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CHAPITRE IV. - LES FINS DERNIÈRES

se présentent à l'âme ses œuvres bonnes et mauvaises, ses actions du jour et de la nuit. C’est pourquoi l'âme sainte, qui se sépare du corps, ne craint pas: au contraire, portée par les Anges eux-mêmes, elle s’en va vers Dieu pleine de confiance et de joie» (1).

Mais si l’Ecriture garde le silence, si les Pères et les écrivains ecclésiastiques ne nous disent que peu de choses — ou même rien — de la foi sur ce point de doctrine, que tous cependant supposent admis, les monuments au contraire nous en ont transmis les preuves les plus évidentes, et cela sous cet aspect sensible dont aujourd’hui encore l'imagination du vulgaire aime à revêtir les choses immatérielles.

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Figure 219. - L'âme jugée et admise dans la compagnie des saints.

C’est ainsi que dès le milieu du 11° siècle, la scène du jugement particulier fut représentée sur les tombeaux d’une manière tantôt plus, tantôt moins complète, c’est ainsi encore qu'au quatrième siècle, on la voit non seulement peinte sur les murs, mais encore sculptée sur les marbres qui fermaient les tombes.

À Mer. Wilpert revient le mérite d’avoir su dégager cette pensée dans des peintures que d’autres archéologues avaient interprétées diversements, et cela avant même la découverte d’un marbre, qui vint pleinement confirmer les vues du savant archéologue.

La figure 218 est une photographie de notre marbre, que Mgr. Wilpert décrit en ces termes: « Des représentations figurées exécutées en relief, en creux, sont disposées aux côtés de l'inscription: celle de droite est

(1) « Beatus qui invenerit fiduciam in hora exitus sui, cum anima separatur a corpore. Venient angeli assumere animam et perducent eam ante tribunal immortalis et metuendi judicis. Grandis timor est. fratres, in illa hora mortis et Separationis animae e corpore. Adsistent enim bona et mala quae gessit. Sancta anima, quae separatur à corpore, non timet, sed magis gaudens cum fiducia pergit ad Deum, evecta officiis angelorum » (S. EPHREM, De beatitu-

dine animae, cap. I).

presque entière et nous offre le défunt devant le tribunal. Théodule est debout, les bras tombant le long de sa personne; il perte une courte barbe entière, une tunique sans ceinture, une penula et des sandales. Le divin Juge est imberbe, porte l’habit qui lui est propre et est assis sur un tribunal élevé; au-dessus de sa tête se trouve le monogramme Constantinien 2 et dans la cimaise supérieure, on lit AEXIIOTHE HMON, Notre Seigneur; comme dans la fresque de Sainte Hermès (figure 220), ici aussi il touche de la main droite la tête du défunt, pour

Figure 220. - Le jugement particulier de l’âme (Peinture du cimetière,de Saint Hermès (Wizrerr - Le pitture).

l’accueillir dans la félicité, parmi les élus. Ce dernier détail à été indiqué par l’artiste moyennant deux brebis dessinées près du défunt lui-même. Que l’homme debout devant le tribunal soit réellement le défunt, le nom QEOAOYAOË, écrit à sa droite sous le siège du juge, le prouve. La scène contient en outre un autre détail qui en accroît la valeur: le tribunal est entouré d’une grille; c’est ce qui caractérise la scène comme une scène de jugement avec une précision telle qu'elle écarte tout doute; le lieu où siégeait le juge, était, on le sait, fermé par un semblable clôture » (1).

L'inscription du marbre dit:

Aurelius Théodulus et sa femme Caecilia Maria firent de leur vivant cette tombe pour eux-mêmes et leurs enfants Urbicus et Bonifacia. Théodulus

(1) WILPERT, Le pitture delle catacombe romane, texte, pagg. 382-383.

vécut 72 ans; il mourut le 7 des Calendes de Novembre. Qu'il soit admis au banquet céleste ! |

Un autre marbre $sépulcral, pareillement interprété et reconstitué par Wilpert (figure 219) nous montre l’âme d’une défunte devant le juge, lequel, siégeant dans une chaire, semble prononcer la sentence. Mais il apparaît déjà que celle-ci est favorable, puisque la défunte est dans l'attitude d’une orante entre deux brebis, c’est à dire parmi les saints.

L'inscription, telle qu'elle à été reconstituée, dit:

Anthusa QuaE vVirit ANNOS X spiritus ANTAVSES ‘iivae bte |

Anthusa, qui vécut dix ans. Que l’âme d’Anthusa soit dans le Christ.

Si des marbres nous passons aux peintures, se présente tout d’abord, comme la plus facile à interpréter, une peinture de la catacombe de saint Hermès, décrite comme suit par Wilpert: « Au milieu de la scène on voit une escalier de quatre marches, diminuant graduellement vers la droite et conduisant à un tribunal. En haut, sur le podium, siège, en une chaire soutenue par des pieds de lion, le Christ en qualité de juge, reconnaissable au nimbe et aux habits propres aux personnages sacrés. Ce tribunal correspond par suite exactement à la description que donne Bôcking du tribunal classique: locus aliquot gradibus eminens, in medio, solium us dicentis habet (Notitia dignitatum, II, p. 1156).

«Le Sauveur tient dans sa main gauche un rouleau déplié et, de la droite, touche la tête d’un orante, lequel, en tunique, dalmatique et souliers, se tient en bas, in îimo, près du tribunal. Aux extrémités se trouvent deux saints, habillés comme le Christ; dans la main gauche ils tiennent un rouleau fermé et de la droite ils présentent l’orante, comme s'ils voulaient le recommander. Aux deux angles, on voit, à gauche, la moitié inférieure d’un faisceau de rouleaux, à droite, un scrinium carré, et non point rond, comme de coutume.

«Ici les deux saints remplissent, pour employer l'expression de l'inscription de sainte Cyriaque (1), le rôle d'avocats; ils recommandent leur client au divin juge, afin que celui-ci prononce sur lui une sentence de miséricorde. Celle-ci est déjà rendue, et elle est favorable: de la droite et dans un geste de bonté le Christ touche la tête du dé-

(1) C’est l’inscription déjà citée plus haut: Cuique vitae suae testimonio sañcli martyres apud Deum et Christum erunt advocati.

funt, lequel est debout en posture d’orante, et est done déjà considéré comme participent à la béatitude » (1) (figure 220).

A cette peinture, ajoute l’éminent archéologue, on pourrait donner comme légende les vers d’une inscription de Verceil, qui se rapporte précisément à l’état de l’âme à peine sépsrée du corps. En voie la partie qui nous intéresse:

NAZARIVS NAMQVE PARITER VICTORQVE BEATI LATERIRVS TVTVM REDDVNT MERITISQVE CORONANT O FELIX GEMINO MERVIT QVI MARTYRE DVCI AD DOMINVM MELIORE VIA REQVIEMQVE MERERI Les Saints Nazaire et Victor le protègent en lui appliquant leurs mérites. Heureux est-il, lui qui à mérité d’être conduit par les deux martyrs auprès du Seigneur par une voie meilleure, et ainsi d'arriver à la paix éternelle! (2).

Et ici encore la liturgie trouve dans les peintures une illustration, ar on pourrait aussi donner, comme explication de là peinture ellemême, la Communio Sanctorum (Communion des Saints). On y lit en effet :

Les survivants prient pour leurs chers défunts, afin de donner de la valeur aux prières de ceux-ci; ils s'adressent aux saints, afin que ces derniers, en vertu de leurs mérites surabondants, entremettent auprès du divin juge un mot de recommandation en faveur des défunts. Les saints accomplissent cette prière, et ils intercèdent comme des avocats pour leurs clients. La sentence est favorable: les défunts sont accueillis parmi les élus; admis aux joies célestes, ils n’oublient pas les personnes aimées, qu'ils ont laissées sur la terre;

mais ils prient pour elles, afin qu’elles puissent à leur tour atteindre la même fin (3). |

Ces scènes trouvent encore une confirmation dans certaines peintures syncrétiques, œuvers de païens qui, à l’égard de là vie future, professaient le dogme du jugement particulier de l’âme; mais il n’&ppartient pas à ce résumé de s’attarder sur ce point de notre démonstration (4). Voici (figures 221, 222) d’autres représentations du même sujet; on y notera que l'élément principal consiste dans la présentation du défunt devant le divin Juge, tandis que les saints protecteurs n'y assistent pas toujours. Parfois les défunts sont à genoux et dans une attitude suppliante devant le Juge: sous ce rapport sont dignes

1) WiLrerT, Le pitture delle catacombe romane, texte, pag. 364. (2)

DE Rossi, Inscript. Christ., V. II. pag. 171. (3) Voir WILPERT, op. cit., pag. 377; et KIRSCH, Die Lehre von der Geminschaft der Heiligen im Christlichen Alterthum. Mayence, Kirchheim, 1900. (4) Voir P. SISTO SCAGLIA, I Novissimi, ecc., pag: 59, ss.

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