CHAPITRE II. - ORIGINE DES MONUMENTS
tites coupoles adossées; des consoles et des socles de toute forme; des architraves et des épistyles, des sièges, des chaires, des supports pour les huiles; en un mot, on y voit, taillés et sculptés dans le tuf, les mêmes éléments d'architecture que l’on rencontre dans les églises et les autres monuments à ciel ouvert, et qui en sont certainement la copie. Mais, après la paix de l'Église, les tombeaux occupèrent aussi les
terrains au-dessus des catacombes, surtout autour des basiliques ou des
Figure 15. - Arcosole décoré de fresques (Cimetière de Saints Domitille).
sanctuaires. Les cadavres furent d’abord placés autour de l'édifice; puis on pénétra dans l’atrium et l’on envahit ensuite le pavé lui-même de l’église. Les sanctuaires sont parfois réunis en groupes qui occupent, avec le cimetière, de grandes extensions de terrain. Ils devaient alors offrir plus ou moins l’aspect de nos cimetières modernes, avec cette différence que les tombeaux n'étaient pas alignés, et qu'ils étaient d'autant plus serrés qu'ils étaient plus rapprochés des basiliques. Mais dans les cimetières complétement à ciel ouvert, tels que celui de Julia Concordia dans le Frioul, de Salone en Dalmatie, de Syrmium en Pannonie, et d’autres, il devait y avoir un certain ordre; l’on ne peut pas croire que l’administration ecclésiastique du cimetière eût permis une occupation arbitraire du terrain et une disposition capricieuse des tombeaux. C’étaient
la plupart du temps des formue polyandres, et parfois, des’“sarcophages sans ornements, superposés, comme dans l’area de Julia Concordia, et dans beaucoup d’autres cimetières de la Gaule, de la Germanie romaine, de l’Istrie et de la Dalmatie. Il y en avait aussi d’historiés, parfois élevés sur un petit support, ou protégés par un toit que soutenaient de petites colonnes. On y voyait enfin des cellules et des chapelles funéraires réunies, ou adossées les unes aux autres, comme dans la nécropole de l’Oasis El-Bagaouât, et dans le cimetière de Mo-
nastyrine près de Salone.
ARTICLE IV. — Fondation du eimetière chrétien et son état juridique devant la loi romaine — Cimetières de sectes hérétiques (1).
Les tombeaux païens peuvent se diviser en sépultures de famille (hypogea gentilitia), et en tombeaux appartenant à des sociétés, ou colombaires (columbaria).
Les cimetières chrétiens peuvent se comparer, à leur origine, aux tombeaux de famille et aux colombaires, pendant la période de leur complet développement. Il était naturel, en effet, que les familles nobles récemment converties au christianisme songeassent à se préparer un tombeau en harmonie avec leur nouvelle foi religieuse. Mais il n’était pas aussi facile de concevoir, dès le début, l’idée d’une nécropole souterraine. C’est pourquoi les tout premiers tombeaux chrétiens ne sont pas seulement et simplement des cryptes où l’on accédait par des entrées cachées, sans aucun ornement ni indice extérieur; mais ils eurent aussi à la surface du sol, selon l'usage, un monument, ou au moins une entrée visible quoique très simple, en rapport avec la noblesse des propriétaires de l’hypogée.
Il nous en reste une preuve dans l’entrée de la galerie des Flaviens, au Cimetière de Domitille. Dès les temps apostoliques, les membres de la famille impériale s’y étaient fait creuser de grandioses corridors, mais ils $s’étaient aussi fait construire sur le côté dro:5 de la voie Ardéatine une splendide entrée en briques. Or, le point de départ du développement des excavations cimitériales fut presque toujours un tombeau de famille, où les propriétaires pe:mirent aux pauvres du voisinage d’ensevelir leurs défunts. C’est ainsi que les galeries souterraines se développèrent autour de quelques hypogées particuliers, au fur eb à mesure que la population chrétienne augmentait.
(1) Notiones, Vol. I, pars I, pag. 216 et seq., et pag. 267 et 312.