CHAPITRE II. - LES SACREMENTS
rême. Ces deux peintures sont donc une page de la liturgie romaine, correspondant au temps de l’année où les catéchumènes se préparaient au baptême. Cette coïncidence nous porte à mieux estimer la liturgie romaine qui, en ce Cas comme en beaucoup d’autres, pourrait tirer son origine des temps quasi apostoliques.
ARTICLE II. — La confirmation (1).
Le Sacrement de Confirmation était généralement administré aussitôt après le baptême: aussi la grande importance, ou plutôt l’absolue nécessité, du premier eut pour conséquence d’amoindrir beaucoup le souvenir du second dans les monuments funéraires. De fait, si dans les monuments primitifs nous pouvons relever quelque donnée ou allusion relative à un point de doctrine, le but n’en était pas de donner aux chrétiens une notion qu'ils n'avaient pas, mais de fournir un soulagement à la douleur d’une âme pieuse qui, affligée de la perte de quelque personne bien chère, espérait la revoir dans un séjour meilleur et souhaitait ardemment que le regretté défunt pût y arriver sans délai. C'est pourquoi, alors comme de nos jours, les inscriptions tombales se rapportaient à l’état et aux besoins du défunt lui-même et avaient un caractère nettement funéraire.
Ils devraient se souvenir de ce point, ceux qui, du fait de ne pas trouver sur les tombeaux dans les deux ou trois premiers siècles, mention de là confirmation, concluent que ce sacrement, comme l’extrème onction, l’ordre et le mariage, n’est pas d'institution divine. S'il en était ainsi, on ne pourreit pas admettre davantage l'institution de tous les sacrements dans les siècles suivants, car, à l’exception du baptême, de la confirmation et de l’Eucharistie, on ne voit rien d’explicite dans les monuments funéraires, concernant les autres sacrements (2).
Mais pour ce qui à rapport au sacrement de la confirmation, les anciennes liturgies sont on ne peut plus claires eb explicites; elles nous font savoir que la confirmation était administrée aussitôt après le
(1) Notiones, Vol. II, pars 1, pag. 161 ss.
(2) On ne peut pas dire non plus que certains sacrements, bien que d'institution divine, furent tardivement en usage, et que leur pratique ne date que du 1ve ou du ve siècle. Cette prétention qui, pour quelques uns, trouve son appui le plus solide dans l'archéologie, manque, comme on le voit, de sa base: par leur caractère, les monuments n’admettent pas une telle conclusion; bien plus ils offrent de ei de là plusieurs allusions aux sacrements, et celles-ci, confrontées avec la littérature de l’époque, affirment, comme on le verra, tout le contraire.
baptême, usage qui dura assez longtemps, comme en font foi les inscriptions tombales et l’union du consignatorium avec le baptisterium, qui parfois ne faisaient qu'un seul édifice. Pour plus d’évidence, citons quelques traits des liturgies &uxquelles nous avons fait allusion.
Canon XIX° d’'Hippolyte:
Ubi ex aqua ascendit presbyter prehendit chrisma ebyæptotiac et signat frontem et os et pectus eius signo crucis ungitque totum corpus et caput et faciem elus dicens: « Ego te ungo in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti». Deinde panno eum abstergit.. et vestibus indutum in ecclesiam introducit. Ibi episcopus manum imponens omnibus qui baptizati sunt orat dicens:... Deinde insignit frontes eorum signo caritatis osculaturque eos dicens... etc.
Dans le texte cité, l’onction secramentelle, est celle de l’évêque imprimant sur la front des néophytes le signe de la charité: pour ce qui regarde l’onction faite par le prêtre, elle est encore prescrite explicitement dans là liturgie romaine du temps de Charlemagne, dans la liturgie d'Alexandrie et dans les autres liturgies orientales: mais là liturgie gallicane n’en fait plus mention.
La Constitution Égyptienne ne s’écarte pas en substance du canon cité, et les deux documents ont leur sanction dans ces brèves paroles de Tervullien: Caro abluitur, ut anima emaculetur ; caro ungitur, ut anima consecretur ; caro signatur, ut anima MUNIatur ; Caro MAnUus impositione adumbratur, ut et anima spiritu illuminetur ; caro corpore et sanguine Christi vescitur, ut et anima Deo saginetur (1).
La manière dons Tertullien expose les différents rites du baptême suppose l’existence d’un long usage reçu tant dans l’église romaine que dans celle d'Afrique, et cet usage comportait non seulement l’imposition de la main avec l’invocation du Saint-Esprit, mais aussi l’onciion du Saint Chrême qui devait la précéder. Nous n’entrerons pas dans la question fort discutée de la matière de ce sacrement, question toute spéculative; nous remarquerons seulement que les livres du Nouveau Testament ne font que mentionner le rite en usage pour conférer le Saint-Esprit, ce qui est l’effet spécifique de la confirmation, et que ce rite appartenait en propre aux Apôtres et à ceux qui possédaient l’autorité apostolique, tandis que le baptême pouvait être conféré par quiconque (2).
IT est temps d'en venir aux monuments. Notons surtout que nous chercherions en vain dans la peinture et la sculpture quelque trace du sacrement de confirmation: il en est toutefois question d’une façon
(1) TERTULL., De resurrectione carnis, 8.
(2) Act. VIII, 12-17; XIX, 5, 1. Voir DUCHESNE, Origines du culte chrétien. ga ed., p. 332.88.