CHAPITRE IV. - LES FINS DEINIÈRES 3D
remarquer que l’unique représentation de Saint Pierre marchant sur les eaux à été trouvée précisément sur un sarcophage mutilé découvert en 1909 dans le cimetière de Calliste près duquel Damase choisit le lieu de sa sépulture. Ce petit poème reproduit les pensées exprimées par les monuments figurés et dans les antiques liturgies funéraires; il montre l’antiquité de certains documents liturgiques, dont on doit dire qu’ils ont inspiré les épitaphes, à moins que l’on n’admette plutôt une source commune.
On rencontre fréquemment chez les Pères la comparaison entre les saisons de l’année et la destinée du chrétien. Ce n’est d’ailleurs qu’une reprise et un développement de l’allégorie proposée par Notre-Seigneur lui même: « Si le grain de froment qui tombe à terre ne meurt point, il reste seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (1). Et le
premier à reprendre cette comparaison fut Saint Paul, répondant, dans sa premiere Epître aux Corinthiens à ceux qui lui demandaient quel serait le corps des ressuscités. « Insensé, ce que tu sèmes n’est vivifié qu'à la condition de mourir d’abord. Et ce que tu sèmes, ce n’est point le corps qui sera un jour, c’est un simple grain, soit de froment soit de quelque autre semence; mais Dieu lui donne un corps comme il l’a voulu et à chaque semence il donne le corps qui lui est propre » (2). Et Saint Clément: « Considérons le froment et comment se font les semailles. Le semeur sort et jette la semence dans le champ; les grains qui étaient nus et arides se décomposent: puis la majesté suprême et la divine Providence leur rend la vie... » (3).
Nous restons jusqu’à présent dans les limites de l’allégorie évangélique, à laquelle n’ajoute rien non plus lPépitaphe de Damase; mais les Pères développèrent le symbole et virent dans les diverses phases de la vie végétale et jusque dans les apparentes vicissitudes du soleil une image de la mort et de la résurrection. Or, bien que sans doute les figurations des quatre saisons, représentées tantôt par des personnages, tantôt par des paysages champêtres ou des symboles végétaux, n’aient eu souvent qu'une valeur décorative, cependant il n’est pas possible de nier que les chrétiens leur aient parfois attribué un sens mystique ». En réalité, dit Mgr Wilpert, il est bien vrai que dans ces ficurations, plus qu'ailleurs, se donne champ l’élément décoratif; mais
cela tient à ce que les artistes chrétiens ne créèrent point la formule | artistique des saisons, qu'ils trouvèrent toute prête dans l’art clas-
(1) JEAN., XII, 24 et seq.
MR Oor; XV; 356, 38.
(3) CLEMENT. RoOM., Epist. ad Corinthios, X XIV.
sique, auquel ils lempruntèrent dans tous ses détails. Pourtant il est facile de voir que la valeur symbolique n’est pas supprimée par là, et qu’elle n’est pas altérée par l’emploi isolé de certains éléments de ces représentations, particulièrement du printemps, de l’automne et de l’hiver » (1).
L'expression préférée de l’espérance de la résurrection, c’est la scène de la résurrection de Lazare. Nous venons de voir dans l’épitaphe de Damase que le pontife fondait son espoir sur la puissance de Jésus qui avait rendu Lazare à sa sœur, en rompant les chaînes de la mort. Dans les peintures, le Sauveur apparaît précisément comme la puissance revivifiante, et, sauf à la voûte de la Chapelle Grecque (cimetière de Priscille), sa figure ne manque jamais. La peinture ne s’écarte pas du récit évangélique, et à côté de Lazare rendu à la vie, on voit constamment l’image du Sauveur, qui semble redire ces mémorables et douces paroles: «Je suis la résurrection et la vie: celui qui croit en moi, même s’il est mort, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra Jamais » (2).
La scène de Lazare suit habituellement le symbole eucharistique, en raison du lien étroit qui rattache la résurrection à l’Eucharistie, celle-là étant, selon la parole du Sauveur, le fruit de celle-ci. Les Pères et les écrivains ecclésiastiques expriment également de diverses façons la relation entre la résurrection finale et l’Eucharistie; rappelons seulement les vers de Prudence dans son Apotheosis : il parle d’abord de la prodigieuse réfection des foules, symbole de lEucharistie, et des fragments (les dons du Christ) qui sont recueillis dans douze corbeilles pour n'être pas foulés aux pieds, dispersés, ou laissés en proie aux loups, aux chacals ou aux souris; puis se déclarant indigne de chanter les saints mystères, il passe à la résurrection de Lazare (voir plus haut, page 243) (3).
De cette éloquente succession de symboles, nous avons de précieux exemples déjà dans les peintures du second siècle, et dans toutes les formes d’art des siècles postérieurs.
Ce que nous avons dit de la résurrection de Lazare s'applique éga-
(1) WizperTt, Le Pitture delle catacombe, texte, pag. 296.
(2)FJEAN, XT[, 25-26.
(3) PRUDENT. Apotheosis, vv. 736-743; P. L. LIX, 980 et seq.
Donnons l’un des plus antiques exemples de cette relation entre ces deux idées: Saint Ignace écrit aux fidèles de Smyrne: « Ceux qui contredisent au don de Dieu (l’Eucharistie) périssent en disputant; il leur serait au contraire salutaire de célébrer l’Agape afin de pouvoir ressuseiter ». Smyrn, VIT; ed. Funk, pag. 240.