CHAPITRE II. - LES SACREMENTS
Dans le dernier hémistiche cité, Abercius personnifie là doctrine de Paul, dont il portait peut-être les Épîtres avec lui, doctrine en tout cas qu'il connaissait et retrouveit partout répandue par ces Épîtres elles-mêmes, comme si Paul en personne lui avait servi de compagnon de voyage. Dans l’hémistiche suivant, il introduit une autre personnification, celle de là Foi, qui le précédait en tous lieux:
Ilioris ravrn dE rooÿys,
Partout il l2 trouvait devant lui, chez les communautés chrétiennes au milieu desquelles il arrivait, ou qui venaient à s2 rencontre: au cours de son voyage à Rome, le mertyr saint Ignace aveit déjà noté ce phénomène: Partout, ajoute Abercius, cette foi présentait en nourriture le Poisson de la Fontaine, le Poisson tout grand et pur, qu'une Vierge chaste avait pris de sa main, et toujours elle l’offrait à manger à ses amis.
Kai rœpélnxe Tooonv ravrn IXOYN àro rnyñc LÀ \ a 3 / / € À Rave YyÉONn, kxaOxpov, dv ÉdoXÉ“TO mapÜËvos &yvr: \ 22 2 / / s / \ / xat TOÙTOV ÉTÉÔWXE HLAOLS ÉGÛLELV DLX TavTOG.
Non seulement done Abercius rencontrait periout des chrétiens, mais il affirme que pertout aussi ls même Foi présentait le poisson, L’'IXOYE sous le nom duquel, nous le savons, on entendait la nourriture mystique de l’Euchsristie, et ce poisson il le dit venir de là Fontaine. Il est bon de nous arrêter un instant sur ce concept. Si, à l'exemple de de Rossi, nous voyons dns cette Fontaine là fontaine mystique de l2 grâce, l’acte de là Vierge qui, «de sa main, prend le poisson à la fontaine » est analogue à l’acte de Jean l’Eveangéliste mentionné dans l’'Hymne de seint Ambroise citée plus haut. Mais en ce cas l’expression d’Abercius perdrait beaucoup de sa beauté, et le concepte en présence duquel rous nous trouvon ici, perdrait tout de sa réelle et mystérieuse profondeur. De l’avis de tous les interprètes, l’acte de la Vierge chaste est la conception virginale de Marie; par suite, dans la fontaine présentée comme l’origine du Poisson — lequel est Jésus- Christ, Fils de Dieu, incarné pour le salut du monde — on doit naturellement reconnaître la Source de tout être, Dieu lui-même: c’est ce que veut le P. Rocchi, dans sa pénétrante interprétation du poème d’Abercius, et c’est ce que veulent avec lui d’autres commentateurs. Le Poisson provient de la Fontaine: voilà la conception divine du Verbe; le Poisson est pris à la Fontaine de la main d’une Vierge cheste: voilà l’allusion à la neture humaine revêtue par le Verbe dans le sein de l2 Vierge Marie. Abercius ne devait pas ignorer les vers sibyllins 2pocriphes, qui, composés vers l’an 138 de notre ère, eurent
262 MANUEL D’ARCHÉOLOGIE CHRÉÊTIENNE
tout aussitôt une grande vogue; il y est dit, par allusion à la prodigieuse fécondité du pain eucharistique: À l’unique fontaine les hommes trouveront abondance de pain :
Ex d wc mnyns &ptou xépos Écosrar &vdpüv (1).
A l’unité de foi dans toutes les églises du monde — et nous savons maintenant que cette foi à pour objet l’origine et la nature divines de Jésus-Christ, et son incarnation dans le sein de la Vierge Marie, — Abercius ajoute la pratique universelle de l’Eucharistie, et c’est la Foi qui présente à l’homme cet aliment mystique, puisqu'il ne peut le connaître que grâce à la révélation et que seule la vertu infuse de la Foi lui permet de recevoir l’Eucharistie en nourriture spirituelle. C’est la Foi qui constitue la première disposition requise pour participer à la Table eucharistique; la seconde, plus spécifique et toute prochaine, est exprimée, elle aussi; par Abercius, quand il dit que la Foi offre le Poisson aux amis, c’est-à-dire à ceux que le lien de la charité unit à Dieu, à ceux qui sont dans la grâce de Dieu.
Abercius enfin indique les espèces sous lesquelles est mangé l'IXOYE, le pain et le vin mélangé d’eau:
Oivov yonoTov Éyovoa, xépaoux dLJoD6X ET’ &pToy.
Ayant un vin excellent, et le donnant, coupé d’eau, en même temps que le pain.
Précieux témoignage qui se joint à celui de saint Irénée (2), chez lequel le mot xépaoux est traduit temperamentum calicis, et répond à cet autre terme du même Père xexoauévoy zothotov, mixtus calix, et au texte de saint Justin martyr, qui, exposant le rite eucharistique, dit nécessaires au sacrifice Le pain, un calice d’eau et (un autre) de vin : dotTos xai morhptoy Doaros xai xpauaxros, eb qui ajoute un peu plus bas: Kai n Toopn abrn xaheirar edbyapiotia: Et cette nourriture (du pain et du vin coupé d’eau consacrés) s'appelle Eucharistie (3).
Gravés aïnsi en un monument publie et solennel, comme dernier enseignement d'un évêque, héritage suprême qu'il laïssa't à son peuple, ces textes théologiques et liturgiques de la plus pure orthodoxie sont, en raison de leur caractère universel et de l’époque où ils furent rédigés, de la plus grande importance. Précisément au temps d’Abercius pullulaient un peu partout les sectes des Ébionites et des Marcionites qui prétendaient consacrer l’eau au lieu du vin; déjà se faisait jour
(1) Prrra, De pisce. allegor. et symbol. in Spiciu. Solesm., ce. t. III, n. 70. (2):5. IREN.; Adv. Haër., L IV; c. XX XIIL PGM NERO (8) S-AJTSTINMARTE, Anal 65 2 M0 AN