CHAPITRE II. - ORIGINE DES MONUMENTS
. Les chrétiens avaient donc leurs cimetières communs, de même que les pauvres et les affranchis païens; chrétiens et païens étaient égaux devant la loi et le collège de pontifes qui avait la mission de régler la res funeraria. Grâce au droit d'association, les fidèles purent obtenir en faveur de leurs nécropoles, sinon une situation légale, du moins une tolérance qui en pratique y équivalait.
Mais, si cet état de choses qui dura plus de cinquante ans semblait assurer aux chrétiens la tranquille possession de leurs cimetières, la persécution de Valérien vint montrer soudain tout ce que cette situation avait de précaire, d’instable et de dangereux. Un édit de
Figure 18. - Inscription d’Evelpius trouvée en Mauritanie.
cet empereur mettait les cimetières collégiaux de l'Église à la disposition du fise et punissait de mort tout membre du clergé qui était surpris tenant une réunion dans un des cimetières confisqués. À Rome, le pape Sixte IT lui-même et quelques membres de son clergé payèrent de leur vie l'infraction à cet ordre.
Mais il paraît certain qu'il s'agissait seulement d’une séquestration, et que l’édit tendait plutôt à empêcher les réunions liturgiques dans les souterrains qu'à défendre complètement l’entrée des cimetières pour y ensevelir les morts, ce qui aurait été contraire à l'hygiène.
Il faut pourtant remarquer que, même avant la confiscation des cimetières par Valérien, les tombeaux dans les areae à ciel ouvert étaient plus exposés que ceux des souterrains au danger d’être profanés. C’est pourquoi certaines inscriptions parlent des limites du cimetière et de la communauté funéraire (collegium) à qui il appartient; et l’on y trouve souvent des imprécations, des menaces de peines de l’autre vie ou de fortes indemnités à payer pour quiconque oserait profaner le tombeau.
Nous parlerons plus loin des catacombes comme lieu de culte: nous dirons seulement iei qu'il était physiquement impossible de tenir dans
ces souterrains les réunions liturgiques ordinaires; c’est seulement dans les périodes de la plus furieuse persécution que l’Église fut peut-être obligée de célébrer habituellement le culte dans les hypogées. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la figure 24 qui représente le tiers environ du plan des catacombes de $. Calixte, pour comprendre que l’espace nécessaire aux grandes réunions des fidèles y manquait d’une manière absolue. Il était, au contraire, moins difficile de se réunir dansrles arénaires, et les documents historiques ne nous font pas défaut sur ce point, mais ils se rapportent tous à des cas particuliers (1).
Figure 19. - Peintures de l’hypogée de Trebius Justus, sur la voie Latine.
I] faut étendre aux cimetières de toutes les autres régions du monde ce que nous venons de dire pour ceux de Rome et de l’Afrique, et surtout aux catacombes de Naples, de Syracuse et de Malte, dont les galeries sont pourtant beaucoup plus larges, à cause de la résistance du roe dans lequel elles furent creusées. Mais, exception faite pour Malte, où nous savons que S. Paul se sauva du naufrage, nous n'avons hors de Rome aucun monument des temps apostoliques et presque aucun du deuxième siècle. Les cimetières romains sont donc le plus ancien, le plus important noyau des monuments primitifs; et les ma-
tériaux archéologiques qu'ils nous fournissent, étudiés à la lumière des
(1) Voir DE Rossr, Roma sotterranea, t. I, pag. 201 et suiv.