CHAPITRE II. - LES SACREMENTS
signes ei des scènes aussi symboliques qui accompagnent le mystère : eucharistique: parfois aussi l'expression en est si cachée qu’elle donne occasion à de grandes différences d'interprétation et à de vives diseussions entre les archéologues. La cause d’un si grand mystère devait être multiple: ee dut être surtout la nature et la sainteté du sacrement, puisque l’on observe que, dès les temps apostoliques, tous ne pouvaient assister au divin mystère, mais seulement les initiés, c’est-à-dire les chrétiens qui composaient l'Éclise. Quand dans les anciens auteurs il est fait mention d’assemblées chrétiennes, il faut entendre qu’elles ne réunissaient que les chrétiens, à l'exclusion des autres. L'annonce du mystère eucharistique avait été, pour beaucoup de disciples, un durus sermo, et, pour les pharisiens, un scandale: et quand Pline voulut connaître ce qui. se pratiquait aux réunions secrètes des chrétiens, il ne s’aperçut de:rien, à l'exception de la coutume de se réunir, la prière terminée, pour prendre un peu de nourriture, promiseuum tamen et innoæium (cibum) (1). St. Justin suppose l'habitude, sinon la loi, de ne pas parler ouvertement du mystère eucharistique: « Sed disce potius sanguinem Verbi Dei, et audi ipsum tibi dicentem, quia hic sanguis meus est, qui pro vobis effundetur in remissionem peccatorum. MNovwit qui miysteris imbutus est, et carnem et sanguinem Verbi Dei. Non ergo immoremur ?n his quae scientibus nota sunt, et ignorantibus patere non possunt » (JUSTINUS, in Leviticum homil., 9, n. 10, P. G., XII, 523).
Et encore: « Suscepti ergo sumus à Christo; ef mundata est domus nostra à peccatis prioribus, et ornata est ornamentis sacramentorum fidelium, quae norunt qui initiati sunt » (JUSTINUS, in Exodum, homil., 8, HAS P GUXIET 3506).
Mais pour confirmer cette loi ou ceite habitude, il suffit de citer parmi les nombreuses accusations lancées par les païens, celle de Celse qui appelle la doctrine des chrétiens une doctrine secrète 0Yux xpUpuou et la réponse d’Origène qui, tout en confirmant le mystère des dogmes, disait que les chrétiens étaient en cela semblables aux philosophes (ORIG., Contra Celsum, lib. I, n. 7, P. G., XI, 667 ss.).
Au point de vue liturgique nous savons aussi bien peu de chose sur les rites qui accompagnaient la célébration de l’Eucharistie. De S. Paul à S. Justin, il n’en est pas fait mention dans les Pères et les écrivains ecclésiastiques. Ensuite Justin, s’il se décide à en parler quelque peu, le fait dans la nécessité d'éclairer l’esprit des empereurs et leur faire cesser de considérer l’Église comme une société ténébreuse et mauvaise: et malgré cela, au moment d’expliquer là liturgie du mystère
(1) PzIN. JUN., Epist., X, 96,
eucharistique il coupe court et va aux cérémonies qui découlent de ce mystère. Il en est de même dans les canons d’'Hippolyte, où après la prière O Kôo1oc era mavrüv.…. ‘ AËrov at duxatov (dignum et iustum est), Sont ajoutées seulement les paroles: Postea autem dicat orationem et perficiat missam.
Tertullien, Origène et les autres Pères suivants parlent de la loi du secret, et il semble certain qu’en raison de cette discipline, le peuple pouvait être porté à ajouter foi aux récits des scènes immondes ou terrifiantes qu’on disait se passer dans les assemblées chrétiennes. Un monument épigraphique très précieux du deuxième siècle, l'inscription d’Abercius, fait mention de l’Eucharistie, et non seulement elle est rédigée dans un langage secret, mais, après avoir exposé les ineffables mystères, le défunt lui-même qui, selon l’ancienne coutume, est censé adresser aux vivants les termes de sa propre épitaphe, ajoute: Haec qui intelligit, quique eadem sentit, oret pro Abercio.
Un très-ancien livre de doctrine, récemment trouvé, la Atdaxn Tüv JOÔExX ATocTOA&Y (la doctrine des douze Apôtres) semblait, par son ancienneté, devoir apporter quelque nouvelle lumière sur un point si obscur; il n’en est rien: tandis qu'il rapporte les prières eucharistiques, il supprime les formules qui touchent au mystère. Il est done nécessaire d'arriver au 1V* siècle et d'interroger Cyrille de Jérusalem (Catech. 23) et les constitutions apostoliques pour avoir une description complète du rite eucharistique.
S'il en est ainsi, pouvons-nous attendre des monuments qu'ils soient plus explicites que les auteurs ? Disons-le sans détour: on à voulu tirer trop de profit de la tradition des monuments, on leur à fait dire des choses qui leur semblent étrangères et qui du reste n'étaient nullement nécessaires au but que se propose l’archéologue chrétien. Ce n’est pas le rite, mais la vérité du sacrement qu'il importe de fixer, et, à notre avis, elle ressort avec évidence des monuments que nous allons faire connaître.
Il est à remarquer surtout que le langage secret dont usaient les Pères à propos du mystère eucharistique se retrouve dans les monuments. Le fameux acrostiche de l'IXOYZ appliqué au pain et au vin de la table eucharistique est le même dans les monuments des trois premiers siècles, à Rome, comme dans les Gaules et en Orient.
Dans les deux premiers siècles chrétiens le poisson et le pain sont une allusion à leur prodigieuse multiplication, une seule fois, au banquet du lac de Tibériade. Au troisième siècle on introduit un autre élément, le changement de l’eau en vin aux noces de Cana: de ce moment jusqu’au
v° siècle, ce miracle servira à représenter l’élément liquide dans l’inef-