‹ Manuel d'archéologie chrétienneChapitre 186 sur 305 · CHAPITRE 1V. - LES FINS DERNIÈRFS · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1V. - LES FINS DERNIÈRFS

et cette inscription fournit un supplément certain à d’autres épitaphes mutilées portant la même formule. Une autre inscription qui se trouve dans le cimetière de $. Calixte donne là variante:

RRIPALIN A MSEN OEC KAI XPIZTOQ HIETEYEAZA … rço IFOIZ ANTEAOÏS.

Christine, qui, ayant cru à Dieu et au Christ... aux anges (Fig. 106).

Quant à la mention des saints, dont le sort était souhaité aux défunës par les survivants, les exemples sépulcraux sont véritablement innombrables, et, souvent, spécialement à partir du 1v° siècle, ils semblent être des fragments de prières liturgiques; telle l'inscription

suivante trouvée dans les catacombes de Syracuse:

DA DEVS OMNIPOTENS | caelestis gloORIA VITAE DIGNA CVM | SANCTIS VT MEREATVR IBI

O Seigneur tout puissant, faites que (la défunte) mérite de devenir digne 4e la gloire de la vie céleste avec les saints.

Et du reste les formules très anciennes: VIVAS CUM SANCTIS, INTER SANCTOS - META TON ATION ZEXEZ (vis avec les saints, parmi les saints), se lisent partout dans les cimetières chrétiens primitifs, e6 ce concept répond pleinement à certaines formules liturgiques d’une haute antiquité, dont quelques-unes sont aujourd'hui encore conservées dans l'office des morts:

+ Cum sanctis tuis in aeternum (vivat), quia pius es (Deus). + Munera eos (Domine), cum sanctis tuis…

+ Subvenite sancti Dei, occurrite angeli Domini. In paradisum deducant te angeli….

C’est ce que nous lisons aussi parfois dans les actes des martyrs, où résonne bien souvent l’écho des prières les plus chères aux premiers fidèles; témoin les actes de Si. Euplius:

… timete illum in toto corde vestro, quoniam memor est timentibus se antequam exeant de hoc saeculo : et posiquam exierint tune occurrent eis angeli, et deducent eos ad civitatem illius sanctam Lerusalem.

…craignez le Seigneur de tout votre coeur, puisqu'il se souvient de ceux qui le craignent, avant qu'ils ne sortent de ce monde; et après qu'ils en seront sortis, alors les anges viendront à leur rencontre et les conduiront dans sa cité, la sainte Jérusalem (1).

(1) RuINART, Acta sincera, pag, 441.

LE

Dans un poème religieux, qui peut remonter au troisième siècle et a été découvert, il y à quelques années, dans un papyrus égyptien, on lit les vers suivants, parmi d’autres mentions des mystères du Christ:

Fais que nous puissions vivre parmi les saints (dans le ciel), fais que nous parvenions à la possession de la vie (1).

En outre, comme les saints étaient souvent représentés sous la figure de brebis, de colombes, ou sous forme de bustes — spécialement, pour ce dernier cas, les apôtres Pierre et Paul —, il n’est pas rare de rencontrer sur les épitaphes, l’orante, figure de défunt, entre deux oiseaux, deux brebis ou deux bustes humains. Cependant, dans la plastique, ce sujet est plus explicite et plus clair, et souvent les bas-reliefs des sarcophages représentent la figure du défunt entre deux personnages revêtus d'habits propres aux personnes sacrées et offrant le type iconographique des deux Apôtres (fig. 180).

Une fois l’âme délivrée du corps, les survivants n'étaient pas toujours persuadés qu'elle arrivait aussitôt au séjour de la récompense éternelle. Cette récompense, que tous espéraient obtenir, était souvent souhaitée au défunt, et, pour en hâter la possession, on faisait monter vers Dieu les vœux les plus ardents. Or, les inscriptions sépulcrales nous ont conservé l’écho de ces prières, lesquelles, dans leur laconisme, nous révèlent en même temps que les affections les plus Figure 1%. - (Cim. de S. Calixte). vives et les plus naturelles du coeur humain, les plus pures aspirations de l’âme chrétienne et, partant, un reflet, un signe de cette foi qui anima les premiers fidèles, ou, tout

Figure 178. - (Cimitière de S. Calixte).

(1) Zyrer Cour pe0 ayiwy. Z[yI]tst Swÿy va AdByc. B. P:CGRENFELD et A. S. HunT. The Amherst papyri being an account of the greek papyri in the collection of Amherst, I partie, pag. 23 e 28, tab. 11, v. 6, Londres, 1900.

à cette foi. Quelle différence entre le froid VALE paien et la chaste simplicité de ces formules: VIVAS IN DEO — MIVAS IN DOMINO — VINCENTIA IN CHRISTO — VIVAS IN SPIRITU SAN- ODO — VIVAS IN PACE — VIVAS IN AETERNUM (Vis en Dieu, etc.).

au moins, une allusion

En voici d’autres moins brèves:

— ZHEZHZ EN ONOMATI OHOY.

Vis dans le nom du Seigneur.

— Ayrtemidora semper vives in Deo.

Artemidora, tu vivras toujours en Dieu.

— Justus te in pace (suscipiat Deus).

Justus que (Dieu) te (reçoive) dans la paix.

— Priscus in pacem (suscipiatur).

Que Priseus (soit reçu) dans la paix. (Cimetière de St Calliste). — Gaudentia suscipeatur (sie) in pace.

Que Graudentia soit reçue dans la paix.

— Laurentius ad Deum in pace.

Laurent, sois (tu es ?) près de Dieu dans la paix. . (Rome). — Semper in Deo vivas dulcis anima.

O âme douce, puisses-tu vivre toujours en Dieu.

— Lais cum pace ispiritus in bono quiescat.

Laïs, que ton âme repose en paix dans la félicité.

A De CO1r EIC.: TOIC: OYPANOTYE

Que ton âme aille au ciel. (Cimetière de Domitille). — MNHZOHZ IHEZOYEZ O KYPIOZ TEKNON.

Seigneur Jésus Souviens-toi de notre fille. (Oimetière de Domitille).

— Seberum cum pace in Deo.

Sévère, vis dans la paix en Dieu. (Adrumète, Afrique).

— Dalmatius in pace et paradissu.

Dalmatius dans la paix, en paradis. (Carthage).

De ces gracieuses jaculatoires on pourrait remplir un volume (1).

Voyons maintenant en quoi consiste cette béatirude suprême, souhaitée aux défunts en termes si variés. Si nous interrogeons les anciennes liturgies, nous les trouvons unanimes à nous représenter le paradis comme un lieu de repos, de lumière et de paix: Donne leur, dit un fragment de liturgie copte, donne-lewr le repos dans le lieu verdoyant, au bord des eaux qui fortifient, dans le jardin des délices, loin de l'affliction du cœur, de la tristesse, du gémissement (2).

(1) Motiones, Vol. IT, pars. I, pag. 93 ss.

(2) H. HYvVERNAT, ap. Rômische Quartalschrift, 1887, Vol. I, pag. 339 &.

A ce concept répond la liturgie dite de Saint Jacques: Fais (0 Seigneur), que nous puissions nous reposer dans la région des vivants, dans ton royaume, dans les délices du paradis, dans le sein d'Abraham, d’Isaac

Figure 180. - Sarcophage du cimetière de $S. Calixte.

et de Jacob, nos pères, d’où est bannie la douleur, la tristesse, le gémisse-

ment, où préside la lumière de ta face éternellement resplendissante. Ces idées sont d’une haute antiquité; elles se trouvent, non seule-

ment dans les autres liturgies, mais encore dans les actes des martyrs

Figure 181. - (Musée du Latran).

les plus authentiques, et elles sont en outre propres à l’épigraphie et à l’art chrétiens.

Le manque de place ne nous permet pas de nous étendre sur ce point; mais ailleurs nous avons essayé de reconstituer, à l’aide de phrases épigraphiques recueillies dans toutes les régions de la chrétienté antique, le Memento mortuorum du Canon de la Messe romaine; le lecteur trouvera cette tentative dans notre opuscule sur les Fins dernières.

Page 1