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CHAPITRE VII - DÉCORATION DES BASILIQUES

plus 1iei le Christ évangélique, le Sauveur doux et tendre; c’est le créateur, le maître du monde, le Pantocrator, image du Dieu invisible avec lequel il se confond. C’est ce que montrent clairement les inscriptions qui accompagnent sa figure. Il est l’ancien des jours (6 rakatds ty uepoy) et le ciel est son trône; 1l est à la fois le Père et le Fils, et l’image qui le représente proclame avec éclat le dogme de la consubstantialité.

Figure 103. - Mosaïque de l’oratoire du pape Jean VIT au Vatican, détruit avec l’ancienne tasilique de $S. Pierre (vir siècle).

Derrière l’iconostase c’est le sanctuaire où, à l’abri des portes closes, le prêtre célèbre le saint sacrifice. Ici encore une idée liturgique inspire la décoration. À la conque de l’abside, la Vierge est assise et tenant l'Enfant sur ses genoux, représentant alors l'Eglise, trône animé du Tout-Puissant. Les deux archanges Michel et Gabriel, en grand costume d’apparat, lui font d'ordinaire cortège.

Depuis que le Christ est allé bénir au sommet des coupoles, la Madonne règne en maîtresse à la place jadis réservée au Sauveur dans les fonds des absides, et elle y restera désormais. Aussi bien cette place d'honneur lui revient naturellement, puisqu'elle est, après le Christ, la première personne dans la hiérarchie céleste, supérieure à toutes les puissances du ciel, comme la proclament les conciles, plus haute que les cieux, comme le déclare la liturgie. Elle

aussi, comme son divin Fils, doit donc avoir un trône dans le ciel. Et c’est le ciel pareillement et la gloire du Christ qu'évoque la voûte en avant de l’abside, lorsque, par un symbole significatif, elle montre le trône du Christ préparé pour le jugement dernier. C’est la représentation qu’on nomme l’'Hétimasie, et ce trône vide où le Christ viendra s'asseoir parmi les apôtres rappelle à la fois, par les instruments de la passion qui l'environnent, sa première résurrection et annonce sa seconde venue.

Les autres figures de la décoration du sanctuaire nous ramènent du ciel sur la terre: elles se rattachent toutes aux mystères de l’Eucharistie. Autour de la sainte table où officie le prêtre, se rangent les grands prêtres, prédécesseurs et figures du Christ (Abraham, Aaron, Melchisédech), les évêques ses représentants, parmi lesqueis les grands docteurs du rve et du ve siècles occupent une place prééminente, les diacres associés aux évêques, tous servant de modèle et d'exemple au pontife qui célèbre à l’autel. Enfin des scènes empruntées à l'Ancien Testament. etc.

Au milieu de magnifiques mosaïques et de marbres, l’art plastique fait tout-à-fair défaut: l’art byzantin semble avoir horreur de placer des statues dans le temple; au contraire, l’art romain sait en orner à profusion les portes, les façades, et parfois tous les murs extérieurs. Il se montra à la même hauteur que le style byzantin pour grouper les diverses données historiques et dogmatiques non pas en peinture ou en mosaique, mais cCiselées pour ainsi dire, dans les pierres du temple :

L'époque romaine — proprement dite, dit l’iliustre prof. Michel — avait ouvert accès à la sculpture dans l’art monumental chrétien et l’on à vu (t. I, p. 589 et suiv.) la diversité des thèmes qu’elle avait développés et dans queile complexité laborieuse de styles et de moyens. La tendance de l’époque « gothique » sera d’abord de simplifier, d’ordonner et d’unifier toutes choses. l’enseignement des universités, les ambitions encyciopédiques de la scolastique y contribuërent puissamment pour tout ce qui est de l'iconographie.

Les cathédrales furent, elles aussi, comme une grande «somme » de pierre, une encyclopédie monumentale où toute la doctrine de l'Eglise prit corps et s'anima en parlantes images — et si de l’une à l’autre les «variantes » sont nombreuses, le thème essentiel reste partout le même.

C’est celui de la Foi chrétienne et de l’enseignement de l'Eglise. Dieu à créé le monde et l’homme; le péché est entré dans le monde et, avec le péché, la mort et le châtiment. Dieu à donné son fils unique, né d’une vierge, pour le rachat de l'humanité coupable et condamnée. Ce fils fait homme est né, a vécu, à prêché, a souffert et est mort parmi nous. Il a été crucifié, il a été enseveli, il est descendu aux enfers, il est ressuscité d’entre les morts, il est monté au ciel, il s’est assis à la droite du Père, de là, il viendra pour juger les vivants et les morts. Les apôtres et les évangélistes ont enseigné cette vérité; les martyrs et les saints en ont témoigné; les docteurs l’ont commentée. Une discipline morale est sortie de cet enseignement; ceux qui auront cru et qui auront bien vécu seront sauvés et, au jour du jugement, ils entreront par la porte d’or dans la gloire de la Jérusalem céleste, tandis que les mauvais recevront leur châtiment.

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Autour de la figure centrale du Christ, qui occupera aux tympans et aux trumeaux une place d'honneur, toute cette histoire sera ordonnée et prendra vie. Les apôtres se tiendront à droite et à gauche du Maître; les vierges sages et les vierges folles, dont la parabole n’est que le commentaire imagé de la venue du juge, les vertus et les vices, dont les imagiers du x1Ie siècle avaient déjà représenté tant de fois les conflits et que le xr11e siècle évoquera sur un thème nouveau, seront sculptés non loin du jugement. Les saints et les docteurs, spécialement vénérés dans le diocèse ou dont la cathédrale possède des reliques, seront représentés sur les portails latéraux et la ligne des ancêtres de Marie formera la solennelle galerie des Rois. Une place d'honneur sera toujours séservée à la Mère de Dieu: La plupart des cathédrales: Senlis, Noyons, Laon, Paris, Amiens, Chartres, Reims, seront des Notre-Dame; celles de Bourges: Sens, Auxerre et Limoges seront consacrées à saint Etienne, le premier confesseur de la Foi; celles de Poitiers et de Troyes, à saint Pierre; celle de Bordeaux, à saint André; celle du Mans, à saint Julien; mais la Vierge n’y perdra jamais sa place. Son cuite, déjà si populaire au x11e siècle, prendra au XIIIe un immense développement, et la figure de Marie, plus encore que celle de Jésus- Christ, occupera les sculpteurs (1).

Dans le style gothique, la décoration de l’intérieur se fait au moyen de peinvures, fresques ou mosaïques; souvent, au contraire, les murs sont nus, et, à l'exception des chapiteaux et des parties accessoires (autels, pupitres, chaires, etez:,), x scuipture- fait complètement: défaut. À l’extérieur, par contraste, surtout sur la facade, l’ornementation abonde, parfois excessive, mais toutefois en harmonie avec l'architecture de manière à faire un vout complet et uniforme. L'art plastique y domine en maître et l’on y voit se dérouler le grand poëme de la Rédemptäion sans exclure la descente aux limbes et le jugement universel. Avec l’apparition et le développement de l’art gothique, là peinture et là sculpture ont assez bien profité quoique par des voies diverses: tandis que l’architecture s’affranchit entièrement des formes traditionnelles, la peinture et la sculpiure ont l’air de suivre le mouvement classique, et tirent grand avantage de l’étude de la nature: les formes redeviennent pleines de noblesse et de simplicité, les habits légers et souples, les physionomies empreintes de beauté, de sourire. Ce réveil de l’art aura à subir une période de retard de peu de durée vers la fin du x1v° siècle, mais vers le milieu du xv° siècle, il reprendra sa route triomphale et en peu de temps l’art qui eut son apogée au siècle d’Auguste reverra devant lui se dresser un rival.

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