DES DIFFÉRENCES QUE LES NERFS, PRÉSENTENT DANS LEUR DÉVELOPPEMENT
1896. Les différences que les nerfs présentent dans leur développement ont été fort peu étudiées, et l’on ne connaît qu’un très petit nombre d’observations qui s’y rapportent. 'ayant pas assez souvent occasion de me procurer des foetus humains parfaitement frais et bien conservés , je ne puis pas ajouter autant que je l’aurais désiré à la masse des faits dont la science s’est enrichie jusqu’à présent.
On peut établir, à ce sujet, les corollaires suivons :
i° Tous les nerfs ne se développent pas avec une égale rapidité sous le point de vue de la texture , de la couleur et de la consistance. En général, ceux de la moelle épinière sont plusprécoces que ceuxde l’encéphale. Je les ai déjà trouvésparfaitement blancs et bien sensiblement fibreux dans l’embryon de six mois, tandis que les cérébraux étaient encore gris. Le nerf optique est celui surtout dans lequel la texture fibreuse et la couleur se développent tard. Non seulement, à l’époque précitée, il est beaucoup plus gros que les autres nerfs encéphaliques, mais encore, au neuvième mois même de la grossesse , il est encore aussi gris que le reste de la substance corticale, très mou, et sans aucune trace de fibres. Il ne m’a pas été possible jusqu’à présent de déterminer s’il devient blanc avant la naissance ; cependant il doit subir ce changement de bonne heure, car, deux fois, chez des enfaris d’un mois, je l’ai trouvé parfaitement blanc dans tout son trajet, à l’exception de la plus grande partie de la portion étendue entre le chiasma et l’oeil : cette dernière était tout-à-fait blanche au-devant du chiasma , grise en dehors et blanche en dedans au milieu, enfin totalement grise en devant.
On peut conclure de ces faits que les nerfs se perfectionnent de dedans en dehors et d’arrière en devant. Cette dernière proposition s’applique tant aux nerfs différens les uns des autres qu’aux mêmes nerfs dans les régions diverses du corps. Il est donc très remarquable que le nerf olfactif, qui est le plus antérieur de tous, reste presque entièrement gris partout pendant toute la vie, et qu’il conserve constamment cette teinte dans sa partie antérieure tout entière. Cette loi paraît être générale , car je l’ai rencontrée depuis dans des embryons de cochon et de chat.
J’ai aussi trouvé la grande racine du nerf trijumeau tout-àfait grise dans le foetus de huit mois.
2° Quant aux autres différences que présentent les nerfs , on peut faire les remarques suivantes à leur égard :
Parmi les nerfs spinaux j’ai trouvé , dans un grand nombre de foetus , le crural partagé, dès sa sortie du bassin , en ses deux branches tibiale et péronière, qui adhéraient d’autant moins l’une à l’autre que l’embryon était plus jeune. Avant
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la fin du cinquième mois de la vie intra-utérine elles n’étaient point encore aussi intimement collées ensemble qu’elles le sont dans un âge avancé, de manière que cette disposition , qui constitue une anomalie chez l’adulte, est normale dans les premiers temps de l’existence (1).
Je n’ai encore pu, jusqu’à présent, observer aucune différence dans les autres nerfs spinaux.
Le nerf trijumeau diffère de ce qu’il est dans la suite :
i° Par le nombre de ses cordons, qui est moins considérable d’abord. Dans le fœtus de huit mois, la grosse racine n’en avait que dix-huit , tandis qu’on en a compté vingt-huit et trente chez le nouveau-né (2).
20 Par la texture moins fibreuse de son plexus ganglionnaire. J’ai trouvé que ce plexus constituait encore une masse presqu’entièrement homogène au sixième mois de la grossesse.
On peut rapporter ces deux particularités au même principe , au développement moins parfait du tissu nerveux.
Le nerf olfactif est d’abord , proportion gardée , beaucoup plus volumineux. Dans le même temps, il est arrondi, plus épais et plus court.
Jusqu’au sixième mois, il renferme une cavité qui communique avec les ventricules latéraux du cerveau.
Ce sont là deux analogies remarquables avec les mammifères.
Chez le fœtus à terme, sa racine externe est manifestement médullaire. On aperçoit aussi quelques stries médullaires à la face inférieure du nerf, mais on ne découvre encore aucune trace de la bandelette médullaire qui représente sa racine interne.
Peu s’en faut que, dans les périodes delà vie embryonnaire , le nerf grand sympathique ne soit plus développé qu’aucune autre partie du système nerveux , en proportion du corps. Ce
(1) J’ai déjà dit que cette disposition est remarquable à titre d’analogie avec les mammifères, sans prétendre établir par là qu’on la trouve chez tous ces animaux.
(2) Vesling, Obs. anat. , n° vin. — Sœmmerring, De basi encephali , §60. — Niemeyer, dans Reil, Archiv fur die Physiologie , t. XI , p. 54.
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qu’il y a surtout de remarquable , c’est que les gros ganglions limitrophes sont tellement rapproches les uns des autres , particulièrement dans la cavité thoracique, qu’ils forment une série non interrompue. Le nerf splanchnique est aussi bien plus épais, proportion gardée, que chez l’adulte. Cependant, vers le milieu de la vie utérine , ce nerf a déjà diminué beaucoup de volume , et il se trouve alors presque réduit aux proportions qu’il doit conserver pendant toute la vie (1).