C. — Combinaisons des kystes avec d'autres néoplasmes
Les kystes à contenu colloïde , plus rarement les kystes à contenu épitbélial (cholestéatome)) , se trouvent quelquefois combinés accidentellement aux fibroïdes , aux sarcomes et aux cancers ; dans ces derniers , il est assez souvent possible de rapporter leur production à des loges provenant d'extravasats circonscrits*
Mais on rencontre aussi des kystes mêlés à du tissu fibreux en si grande abondance , que le néoplasme doit être considéré tantôt comme une tumeur cystoïde composée , tantôt comme une combinaison de la formation c^stique avec celle des tissus fibreux ou sarcomateux. Ces tumeurs ont reçu le nom de cystosarcomes ; sous le rapport histologique , leur trame solide offre la structure tantôt des fibroïdes, tantôt des sarcomes.
On distingue : le cystosareome simple ; les kystes déposés dans la masse fibreuse ont des parois lisses {kyste simple); le cystosarcome prolifère, dans lequel les parois internes des kystes sont tapissées par des jeunes kystes isolés ou réunis en. groupe; le cystosarcome phyllode, lorsque la paroi interne des kystes est tapissée par des végétations verruqueuses, en choux-fleurs, villeuses , qui font saillie dans sa cavité.
À'NATOMfti PAfHOL(HÎIQ(JB g£nCR4LÈ4 tO^
11* Va cttucer» da #»r«liionfte et da eancrolde.
Le cancer efit un des néoplasmes pathologiques les phis fré* quents et l'un de oeiix qui se rencontrent dans le plus d'organes. Il se présente tantôt sous forme de tumeurs circonscrites, tantôt comme une matière diffuse^ infiltrée dans le parenchyme des organes; il est constitué par des tissws permanents (des fibres , des vaisseaux) et par des cellides transitoires. Ces éléments sont disposés de telle sorte que les cellules sont placées dans les aréoles formées par la trame fibrO'^ooii)ouctive.Yasculaire; la substance intercellulaire, en général fluide, fournit le suc cancéreux; celui-ci sur la coupe d'un cancer' s'écoule par un nombre infini de pores (les aréoles).
La trame fibro-conjonctive ( fig. 20 a ) , le stroma , est conslituée par un tissu fibro-conjonctif composé de fibres entortillées, de fibres raides et droites, ou de fuseaux; ce tissu fibro* conjonctif est parfois mélangé de fibres élastiques. Le cancer ne possède pas de fibres spéciales. Les vaisseaux rampent dans le tissu fibro- conjonctif; les capillaires ont souvent UQe tvè8*forte dimension. Les fibres offrent une disposition aréolaire, les fibres et les faisceaux fibreux forment un réseau circonscrivant des aréoles étroites ou larges, de formes variées; cette structure est souvent tellement apparente qu'il est possible d'apercevoir à l'œil nu la disposition aréolaire, que le fflieroscope confirme d'ailleurs. D'autres fois le réseau fibroconjonctif est tellemeût étroit que les aréoles ne sont plus distinctes, et que le suc cancéreux est déposé sans ordre entre les fibres; ou bien encore le réseau est si peu développé que le cancer parait constitué seulement par des cellules.
Le suc cancéreux se compose de sérum et (le parties constituantes solides; le sérum qui contient de l'albumine, de la graisse , des matières extracti ves (pyine) , des sels , etc. , représente la partie du blastéme amorphe restée fluide après que celui-ci a commencé à s'organiser. Les principes constituants solides sont des molécules et des granules, des noyaux et des cellulesi.
110 ANATOWE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.
Les cellules (fig. 20 b) présentent les dimensions et les formes les plus yariées; elles sont rondes, globuleuses ou aplaties, ovales, anguleuses, parfois munies de prolongements divers, caudiculées, etc.; elles sont en général finement granulées et leur paroi ne donne qu'un seul contour sous le cbamp *du microscope. Leur grandeur oscille entre 10 et 30 millionimètres. Ordinaire elles renferment un nojau , quelquefois elles en ont plusieurs; ces noyaux sont considérables (de 6 à 16 milËonimètres) de forme ronde ou ovale, lisses ou faiblement granuleux, avec 1—2 nucléoles. Parfois la paroi cel* lulaire s'épaissit, et apparaît alors avec deux contours. On trouve souvent dans les grandes cellules des nojaux d'une dî* mension extraordinaire.
A côté des cellules à noyaux, on voit ordinairement des noyaux libres y tout à fait analogues à ceux des cellules; les noyaux forment parfois le seul élément solide du sue cancéreux. Les molécules et les granules sont de même nature que ceux qu'on rencontre dans tout blastême en voie d'organisa* tion.Le développement de^ cellules cancéreuses, leurs réactions chimiques, leurs transformations ultérieures, présentent les phénomènes que nous avons indiqués ci-dessus pour les cellules en général; aussi renvoyons - nous pour tous ces points à la description générale que nous en avons donnée.
Beaucoup d'bistologistes accordent à la cellule cancéreuse une forme caractéristique tellement prononcée, qu'il serait possible, selon eux, de la reconnaître de prime abord comme telle sous le microscope, et de la différencier de toutes les autres cellules des tissus normaux ou pathologiques; en un mot, la cellule cancéreuse serait toute spéciale et particulière au cancer. A propos des productions pathologiques de nouvelle formation , nous avons déjà fait voir comment, en partant de fausses suppositions, on était arrivé à établir des corpuscules spécifiques pour chaque néoplasme; j'ajouterai seulement ici que l'expérience fournie par le microscope a fait rejeter d'une manière définitive la spécificité de ces cellules; en effet, on les rencontre avec les mêmes dimensions et la même formCi tout aussi bien dans des
AJ^iTOM 1C PATHOLOGIQUE GEN^RAUS. 111
tissus normaux que d^ns des tissus pathologiques. On volt surtout dans les granulations, dans les condylomes encore imparr faits, dans les sarcomes, des cellules transitoires de toutes sortes, entièrement identiques avec les cellules du cancer.
Les transformations des cellules cancéreuses (transformation graisseuse, atrophie, et production endogène de cellules), n'offrent aueun caractère spécial.
Outre la production endogène de cellules par la voie ordinaire, on trouve très-souvent, et surtout dans le cancer épitbélial une formation de cellules dans les espaces à incubation; ce mode de développement a été décrit pour la première fois par WiRCHOW. Ainsi il se développerait dans les cellules cancéreuses des vacuoles à contenu limpide, entourées seulement encore par une couche mince du contenu cellulaire granulé, qui insensiblement envahissent presque toute la cavité de la cellule (fig72 a). Quand on rencontre des cellules de ce genre isolées et qu'on les fait éclater sous le compresseur, on voit sortir par les déchirures de la membrane cellulaire qui se plisse légèrement, le contenu de la cellule épais et s'échappant par petites masses.
Cette période de développement est trè^- fréquente^ non* seulement dans le cancer épithélial , mais encore dans les autres cancers, dans les végétations épidermiques , dans l'épi thélium des uretères ; les vacuoles ont été considérées à tort comme des gouttes d'eau , qui auraient pénétré par imbibition. Souvent les parois de ces vacuoles deviennent plus épaisses et se présentent avec un double contour (fig. 2 b); leur contenu offre divers produits: très-souvent des petites gouttelettes de graisse disséminées, des granules graisseux, des corpuscules granulés , arrondis ou de forme ovale > enfin des cellules conpplètes à noyaux (&g. 2 c). Une seule cellule cancéreuse peut contenir plusieurs espaces à incubation, et chacun de ces espaces plusieurs noyaux.
On a distingué les cancers en plusieurs espèces, selon la prédominance de l'un ou de l'autre des éléments histologiques, fibres, cellules, etc. Il est possible de reconnaître ces éléments dans les formes extrêmes , mais la plupart des cancers présente des caractères mixtes.
lis ANAfOUlË PAtBOLOGIQUe OÉRÉRAXE*
Le cancer gélatiniforme^^ cancer colloïde — cancer aréolaire "-^carcinome ali^olaire, est caractérisé par la nature gélatineuse de la matière contenue dans les interstices aréolaires; il forme des tumeurs molles , gélatiniforroes, où chaque incî^ sion met à nu la structure aréolaire; dans la matière gélatineuse on ne rencontre qu'un petit nombre de celluleSi Quelques auteurs nient la nature cancéreuse de cette dégénér^cence el la rangent parmi les cystoïdes à contenu colloïde; ou bien ils admettent une tumeur gélatiniforme particulière alvéolaire mais non cancéreuse : toutefois la question reste encore indécise* L^ cancer aréolaire se montre souvent combiné avec du cancer bien évident; celui-ci ne pourrait-il pas résulter d'une transformation de la matière gélatineuse en substance albumineuse et en suc cancéreux ordinaire. Le cancer colloïde se rencontre principalement dans Festomac, le gros intestin, puis ensuite dans le péritoine, l'ovaire, les os*
Le squirrhe — cancer /threux-^^ carcinome Jiàreux, est carac^ térisé par la prédominance de la trame fibreuse; il forme des tumeurs dures, irrégulièrement mamelonnées, rugueuses , ou des masses diffuses répandues dans les organes ; il crie sous le scalpel ; la surface d'incision offre un aspect fibreux ou lardaoé; le suc cancéreux s'écoule au dehors par gouttelettes, ou peut être exprimé sous forme de petits cylindres. On le trouve dans la mamelle, l'estomac et l'intestin, l'utérus, le péritoine, etc.
L'encéphaloïde — fongus médullaire — cancer celUdeux — carcinome médullaire, est caractérisé par sa richesse en cellules; il constitue des tumeurs gorgées de sucs et molles, unies ou lobées, en forme de choux-fleurs, de couleur grise, jaunâtre ou rougeâtre; sa surface d'incision présente souvent l'aspect de la matière cérébrale, se couvre aussitôt de nombreuses goût*lelettes de suc cancéreux, que la pression fait sortir en abondance de tout côté. Le cancer encépbaioîde offre dès le principe cette disposition, ou bien il a d'abord la structure du squirrhe et se transforme seulement plus tard en encéphaloïde, par suite d'une production abondante de cellules. Mais dans la plupart de ces cancers les fibres et les cellules
ANATdinCB iPAfHOiOGIQDB GÉlfélULE* lia
sont à peu près distribuées en proportions égales , de sorte que la dénomination de squirrhe ou d'encépbalolde n'indique pas des différences essentielles, absolues, mais seulement quelque chose de relatif, et sous œ rapport, cette distinction a toujours sa valeur pratique.
Dans certains cas, une partie ou la totalité de la tumeur est colorée en brun ou en noir ; cette coloration est due à un déreloppement de granules de pigments dans le suc et dans les celiuks du néoplasme, qui prend alors le nom de cancer mélarUqae ou cancer pigmentaire» La production pigmentaire peut devenir tellement considérable, qu'il ne reste plus à la fin que la trame fibreuse et le suc cancéreux coloré par les granules pigmentaires; la tumeur perd son caractère cancéreux et parait entièrenent formée de pigment. Dans Tencéphalolde , lorsque les vaisseaux ont pris un tel développement qu'ils donnent à la tumeur une couleur rouge très -prononcée, ou lorsqu'ils produisent des bémorrhagies abondantes et multipliées sur les points ulcérés et surtout sur la surface d'incision, ou tnen lorsque le cancer ^t le ^^e de nombreux ïojevs apopleo* tiques, la dégénécescenee prafid le nom de fongus hémaiode.
On a encore établi diverses espèces de cancers, fondées sur leur conformation {carcinome fascicule ; -^ cancer viHeux;-^ cysioïde, etc.); il est cependant nécessaire, vu leur grande diversité, de s'en tenir pour les cancers aux formes principales, sans cela on arriverait à avoir un nombre d'espèces trop considérable et trop peu caractérisé.
Le cancroïde •— cancer épithélial (fig. 23) , est un néoplasme pathologique voisin du carcinome, et qui se relie à ce dernier par des formes intermédiaires* Le cancroïde est en général constitué par des cellules analogues à celles de l'épitbélium pavimentenx , disposées tantôt irrégulièrement en couches, plus ou moins puissantes, présentant tantôt une disposition aréolaire; seulement ici la trame aréolaire et le contenu des aréoles se composent des mêmes éléments, de cellules épitbéiiformes. On rencontre aussi quelquefois dans ces productions du tissu con« jOQctif et des vaisseaux sanguins , disposés irrégulièrement par
lu àlfATOmi PàTHOtOGIQUE ÛÉNiaàUT.
tntoées el en petite quantité, ou existant en grande abondance et concourant à former la trame aréolaire.
Ainsi constitué, le cancer épitbélial ressemble presque en tout point au carcinome, dont les oelhiles acquièrent dans quelques endroits la conformation et la disposition des cellules dans les cancroïdes.
Les cancroïdes siègent la plupart du temps à la peau , sur les muqueuses, dans le tissu sous-cutané et sous-muquewc. On les rencontre aussi dans d'autres organes. Ils forment des petites tumeurs rondes, dures, composées d'une substance jaunâtre, friable, sèche, à surface d'incision lisse et sècbe; la masse est uniforme, ou présente une réunion de petites masses arrondies ou cylindriques.
> Les cellules, qui composent ces tumeurs, sont grandes, apla« ties, souvent caudiculées ou fusiformes, dirersement dentelées; leur disposition secondaire varie beaucoup. Cependant les grands diamètres des cellules restent généralement parallèles dans diaque couche, et de l'une à f autre les cellules se eornespondent par des faces aplaties; ces couches sont irrégulières ou disposées en aréoles. Ces interstices aréolaires peuvent ren* fermer un contenu divers; ainsi celui-ci est formé tantôt d'une seule énorme cellule ronde, tantôt d'une réunion de cellules simples, disposées comme les oeufs dans un nid; le plus souvent on voit une cellule (quelquefois avec un espace à ineubatÎMi) autour de laquelle, comme autour d'un centre, il s'en dépose d'autres plus allongées, qui suivent la périphérie de ta ceUule centrale et s'enroulent autour d'elle, à la manière des fibres; ou bien encore ce sont des amas divers de grandes cellules (pourvues d'espaces à incubation) plongés au milieu des. masses cellulaires plus petites.
L''hi8toire du cancroïde, à son début, est à peine ccHinue. A l'état de développement , lorsque ces tumeurs sont restées stationnaires pendant un certain temps, elles se détruisent souvent par l'atrophie des cellules; plus rarement celles^i subissent la transformation graisseuse : dans ce cas il se produit des cavités remplies d'une masse molle, friable. Les formes trèfr- voisines
du carcinome sont celles qui présentent le plus soutetit eett^ métamorphose graisseuse.
Vhisiogénie du eanc^r^ autant du moins qu'elle nous est connue ) montre iclairemient que ces productions ne font pas une exception aux lois générales de l'organisation. Leur formation commence par un blastéme amorphe, fourni par les capillaires à titre de suc nutritif altéré; des cancers proviennent quelquefois de l'albumine eodgulée dans les vaisseaux ou dans les extfavasals. Leur blastécne-peut aussi être un exsudât inflammatoire; alors les phénomènes de la production du cancer ressemblent au travail de Finflammation , parce que l'apparition et l'organisation de l'exsudat coïncide avec une résorption plus aeti^e, d'où résulte l'atrophie et enfin la disparition des tissus. Cette dispai^ition a eonduit à admettre que des tissus normaux peuvent se trans-» former- directement en cancers j cependant cette opinion est contredite autant par les considérations que nous avons exposées^ relativement aux néoplasmes en général , que par l'étude du tissu ûBiûïsérewc en partiotttier. Comme toutes les productions «éoplastiques, le cancer nepeut provenir que d'un blastéme amorphe, et la transformation d'os, de tissu adipeux, de tissu oonjonotif, etc., en tissu omoéreux^ n'a jamais été observée»
Après que la production de cellules a commencé dans le blastéme amorphe , l'organisation prend deux directions : une partie des cellules devient du tissu conjonctif et vasculaire; l'autre portion persiste à l'état de cellules, placées dans une substance intercellulaire liquide, rarement demi-consistante; la première partie forme la trame fibro-vasculaire , l'autre constitue ce qu'on a appelé le suc. Conséquemment les fibres et les vais« seaux, aussi bien que les cellules qu'ils circonscrivent, sont tous au même droit des éléments intégrants du cancer ; il n'y a de spécial à cette dégénérescence que l'arrangement réciproque de ces deux séries d'éléments, dont les premiers forment des aréoles qui sont remplies par les derniers.
Une fois arrivé à son parfait développement, le cancer se nourrit par ses vaisseaux et continue ordinairement à s'accroître; il ne peut subir aucune transformation sans que sea
il6 ANATOMIE PàTBOLOGIQCJE GÉNÉRiXE.
éléments soient prorondément modifiés. Tous ces cbanjo^ement^ (ossification de la trame fibro-conjonctive, transformation grais» seuse et atrophie des cellules) ont la signification d'une métomorphose rétrograde^ parce que les tissus se détruisent.
L'ossification de la trame fibro^conjonctive , qu'on rencontre d'ordinaire dans les cancers des os, se fait probablement sans passer par Tétat de. tissu cartilagineux; elle intéresse la totalité de la trame ou seulement quelques-unes de ses parties. Après la macération des parties molles, il reste alois une trame osseuse, aciculaire ou spongieuse. Les cancers qui présentaient une ossification très-étendue recevaient fréquemment autrefois le nom d'ostéoïdes.
La transformation grdisseitse des cellules reste circonscrite à de petits espaces disséminés dans la masse; ce sont des points, des stries, visibles à l'œil nu, dont la couleur jaune ressort sur le reste du tissu cancéreux; dans certains cas les parties graisseuses forment un réseau irrégulier, jaunâtre* J. MOllbr fait de ces cancers une classe à part, sous te nom de carcinome réticulé. Ces points graisseux sont visiblement plus secs, ils ne renferment plus de suc et sont friables; on y trouve des cellules cancéreuses à tous les degrés de la transformation graisseuse , des granules de graisse libres , des cellules cancéreuses entières ou atrophiées. Quand la dégénérescence est très-avancée, ces portions de la tumeur se ramollissent par suite de la destruction totale des cellules, et il en résulte un liquide formant une émuU sion avec les débris du tissu cancéreux ; ceci constitue un des mode^ du ramollissement central des cancers*
L'atrophie des cellules (fig. 22) se montre tantôt isolée et tantôt combinée à la transformation graisseuse d'autres cellules; elle est étejndue ou circonscrite; le tissu prend alors le caractère d'une masse tuberculeuse. Cette forme est citée par certains auteurs comme complication du cancer par des tubercules; dans les masses sèches, jaunes, friables, à côté d'un petit nombre de cellules restées intactes, on voit alors les autres cellules atrophiées ou détruites et des cellules contenant des granules graisseux; enfin ces mêmes granules graisseux dispersés
ANJLTOMIE PATHOLOGIQUE oiNJRVLB. il7
dans la substance intercellulaire amorphe et solide constituent quelquefois des masses considérables. La destruction et le ramollîsâement de la masse tuberculeuse constitue Vautre mode du ramollissement centnd des cancers.
La cause de ia transformation graisseuse et de Tatrophie des cellules parait due à ce qu'elles ont été sevrées de sucs nutritifs; j'ai trouvé quelquefois dans le réticule graisseux des ramifications capillaires infiltrées de globules graisseux. Quant à Tatropbie, elle semble surtout produite par un certain degré de dessèchement survenu dans la tumeur (résorption des parties aqueuses).
Ces deux métamorphoses représentent une guérison partielle du cancer, parce qu'elles amènent la destruction du tissu can* céreux* La transformation graisseuse produit quelquefois la ré?sorption du suc cancéreux, après que ce dernier a été transformé en un liquide émulsif; la trame fibro-conjonctive qui reste, se rétracte, attire à elle les tissus voisins, et forme ainsi les rétrac^ lions cicatricielles si fréquentes dans les cancers. Quand xe travail s'empare de tout le cancer, il ne reste plus qu'une cica* trice fibreuse, solide, rayonnée, qui fronce les tissus normaux environnants et qu'on prend ordinairement pour un sqidrrhe* En général la cicatrisation est limitée à quelques parties, tandis que les produits néoplastiques continuent à se développer dans d'autres points.
Mais quand aucun de ces changements n'a lieu, le cancer pullule en général très-rapidement , s'étend de plus en plus et se ramollit toujours davantage; le suc cancéreux devient plus abondant, le développement de cellules prédomine et marche très-vite, enfin le néoplasme peut acquérir un degré de ramollissement tel qu'il est diffluent après l'incision. Quand un cancer est situé sous la peau, celle-ci s'atrophie insensiblement par la pression; il se produit dans l'épiderme des petites fentes qui suintent et s'ulcèrent; enfin la masse se fait jour au dehors, d'ordinaire alors le cancer végète en forme de chouxrfleurs à la surface de la peau, s'exfolie et se détruit; en même temf)s, par suite du contact de l'air atmosphérique, les couches supérieures entrent en décomposition , d'où résultent une odeur fétide et des
h^morrbagies; la production de cellules continue toi^Qur^ âaii4 le^ parties profondes.
Le cancer est rarement le siège d'une suppuration; on y trouve bien plus fréquemment des épancliements sanguins qui 4K)nstUuent de véritables foj^ers bémorrliagiques*
Le cancer peut se développer dans tous les organes^ voire même dans des néoplasmes tels que les granulations , les sar* oomeSy les tumeurs cystîques; on le trouve aussi combiné avec les produits néoplastiques suivants : les sarcomes, les encboa* dromes, les cystoïdes.
Il se présente à tout âge, dans le fœtus et dans la vieillesse la plus avancée, chez l'enfant comme chez 1-adulte, mais le plus souvent à Tàge moyen de la vie.
Le cancer est tantôt solitaire, tantôt multiple et se trouvant dans plusieurs endroits à la fois. Très-rarement un cancer reste isolé, s'aQcroU lentement et finit par se cicatriser; ordinairement peu de temps après son apparition, les glandes lymphatiques yoisines s'affectent, parce qu'il s'y développe aussi du cancer» (Comme Ips cellules cancéreuses peuvent tout aussi peu que les globules du pus et du sang passer à travers les parois des vaisseaux, un transport du cancer parles lymphatiques est chose impossible; il pourrait cependant se faire que le sérum fut reçu dans ces derniers et transporté dans des glandes; peut-être ta Ijrmpl^e elle-^même, arrêtée dans ses vaisseaux, sert-elle de biastéme pour le néoplasme). Souvent du cancer se montre aussi dans d'autres endroits; et même quelquefois chez des malades qui depuis longtemps portent un cancer, on voit tout à coup, au milieu de phénomènes inflammatoires et avec une marche aiguë, des cancers se produire dans un grand nombre d'organes, principalement sous forme de tubercules plats, ou de petits tubercules sur les membranes séreuses. Beaucoup de cancers n'affectent que les glandes lymphatiques voisines.
V extirpation procure rarement la guérison des cancers; pour la plupart ils reparaissent dans le même endroit ou dans des glandes lymphatiques antérieurement affectées; ou bien encore 4çs petits cancers, sit;ués dans des organes internes, commenqent
jofàjoum PATHOLOGIQUE g£fikralb« 119
à pulhjler rapidemeot; enfin U s'en forme de tout nouveaux dans d'autres endroits.
Vin/Iuence des cancers sur Téconomie générale varie beaucoup ; ceux qui occupent des oi^anes importants , tels que le cerveau , le foie» reslomac, sont puisibles, comme tout néoplasme patho* logique ajant le même siège, par l'obstacle qu'ils mettent aux fonctions de ces organes; ceux qui occupent des organes moins importants, tels que le tissu cellulaire, la peau^ les os, n'ai* tèrent souvent pas dû tout la santé, malgré leur volume con* fidérable ; et les sujets restent bien portants et conservent une. grande vigueur musculaire.
Mais quand les cancers augmentent très-rapidement, quand ils marchent vers la périphérie des organes , quand ils s'ulcèrent, peu à peu il se déclare de l'amaigrissement et de la faiblesse; si la déperdition éprouvée par l'or^nisme est considérable, les malades deviennent anémiques, leur peau prend une teinte paie d'un gri& saie, jaune, et enfin ils succombent dans le marasme, comme tous les sujets affectés de vastes tumeurs qui suppurent. Ainsi donc le cancer n'est dangereux qu'en raison de son siège ou de sa suppuration ; par lui même il n'exerce aucune influence ficheuse. On voit par. là combien est erronnée l'admission d'une cachexie .cancéreuse spéciale et d'un habitus cancéreux; les mêmes phénomènes et les mêmes accidents que dans le cancer se retrouvent chez d'autres malades, surtout chez ceux qui pré-^ sentent des foyers sanieux, des collections purulentes étendues, ou des affections du canal intestinal ; toutes ces maladies détériorent considérablement les individus, et donnent à leur faciès une expression d'anxiété profonde.
L'iiieurabilité de la plupart des cancers, leur reproduction après l'extirpation, leur apparition en grand nombre les uns après les autres ou les uns à côté des autres, ont fait penser aux médecins que la production du cancer reposait sur une viciation des sucs nourriciers, sur une dyscrasie. Dans la nouvelle pathologie humorale, le cancer appartient à ïhypinose; d'autres le font provenir d'une diachèse spéciale : toutes ces opinions sont hypothétiques et insuffisantes pour expliquer les phénomène^
130 lUiTOVIE PATHOLOGIQUE OÊflilUtV.
que nous avons décrits. Chez un grand nombre de malades le cancer est et reste une affection locale; quand ii occasionne la Aiorty cela arrive par une production rapide et luxuriante de cellules pendant la suppuration , tout comme dans les collections purulentes, dans les sarcomes; il est parfaitement superflu d'admettre ici une d^scrasie. D'autres fois la cause du cancer est traumatique; un sujet parfaitement sain reçoit un coup sur une partie du corps, celle-ci s'enflamme, l'exsudat donne naissance à un cancer, le malade reste bien portant jusqu'au moment où le cancer se détruit ; dans ce cas le cancer est certainement une affection purement locale.
Mais bien souvent les accidents marchent autrement: un cancer produit par une action traumatique ou survenu spontanément devient le signal pour l'apparition d'un grand nombre d'autres cancers; l'extirpation reste sans résultat; la production cancéreuse est en quelque sorte liée à la constitution des malades; obez eux la tendance générale de la force organisatrice se trouve modifiée, comme cela se voit aussi chez les tuberculeux, chez les syphilitiques.
!%• Du pus*
Le pus est un néoplasme organisé, composé d'une substance intercellulaire fluide et de cellules transitoires, pouvant avoir pour blastême tout exsudât fibrineux, tout extravasat et tout coagulum sanguin.
Le pus est un liquide crémeux, jaunâtre, à réaction alcaline. La substance intercellulaire , analogue au sérum du sang , est composée d'eau , d'albumine , de sels et de matières extractives.
Les cellules du pus sont rondes , granulées , de 7 à 20 millionimètres de diamètre; leur contenu ordinairement opaque ne permet pas d'y apercevoir des noyaux; ceux-ci cependant deviennent visibles dans quelques cellules dont le contenu est transparent. Une cellule renferme en général 3 à 4 noyaux, quelques-unes n'en ont que 1 ou 2. Ces noyaux sont de forme ovale, à contours fortement accusés soûs le microscope, transparents et brillants; ils ont quelquefois un nucléole, et sont en
AlfATOHHE PATnOLOGIQim GilfiRUtf. I2f
giénëral rapprochés en groupes dans la cellule; leur diamètre varie de4 à 5 mlllionimètres. L'addilîon de Peau ou de Pacide acétique rend les noyaux visibles dans les cellules opaques, granulées; Teau dilue le contenu de la cellule qui devient plus transparent, la membrane cellulaire «st dilatée et parfois elle éclate; Tacide acétique rend la membrane et le contenu transparents, ils disparaissent presque complètement, et on n'aperçoit plus que les noy-AuXj qui deviennent plus petits et qui apparaissent avec une dépression centrale et des contours plus tranchés.
 côté de- ces cellules à noyaux , on rencontre parfois dans le pus des cellules de même forme et de même dimension , dépourvues de noyau, en général plus claires et renfermant dans leur contenu quelques granules graisseux (globules pyoïdes, cellules d'exsudation).
On a aussi observé un pus contenant uniquement de ces glo« bules pyoKdes; c'est principalement dans le pus des abcès anciens et en général dans le pus ténu, liquide, de mauvaise qualité (fig. 6 b). Il est probable que ces corps pyoldes sont des cellules du pus, en voie d'àlropliie et dont le noyau s'est déjà dissous*
On trouve dans le pus des granules élémentaires; Souvent ils y sont en quantité prédominante. Reinhard a observé le passage de quelques-uns d'entre eux à l'état de noyaux, autour desquels alors se développait la membrane d'enveloppe.
Parmi les métamorphoses des cellules le pus présente l'atrophie et la transformation graisseuse.
L'atrophie des cellules du pus s'observe dans le pus ancien , caséeux, épais (pus tuberculeux); [es cellules sont devenues des corpuscules irrégulièrement anguleux, solides, qui ne se gonflent plus sous l'influence de l'eau; l'acide acétique ne leur donne que très-peu de transparence (fig. 6 d).
La métamorphose graisseuse des cellules du pus est trèsfréquente; tantôt elle embrasse seulement quelques cellules isolées, tantôt elle s'étend à presque toutes, de sorte que le pus est à peu près constitué par du sérum, des cellules granulées et par des petits globules graisseux. La métamorphose graisseuse détermine la résorption du pus (fig. 6 c).
tSS AlfATOlins PàTBOUMÏlOW dknifkktti.
A o6té du pus on trouve très-souvent des petits bourgeons charnus, les granulations; «Iles tirent leur origine du même blastême que le pus; mais sous l'influence de certaines condi-» tions, elles ont acquis un degré supérieur d'organisation qui leur permet de fournir des tissus permanents , tandis que le pus ne contient que des cellules transitoires destinées à périr. Lea granulations se composent d'une substance intercellulaipe amorphe, molle, de noyaux et de cellules en voie -de devenir du tissu conjonctif, de fibres déjà formées avec des capitlairea néoplastiques , de cellules transitoires ayant une structure analogue à celle du pua, de cellules épithélddes à formes variées* Ainsi donc les granulations sont du tissu oonjonctif mélangé de cellules transitoires; elles peuvent devenir du tissu conjonelif parfait et produire la cicatrisation , se détruire de nouveau on bien continuer à v^ter ; eUes prennent alors la forme de tumeurs et acquièrent les caractères des sarcomes et des carcinomes*
Il existe encore une foule d'opinions erronnées sur le pus* On considère le travail de suppuration comme une entité mor« lûde spéciale, ayant pour fonction d'éliminer du corps les h«K meurs de mauvaise q^ialité; on dit le pus tantôt louable tantôt de mauvaise nature; on voit en général en lui un produit fâ^ cbeux, malin, un poison, on lui fait ronger les autres tissus et infecter tout le corps. Toutes ces idées fantastiques, il &ut l'espérer, tomberont avec les progrès de la pbjsiologie pathologique.
19» ]Mi tiilbertiile*
En étudiant la métamorphose rétrograde des blastémes non organisés et des tissus organisés , nous avons mentionné la tuberculisation , comme l'une de ces formes caractérisée par l'atrophie des parties élémentaires.
Cette production pathologique est très-fréquente; aussi de tout temps a-t-on vu dans la masse tuberculeuse un tissu spéciBque, et dans les tubercules (c'est-à-dire dans la masse tuberculeuse sous forme de petits amas globuleux) des néoplasmes spécifiques; à son tour le néoplasme constituait le produit
d'une erase spécifique, la cra^e tuberculeuse ^ à tel point que dans chaque c^s où l'on trouvait une masse tuberculeuse, on admettait l'existence d'une inreclion tuberculeuse générale* Mîiis depuis qu'on a étudié le mécanisme du développement des blastémes et des tissus, on a reconnu que les anciennea idées qu'on avait des tubercules étaient fausses.
Si nous examinons la masse tuberculeuse à l'état de produit parfait^ nous y trouvons les caractères suivants : elle est grisâtre ou jaunâtre, d'une consistance caséeu^e; au microscope elle parait constituée par unesubstanceamorplie, par dés noyaux et des oel- Iule» atrophiées ; elle est entièrement dépourvue de vaisseaux. Il se développe quelquefois dans cette masse des seU calcaires et des granules graisseux (crélificalion) ; d'wtres fois elle se réduit en une masse molle, moléculaire^ analogue au pus {ramollissement) i ou bien enfin elle sedessc^be en une masse cornée (obsoleseence)^
Si nous suivons le développement de la masse tuberculeuse^ nous voyons qu'elle peut être le résultat de procès morbides différents, et que ceux-ci, à leur tour, peuvent être le résultat de conditions . patbogéniques fort différentes; ainsi donc la masseï tuberculeuse ne suffit pas, à elle seule, pour donner, à un néoplasme tuberculeux un caractère de spécificité.
Le terme de masse tuberculeuse sert donc, comme nous l'avbna dit« à désigner des néoplasmes arrivés à un certain stade de leur métamorphose rétro gode; or cette dernière s'observe seulement; dans les exsudats inflammatoires; dans \e% extravasats, et cela avant ou après qu'ils sont devenus le siège d'une organisation; dans les cellules et les tissus parfaits, physiologiques et pathologiques; enfin dans certains blastémes dont la tuberculisation constitue constamment le dernier terme d'organisation.
Les conditions générales de ces phénomènes peuvent se ramener sous les deux chefs suivants :
l.** Ou bien sous l'influence d'une cause quelconque, la métamorphose rétrogade s'empare d'un tissu normal ou d'un néoplasme; arrivée à un certain degré, cette métamorphose prend le nom de procès tuberculeux ;