CHAPITRE II. - ORIGINE DES MONUMENTS
aucun espoir que leur œuvre fût Jamais admirée et louée, et que personne rappelât jamais leur nom: ils avaient travaillé pour les morts.
Pour les Romains, au contraire, la vie d’outre-tombe était plutôt la jouissance de la renommée qu'ils avaient acquise parmi leurs contemporains, et qu'ils tenaient à continuer dans la postérité: ils mettaient donc tous leurs soins à orner et enrichir extérieurement leurs tombeaux. On en voyait donc le long des voies les plus fréquentées et dans les parties les plus rapprochées de la ville, ornés de marbres précieux et de statues magnifiques; leurs formes étaient variées à l'infini et leurs
Figure 8. - Intérieur d’une tombe étrusque.
dimensions, parfois colossales ; mais surtout les richesses dont ils étaient recouverts rappelaient aux passants la grandeur prétendue ou vraie des personnages disparus. Les bas-reliefs racontaient souvent d’une manière symbolique ou allégorique leurs actions glorieuses ou faisaient allusion à leur bonheur dans l’autre vie. Il n’était pas rare que le buste du défunt semblât regarder la route et arrêter le promeneur, en lui disant les mots qu'on lisait dans son inscription: Arrête-toi, passant ! Siste, viator.
Ces quelques détails suffiront pour faire comprendre au lecteur combien était frappant le contraste entre les catacombes, ornées parfois de quelques fresques ou de marbres, et les tombeaux païens qui les environnaient. La différence entre ces montagnes de marbre qui flanquaient les voies publiques et les galeries des catacombes,
pauvres et nues, creusées à l’intérieur des propriétés et éclairées seulement par quelques lampes à huile, paraît énorme à l’observateur: personne ne croirait qu'entre ces deux genres de tombeaux il'y à eu des points de ressemblance que nous étudierons plus loin.
Figure 9. - Tombeaux le long de la voie Appienne. (Recovstruction de l’architecte Canina).
ARTICLE III. — Nomenclature, description et architecture de l’hypogée chrétien (1).
Il n’est plus douteux que les chrétiens primitifs avaient une nomenclature spéciale pour distinguer entre elles les différentes parties d’un hypogée, et leur donner un nom. On trouve dans les inseriptions des premiers siècles les mots crypta, cubiculum, arcosolium, locus, bisomus, trisomus, quadrisomus, tabula, forma, luminare, pila, catabaticum; mais ils ne constituent certainement pas toute la nomenclature sépulerale de ce temps. |
Les archéologues donnent aujourd’hui le nom de loculi à des parallélépipèdes creusés dans les parois des galeries, dans lesquels on déposait les cadavres. Ces sortes de fosses pouvaient contenir un, deux, trois, parfois quatre corps, et de là le nom de bisomus, trisomus, quadrisomus : on en creusait rarement de plus grandes et, dans ce eas, les cadavres
(1) MNotiones, Vol. I, pars I, pag. 223 et seq.