‹ Manuel d'archéologie chrétienneChapitre 128 sur 305 · CHAPITRE I. - DIEU ET MARIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. - DIEU ET MARIE

distinct du culte rendu aux autres mystères de la Passion du Seigneur. Comme nous l’avons vu, les premiers monuments qui nous montrent les humiliations et les douleurs du Sauveur, nous font voir des scènes d’abord isolées (l'arrestation, Pilate, le couronnement, etc...…), puis réunies en séries, mais sans le crucifiement: ce dernier, quand on le rencontre, ne se trouve jamais seul, mais, à l’instar de quelque autre épisode de la Passion et pour les raisons déjà énoncées, il fait partie d’un cycle et prend la place qui lui avait été d’abord refusée. Les premiers chrétiens, nul n’en doute, auraient représenté le crucifiement

Figure 127. - Ampoulle du Trésor de Monza, ayant en allégorie la représentation du crucifiement (vr siècle).

isolé, s'ils n'avaient eu certaine répugnance à exposer leur Dieu sur un bois infâme, et on peut le déduire du fait qu'ils représentèrent souvent le symbole de la croix et le vénérèrent au même titre que tout autre signe éveillant en quelque façon, comme les monogrammes XP, IX, la figure et le nom du poisson, l’idée ou, au moins, le nom du Rédempteur.

Il est de même évident que le crücifix devait être montré conjointement à quelque autre donnée qui en fit un véritable épisode historique en harmonie avec le sujet où il était placé. De là, la présence des deux voleurs, et, plus tard, de quelque saint personnage aux pieds de la croix: Marie, St. Jean et quelquefois un soldat, spécialement Longin qui transperça le côté du Seigneur. Dans l’ivoire ,du musée de Londres on voit outre ces personnes, Judas pendu à un arbre.

De même que Jésus-Christ, dès le principe, était représenté impas-

Le

sible sur le gibet, ainsi, dans les figures des assistants, on ne retrouve

aucune faiblesse humaine. Marie élève vers le ciel ses bras et ses yeux pleins de confiance, et Jean porte d'ordinaire le livre des Evangiles où se trouve son témoignage (1). Ceci est tout à fait d'accord avec l’ancienne littérature chrétienne, puisque les Pères niaient que Marie eût pleuré aux pieds de là croix, et on doit remarquer entre tous le témoignage de S. Ambroise écrivant : « La mère se tenait debout devant la croix, et elle s’y tenait intrépide, tandis que tous les hommes s’enfuyaient », et, dans un autre passage: «Sainte Marie se tenait debout près de la croix de son Fils... je lis qu’elle se tenait debout, et non pas qu'elle pleurait » (2). L'idée de Marie en larmes vint avec

Figure 128. - Portrait passé par erreur comme Le plus ancien du Sauveur.

l’idée du Rédempteur agonisant ou mort, et elle eut aussi pour but d'émouvoir les fidèles et de leur inspirer une plus grande contrition.

2. — En effet, dans les peintures des cimetières la figure du Sauveur ne présente pas ce type de beauté que les monumèénts plastiques nous ont transmis. Les portraits des deux premiers siècles sont, par suite de leur état de ruine, à peine reconnaissables, mais ceux des deux siècles suivants nous font voir nettement les traits du visage. Au cimetière des SS. Pierre et Marcellin se trouve le plus beau type du genre; il semble de la fin du quatrième siècle.

Le Sauveur y présente le type de l’époque de là renaissance, bien qu'il y ait quelque tendance au style byzantin, tendance qui, de ce moment, ira toujours en s’accentuant. Un autre exemple moins beau, mais vraiment classique, fut découvert sous mes yeux tandis que je dirigeais les excavations aux catacombes de Tusculum: le Sauveur y

(1) JEAN, XIX, 35: Celui qui a vu, en rendit témoignage, et son témoignage est vrai.

(2) De l'instit. des Vierges, IV, 7. De la mort de Valent. Oeuvres de S. Am broise "GTV, 13;

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