‹ Manuel d'arboriculture des ingénieursChapitre 39 sur 65 · URBAINES · texte numérisé non relu

URBAINES

liear utilité. — Depuis bien longtemps déjà, on a consacré Tusage de créer des plantations d'alignement dans le voisinage immédiat ou au milieu des centres de populations. On a eu d*abord pour but de fournir un ombrage salutaire pendant les chaleurs brûlantes de Tété; puis on a bientôt reconnu que ces plantations sont Tornement le plus réel qu'on puisse imaginer pour les places ou les grandes voies de circulation ouvertes dans nos villes. Enfin le progrès des sciences a bien vite démontré que la présence de ces arbres accumulés dans un centre de population agit puissamment sur la santé de l'homme en enlevant à Tair atmosphérique la surabondance d'acide carbonique et les miasmes nuisibles qui y sont répandus par la respiration des animaux^ les nombreux foyers qui y sont allumés^ etc., etc. Aussi voit-on ces sortes de plantations se multiplier de plus en plus dans nos grandes cités, là où elles sont en effet les plus nécessaires.

Ces sortes de plantations ont, comme on le voit, une destination autre que celle des précédentes. Aussi les soins qu'elles réclament pour leur création et leur entretien sont-ils souvent différents.Nous devions donc les étudier séparément, en renvoyant toutefois aux plantations précédentes pour ceux des soins qui leur sont communs.

Choix dei espèces d'artoes. — Pour ces sortes de* plantations, on ne doit pas se préoccuper de la production du bois; il convient donc de tout sacrifier à l'ornement. Aussi devra-t-on choisir les espèces d* arbres les plus remarquables par l'ampleur de leur feuillage, la beauté de leur port ou Téclal de leurs fieurs. II est bien entendu que si Ton doit planter ainsi plusieurs avenues ou plusieurs massifs dans la même localité, il sera bon de

131 PLANTATlUnS D'AUGNEHENT D-ORNEHENT.

ne pas les rônner tous avec la même espèce, afla d'éviter lamo-

notoDie.

Parmi les diverses espèces d'arbres de haut jet que nous avons indiquées, page 70, pour les plantations d'alignement , nous conseillons surtout lea suivantes pour les plantations d'ornement.

t.nb\t iTConiort {fig' *')■ 1 - Peuplier du Cuuda (fig. M].

— pl>n* {fig. *î). ritruK d'Otcidenl ffig. TS).

KarroDuicr d'Inde {fig. IM). imeul de HoLLandï Olg. M).

Orme torlillird \fig. H). - argeiUé {fig. 137).

Peuplier argenlé (yf». 78). | Vernii du Japon (fig. Bd).

Si les plantations à créer sont exécutées sur une surface close.

on pourra joindre à la liste précédente les espèces résineuses suivantes :

S>p>u £pie« (/îff. se).

Pin d'Alep Oîff. «).

- c<,mmm\fig. m).

- deWeï™>u.h(A?. 91)

Pin iiheHre |ft). 80).

- pignon (fe. M)."

- de Corée (/îj. 90).

MèlèK d-Eiirope {fig. S»),

Quant aii sol et au climat qui conviennent parliculiërement à

FOKHE A LEUR DONNER. 131

ces espèces, nous l'avons indiqué k la page 70, excepte pour le moTTonnier d'Inde et le tilleul argenté. Ces deux espèces s'accommodent de tous les climats de la France. Elles prospèrent dans les sols de consistance moyenne et dans les terres siliceuses un peu humides.

Forme à donaerà cea plKBlalloas. — Le nombre des lignes d'arbres est dëlerminé par la place qu'elles peuvent occuper .

Fig. 131. — Tilleul ugïuté.

OU par la fantaisie de celui qui les fait exécuter. Les lignes doivent dire parfaitement parallèles les unes aux aulres. La distance à réserver entre elles et entre les arbres sur les lignes est déterminée par les indications fournies à la page 80. Toutefois, comme il ne s'agît pas ici d'obtenir du bois de service et que l'on

134 PLANTATIONS D'AUGNEMËNT D'ORNEMENT.

a intérêt à ce que ces arbres donnent le plus tôt possible la plus grande somme d'ombrage, on pourra diminuer ces distances d'un tiers environ. Il conviendra aussi d'augmenter d'autant plus l'inlervalle entre les lignes que les avenues seront plus longues, afin que la perspective ne les fasse pas paraître trop étroites.

Si la plantation se compose d'une seule ligne, la place des arbres est indiquée d'une manière invariable par la distance à laquelle ils doivent se trouver les uns des autres. Mais, s'il s'agit de plusieurs lignes réunies, on peut donner à la plantation la forme carrée ou celle en quinconce (page 81). Nous avons conseillé la disposition en quinconce pour les plantations forestières; pour celles d'ornement, nous pensons qu'il faudra choisir la plantation carrée ; d'une part l'on n'a pas en vue la production du bois, et de l'autre cela permettra à la vue de traverser perpendiculairement ces sortes de plantations sans rencontrer d'obstacles.

Préparation dn «ol. — Les indications données à cet égard pour les plantations des routes s'appliquent également aux plantations urbaines. Néanmoins comme ces dernières doivent réussir à tout prix, quoique souvent placées dans des conditions peu favorables, il faudra, pour assurer leur succès, employer des moyens plus minutieux et souvent plus coûteux. Ainsi, si le sol est de médiocre qualité, comme cela arrive fréquemment pour les plantations urbaines, il conviendra d'ouvrir à la place de chaque ligne d'arbres une tranchée continue large de 2'°,50 au moins, profonde de 1°*,30, et de remplacer cette terre par un sol d'excellente qualité.

Vransplantation des arbres âipée. ^ Nous avons reconnu, en traitant plus haut des plantations d'alignement, que, pour le succès de ces plantations, les arbres ne doivent pas dépasser certaines limites de développement. Toutefois nous avons admis que dans quelques circonstances exceptionnelles, et seulement pour les plantations destinées à l'ornement, on pourrait transplanter des arbres ayant acquis déjà un grand développement. C'est ici que nous devons examiner cette question.

Conditions générales de succès. — Les arbres âgés que l'on veut transplanter doivent être isolés et non réunis en massif serré, de telle sorte que toutes les parties de leur tige soient habituëeâ au

grand air et au soleil^ et que leur tête soit également développée tout autour de la tige.

Ils doivent avoir été plantés là où on les prend et non semés à demeure ; car dans ce dernier cas les racines^ très-longues, peu ramifiées, feront que l'arbre aura très-mauvais pied et reprendra difficilement.

Ces arbres doivent être situés sur unr terrain horiEontal. Ceux placés sur une surface inclinée présentent des racines beaucoup plus élevées du côté supérieur que du côté inférieur ; il devient donc difficile de placer convenablement ces racines lors de la transplantation dans un sol à surface horizontale ; cela n'est possible que si le lieu où l'on plante est également incliné. Le sol doit être de meilleure qualité que celui où Ton prend les arbres, afiik que cette plus grande fertilité facilite la reprise des arbres. Enfin, toutes les espèces ne se prêtent pas également à ces transplantations. Les espèces à bois mou, dites aussi à bois blanc, sont celles qui réussissent le mieux, telles que les peupliers, les tilleuls, l'aune, les marronniers; les ormes^les robiniers , léserablesy les frênes^ réussissent moins bien. Pour les hêtres, les chênes, le charme et surtout les arbres résineux, on échoue très-souvent.

Deux modes différents peuvent être employés pour la transplantation des arbres âgés: la transplantation avec motte; la transplantation avec racines nues.

Transplantation avec motte. — Ce système, qui consistée enlever avec l'arbre la terre dans laquelle les racines sont engagées, parait être le plus rationnel, puisque les racines ne sont ainsi nullement dérangées. Mais aussi c'est le mode le plus coûteux, à cause des dépenses auxquelles donnent lieu le déplacement et le transport de cette motte de terre, parfois excessivement pesante, puisqu'elle peut mesurer pluS'de 9 mètres cubes.

On procède ainsi à cette opération. Si Ton suppose, par Tétat de développement de l'arbre, que les extrémités radiculaires ne sont éloignées de la tige que de 1% 50 au plus, on ouvre autour de l'arbre une tranchée circulaire, naissant au point où l'on suppose que les extrémités radiculaires sont arrivées, large, et profonde d'environ 1 mètre, afin que ce travail puisse se faire facilement. La motte ainsi formée, on Fentoui^e d'un clayonnage solidement

13G PUNTATIONS D'ALIGNEMENT D'ORNEMENT.

établi. Pour donner plus de solidité à cette motte^ on pourra attendre, pour la déplacer, le moment des gelées. Alors on répandra le soir sur cette motte une suffisante quantité d'eau, qui, venant à se congeler pendant la nuit, permet d'enlever la motte le lendemain matin sans craindre de voir la terre se détacher.

Pour déplacer cet arbre avec la motte, on ouvre une tranchée qui, naissant à la surface du sol, se prolonge en pente douce jusqu'au pied de la motte. Cette tranchée est assez large pour permettre à la voiture qui doit recevoir l'arbre d'y pénétrer à reculons. On fixe alors vers la base de la tige des bourrelets épais sur lesquels on attache des câbles solides mus par une ou plusieurs chèvres. L'arbre est ainsi soulevé. On fait reculer au-dessous la voiture, on Ty laisse redescendre et on Ty fixe solidement.

Le trou destiné à recevoir cet arbre a dû être ouvert à l'avance. II doit avoir en diamètre i™,50 de plus que celui de la motte de l'arbre; sa profondeur est égale à la hauteur de celle-ci. En outre, il devra présenter deux plans inclinés , Tun en face de l'autre, et destinés l'un à l'entrée de la voiture, l'autre à sa sortie. La voiture étant arrivée au fond du trou, on soulève l'arbre de nouveau au moyen de câbles et de chèvres; la voiture sort du trou et Ton y dépose l'arbre. On accumule ensuite la terre, la meilleure possible, surtout au pourtour du trou, et Ton achèv de le remplir, ainsi que les plans inclinés. On pourra laisser autour de la motte le clayonnage, qui pourrira bientôt dans le sol. Ces opérations terminées, il sera encore utile d'appliquer à toute la surface du trou un copieux arrosement, puis de maintenir la tige pendant la première année dans une position fîxe à l'aide de quatre cordages disposés en croix et solidement fixés sur let> . arbres voisins ou sur des pieux solides.

Si les radicelles de l'arbre à transplanter s'étendent sur un rayon de plus de 1°*, 50, de 2 mètres par exemple, il ne sera pas possible de les conserver; car il deviendrait extrêmement difficile de déplacer une motte de terre, de 16 mètres cubes. Dans ce cas, on modifiera Topération précédente de la manière suivante : deux ans avant la transplantation, on cernera les arbres au moyen d'une tranchée large de 0",60, profonde de 1",30 et naissant à 1 mètre du pied de l'arbre. Toutes les racines que l'on rencontrera en ouvrant cette tranchée seront coupées bien net

au niveau de la paroi la plus rapprochée de Tarbre. On replacera ensuite la terre dans la tranchée, puis on complétera Topération en raccourcissant sur la tige un certain nombre de branches pour rétablir l'équilibre entre la tête de Tarbre et les racines. Par suite de ce travail, de nouvelles radicelles se formeront plus près de la tige^ et deux ans après on pourra enlever l'arbre en motte avec ces nouvelles radicelles en donnant à cette motte un diamètre d'environ 3 mètres au lieu de 4 mètres qu'on aurait été obligé de lui donner sans ce mode d*opérer. On procède d'ailleurs pour celte transplantation comme pour le premier cas.

Si les arbres sur lesquels on a à opérer sont plus développés encore que ceux dont nous venons de parler^ que leurs radicelles soient situées à 3 mètres par exemple de la tige, on procédera comme nous venons de l'expliquer en dernier lieu ; mais on sera obligé d'ouvrir encore la tranchée circulaire à i mètre du pied de l'arbre, car il ne sera pas possible, comme nous l'avons expliqué plus haut, de réserver, lors de la transplantation, une molle ayant plus de i",50 de rayon. Dans ce cas^ il faudra donc retrancher les deux tiers de la longueur des racines. Ce sera là une nécessité fâcheuse et qui pourra influer défavorablement sur le succès de cette transplantation.

En 1855, un Anglais, M. Stewart Mac-Glashen, ût connaître et essayer à Paris, une machine de son invention, destinée à la transplantation des arbres déjà âgés. Cette machine se compose d'un cadre carré, en fer, placé à la surface du sol autour de l'arbre à déplanter. On enfonce verticalement avec une masse, contre les parois intérieurs de ce châssis, huit fortes bêches, deux contre chaque face du châssis. Lorsque ces bêches, dont le manche en fer dépasse le sol, sont complètement entrées dans la terre, la motte de Farbre se trouve ainsi découpée latéralement. Alors on repousse au dehors, à l'aide d'un mécanisme spécial, le sommet des manches de chacune de ces bêches ; il en résulte que la partie inférieure de la lame, venant presser fortement la base de la motte de l'arbre, tente à la soulever de terre. On applique ensuite à ce châssis en fer un mécanisme supporté par des roues et qui, à l'aide de vis d'appel, élève au-dessus de la surface du sol ce châssis, qui entraîne avec lui la motte de l'ar-

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