CHAPITRE I. - DIEU ET MARIE
Voyons une autre espèce d'arguments. Jésus-Christ se déclare Fils du Dieu vivant, le Messie promis et attendu depuis des siècles, et des miracles viennent confirmer son origine divine et sa Mission. Et, quoi que disent les rationalistes modernes sur l'essence de ces miracles, les monuments nous prouvent que les premières générations chrétiennes, et de même celles qui suivirent, ont cru d’une foi certaine aux miracles de Jésus, €. à d. à leur caractère parfaitement surnaturel. Dieu, qui
Figure 114. - Jésus-Christ maître des Evangélistes (cimetiére de S. Calixte).
avait miraculeusement nourri les Juifs dans le désert, qui avait sauvé Jonas du sein d’un monstre marin, qui avait accompli tant de merveilles en faveur de son peuple, était là présent en personne guérissant les malades, ressuscitant les morts, changeant l’eau en vin, multipliant pain et poissons. Ensuite la guérison de l’aveugle-né, du paralytique, de l’hémorrhoïsse, la résurrection de Lazare conjointement aux prodiges de l’Ancien Testament, seront les sujets adoptés pour la décoration murale des tombeaux des premiers siècles.
Dans ces miracles c’est toujours la même vertu divine qu'on veut mettre en relief, parce que c’est la même qui devra sauver les âmes des trépassés. La base de cette vertu n’est autre que le Christ, représentant de Dieu, comme Sauveur des élus, juge des âmes, lumière et repos des défunts. Ce point de vue mérite un plus long développement; il Sera la matière des chapitres qui vont suivre.
Nous pouvons encore indiquer un autre type de monuments où se voit le Christ dans l’auréole de la divinité, ce sont les sculptures des sarcophages. Un sujet d’une grande beauté est celui qui nous montre le divin Sauveur sous les apparences d’un charmant adolescent à la chevelure frisée: on à voulu par là représenter l’éternelle jeunesse de Dieu. Mais ce qu'il y à de plus important c’est d'y voir accompli par le Christ ce que la renaissance et l’époque contemporaine attribuent communément à Dieu le Père. Ainsi c’est la figure du Verbe qui apparaît à nos premiers parents, après le péché, par suite duquel ils rougissent de leur nudité. C’est lui qui prononce leur condamnation, et leur donne le faisceau d’épis avec la brebis, symbole du travail qui devra leur procurer de quoi se nourrir, si toutefois il n’y à pas dans cet épisode un sens plus profond, celui de la rédemption et de l’eucharistie (1).
C’est encore lui qu’on voit sur la montagne d’où coulent les fleuves du paradis, lui qui reçoit l’hommage et les adorations des élus, tandis que, plein de majesté et de beauté, et ayant sous les pieds le symbole du ciel, il est assis sur un trône comme un Jupiter olympien (v. fig. 59).
Somme toute, on peut très-bien dire que dans l’art primitif chrétien, la personnalité de Jésus-Christ à presque entièrement éclipsé les autres personnes divines, ou mieux, qu’on trouve concentré en elle tout ce que l’on attribue ordinairement à la Trinité entière.
Remarquons en dernier lieu que les monuments nous montrent Jésus-Christ: 19 comme docteur, en allégorie, sous les traits d’Orphée attirant à lui tous les animaux par les sons harmonieux de sa lyre (figure 62) ou, sans aucune figure, assis en personne, un livre à la main, et parlant soit aux Apôtres, soit aux Evangélistes (2); 20 comme un médecin guérissant toute maladie (3); 3° comme juge éternel et rémunérateur des âmes, en tant que siégeant pour juger les morts et pour donner aux élus les couronnes de gloire, comme nous le verrons dans la suite.
ARTICLE III. — Jésus-Christ et Marie.
Jésus-Christ est encore l’objet d’une catégorie de monuments où il se voit, non plus seul ou sous les traits d’un jeune homme, mais sur
(1) Notiones, Vol. II, pars III, p. 58, table 49 et p. 124. (2) Notiones, Vol. IF, pars IT, p. 140 et ss; pars IIE, p. 37. (3) Notiones, Vol. II, pars II, p. 132 et ss.; pars III, p. 35.