CHAPITRE
naître les croix des deux voleurs, et les membres du Sauveur ne sont pas cloués. L'ivoire du musée anglais montre Jésus, les maïns clouées, mais, comme dans l'exemple précédent, encore en vie et sans aucune trace de douleur. À la même époque on rencontre les peintures de la croix, couverte de perles, ou s’élevant au milieu des fleurs, ou encore se détachant parmi des milliers d'étoiles, ou enfin jointe aux symboles des Evangélistes et à d’autres marques de la gloire du ciel, selon la coutume inaugurée au 1v° siècle. Les exemples que nous avons cités sont donc les premiers types de la croix, parfois encore représentée
Figure 126. - Jésus en croix entre deux voleurs (détail de la porte de $S. Sabine - v siécle).
au vi‘ siècle d’une façon glorieuse, comme en font foi les célèbres ampoules de Monza, conservées au Trésor de la Cathédrale (figure 127). Toutefois le Sauveur, même revêtu du colobium, æpparaît sur la croix comme un roi, et C’est dans ce but que le moyen-âge lui mit une couronne sur la tête et recouvrit de perles la tunique: « Regnavit à ligno Deus ». Peu à peu cependant on verra le Rédempieur représenté avec un visage très amaigri, les joues creuses, la figure livide, les yeux éteints. Il n'aura plus le colobium, on verra les membres osseux, meurüris, contractés dans les spasmes de l’agonie. Les pieds ne seront plus fixés par deux clous, maïs par un seul avec superposition des jambes, afin d’exciter davantage la compassion: les membres horriblement écartelés, les souillures de sang, les plaïes, la couronne d'’épines enfoncée sur la tête ensanglantée formeront le cadre d’un réalisme qu’on pourrait traiter de répugnant s’il ne s'agissait du portrait de Notre Seigneur.
Il ne paraît pas que le crucifix fût d’abord l’objet d’un culte isolé,