CHAPITRE II. - LES SACREMENTS
fable Sacrement. À partir du v* siècle, on ajoutera à ces prodiges l’offrande de Melchisédech, le sacrifice d'Abraham et celui d’Abel, et par son parallélisme évident avec les données du langage liturgique le symbole deviendra le témoignage de l’ancienneté de ce dernier.
Telles sont les lignes principales du dévelloppement des symboles eucharistiques: on peut les considérer comme certaines; une étude sérieuse pourra en modifier quelque point, mais ce sera toujours en faveur de la vérité catholique. Quant aux autres détails qu’on pourrait s'attendre à trouver dans ce résumé, les longues discussions qu’ils nécessiteraient nous empêchent de leur donner place ici et nous renverrons à la troisième partie du I° volume de nos Notiones.
Les premiers monuments qui nous donnent la figure arcane du poisson, symbole de Jésus-Christ, Fils de Dieu et Sauveur, sont les peintures du cubiculum de Lucine au cimetière de Caliste. On y voit répété deux fois le poisson, et, s’il était seul, on pourrait croire à une décoration sans but, à une représentation de nature morte, comme le veut Harnack et l’un ou l’autre pasteur protestant. Pour combattre cette Opinion nous ne dirons pas que ces poissons Sont vivants, encore moins, selon l'affirmation de quelques-uns, qu'ils glissent sur l’eau: cela ne les empêcherait pas d’être une simple décorationt. Ce qui les caractérise en effet, c’est de les voir adossés chacun à une corbeille de pains, laquelle laisse voir, à travers ses tresses d’osier, un verre rempli de liquide rouge qui ne peut-être que du vin (pl. II, nn. 1 et 2).
Cela posé, il serait étrange qu’en une salle où le bon Pasteur, l’orante, Moïse frappant le rocher, l’autel mystique, les épisodes de la vie de Jonas et Daniel priant au milieu des lions, témoignent du symbolisme chrétien le plus profond, fussent au contraire représentés, à l’endroit le plus visible et à la place d'honneur, deux poissons décoratifs, joints avec tant d’évidence aux espèces eucharistiques ! De Rossi et, avec lui, l’un de ses disciples ont soutenu que les corbeilles sont portées sur le dos des poissons, et, en conséquence, ils ont cru pouvoir appliquer à ces peintures ce que S. Jérôme écrivit de l’évêque Exupère: «Nul n’est plus riche que celui qui porte le corps du Seigneur dans une corbeille d’osier, et son sang dans une coupe de verre » (1). Ces paroles peuvent s'adapter à notre symbole pour autant qu'à la fin du quatrième siècle il était encore possible de retrouver dans la réalité ce que, dans la peinture, nous voyons symboliquement retracé; mais, outre qu'une telle adaptation irait contre la vérité du monument lui-même,
(1) HrERON., Zpist. CXXV: « Nihil illo ditius qui corpus Domini in canistro vimineo et sanguinem portat in vitro ».
ce serait diminuer considérablement Fimportance de ce dernier que de voir, dans les poissons, non pas le substratum des espèces eucharistiques, mais plutôt le prêtre qui porte celles-ci. Notons enfin qu'à cette représentation n’est pas étranger le souvenir du miracle de la multiplication des pains, puisque, dans l’une des corbeilles, on voit distinctement cinq pains.
Passons au cimetière de Priscille. Là, dans une salle dite Chapelle grecque, l’are qui surmonte l’emplacement de l’autel, porte la représentation d’une scène de banquet connue sous le nom de Fractio pans : selon Mgr. Wilpert, qui l’a découverte, et au sentiment de tous ceux qui sont familiers avec les symboles chrétiens, on y reconnait l’acte solennel de la fraction du pain. Autour d’un stibadium, espèce de coussin long disposé en arc, sont rangées six personnes, cinq hommes et une femme. A l’extrémité droite du coussin (gauche de qui regarde), assis sur un escabeau, est un homme barbu, rompant un pain marqué d’une croix, et ayant devant lui un calice à deux anses. On voit sur la table cinq pains dans un plat et deux poissons dans un autre: aux côtés de la table sont rangées sept corbeilles pleines de pains (pl. IT, n. 8).
Le sens eucharistique de cette peinture à été mis en doute par quelques archéologues habitués à étudier les monuments romains à Londres ou à Berlin; il à surtout été nié par les protestants. Nous nous permettront cependant de dire que le monument ne peut avoir d'autre signification que celle qui lui est généralement attribuée; nous allons en dire les raisons, et, en même temps, nous préparer les voies pour venir à l'explication des autres symboles que nous déecrirons dans la suite.
Notons tout d’abord que, quelque signification qu'on veuille lui donner, cette peinture peut réellement recévoir le nom de Fractio panis. En effet, alors que Iles six commensaux ne mangent pas, le personnage assis en dehors de la table, in cornu dextro, à la place d'honneur, est occupé à rompre solennellement un pain marqué d’une croix, comme un père de famille qui devrait ensuite le distribuer à ses enfants. Or, à supposer même qu'on alt voulu représenter cet acte au cours d’un banquet ordinaire (ce qui serait un exemple tout à fait singulier), l’action qu'y accomplit le président de la table est une action propre aux serviteurs: elle ne peut lui convenir qu’à la condition de voir en lui un père rompänt le pain à ses enfants.
Il y à plus; devant le président est un vase à deux anses, unique pour toute la table: nouvelle singularité plus étrange encore que la. précédente. Comment expliquer qu’en un banquet ordinaire, ou même en un banquet liturgique comme serait l’agape funéraire, tous les convives boivent à un même calice ? Ces singularités deviennent au con-