CHAPITRE II. - ORIGINE DES MONUMENTS
n'étaient point juxtaposés, mais jetés l’un sur l’autre, en désordre, peut-être à cäuse de quelque épidémie ou d’une terrible persécution. Dernièrement, on a découvert au cimetière de S. Calixte, sous la région des Papes, un crypto-portique qui, au quatrième siècle, peut-être même
Figure 10. - Loculi encore fermés dans le cimetière de Sainte Agnès.
au troisième, fut littéralement rempli de cadavres. Les corps y sont disposés par couches alternées avec des couches de pouzzolane, et ont appartenu à des personnes de tout sexe et de tout âge. Ce dépôt de cadavres qui constitue un élément nouveau dans l'étude de la Rome souterraine, pourrait être appelé polyandre, par un mot que nous rencontrons parfois dans l’ancienne littérature ecclésiastique (1).
Le cadavre, là plupart du temps recouvert d’onguents et enveloppé dans des suaires, parfois même emmailloté comme une momie, était introduit dans le loculus, creusé généralement d’après les dimensions
(1) Notiones, Vol. I, pars I, pag. 231. — J'ai tout de suite reconnu dans ce dépôt les conséquences d’une épidémie, sans que mon opinion fût beaucoup partagée; mais maintenant qu'il est prouvé d’une manière définitive qu’il ne s’agit pas de soldats tués à la guerre, mon opinion paraît beaucoup plus plausible. Un examen attentif de cet amas de corps m’a permis d’apercevoir un squelette aux 08 entourés de quelques rares et minces filets d’or, sans aucun doute les restes des habits ou du drap dont le cadavre était revêtu. Ce monument n’a d’ailleurs pas été l’objet d’explorations et d’études suffisantes.
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mêmes du corps: si des raisons spéciales d'hygiène l'exigeaient, on jetait sur le cadavre une couche de chaux éteinte. +
Une excavation spéciale rendait le loculus apte à recevoir les bords de la table de marbre ou de grosses tuiles bipédales qui servaient à fermer le tombeau. Toutes les fissures étaient soigneusement bouchées avec de la chaux et du ciment. La fermeture du tombeau devait être la plus grosse dépense pour les chrétiens peu aisés, l’achat du loculus et les frais de son excavation ne paraissant pas avoir été à la charge des fidèles avant la paix constantinienne, et tant que les catacombes restèrent sous l’administration ecclésiastique: plus tard cela changea aussi. Mais la fermeture du locus fut toujours à la charge des
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Figure 11. - Squelettes vus en projection dans leurs loculi, et deux exemples de bisomus.
particuliers: ce qui le prouve, c’est la différence de matériaux et même de construction que l’on voit encore aujourd’hui dans des tombeaux voisins et de la même époque. Les inscriptions étaient peintes, mais plus souvent gravées, sur les matériaux qui fermaient le loculus. Parfois, mais rarement et à une époque avancée, l'inscription était tracée sur la chaux fraîche des bords et des fissures. Soit pour embellir, soit pour pouvoir reconnaître le tombeau, on y mettait aussi des coquillages, des monnaies, ou d’autres menus objets, ainsi que de petits vases en verre ou en terre que contenant des parfums. Il arrivait souvent que, sur le loculus, ou à côté, l’on fixait aussi une lampe. On a trouvé en Afrique des tombeaux avee des inscriptions et des ornements en mosaique.
Les arcosolia où areisolia (dont le nom vient des mots latins arcus et solium) étaient des tombeaux plus élégants, et ils doivent leur nom au fait qu'ils étaient surmontés d’un arc. La pierre tombale était donc horizontale, ce qui rendait aisée la célébration du sacrifice de la Messe sur le tombeau. Un autre monument funéraire analogue à l’ar-