‹ Manuel d'archéologie chrétienneChapitre 131 sur 305 · CHAPITRE II. - LES SACREMENTS 2 à · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. - LES SACREMENTS 2 à

manuscrits du V° et du vi siècle. Les sculptures des sarcophagesreprésentent non seulement la chute des premiers parents, mais aussi leur création et montrent, comme nous l'avons déjà vu (figure 107), la condamnation à gagner leur pain à la sueur de leur front.

Un autre effet du péché originel est là mort spirituelle de l’âme. C'était la croyance des premiers chrétiens: on le voit d’abord dans les écrits apostoliques et en particulier dans les épitres de S. Paul (1), on le voit ensuite par les rites liturgiques qui, du moins dès le troisième

siècle, prescrivaiens au catéchumène de renoncer au démon et à ses

Figure 131.

pompes et de eroire à la vie éternelle dont grâce au baptême il allait devenir l'héritier: de là l’idée que le baptême était comme une naissance spirivuelle, eï c’est en ce sens qu'il était représenté sur les monuments (2). Enfin cette croyance est rendue évidente par le fait que les parents étaient très soigneux de ne pas laisser mourir leurs enfants sans baptême, ce qui est démontré par plusieurs monuments épigraphiques.

Dans la Constitution Egyptienne (très vieux manuscrit liturgique du troisième siècle environ) nous lisons cette prescription: «D’abord, bapüisez les enfants; que ceux qui peuvent parler, répondent; que pour les autres répondent leurs parents, ou quelqu'un de leur famille », ce qui, en substance, équivaut au canon XIX de $. Hippolyte (3).

A ce sujet les Pères sont d’accord, et il est à remarquer que S. Cyprien dans sa LXIV* lettre, non seulement ordonne, au nom d’un concile, de baptizer les enfants en danger de mort, mais, citant encore les paroles de l'Evangile: Fitius hominis non venit animam hominum

(1) Voir surtout: Ep. ad Hebr., V, 12, 18, 19, 21.

(2) Notiones, Vol. II, pars I, p. 154 ss.; pars IT, p. 150 ss.

(3) HORNER, The statutes of the apostles, or canones ecclesiastici, 1904, n. 46 ; ACHELIS, Die Canones Hippolyti (Texte und Untersuchungen, t. VI). Leipzig, 1991, D. 33.

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perdere, sed salvare, conclut: «Autant que nous le pouvons, aucune âme ne doit se perdre, €. à d.: aucun enfant ne doit mourir sans le baptéme ».

Les épitaphes font souvent mention du baptême qu’avalent reçu les défunës, mais avec une formule spéciale, connue des seuls initiés. La parole baptismus ne fait pas partie du langage épigraphique des premiers siècles; on rencontre au contraire des expressions issues des verbes accipere, percipere, consequi, suscipere, —= recevoir, obtenir, et des mots gratia, où gratia Dei, le plus souvent omis, parce que sous entendus. Voici des exemples:

BENE . MERENTI ..ANTONIAE CYRIACETI QVAE VIXIT

ANNIS. XVIII M.II.D.XXVI ACCEPTA DEI GRATIA QVARTA DIE VIRGO OBIT . IVLIVS . BENEDICOTVS PATER . FILIAE DVLCISSIMAE

ET INCOMPARABILI . POSVIT D . XII. KAL DEC (cimetière de S. Calliste).

C’est une vierge de 18 ans qui mourut qu&ëtre jours &près son baptême.

TYCHE . DULCIS | VIXIT . ANNO . VNO | MENSIBVS . X . DIEB XV | AC- CEPIT . VIII. K .. .—REDDIDIT . DIE SS (ss — suprascripta). (Cimetière de Priscille).

Tandis que dans l'inscription précédente la formule du baptême accepta Dei gratia, est entière, ici au contraire, elle est réduite à la parole accepit, reçut (c. à d. la grâce du baptême qui était la grâce par excellence); ensuite la parole reddidit suppose lé complément spiritum.

HIC EST POSITA FORTVNIA QVAE VIXIT AN. PLVS MINVS III PARENTES POSVERVNT CONSECVTA EST D VI DEPOSITA VIII KAL AVG. (1).

__ ZOSIMOE KAI EYNEIKH TQ JAEIQ TEKNQ EYNEIKO KAAQS HEIOMENQ THN XAPIN TOY @EOY EIPHNH EXETE AAEAGOI (2). | |

Zosime et Eunice firent à leur fils Eunice qui a bien obtenu la grâce de Dieu. Que la paix soit avec vous, o frères.

Le baptême étant considéré par les fidèles comme un grand bieni21t et un grand honneur, on notait parfois aussi le jour de sa réception, pour distinguer en quelque sorte la vie charnelle antérieure, de là vie spirituelle et vraie obtenue par le baptême:

(1) MURATORI, Thesaur. vet. inscr., 1898, p. 6. (2) DE Rossi, Bullettino d’arch. crist., 1869, p. 27.

CHAPITRE II. - LES SACREMENTS 2 PERIT ANN. XXXV EX DIE ACCEPTIONIS SVAE VIXIT DIES LVII — IN- GENIOSAE QUAE VIXIT ANNIS IIILI FIDEM PERCEPIT MESORUM...

A Ingegnosa qui vécut quatre ans et fut baptisée des mois...

Au contraire non seulement le nom de fidèle (baptizé) était considéré comme un titre d'honneur, mais encore le titre de nè de parents

Figure 132. - Baptême de Jésus (peinture du cimetière de S. Calixte - 11 siècle).

chrétiens, tel qu'il fut écrit sur une inscription grecque d’un enfant de deux ans. Il était chrétien et né de parents chrétiens (figure 131); c'est là un titre égal à celui de certains consuls grecs qui se faisaient gloire d’être d’une famille consulaire: Consul ex consulibus (natus).

D'autres enfin dans leurs épitaphes semblent se glorifier d’être chrétiens, sans autre titre, comme le diacre martyr Saint de Lyon, qui ne se souvenait devant ses juges que de son nom de chrétien, Chrishanus sum. Exemple:

BIKTOPINOY TOY | MAYPOZ TO ONOMA TENE | XPIZTIANOZ.

Le fils de Victorin, nommé Maur, chrétien de naissance.

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L'épitaphe suivante l’emporte en beauté sur toutes les autres citées jusqu’à présent:

FLORENTIVS . FILIO . SVO . APRONIANO | FECIT . TITVLVM . BENEME- RENTI . QVI . VIXIT | ANNVM . ET . MENSES . NOVEM . DIES . QVINQque QI . CVM . SOLIDE . AMATYS . ESSET | A . MAIORE . SVA . ET . VIDIT . HVNC . MORTI . CONSTITVTVM . ESSE . PETIVIT | DE . ECOLESIA . VT . FIDELIS | DE . SAECVLO . RECESSISSET (Musée du Latran).

Florent fit le titre (e. à d. le tombeau) à son fils Apronianus qui a bien mérité, qui vécut un an, neuf mois et cinq jours. Sa grand’ mère, qui le chérissait beaucoup, le voyant en danger de mort, demanda qu'il mourût baptisé (c. à d., demanda à l’Eglise de lui conférer le baptême).

Figure 153. - Baptême de Jésus.

Nous pouvons done conclure des inscriptions que, si l’usage de conférer le baptême aux enfants n’était pas général, du moins on se gardait bien de l’omettre n'importe à quel âge, quand la vie était en danger.

La condition des adultes était bien différente; ils étaient admis au baptême après quelque préparation, et s'ils étaient esclaves, on ne les baptizait pas contre la volonté de leur maître. Voici comme on en parle dans les Canons d’'Hippolyte: Si est servus heri idololatrae, invito hero ne baptiszetur ; contentus sit quod christianus est. Quod si moritur necdum ad donum admissus, a cetero grege ne separetur (1).

Par ce texte on déduit que l’on comptait sur le baptême de ïfeu (baptême de désir). Quelle grande prudence et quelle grande confiance en là bonté de Dieu dans cette prescription !

Mais le mot enfant, infans, usité dans les inscriptions indiquant le baptême, ne désigne pas celui qui est dans la première jeunesse, mais aussi l’homme (enfant ou adulte) régénéré dans les eaux du baptême

(1) DUCHESNE, Origines du culte chrétien, Canones Hippolyti, Appendice, p. 529.

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