mutuelle qu’on peut comparer à celui qui a lieu, soit entre l’air et le
sang dans les poumons, soit entre les alimens et les vaisseaux chylifères dans le canal intestinal.
2583. Le placenta utérin n’est non plus qu’une production passagère, dont la matrice se débarrasse en grande partie à l’époque même où elle expulse le placenta foetal , quoiqu’une portion de la membrane caduque ne se détache parfaitement de la face interne de l’organe que plusieurs jours après l’accouchement.
Cette connexion intime entre le placenta utérin et la matrice fait que , quoique la section du cordon n’entraîne qu’un écoulement de sangléger et momentané, comme je l’ai dit plus haut , il survient au contraire tout-à-coup, dans le moment où cette portion se détache, par le déchirement de ses vaisseaux, une hémorragie plus ou moins considérable , que le resserrement de la matrice sur elle-même ne tarde toutefois pas à apaiser.