CHAPITRE II. - ORIGINE DES MONUMENTS
documents contemporains, suffiraient à eux seuls à donner une image fidèle de l’Église primitive et de sa vitalité, de ses dogmes, de $es luttes et de ses victoires.
Ce que nous affirmons n’est pas moins vrai par rapport aux hérésies qui troublèrent l'Église dès son origine. Si l’on excepte les inscriptions trouvées, il y à quelques années, dans l’Afrique numidique, et que leurs formules font attribuer au $schisme des Donatistes et surtout à celui des Circumcelliones (1), on ne trouve hors de Rome aucun autre souvenir monumental des premières hérésies. Mais à Rome les monuments certainement hérétiques sont fort rares, quoique les archéologues des temps passés en aient vu des traces importantes. Ainsi, Marangoni raconte qu’en 1742 il retrouva sur la via delle Sette Chiese un maonifique cimetière, auquel on accédait par un escalier grandiose. On y voyait représentée dans un arcosole l’image en mosaïque du Sauveur assis sur un globe entre les apôtres $. Pierre et $. Paul, et l’on y lisait l'inscription: Qui et Filius diceris et Pater inveniris.
Cette formule nous affirmant que Jésus-Christ s'appelle le Fils, tout en étant réellement le Père, est le dogme le plus caractéristique de la doctrine sabellienne, et ce cimetière dut appartenir à cette secte de gnostiques (2).
L'inscription grecque d’une certaine Sophé (3), trouvée au siècle dernier sur la voie Latine, ne laisse aucun doute sur la religion gnostique de la défunte et se trouve parfaitement en rapport avec la doctrine des Valentiniens, telle que nous la décrit S. Irénée. Voici une traduction de cette inscription: «O Sophé, ma parente et ma femme, toi qui as désiré la lumière paternelle, ointe de l’onguent incorruptible et pur dans les lavages du Christ, tu t’es hâtée d’aller voir les visages divins des immortels (des Éones), le grand Ange du grand Conseil, le vrai Fils. Tu es montée au siège nuptial, au lit nuptial du père...
« Cette défunte ne reçut point du sort la sortie commune de la vie. Elle est morte, mais elle vit et voit la lumière essentiellement incorruptible. Elle est vivante pour ceux qui vivent vraiment, et elle est morte pour ceux qui sont vraiment morts.
«O terre, pourquoi t’étonnes-tu et t’effraies-tu de cette mort ? »
M. Marucchi à cru reconnaître un cimetière appartenant aussi à l’hérésie Valentinienne dans quelques galeries cimitériales retrouvées, il y a quelques années, sur cette même voie Latine. Il fonda son opinion
(1) Voir P. Monxceaux, dans la Revue de philologie, 1909, pag. 112-116. (2) Notiones, Vol. I, pars I, pag. 342 et seq. {3) Corpus inscript. graec., t. IV, n. 9595.
sur une peinture dont on voyait alors le sujet pour la première fois: douze personnages autour de la table eucharistique et, d’un côté et de l’autre, plusieurs vases. Le nombre douze était sacré pour ces héré-. tiques et les vases pouvaient être une allusion à leur pratique liturgique d'employer plusieurs vases dans l’administration de l'Eucharistie. Nous ne partageons pas son avis: le nombre douze peut très bien exprimer la multitude, ainsi que le nombre sept. Quant aux vases, leur signification la plus commune est celle du rafraîchissement, ainsi que nous le verrons dans la suite. Il nous suffit de remarquer pour le moment que les quelques indices que nous venons de citer et d’autres que nous omettons pour éviter les longueurs $e rapportent aux nombreuses sectes gnostiques contre lesquelles l'Église eut à lutter presque dès les débuts du christianisme. pour défendre les dogmes fondamentaux de la foi, la valeur et la juste intelligence des livres sacrés (1).
(1) Voir: Nuovo Bullettino di arch. crist., 1911, pagg. 201-235.