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CHAPITRE IV. - LES FINS DERNIÈRES

«Mais revenons au jugement dernier de la basilique de S. Clément: il est, nous l’avons dit, de deux cents ans antérieur au plus ancien que l’on connut jusqu'ici. Malgré l’état déplorable de sa conservation, l’économie générale du sujet est claire: le Christ était assis au milieu des Apôtres également assis; au-dessous de ce groupe et séparés par une ligne noire, se voyaient à la droite du céleste juge, les bienheureux dans la Jérusalem céleste, et à sa gauche, les damnés dans l'enfer. Une niche qui marque l’emplacement d’un autel, sépare le ciel de l'enfer; elle est ornée de peintures contemporaines de celle du Jugement; les principaux motifs ont une étroite relation avec le sacrifice de la Messe; au fond de la niche, on voit Marie reine et l'Enfant; ce dernier est répété au sommet de l’arc. Les parois de la niche sont en grande partie occupées par le sacrifice d'Abraham, type classique du sacrifice sanglant du Calvaire comme du sacrifice non sanglant de la messe (1). C’est une sublime idée que de mettre, en une telle évidence, dans un tableau. du dernier jugement, le sacrifice de la messe; de séparer le ciel de l'enfer au moyen de l'autel matériel et du symbole le plus solennel de la Passion... De la partie supérieure de la composition, au-dessus du Christ et des Apôtres, il ne subsiste rien. Mais l’étude comparative des autres représentations du même sujet rend probable qu’il faut y chercher les anges réveillant les morts de leur sépulere au son de la trompette: ce motif n’est jamais absent. Cela posé, la scène du jusement universel à Saint Clément était tripartite : elle comprenait la résurrection des morts, le jugement, et l'exécution de la sentence: récompense des justes, châtiment des méchants.

Figure 230. - Couvercle de sarcophage retrouvé en Rome, représentant le jugement dernier.

(1) WiLperT, Le pitture delle catacombe romane, pag. 332. Le sacrifice d'Abraham a toujours gardé cette signification symbolique; il suffit de citer le passage bien connu de la prose du St. Sacrement par $. Thomas: In figuris praesignatur, cum Isaac immolatur.

« Les débris reconnaissables qui subsistent encore permettent de supposer que les damnés étaient peut-être divisés en catégories; on voit, à droite, des moines le capuchon tiré sur la face; des hommes et des femmes nus, le visage épouvanté et les mains liées; d’autres qui étendent les mains comme pour être liés; des figures de gauche deux portent des noms dont il ne reste que le début: AN. et KAÏT. soit ANnas et KAIphas:; dans le voisinage devait se trouver Hérode et surtout Judas, dont la fin misérable est souvent invoquée au moyen âge sur les violateurs de sépulture. Des démons, un seul est conservé et encore seulement dans ses contours: il à un corps d'homme, des pieds de bête, une tête de chacal munie de deux cornes; d’un autre diable, il ne reste que la moitié inférieure. On voyait encore un grand nombre de serpents qui se jetaient sur les victimes et des monstres pareils à ceux qui, à Sainte-Marie-Antique, assaillent Saint Antoine. Un de ces monstres qui dans sa partie conservée ressemble à un poisson a induit en erreur EWING; celui-ci l’a pris pour le poisson de Tobie, et voyant tout auprès un ange, y à reconnu l’archange Raphaël. Un serpent, sous le crayon du même copiste est devenu la roue de Sainte Catherine; le début du nom de KAlphas est devenu alors par un léger changement, celui de KATarina » (1).

Le Jugement dernier manque donc dans les peintures cimétériales, mais on en rencontre çà et là la mention explicite dans les épitaphes.

Une inscription gauloise montre que l’on attendait de l’intercession des Saints une sentence favorable en ce Jugement:

HIC DALMATA CR ISTI MORTE REDEM TVS QUIESCET IN PA CE ET DIEM FVTVRI IVDICII INTERCEDE NTEBVS SANCTIS LETVS SPECTIT

Dalmata, racheté par la mort du Christ, repose ici en paix, et tranquile, par l’intercession des Saints, attend le jour du futur Jugement.

D’autres épitaphes révèlent chez le défunt un espoir de la récompense éternelle fondé sur la seule justice du juge; ainsi une inscription milanaise nous dit que le défunt jouit déjà du bonheur en son âme, mais le corps revenu à la vie recevra du juste juge sa récompense :

(1) Wicrerr, "loc: cit, pagr115, 16,217:

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