CHAPITRE II. - ORIGINE DES MONUMENTS D y
Telle paraît être l’origine des principaux cimetières chrétiens du premier et du deuxième siècles. Le droit: privé de possession protégeait le cimetière commun de la même manière que le tombeau particulier, la loi romaine ayant de tout temps déclaré sacré (religiosus) tout terrain où était déposé un cadavre: les lois les plus sévères sévissaient contre ceux qui violaient les tombeaux.
Cet état de choses ne changea pas tant que les cimetières gardèrent certaines limites; mais, en s'étendant toujours davantage, il était inévitable qu'ils attirassent sur eux l’attention des magistrats.
C'était là un danger sérieux pour la sûreté des possessions funéraires, car une loi portée par Trajan défendait les sociétés (collegia) illicites, regardant comme telles toutes celles qui n'étaient pas reconnues par l’autorité civile ou qui dissimulaient d’une manière quelconque leur caractère social. .Les chrétiens s’efforcèrent donc de donner un développement vertical à l’excavation de leurs cimetières, en approfondissant toujours plus leurs galeries, ainsi qu’en ajoutant aux hypogées un deuxième et parfois aussi un troisième étage.
On en rencontre également, quoiqu'ils Figure 16. - Intérieur d’un colombaire. soient très rares et de peu d’étendue, un quatrième et un cinquième, mais ils paraissent être du temps de la paix. Mais les chrétiens eurent surtout recours à un autre expédient pour justifier l'extension de leurs possessions cimitériales et se soustraire aux rigueurs du fisc; ils se constituèrent légalement en collèges funéraires; et voilà le second point de contact entre les cimetières des fidèles et les tombeaux des païens.
IL est reconnu aujourd'hui que les pauvres, et en particulier les affranchis, pouvaient se constituer, sous le nom de tenuiores, humbles, inférieurs, en collèges ou sociétés funéraires, dont le but était, d’après les termes mêmes de la loi, de se préparer un tombeau convenable et à bon marché. Un grand nombre d'inscriptions nous fournissent des exemples de ces sociétés. L'une d'elles, retrouvée à Civita-Lavinia, dans la province de Rome, nous enseigne que les esclaves eux-mêmes pouvaient jouir de ce privilège. Parmi les autres dispositions que renferme la leæ collegii, il y en à même une qui commande d’honorer en
effigie l'esclave (membre de la société naturellement) dont le maître refuserait de livrer le cadavre; et une autre refuse tout honneur funèbre à ceux des membres de la société qui se seraient suicidés (1). Or, il n'y a aucun doute que les chrétiens jouissaient aussi de ce privilège: car, au début du troisième siècle, les cimetières de Rome et d'Afrique furent organisés comme appartenant à une société funéraire. Le pape Zéphirin préposa son diacre Calixte à l'administration du grand cimetière de l'Église; Tertullien parle des champs communs
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Figure 17. - Ruines de l’ancienne entrée du cimetière de Lucine, sur la voie Appienne.
pour la sépulture des frères; et une inscription que nous avons déjà citée (figure 18) contient ces expressions, qui ne sauraient être plus claires: Moi, (Evelpius) adorateur du Verbe, j'ai donné le champ pour les tombeaux..…. La société des frères a refait l’inscription. Nous avons plusieurs monuments de ce genre (2).
En outre, après la mort de Valérien, les cimetières qui avaient été confisqués par cet empereur furent rendus non pas à des particuliers, mais aux églises et aux évêques; la même chose arriva après la victoire de Constantin sur Maxence.
(1) Notiones, Vol. T, pars I, pag. 299 et seq., et fig. 94 et 95. (2) Nofiones, Vol: I, pars I, pag. 305 et seq.