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II. Des modlflcatlonis de la nnirltlon

L'exisUence et les fondions des organes dépendent de leur nutrition, et celle-ci consiste dans un rapport muluel d'échange plus ou moins large, entre les tissus d'une part et le sang de Tau Ire. L^ nutrition présente la sortie d'une certaine quantité de liqueur sanguine hors des parois des vaisseaux et la rentrée dans le torrent circulatoire d'une certaine quantité de principes usés. La plupart des changements pathologiques de texture reposent sur des modifications de la nutrition normale; le plus grand nombre est dû à ce' que le plasma exsude plus abondamment dans les tissus, ou bien à ce que ce plasma exsudé est modifié seulement dans ses qualités; il se peut encore que le sang reçoive dans sa totalité, des matériaux en plus grande abondance , ou certains principes qui par leur action spéciale peuvent amener des changements de texture. La nature de la modification nutritive que subit Torgane, dépendra d'une part de la différence de ces phénomènes eux-mêmes et de leur mode d'action différent sur les tissus physiologiques, et de l'autre, de la composition du plasma et des diverses transformations qu'il peut subir après sa sortie des capillaires. Nous avons à considérer ici dans les tissus V hypertrophie , U atrophie, V inflammation y et ce qu'on a appelé les néoplasmes. Nous conservons ces dénominations traditionnelles, mais nous serons souvent forcés d'en modifier le sens.

1. GooditioBS générales des modifleatioBS de la nntrition. — Les métamorphoses des Blastémes.

A. — De l'organisation pathologique.

A^ — Les matériaux pour l'organisation sont fournis par le plasma {liquor sanguinis)\c^\\xUQ\ peut servir immédiatement de blasténne pour un péoplasme» qu'il reste contenu dans l'intérieur

18 àNATOMIB PàTflOLOaiODB okflitikVE.

des vaisseaux, ou qu'il s'extravase à travers les parois vasculaires déchirées. En général le plasma sort dçs parois yasculaires , modifié dans sa quantité et dans sa qualité , sous forme de blastême amorphe, d! exsudai : celui-ci , après sa sortie, reste liquide ou prend une consistance solide. Le blastême pathologique se distingue du blastême normal , non-seulement par ses propriétés physiques et chimiques, mais encore surtout par la direction que prennent ses métamorphoses ; c'est là ce que nous allons étudier.

Il y a pour tous les néoplasmes pathologiques une période où ils présentent une masse amorphe liquide ou une masse compacte; toutes les autres périodes, qu'elles nous apparaissent sous forme d'hypertrophie, de tumeurs fibreuses, de cancer, ne sont que des états consécutifs à ce premier degré de développement. La nature des exsudais eux-mêmes est très-difl&cile à élucider; car il nous est bien rarement possible d'obtenir ces produits, sans altération, assez purs et en quantité suffisante pour les examiner.

Les propriétés physiques et chimiques des exsudats ressemblent en général à celles du plasma du sang. A l'état frais, ils forment d'ordinaire une masse liquide, filante, d'un jaune pâle ou même incolore, transparente, d'une saveur fade et salée, à réaction alcaline; plus tard ils se présentent sous des formes variées, suivant la quantité de fibrine qu'ils contiennent, suivant le mode de coagulation de cette fibrine, suivant la quantité d'eau que le produit a conservé. Les principaux éléments constituants chimiques des exsudats sont : la fibrine , l'albumine et l'eau; leur nature est tout à fait analogue à celle de la fibrine et de l'albumine du sang; quant à leur quantité, elle est très- variable, surtout pour la fibrine qui souvent est très-abondante et d'autres fois manque complètement; l'albumine au contraire parait ne jamais être entièrement absente^ H y a presque toujours, en proportion plus ou moins forte, des matières extractives, de la graisse et des sels.

B) — La première trace d'organisation consiste dans une séparation chimique et morphologique des éléments du blastême,

ANATOMIE PÂTHOLOGI^ÎUe GENERALE. 29

qui a pour résultat la formation des cellules. Chaque néoplasme a comme seconde période à parcourir, la période de la formation des cellules. La cellule indique donc un stade de dévelop* pement morphologique déterminé des biastémes; elle suppose nécessairement un blastéme amorphe , provenant du liquide sanguin , et implique dans ce blastéme une transformation chimique déterminée, la formation de noyaux; un produit, qui remplit ces conditions, mérite seul le nom de cellule.

Cette opinion sur l'importance de la formation des cellules, n'est plus auw<(si généralement adoptée qu'autrefois, et certains auteurs ne voient d^ns la formation de la cellule qu'un mode d'organisation, dans la cellule elle-même qu'un corps sans signification déterminée, qu'une simple membrane enveloppante, qui peut se précipiter autour d'un corps quelconque, comme par exemple autour des globules sanguins, de la substance cérébrale, des globules de graisse, etc., et qui n'est pas uniquement destinée à envelopper un blastéme amorphe.

Les cellules s'organisent en tissus persistants y en fibres, en vaisseaux, etc., ou bien elles restent à l'état de cellules, continuent à se développer, et subissent des métamorphoses qui amènent leur, destruction : cellules transitoires.

Dans le cours des considérations qui suivront, nous apprendrons à connaître la manière dont ces produits se développent et se comportent ultérieurement. On est encore indécis, s'il se développe comme première formation des cellules indifférentes, qui toutes présentent le même caractère et d'où sortent postérieurement, par suite de transformations ultérieures, les formes spécifiques des cellules et des tissus (fibres cellulaires , cellules épithéliales , cellules graisseuses, etc.); ou bien si les cellules de ces lissus spéciaux possèdent aussi, de prime abord et dès leur formation, des formes spéciales.

C) — Quant aux conditions dans lesquelles le blastéme s'organise, nous les connaissons seulement en partie.

Une condition, qui d'ailleurs se comprend d'elle-même, c'est la nécessité du contact permanent du blastéme avec l'économie vivante, c'est-à-dire que pour l'organisation pathologique comme

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pour l'organisaitioD physiologique, il faut un contact constant du blastéme avec le liquide sanguin, ainsi qu'un échange constant de matériaux; quand tout abord du sang est retranché à un blastéme, il s'organise tout aussi peu qu'un blastéme enlevé du corps. L'influence d'une force vitale ne jetterait aucune lumière sur ce point, cette force étant elle-même encore entourée d'une obscurité complète. L'influence des nerfs n'est évidemment pas en jeu dans les plantes et dans l'embryon; mais pour ie corps humain une fois développé, il est difficile de nier cette influence dans la formation des cellules, bien que son action soit très-obscure.

La composition chimiq[ue du blastéme est de la plus haute importance , mais nos connaissances laissent beaucoup à désirer sous ce rapport. On peut admettre qu'un blastéme est d'autant plus organisable, qu il ressemble davantage au plasma sanguin normal (cela dépend surtout de la quantité de fibrine et d'albumine) ; que les blastémes riches en fibrine s'oi^anisent facilement; que l'oipinisation sy établit plus difficilement quand ils sont pauvres en fibrine, et qu'elle ne parait jamais avoir lieu, quand les blastémes sont entièrement dépourvus de fibrine. Toutefois les limites posées par la chimie entre l'albumine et la fibrine, ne sont pas tellement fixes, qu'on puisse toujours déterminer dans des petits blastémes la présence ou l'absence de l'un de ces principes; de plus, on n'est pas parvenu jusqu'ici à reconnaître la protéine coagulée. Relativement à l'influence des autres éléments constituants, nous connaissons seulement celle de l'eau : car les blastémes pauvres en eau ne s'organisent pas, tandis que ceux qui renferment beaucoup d'eau, toutes choses égales d'ailleurs, présentent une formation de cellules facile et abondante.

Une température froide rend difficile ou empêche l'organisation ; la chaleur au contraire la favorise. La nature des milieux qui environnent les blastémes , a aussi son importance ; la position à la surface du corps est défavorable; il en est de même du contact avec l'air atmosphérique^ qui produit facilement la dessiccation ou la décomposition; les blastémes s'oi^ginisent avec

▲NATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE. 31

grande fagiltlé dans le tissu cellulaire, dans les muscles, dans les glandes.

/>) — Les conditions qui déterminent la nature de V organisation sont encore plus difficiles à établir, mais leur étude offre un yif intérêt.

Les principes constituants chimiques ne fournissent que peu de points d'appui, en raison de ta difficulté que présente le diagnostic diflerentiel des variétés de la protéïne, quand elles sont coagulées. Les produits liquides , tels que le pus, peuvent provenir de blastémes solides, de fibrine coagulée; et les tissus solides , tels que les cicatrices , peuvent provenir de blastémes liquides ou du moins d'une partie de blastémes liquides. Aussi la division des blastémes en albumineux= liquides, et en fibrineux=solides, est-elle tout à fait insuffisante; le pus et le suc cancéreux , qu'on prend pour exemples de la première catégorie, ne sont pas des blastémes,. mais des portions de tissus organisés, et peuvent provenir tous deux d'une fibrine solide ; celle-ci , en effet, peut non-seulement fournir le blastême pour les fibres, les vaisseaux, etc., comme on le prétend, mais encore pour toute autre espèce d'organisation. Il n'est pas permis de conclure à une direction de l'organisation d'après la présence de la fibrine dans un blai^éme primitif, tandis que l'abondance de la fibrine est en général très-importante pour que l'organisation s'établisse.

La proportion d'eau contenue dans le blastême est plus significative, parce que dans les blastémes très-ricbes en eau, il se fait un développement rapide et considérable de cellules ; celles^ ci, à la vérité, ne sont pas employées à la production de tissus persistants; en général leur développement rapide et abondant a pour résultat du pus; dans les cancers humides on rencontre aussi une formation luxuriante de cellules. Ce travail est beaucoup secondé par la chaleur; la chaleur humide est un moyen puissant entre les mains du médecin ^ pour amener la suppuration.

Nous trouvons encore d'autres points d'appui dans la dimen^ siondes blastémes, dans là rapidité de leur formation ; en efiet

32 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉllÉRàLE,

toutes choses égales d'ailleurs y des exsudats peu abondants et déposés lentement s'organisent plus facilement en tissus pe»& sistants; par contre les tissus fibreux, les vaisseaux, les os, les épanchements considérables et produits rapidement, donnent plutôt des tissus transitoires , du pus , du cancer par exemple.

Enfin la nature spéciale de l'organisation est parfois déterminée par le tissu dans lequel les exsudats ont eu lieu; ainsi les plaies et les pertes de substance du tissu conjonclif guérissent facilement, et presque toujours par reproduction de ce tissu; les exsudats dans les os reproduisent ordinairement des os, les exsudats déposés près d'une collection purulente se trans* forment volontiers en pus.

Mais tout cela ne suffit pas pour expliquer la direction déterminée que l'organisation a prise dans certains cas , et l'on a toujours cherché à trouver encore d'autres conditions. Pour expliquer la direction spécifique de l'organisation, il se présentait tout d'abord à l'esprit d'admettre des propi'iétés spécifiques dans les blastémes, et pour expliquer ces dernières, des propriétés particulières dans le sang des malades chez lesquels l'exsudat se rencontrait. Avant qu'on possédât une connaissance exacte du sang, lorsqu'on s'en tenait de préférence aux humeurs en général, on avait déjà admis que la propriété spécifique d'un néoplasme dépendait d'une modification spécifique des humeurs, d'une dyscrasie. Dans ces derniers temps, le sang et ses éléments constituants, et les autres humeurs de l'économie, ont été étudiés et reconnus, assez au moins pour faire rejeter les maladies de la masse des humeurs , sans indication plus spéciale. On a recherché en même temps la direction particulière de l'organisation dans certaines conditions déterminées, sous le rapport de la quantité ou de la qualité de l'un des principaux éléments constituants des blastémes; quant à ces conditions elles-mêmes, on les a expliquées par des modidcalions déjà antérieurement existantes dans l'un des éléments du sang. Ces modifications ont aussi été désignées sous le nom de crases ou de dfscrasies»

Tout comme l'ancienne, cette nouvelle doctrine des crases ne se contentait pas d'expliquer la direction déterminée de

iHAffOMIB RàTHOLOaiQVE GÉNEflAU. 33

l'organisation d»n$ les biastémes pâthologîque& (les exsudais), m^is elle cherchait encore à expliquer, au moyen de ses crases, les conditions générales dans lesquelles les exsudais se produisent^ c'est-à^lire les modifications- de la nutrition.

Les premières recherches chimiques sur le sang semblaient devoir fournir une base solide à la doctrine des crases, et l'on chercha alors avec un enthousiasme incroyable à trouTer des cnases pour expliquer toutes les maladies possibles et les dÎFerses modiêcalions locales de la nutrition; et un peu plus ou UQ' peu moins de fibrine ou d'albumine, paraissait suffisant |ioHr constituer la cause essentielle des aSections les plus diverses.

Les premières espèces de crases se fondaient sur une modifioatiito quantitative dans les éléments Constituants du sang : aîflsi par exemple, sur un excès ou un défaut de fibrine; mais lorsque des redierdies plus exactes eurent démontré qiie ces modifications quantitatives ne suffisaient pas toujours pour l'explication demandée, lorsqu'on eut prouvé qu'elles étaient souvent une suite évidente de raiTection locale dont on recherchait la cause, on admît comme base des diverses espèces de crases, les modifications qualitatives des éléments du sang, telles que les maladies de la fibrine. L'examen chimique du sang ne suivant pas, on alla plus loin et on détermina les caractères d'une crase, d'après les propriétés physiques des exsudais et du sang' sur le cadavre: on ouvrit ainsi un libre essor à l'imagination. On se mit à considérer, comme espèces spéciales, les exsudais à l'état où on les trouvait sur le cadavre, sans réfléchir que ce dernier nous présente presque toujours des exsudais modifiés par les transformations dont ils ont été le siège (résorption , organisation , mortification , etc.). Dans le principe on partait de l'hypothèse, que la composition spéciale d^qn exsudât dépendait d'une modification qualitative survenue antérieurement dans Tun des principaux . éléments constituants du sang; plus tard les analyses restant sans ré» sultat, on eut le tort de continuer à admettre celte composition particulière des exsudais comme un caractère de la crase.

34 AMATOMIE PATROtOGiQUE GKNéflAt«.

Il est tout aussi peu possible de conclure à quelque chose , d'après la composition du sang sur le cadavre; dans le cœur et dans les gros vaisseaux nous voyons seulement une portion du sang de tout le corps; ensuite ce sang est souvent bien altéré déjà par la putréractton; sa coagulation peut être nulle, trèsconsidérable ou très-faible. D'ailleurs les conditions de la coagulation de la fibrine en général, et de la fibrine du sang après la mort, ne sont pas encore établies d'une manière positive; il n'est donc pas permis, d'après la quantité de fibrine trouvée dans le sang du coeur, de conclure avec certitude à ses rapports quantitatifs dans le sang pendant la vie.

Quant à la valeur de l'analyse chimique du sang tiré de la veine, elle ofire aussi bien des incertitudes : les méthodes d'expérimentation sont pour la plupart très - défectueuses , surtout par l'impossibilité d'isoler les globules sanguins et de déterminer leur composition chimique. Au reste on est encore dans l'incertitude relativement à la nature chimique des éléments constituants du sang les plus simples. «Les principes minéraux «du sang n'ont pas encore été déterminés, du moins on les «discute encore aujourd'hui; l'un des éléments les plus im- « portants du sang, la fibrine, ne peut pas être obtenue à l'état «de pureté chimique; la nature de la globuline et son mode «d'extraction des globules sanguins sont encore inconnus; on «ne saurait songer à une division et une détermination de «ce qu'on a appelé les composés oxidés de la protéine; nous «ignorons aussi les principes d'excrétion qui apparaissent déjà «dans le sang. Comment, au milieu de toutes ces incertitudes, «arriver à un examen du sang ayant une valeur scientifique « absolue I* (Lehmann, Chimie physiologique, 1850).

Les crases nous offriront au point de vue pathologique, la même insuffisance qu'à l'examen chimique; en effet la plupart des analyses du sang sont peu à utiliser; en faisant les recherches, au lieu de considérer l'état particulier du malade à l'époque où la saignée a été pratiquée, on a tenu compte fseulement de l'espèce ontologique de maladie dont il devait être atteint. Il suffisait de savoir qu'un malade avait une pneu*

monîe; inutile de s'informer si, avant la saignée, il avait transpiré, s'il avait bu, beaucoup ou peu mangé, s'il avait été à la selle, s'il avait uriné, etc., quelle était sa cx)nstitution , etc. On avait à faire à une pneumonie, donc le sang était pneumonique.

A la fin les analyses devinrent tout à fait sans usage, par suite de l'idée ontologique qu'on unit avec les crases; ainsi par exemple , l'état du sang où l'on trouvait une augmentation de la fibrine, fut regardé comme une entité morbide spéciale possédant les propriétés générales des entités morbides. Cette pathologie humorale moderne n'était qu'une suite inévitable des bouleversements survenus dans les idées qu'on se faisait de la nature des maladies. Après que les maladies furent devenues, d'entités symptomatiques qu'elles étaient, des tndivi-* dualités anatomiques, on chercha l'explication des affections locales dans des changements (la plupart anatomiques) déterminés du sang; et le sang s'étant effectivement trouvé modifié dans certains cas , on fit aussitôt de ce changement un procès morbide particulier, qu'on appela une crase. La crase est, pour ainsi dire, la souche d'une lignée de maladies qui pénètre dans le sang du corps; rarement elle reste dans le sang, le plus souvent elle se localise dans les divers organes, pour lesquels chaque crase présente une prédilection toute particulière; de cette localisation naissent des altérations anatomiques, les ma<» ladies locales.

Sans nous arrêter plus longtemps à ces essais incomplets d'une pathologie humorale moderne, si nous cherchons à obtenir des points d'arrêt pour apprécier la signification de la composition du sang comme condition étiologique des affections locales^ et pour déterminer la tendance qui se manifeste dans les blastémes, alors nous trouverons les données suivantes :

Le sang est un tissu composé de cellules et d'une substance intercellulaire liquide, dont les éléments sont dans un état continuel de développement, de formation, de déformation; la nutri-^ tion normale du corps dépend de la régularité de ce travail intime. Autant que nous pouvons en juger d'après les analj^ses actuelles du sang, il y a très-vraisemblablement des changements

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primaires dans le développement du sang; lorsque ceux-ci persistent et produisent ultérieurement des modifications dans la nutrition , il se déclare des maladies du développement du sang, ou si Ton veut, des crases.

Les changements et les troubles qui surviennent dans la formation du sang, ont une valeur très - diflfiérente. Ainsi le développement des éléments du sang varie suivant que l'alimentation est défectueuse ou abondante, suivant le genre de vie, l'air ambiant, etc. en un mol, suivant toutes les circonstances qui modifient la consommation des éléments, leur absorption , les sécrétions , etc. Ces oscillations se tiennent ordinairement dans les limites de ce qu'on peut appeler l'état normal, puisque le mécanisme du corps humain possède des moyens suffisants pour équilibrer toutes ces conditions; mais que des circonstances de ce genre durent longtemps, à la fin il peut survenir un changement persistant dans le développement du sang, et consécutivement d'autres modifications encore.

Le développement des éléments du sang peut encore être modifié par des changements dans les organes, qui sont surtout rois en jeii dans la formation du sang, tels que le tube digestif, les poumons; par des pertes considérables de substance, coniroe dans les exsudations, les hémorrhagies. Il en résulte des crases permanentes ou seulement des désordres passagers : ces crases sont alors toujours secondaires; néanmoins elles peuvent encore occasionner des maladies locales, et par rapport à ces dernières, elles sont cependant des crases primaires.

Le développement du sang est aussi modifié par l'introdnc^ tion de certains principes dans la circulation, tels que le pus, et une crase peut encore se développer alors que ces principes ont déjà été rejetés.

D'après cela , on voit sous combien de points de vue différents il est nécessaire de considérer les modifications du sang, et combien nous avons peu de matériau'x pour établir des crases véritables. Quant aux dernières, nous les examinerons dans la partie spéciale de ce traité; notre but ici était seulement de montrer que tous les essais crasiologiques ne suffisent pas

ANÀTOMIE PATHOLOGIQUE GENERALE. 37

jusqu'à ce jour pour rendre compte de la tendance déterminée de l'organisation des blastémes*

Pour expliquer la nature spécifique d'un grand nombre de néoplasmes, les crases actuelles suffisent tout aussi peu que les maladies des humeurs de l'ancienne médecine. La vieille école était cependant dans le vrai, quand elle posait en principe qu'un grand nombre de modifications ne sauraient être rapportées à des conditions locales, mais ne s'expliquent que par des changements de l'organisme entier, de l'ensemble de I9 nutrition. Dans l'état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons pas encore donner de grands éclaircissements, et nous sommes réduits à dire que l'origine d'un néoplasme, ainsi que la direction de l'organisation dans les blaslêmes, dépendent d'une direction déterminée de l'organisation de tout le corps. L'infection, l'hérédité de. certaines affections, la tendance déterminée des néoplasmes chez les scrofuleux et les tuberculeux , la généralisation d'un néoplasme solitaire dans le principe, etc., sont autant de faits qui parlent en faveur d'un semblable changement dans la direction de toute l'organisation.

Mais considérons, avec Wircbow, la question d'un point de vue plus général ; peut-être alors sera-t-elle mieux caractérisée :

Et d'abord comment doit-on se figurer l'hérédité de certaines affections; comment doit*on comprendre que les. parents exercent une influence pî^rticulière sur la direction que prendra l'organisation dans leurs enfants? Avant tout, il faut que nous ayons une idée de la vie en général et de la procréation. On ne peut pas se figurer la vie autrement que comme un mouvement, permanent dans les êtres depuis l'origine du genre humain; une nouvelle vie ne se produit qu'à la condition de la mise en jeu de nouveaux mouvements. L'ovule, pourvu déjà dans le corps de la mère d'une excitation déterminée, acquiert par le contact de la liqueur séminale du mâle, un nouveau degré d'excitation ; par là cet ovule n'est pas seulement rendu apte à se développer de lui-même, mais une série de propriétés particulières du corps paternel lui sont encore communiquées. Ces particularités provenant du corps de la mère et de celui

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du père, déterminent la direction de Porganisalion, de la disposition des tissus, ainsi donc les tendances héréditaires, dont les résultats sont très-divers : c'est ainsi que se développe chez Tenfant la ressemblance physique et intellectuelle avec les pa* renls, certaines particularités dans sa conformation, des pseudoplasmes comme chez les parents; mais ici appartiennent aussi les maladies telles que la tuberculisation , la syphilis. Ce qui a lieu pour l*œuf, peut aussi se produire, plus ou moins et à tout âge, dans le corps complètement formé. La direction des procès vitaux peut être ici djéterminée par l'influence d'un nouvel excitant, et entrer dans des voies nouvelles. Nous devons regarder comme des excitants de ce genre , les contagium et les miasmes: la syphilis, la variole, la rage, la morve, etc. Prenons pour exemple la syphilis; après un coït impur, une petite quantité de l'humeur chancreuse arrive du vagin de la femme sur la verge de l'homme. Nous ne savons pas si ce virus passe dans le sang, et combien de temps il y demeure; nous savons seulement que du moment où l'infection a eu lieu , l'organisme de l'individu infecté prend une direction particulière. Il se déclare constamment avec la même succession, une série de modifications dans la nutrition (les accidents primaires, secondaires et tertiaires), et enfin l'individu qui a la syphilis, communique la tendance particulière de sa propre personne, à son enfant, sur lequel après la naissance on observe des phénomènes syphilitiques. L'influence de la première excitation dure bien plus longtemps encore pour la tuberculisation, la vaccine.

Mais il peut aussi arriver qu'un néoplasme produit accidentellement dans le corps, devienne le moment excitant d'une direction déterminée de l'organisation, comme nous le voyons dans les cancers et dans les autres tumeurs, qui. dans le principe sont des affections locales, et qui plus tard seulement deviennent générales.

Enfin on rencontre des maladies générales, dans lesquelles la direction de tous les procès vitaux est visiblement changée, et cela sans aucun excitateur particulier; dans ce cas, le nouveau mouvement est déterminé par la réunion de l'influence

ANATOMIE PATHOIOGIQUE GÉfiERALE. 39

des maments les plus importants qui règlent la nutrition nor'* maie; c'est ainsi que (*on voit les scrofules, la tuberculisation , le cancer, apparaître à la suite de l'influence prolongée d'une mauvaise alimentation, d'un air vicié, d'une habitation bu* mide, etc.

En se plaçant à ce point de vue général , on peut dire que ces changements de direction dans les mouvements de l'organisme , nourseulement expliquent la production des blastémes pathologiques, mais encore qu'ils peuvent donner à l'organi* sation de ces derniers une direction déterminée; nous avons du moins par là une formule, sous laquelle nous rangeons ces rapports et qui permet de les garder dans la mémoire.

e) Le mode de développement des cellules est en général k suivant :

Comme premier d^ré de développement des cellules, on trouve partout des noyaux (fig. 1 a). Ces noyaux sont d'abord des petites masses creuses, lisses, rondes ou ovales, avec un contenu homogène, limpide, de dimensions très -différentes (noyaux des cellules du pus, de 4 à 5 miUionimètres; noyaux des cellules du cancer, de 6 à 33 millionîmètres); plus tard, leur contenu est rendu trouble par de petites molécules, l^r enveloppe solide se plisse, et il se forme ordinairement 1 , 2 ou 3 nucléoles dans leur cavité; ce sont de petits corps ronds; parfois les noyaux perdent leur nature Tésiculeuse et deviennent des corps solides.

L'origine des noyaux est encore incertaine; on doit probablement regarder comme le premier degré de leur développement les granulations élémentaires (fig. t b), qui se trouvent dans, tous les blastémes , et qui |>araissent constituer les premiers rudiments de l'organisation d'un liquide; ce sont des corpuscules (tout au plus de 2 millionimètres de diamètre), petits, arrondis, dans lesquels on ne dislingue plus ni parois ni contenu. RfiNHARD a observé des cor|>uscules de ce genre , qui se comportaient envers les réactifs comme des noys^ux et il a vu des degrés de transition entre ces granules et les noyaux; aussi pense-t-il que les granules élémentaires scmt déjà des corps

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creux, €t qu'ils s'accroissent par intussusceplion jusqu'à deyenir des nojaux. D'autres admettent que les noyaux résultent de l'agglomération des granules, et de la iusion de ce groupe en un- seul corps.

Le nojau est formé d'une autre substance que le blastéme; il est insoluble dans l'acide acétique. L'addition de ce réactif lui fait perdre une partie de son contenu, le rend plus petit, plus aplati ; il acquiert des contours plus tranchés et présente alors une dépression centrale, qui se montre comme une ombre centrale, par exemple dans les globules sanguins. L'addition de l'eau, au contraire, fait gonlter le noyau, délaie son contenu, dilate sa membrane , rend ses contours moins marqués, au point qu'il devient presque invisible, et enfin il peut éclater. Le noyau est soluble dans les alcalis caustiques.

Les nucléoles sont souvent très-petits; ils ont en général un volume proportionné aux dimensions du noyau; ils sont lisses ou rugueux , arrondis; ils paraissent aussi être creux , et provenir de l'accroissement de l'un des granules moléculaires, renfermés dans la cavité du noyau. Ils se comportent envers les réactifs comme les noyaux; lorsque ceux-ci deviennent entièrement solides, ils disparaissent. Il se fait continuellement, au sein du blastéme, une production nouvelle de noyaux; il est probable cependant que la multiplication des noyaux se fait quelquefois par scissiparité, ou par génération endogène dans la cavité des cellules , dont l'enveloppe se dissout pour les mettre en liberté.

Autour du noyau se forme une nouvelle membrane, et le tout se nomme cellule. Le mode de formation de la membrane des cellules est encore obscur : on peut admettre; 1." Que cette membrane se précipite directement du blastéme amorphe; 2.*" que l'enveloppe du noyau se divise en deux couches, dont la profonde continue à former l'enveloppe du noyau , tandis que l'externe , gonflée par imbibition , devient l'enveloppe de la cellule ; S*."" que la substance , qui plus tard doit être contenue dans la cellule , se condense autour du noyau , et qu'à sa périphérie il se forme une membrane qui sépare définitivement cette substance du blastéme amorphe.

La cellule (fig. 1 c) est dans ie principe une vésicule ronde ou ovale 5 renfermant un nojau adhérant ordinairement dans un point de la surface interne de la paroi cellulaire , plus rare* ment logé au milieu de la substance intra-cellulaire. Cette substance est d'abord une masse visqueuse, homogène, trans* parente, dans laquelle apparaissent plus tard des molécules, des granules, qui donnent à la cellule un aspect trouble et opaque; la membrane cellulaire est très-délicate et se constate seulement au microscope par un contour. Dans le principe, la cellule est petite, son contenu peu abondant, de sorte que la membrane d'enveloppe entoure de près le nopu ; mais peu à peu le contenu augmente, la cellule s'agrandit, et la memhrane s'éloigne de plus en plus du noyau. L'accroissement par l'intussusception d'une nouvelle quantité de contenu» se fait pour certaines cellules dans des limites déterminées. Dans des cas rares, la membrane se développe toute seule, sans que le contenu augmente dans la même proportion, et acquiert une telle épaisseur qu'elle se présente avec deux contours, l'un externe, l'autre interne. Suivant quelques auteurs, dans les enveloppes cellulaires ainsi épaissies , il se forme parfois des fibres et des fuseaux. La membrane de la cellule et les granules qu'elle contient, sont solubles dans l'acide acétique et dans les alcalis, et insolubles dans l'eau. Par l'addition de l'eau, le contenu est dilué, les granules sont mis en mouvement moléculaire, enfin la membrane dilatée outre mesure, éclate. Quelquefois au lieu d'éclater, la cellule est distendue par l'eau, sans que celle-ci en . désagrège le contenu ; celui-ci alors reste comme masse compacte , séparé de la membrane enveloppante par une couche d'eau. Parfois aussi (toujours sous l'influence de l'eail) il se montre dans le contenu des parties transparentes, qui apparaissent comme des particules rondes : c'est ce qu'on a appelé les globules hyalins; ils peuvent abandonner la cellule et nager librement dans l'eau; ils sont dépourvus de membrane enveloppante; ils disparaissent dans l'eau et dans l'acide acétique.

Les cellules plus anciennes ont une membrane plus résistante , qui se dissout bien moins rapidement dans l'acide acétique, et

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qui ne laisse pénétrer que lentement un peu d'eau ; dans les cellules plus âgées encore , le contenu et la membrane cessent d'être distincts; ils forment ensemble une masse solide, peu sen* sible aux réactifs et qui ne présente plus aucun phénomène endoâmotique ; d'ordinaire dans ces cellules solides, le noyau a disparu.

Les diamètres des cellules varient extrêmement; ils se maintiennent toujours dans les limites microscopiques de 2& à 90 miilionimètres. Lès cellules croissent par intussusception de matériaux provenant du dehors. Leur forme est aussi très diverse; ainsi elles sont rondes, ovales, cylindriques» aplaties, anguleuses, filiformes, etc. -^ Les cellules qui se trouvent dans un blastéme abondant , liquide , sont d'ordinaire rondes ; lorsqu'elles sont entassées, elles s'aplatissent ou deviennent anguleuses, par ^ite de la compression réciproque. D'autres fois elles se développent dans le sens où elles sont le moins comprimées, et prennent alors une forme allongée avec des prolongements ; parfois ces cellules reprennent leur forme ronde par l'addi^on de l'eau.

Quant à la multiplication des cellules dans un blastéme, elle a lieu principalement par la formation de nouveaux noyaux au sein de ce blastéme, et par la formation d'une membrane cellulaire autour de ces noyaux. Il faut admettre cependant que la multiplication a lieu aussi par génération endogène, c'eBi-k-^re qu'il se forme des jeunes cellules dans la cavité des anciennes cellules, mises en liberté par la disparition de la oeilule-mère. Il parait assez probable que deux cd Iules voisines peuvent, en croissant , se souder et former une cellule unique ayant deux noyaux; d*autre part encore, la membrane de la cellule peut se confondre avec la substance inlercellulaire (lorsque ceHe-d est solide, comme dans les cartilages), de sorte que cette dernière ne présente plus que les cavités des cellules.

En général il se forme autour de chaque noyau une membrane celhilaire; mais comme il y a aussi des cellules avec plusieurs noyaux (fig. 1 d), il faut admettre que la membrane s'est formée primitivement autour des deux noyaux; ou q.ue des

cellules juxtaposées se sont soudées, comme nous TaYons dît, à leur point de contact, avec disparition de la cloison; ou que des noyaux peuvent se produire secondairement dans le contenu des cellules déjà développées; ou bien enfin qu'un gros nojau peut se diviser spontanément en plusieurs nucléoles. Chacune de ces opinions a ses partisans. En opposition à la division spontanée des noyaux en plusieurs, on a aussi admis la fusion de plusieurs nucléoles en un seul gros noyau ; ces -deux manières de voir reposent au fond sur le même fait, sur l'existence Lien avérée d'un noyau échancré profondément ou superficiellement, en forme de biscuit, etc.; l'explication seule est différente 9 les uns voyant dans les noyaux ainsi formés un groupe en voie de se réunir, et les autres un corps prêt à se diviser.

On rencontre aussi, mais rarement, des cellules sans noyau, et cela dans les exsudats récents, où il ne saurait encore être question de la solidification complète de la cellule et du noyau. Dans ces cas , le noyau s'est probablement dissous promptement après la formation de la cellule.

En examinant des blastémes dans lesquels il s'est formé des noyaux et des cellules , outre ces éléments et les globules élémentaires, on trouve encore des corpuscules d'une autre nature : tels sont les globules de graisse (insolubles dans l'acide acétique et les alcalis , solubles dans l'éther) , les granules ou molécules de pigment ( d'une éouleur foncée, insensibles aux réactifs) , des débris de cellules détruites et de noyaux , qui se présentent sous forme de granules et de corps irréguliers. On trouve encore des corpuscules plus considérables, qu'on ne saurait prendre ni pour des noyaux ^ ni pour des cellules; on les a appelés improprement granules; ce ne sont pas des vésicules mais des masses solides à formes irrégulières, se comportant envers les réactifs comme des cellules déjà anciennes et solidifiées. Il est probable que ces éléments sont ou des cellules ou des noyaux atrophiés, et qu'ils n'ont pas de nature spécifique.

/) La production endogène de cellules, la transformation graisseuse et l'atrophie, constituent les Iransformaiions de la cellule comme produit de transition , jusqu'à sa disparition; la

première de ces métamorphoses indique un développement progressif; les deu^t autres sont dues à une métamorphose rétrograde.

La production endogène de cellules consiste dans la formation de nouvelles cellules (^jeunes cellules) dans l'intérieur de cellules déjà développées (cellules-mères). On trouve des cellules mères avec 1 — 3 jeunes cellules et plus encore; mais on ne sait rien de certain sur leur mode de production. Il faut se garder de prendre pour des cellules-mères, des cellules avec de gros noyaux qui , à leur tour , renferment des granules assez forts , ou des amas de cellules enveloppées dans une masse de blastéme amorphe compacte. Les cellules-mères ont souvent un volume considérable; on ne sait pas encore si elles finissent par disparaître et si les jeunes cellules sont mises en liberté.

WiRCHOw a décrit un autre mode de génération endogène de cellules; ainsi il se formerait dans une cellule des cavités transparentes, des loges, dans lesquelles plus tard se développent des noyaux véritables et des cellules. Ces loges, qu'il désigne sous le nom de cavités à incubation, sont des corps ronds, transparents, clairs, qui augmentent aux dépens du contenu de la cellule, et qui parfois possèdent des parois à doubles contours; leur contenu présente des molécules de protéine ou de graisse, des noyaux et des cellules à noyaux; ils ont une grande analogie avec les cellules-mères des cartilages (fig. 24 bis).

D'après Rokitansky et d'autres auteurs, par suite de la génération endogène, une cellule est en état d'augmenter jusqu'à devenir visible à l'œil nu; elle forme un petit kyste, qui continue à s'accroître et peut acquérir des parois fibreuses. Cette opinion mérite confirmation.

L'atrophie des cellules commence déjà au moment où la cellule cesse d'être une vésicule pour devenir corps solide; elle perd plus tard sa forme, se change en un corps anguleux, sans noyau (fig. 3), et se divise en plusieurs fragments et granules. Les cellules atrophiées se montrent peu sensibles aux réactifs; dans l'acide acétique et la solution de potasse caustique, elles deviennent plus pâles; l'eau ne leur fait éprouver

ANATOÎlfE PàTHOLOGIQDE Gl^NéRALE, 45

aucun cfaangemenl. L'atropbie des cellules se présente dans tous les tissus pauvres en eau, surtout dans ceux qui s^'atrophient et se mortifient par suite de Toblitération des vaisseaux (vid. Tubercule).

La transformation graisseuse consiste dans yne production progressivement croissante de granules graisseux dans une cellule, qui peu à peu remplissent toute sa cavité; Tenveloppe disparaît, laissant à nu un amas arrondi de molécules graisseuses, qui finissent par se désagréger (fig. 4). Ce travail est très-fréquent et parait (comme l'atrophie) se passer dans toutes les cellules, auxquelles manquent les conditions nécessaires à leur lexistence ultérieure; il marque l'époque du dépérissement de la cellule et rend possible sa résorption. Les causes qui amènent ce travail restent souvent inconnues; d'autres fois elles tiennent à ce que les cellules sont sevrées de matériaux , par défaut d'afflux sanguin ou par l'oblitération des vaisseaux.

Quelquefois les globules graisseux apparaissent d'abord dans le nojau , puis seulement après cela dans le contenu cellulaire; d^autres fois ils se montrent en premier lieu dans ce dernier, ou bien enfin dans ces deux points à la fois. Les globules graisseux sont petits, à contours noirs; ils remplissent peu à peu toute la cellule. Des cellules auparavant anguleuses et aplaties redeviennent spbériques; d'autres continuent à grandir et acquièrent des dimensions énormes. Dans les cellules tout à fait remplies, cellides granulées, le noyau est quelquefois encore distinct et visible; dans d'autres, il est couvert ou il a disparu. Les cellules granulées se transforment en amas de granules, lorsque la membrane d'enveloppe vient à disparaître ; enfin ces amas se divisent, et les globules graisseux devenus libres, forment une masse émulsive susceptible de se résorber. Suivant d'autres observateurs , ces cellules à granules se formeraient de la manière suivante : autour d'un amas de globules graisseux^ libres dans le principe, il se développerait une membrane, et plus tard dans l'intérieur de la cellule ainsi formée se développerait un noyau. D'après Wirchow, il parait très-probable que les globules graisseux se forment par la transformation des molécules de

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protéine (azotée) renrermées dans la cellule. Rien ne motive l'admission d*une intussusception de la graisse dans les cellules: leur infiltration graisseuse se présente sous un autre aspect ; en effet, dans ce cas, la graisse se rassemble en grosses gouttes, dont Une seule finit par remplir toute la cellule. Comment admettre qu'il préexiste dans les cellules une quantité assez considérable de graisse, pour expliquer, par sa mise en liberté, la production des cellules granulées; on ne saurait non plus admettre un échange de matériaux tellement particulier, qu'un composé de protéine soit introduit dans la cellule, que celle-ci soit transformée en principes extractrfs solubles, en graisse, en sels, et qu'après leur résorption la graisse reste toute seule; mais ce qui est tout à fait impossible, c'est que les choses se passent ainsi, quand tout afflux du sang est retranché au tissu où la transformation graisseuse se produit.

Nous retrouverons au chapitre des néoplasmes pathologiques l'histoire des transformations de la cellule en tissus permanents.

B. -T De la métamorphose rétrogade des blàstemes organisés

ET NON ORGANISÉS, ET DE LA RÉSORPTION AU POINT DE VUE ANATOMO-PATHOLOGIQUE.

Tous les blastémes ne sont pas le siège d'un travail d'organi-» sation; dans ce cas, ils persistent d'ordinaire très-peu de temps à leur état primitif, puis ils commencent à rétrograder; le même travail rétrograde peut d'ailleurs envahir des blastémes en train de s'organiser, et des néoplasmes déjà complets.

A ce travail de destruction appartiennent la décomposition, la putréfaction y la gangrène, et enfin la dessiccation y qui change les tissus en une masse compacte , cornée', sans aucun travail ultérieur.

D'autres variétés de métamorphose rétrograde , très-semblables du reste par leurs phénomènes extérieurs, nous sont encore pour la plupart inconnues dans leur nature; ici se rangent les procès pathologiques connus sous le nom de : Procès athéroma^ teux; transformation graisseuse; crétijicaiion ; tuberculisation*

ANlTOaiIB PATHOLOGIQDB céllÉRALE. 47

Dans ces divers procès morbides les blastémes ou les tissus sont décolorés, pâles, la plupart jaunâtres; leurs éléments s'atrophient et se réduisent en molécules, ils sont remplacés par des globules de graisse^ des sels calcaires , parfois aussi par des cristaux de cholestérine (fig. &)•

Les globules de graisse et les sels calcaires existent -ils en quantité égale , alors il se produit une masse molle, semblable à la chaux éteinte, qu'on a appelée athéromateuse ; elle parait se former ainsi : les sels de chaux et la graisse deviennent libres par la transformation de la protéine en principes extractifs solubies, qui sont eux-mêmes résorbés.

Si les globules graisseux existent en surabondance, alors on aura la transformation graisseuse; on ne sait pas encore jusqu'à quel point les globules de graisse proviennent des corpuscules de protéine , si c'est par voie de mise en liberté ou de transformation des corpuscules protéiques.

Que les sels calcaires prédominent, alors nous aurons la crètification i la formation de concrétions. Dans ce cas, on a peine à s'expliquer par une simple mise en liberté , la présence des sels calcaires en quantité aussi abondante, le reste des éléments chimiques étant résorbé; il faut donc admettre qu'ils sont arrivés, en partie ou en totalité, par un nouvel afflux de principes salins.

Les cristaux de cholestérine accompagnent ces éléments, ou bien ils constituent à eux seuls les résidus du travail rétrograde.

Quand l'atrophie des parties élémentaires prédomine, et qu'en même temps on trouve une petite quantité de globules grais* seux et de sels calcaires, alors la masse prend le nom de mxisse tuberculeuse {vid. Tubercule).

Pour oe qui regarde l'origine de ces transformations, nous en trouverons des exemples dans la partie générale et dans la partie spéciale de ce traité.

Afin de définir dans tous les sens les rapports les plus généraux de l'organisation pathologique, et pour mieux comprendre les rapports plus spéciaux, nous allons encore jeter un regard sur la résorption pathologique. D'après Wircbow, elle se com-

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porte delà manière suivante: 9^ Les substances fluides sorU seules susceptibles de résorption.^ Telles sont l'eau et les substances qui s'y dissolvent, la graisse fluide, sous forme de granules microscopiques, formant une émulsion avec le blastéme liquide.

a Le degré de résorption, dont sont susceptibles les liquides, est en rapport direct avec leur degré de divisibilité ou de diffluence."^ Ainsi les substances gazéiformes sont résorbées plus facilement que les liquides, les substances chaudes plus facilement que les froides, les corps en état de division très -fine plus facilement que les corps en masse.

^La résorption se fait en partie suivant la loi de l'échange exosmotique , en partie suivant des lois encore inconnues.^ S'il est permis d'admettre que la résorption de certains principes se fait par l'échange exosmotique entre le sang et l'exsudat, cette admission ne s'applique pas à la résorption de la graisse.

Des parties solides deviennent aussi susceptibles de résorption, c'est-à-dire liquides: l."" par leur transformation en liquides éraulsifs par voie de métamorphose graisseuse; 2.° (peut-être) par la transformation de principes insolubles en matières extractives solubles, ce qui parait aussi avoir lieu dans l'échange normal des matériaux; 3.° par une métamorphose chimique directe^ par exemple, par la transformation de la fibrine en une substance aibumineuse soluble dans l'eau, comme cela a lieu dans le ramollissement des coagulums fibrineux. Ici appartiennent aussi la décomposition, la formation de la sanie, qui fournit des gaz et une substance aibumineuse susceptible de résorption.

ifiLes graisses, les matières extractives et les principes aHhu^ mineux , voilà donc les trois séries de substances à nous con^ nues, susceptibles de résorption pathologique; tout ce qui n'y est pas soluble ou qui ne leur est pas uni, reste non résorbé. Ces résidus renferment principalement les sels et la cholestérine, et s'il est permis de croire que dans certaines conditions les sels peuvent encore être résorbés , jamais la cholestérine ne se trouve dans ce cas.

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