MALVEILLANCE OU IGNORANCE
pour qu'elle se dessèche, on la recouvre corapléteœent avec un englumefU.
On a successivement proposé à cet efiet divei'ses substances: d'abord VonguerU de saint Fiacre, composé de terre argileuse, de bouse de vache et de bourre ; puis Vonffuent de Forsyth dont nous donnons la composition plus bas; enânle mastic à gr^er, qui doit être composé de telle sorte qu'il ne coule pas sous l'influence du soleil et qu'il ne soit pas fendillé par la gelée.
Voici la composition de l'un des meilleurs :
^oix noire 28 \
— de Boux^ogne - t8 1
Cire jaune . 16 } Pour 100 parties ea p^ids.
Suif 14 j
Cendres tamiséei ou ocre. 14 /
Ce mélange doit être employé assez chaud pour être liquide, mais pas assez pour altérer les tissus de l'arbre. On l'étend sur les plaies à l'aide d'une petite brosse.
Le mastic à greffer devra être préféré aux onguents : ces derniers se fendillent sous l'action de la chaleur ou sont entraînés par les pluies. Toutefois le mastic à greffer offre l'inconvénient de donner lieu à une dépense élevée lorsqu'on doit l'employer en grande quantité. Dans ce cas, on pourra le remplacer par de la poix noire en prenant Le soin de renouveler cet englument de temps en temps jusqu'à ce que la plaie soit cicatrisée.
Nous ne saurions trop blâmer l'emploi du goudron de gaz ou coaltar essayé parfois pour couvrir les plaies des arbres. Cette matière contient des substances corrosives qui détruisent souvent les tissus vivants avec lesquels on la met en contact. Telle est du moins l'observation que nous avons faite plusieurs fois. .
Carie, — Lorsque les ulcères restent longtemps abandonnés à eux-mêmes^ ils donnent lieu à une autre maladie. Le corps ligneux mis à nu^ restant exposé à l'influence de l'air qui le décarbonise et à celle de l'humidité des pluies^ finit par se décomposer, ei se corrompt. Cet autre accident se nomme carie. Si cette maladie fait des progrès^ tout le corps ligneux du tronc ou de la branche où elle se manifeste se décompose de proche en proche j
194 HAUDtES WS ARBRES ET ARBRISSEAUX,
de (elle sorte, qu'au bout d'un certain nombre d'années l'arbre devient entièrement creux, et que sa durée est sensiblement diminuée. Lorsque la carie est arrivée à ce point, il n'est plus possible de réparer les dégftts qu'elle a occasionnés, On peut cependant, si l'on tient à conserver l'arbre attaqué, prolonger son' existence en empêchant l'action de l'air et de l'humidité sur les parois de la cavité qui s'est produite.
A cet-effet, on comble cette cavité jusqu'à l'oriBce avec des pierres et du mortier ordinaire composé de chaui et de sable. Arrivé à ce point, on Terme complètement l'ouverture/de manière que l'eau des pluies ne puisse pas y séjourner. On emploie, dans ce but, l'onguent de Forsyth, dont voici la composition :
Ces trois dernières substances étant parfaitement criblées, on y ajoute la bouse de rache, de manière à en former une sorte de pâte. Avant d'appliquer cet onguent, on aura dû enlever avec soin toutes les parties d'écorce et de bois desséchées, de manière que les bords de la plaie, mis au vif, puissent développer des bourrelets qui devront fermer l'ouverture. Nous pensons qu'une couche épaisse de poix noire renouvelée de temps en temps donnera le même résultat. Nous donnons {fig. 203) la coupe verticale du tronc d'un ' arbre ainsi opéré.
Quoique le procédé que nous venons
d'indiquer puisse paraître bizarre, nous
'^^ *" ■ afSrmons qu'il est employé avec beau-
Coupe yerticale du Ironc , , il » -i-
d'uD arbre opéré après 11 coup dc SUCCÈS pour des arbrcs truitiers carie. A, eouche à'ao- dans les verçers. Nous croyons donc guentdeFonjih. qu'on peut V étendre avec avantage aux
arbres forestiers et d'ornement dont on voudrait, par un motif
quelconque, prolonger la durée.
INTEifP£RIE& I9S •
EmpoisonnetMnis, — D'antres maladies^ déterminées par Tincnrie des hommes, attaquent encore les arbres : tels sont les empoisonnements causés par certaines substances, liquides ou gazeuses, mises en contact avec les racines ou les feuilles.
Dans le voisinage des fabriques de produits chimiques et de tous les établissements d'où s'échappent d'abondantes Tapeurs acides ou ammoniacales, oh voit souvent les feuilles des arbres entièrement desséchées, ceux-ci rester languissants et périr après une lutte de quelques années. Ce résultat est dû, à n'en pas douter, à l'action des vapeurs, qui corrodent les parties vertes. 11 n'est pas de remède contre ces influences fâcheuses ; on devra donc s'abstenir de planter dans ces localités, ou, du moins ne le faire que du côté le moins exposé à ces émanations pernicieuses.
Depuis que Téclairage au gaz a pris dans nos villes une grande extension, un accident de même nature se manifeste souvent parmi les arbres des promenades publiques qui avoisinent les conduits destinés à la circulation de ce gaz. On voit un certain nombre de ces arbres perdre leurs feuiUes et mourir tout à coup. C'est encore là un véritable empoisonnement produit par une fuite de gaz. Ce fluide, répandu dans le sol, est absorbé par les racines et détermine la mort de Farbre.
Asphyxie. — Quelquefois aussi, on \oit les arbres de certaines plantations qui, après avoir prospéré pendant quelques années, cessent tout à coup de se développer, languissent et meurent. Ce résultat se remarque toujours lorsque le sol a été tout à coup exhaussé à •Oo>,50 au moins au-dessus de son niveau primitif. 11 se produit alors pour l'arbre une véritable asphyxie. Les racines, ne pouvant plus recevoir l'influence de l'air, cessent leurs fonctions et pourrissent. Quelquefois cependant, lorsque les arbres sont jeunes, ils développent dans le voisinage de la surface du sol de nouvelles racines qui remplacent bientôt les premières, et . l'arbre finit par reprendre sa vigueur. Dès que les arbres placés dans de semblables circonstances présenteront cet état languissant, on devra se hâter d'enlever la terre qui surcharge le sol.
Intempéried* — Les intempéries déterminent souvent, dans les arbres de haut jet, des maladies d'autant plus redoutables, qu'il est impossible de les prévoir et qu'il est très-difllcile d'y remédier.
IM MALADIES DES ABBREB BT ARBHISSEAUX.
RoulmTe. — Cet accident réwlleder&clion des gelé«t tardives.
Ainiii, il arrive parfois que les arbres sont en pl^e vëgétation, que la couche ligneuse de l'année a commencé à s'oi^aniser et qu'il survient akin vers la fin de mai une f(Hte getée. Cet abaissement de température peut désorganiser, non-seulement les bourgeons et les feuilles des arbres, mais encore la couche ligneuse en état de formation. Celle-ci apparaît alors sur la coupe transversale c. .„, „ 1, . . . du tronc sous forme d'une une
/^tf. loi. —Conpe d'un Ironod-MbM ... , , „
■tiami 4a u loaiure. de couleur bnme {fig. 204). Cet
accident, qu'on ne peut [advenir et auquel on ne peut remédier, enlève aux arbres de haut jet une grande partie de leur prix comme bois d'œuvre.
Getioure ou cadranwe. — Lorsqoe les troncs renferment beaucoup d'humidité et qu'un grand abaissement de température se prodiùt subitement, il se manifeste dans toute l'épaisseur do corps ligneux descentes longitudinales qui, partant du centre, rayonnent vers la circonférence et déçurent mSme l'écorce {fig. 205). Cest la maladie connue sous le nom de cadramtre. On voit souvent apparaître, à la suite de cet accident, et par ces fentes, des écoulements, qui se transforment en Fig. 105. — ^Tronc d'«hre iiioini ulcères particulièrement cono US SOUS le nom de gouttières, et qui ealèvent au tronc presque loute sa valeur. Aussitôt que ces fentes apparaissent sur l'é cor ce, il faut enlever avec un instrument bien tranchant les deux côtés de la plaie longiludinaie, sur une largeur de 2 centimètres environ, et U recouvrir avec du mastic à grefier. La cicatrisation s'apèreell'écoulementD'apas lieu. Coups de soleil. — Les jeunes arbres k haute tige présfstent
IN6ECTK NUISIBLES. m
Muveat celle particuluité, quel'écorce du Irouc, rnppéeparles rayons du soleil couchant, se dessèche, se crefuse et tombe, en laisjiuil à nu le corps ligneux. On observe rarenentcet accident sur forme et sur les espèces dont les couches extérieures, cédant promptement à l' accroisse ment en diamètre du corps ligneux, se déchirent et passent rapidement à l'ëtat d'inertie. Il est au GODlraire très-fréquent dans les esteras dont l'écorce resie longUmps lisse : tels sont le hêtre, le tilleul, les érables, le marronnier d'Inde, etc.
Pour prévenir cette dëcortication, on abrite le C6té de la tige exposé au soleil couchant avec un englument composé de chaux éteinte, à laquelle on ajoute un tiers environ d'argile. Cet abri devra être maintenu pendant les huit ou dix premières années qui suivent la plantation. Ou obtiendra le même résultat en fixant sur ce côlé de la tige un demi-cylindre d'écorce d'arbre.
Quant aux arbres dé^ décortiqués, il faut, pour arrêter la carie et faciliter lacicalrisation des plaies,enlever jusqu'au vifles parties malades, el recouvrir toute la plaie de mastic à greffer, recouvert lui-ioême de l'englument de chaux et d'argile dont nous venons de parler.
■■■flctM ■«uiblea. — Il y a bien peu d'espèces ligneuses qui n'aient à nourrir un nombre plus ou moins considérable d'insectes. Lorsque le nombre de ceux-ci ne di^passe pascertaines limites, tes dommages qu'ils causent sont peu importants. Mais sous l'influeiKC de certaines circonstances favora- Mes à leur multiplication ils deviennent un véi'iiable fléau, et l'on
doit akm songer à les '^'^- **•■ ~ ^""^ ■'" ^'o- *"'■ ~ ««"«k™ détruire. Nous ne cite- " """'
rons ici que les espèces les plus redoutables, en commençant par les coléoptères.
Le hanneton commun (SoartAœus melotontha, L.) {fig. 206), dévore entièrement, dans ceitames années, les feuilles et les
rM MALADIES DES ARBRES ET ARBRISSEAUX,
jeunes bourgMns. Sa laire Ifig . ?07), connue souâ les noms de maru ou ver blano, de turc, ronge les racines 6t fait souvent périr iei arbres. Il n'y a d'autre moyen de combattre la multiplication de cet insecte vraiment dësastreui que de le détruire, soit à l'état parfait, soit à l'état de larve; encore n'arrivera-t-on à le faire utilement qu'alors que chaque propriélaire sera contraint de l'appliquer sur toute l'étendue des terres qu'il exploite. Toutefois nous engageons à ne pas renoncer à sa destruction, mSme partielle, car l'expérience semble démontrer que ces insectes s'éloignent peu de l'endroit oii ils sont nés. Une plantation qui eu aura été purgée sera donc moins exposée qne les autres à en être ravagée ensuite. Ainsi, au printemps de l'année de l'apparition des hannetons, ce qui a lieu abondamment tous les trois ans pour la même localité, on devra les faire recueillir avec soin en ébranlant fortement, surtout le matin, les arbres sur lesquels ils se sont posés. Ces insectes seront ensuite détruits par le feu, l'eau bouillante ou la chaux-vive. Quant aux larves, elles seront ramassées toutes les fois que le sol sera remué, du printemps à l'automne. Comme elles exercent particulièremenl de grands ravages dans les pépinifereset dans les jeunes plantations, il sera utile défaire fouiller avec précaution an pied des jeunes arbres qui paraîtront languissants, afin de détruire les mans qui rongent les racines.
Enfin, dans les localités habituellement exposées aux dégftts de cet insecte, il sera bon de ne pas détruire certains animaux qui lui font une guerre acharnée. Tels sont le renard, la martre, la fouine, le blaireau, le hérisson, la chauve-souris et la taupe, qui détruit les larves. Parmi les oiseaux, nous citerons la corneille, le hibou, la chouette, les busards, les ^ .^ak., buses, lacrécelle,l'émouchet,etim
J/ÊÊÊÊL grand nombre d'autres petits oi- I \ *IIIP^B ^^"^- (Certains animaux de basse-
l j^^^^P cour, tels que les poules, les canards, ty ^^ '*^ ùies, les cochons, se nourrissent Fig. tôt. Fiç.t\{i. — -unc aussi volontiers de Cet insecte. Bo!triciie ly- du bmiriche ij- Le bostriche typographe (Bostripograph.. p«gr»pt,.. ^^^ typographus, Fab.) (fig. 209),
attaque particulièrement les sapins. Sa larve [fy, 210) ronge
pendant tout l'été les couches du liber de ces arbres, qui, btentdt, jaunissent, se dessèchent partiellement et périssent. Pour se garantir du tjpographe, on Tavorise la multiplication des oiseaux de nuit, des campagnols, des pics, des mésanges, des pinsons et de plusieurs autres espèces de passereaux. 11 faut aussi sacriQer immédiatement les arbres atteints par cet insecte, et les brûler. Néanmoins, comme le boslriche choisit les arbres malades pour y déposer ses œufs, il sera bon de laisser gisants sur le sol quelques arbres encore verts, et de ne les brûler qu'après la pousse.
Le bostricke du pin syheslre (Bostrickus pinattri, Becbst.) {fig. 211). — Celte espèce vit particulièrement sur le pin sylvestre, et sa larve attaque, comme le précédent, les arbres morts
Fig. îtî.— Scolile piDipfrde.
OU vivants, gisants sur le sol ou sur pied. On se garantit de ses ravages et on le détruit par les mêmes moyens que ielypographc. Le acolyte piniperde (Seoiyfus piniperda, Oliv. ) [fig. 212). — On le trouve sous l'écorce des bois résineux de 40 à 70 ans, auxquels il cause souvent de très^rands dommages. Il perce aussi un trou dans les jeunes pousses des pins sylvestres et dé-