‹ Manuel d'archéologie chrétienneChapitre 213 sur 305 · CHAPITRE IV. - LES FINS DERNIÈRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. - LES FINS DERNIÈRES

pour l'éternité: in aeternum aevum praemia pro meritis capturus sub iudice iusto (1).

Autre inscription de même sens:

SPS ANIMAQVE MEA EXPECTANE DIE VLTIMO CAVSA ADVENTVM SCI (XPI) CREDO GAVDERE ME IVSTE EXPECTO MERCEDEM BONIS REPROMISSAM (CAELORVM)

J'attends la récompense céleste promise aux bons (2).

Dans d’autres épitaphes un tel espoir se fonde sur la miséricorde du Christ:

ONS QVI AD ECLESAM VENIETIS ORATE PRO ODROARIO PRESBITERO PECATORE VIT VOS DOMINVS MISERTVS SIT IN DIEM IUDICII AMEN.

O vous tous qui viendrez dans cette église, priez pour le prêtre Odroarius le pécheur, afin que le Seigneur lui soit miséricordieux au jour du jugement (3).

Mais le plus grand nombre d’allusions au jugement dernier dans l’épigraphie chrétienne sont contenues dans cette classe d'inscriptions qui portent des menaces contre les violateurs de sépulture; on les menace du sort de Caïphe, d’Ananie et Saphire, de Judas; de plus à quiconque détruirait le sépulcre, ou y introduirait sans le consentement du propriétaire une dépouille étrangère, on souhaite d’être privé de la résurrection, ou de rester sans sépulture. Ces inscriptions ne sont pas antérieures au Iv° siècle. |

En voici un exemple trouvé en 1909 dans l’église de Sainte-Marie au Transtévere.

.. CONIVRO PER PATREM ET FI ‘LIVM ET SPIRITVM SCVM ET DI EM TREMENDAM IVDICIL VT NVL LVS PRESVMAT LOCVM ISTVM VBI REQYIESCO VIOLARE QVOD SI QUI POT (post) ANC (hanc) CONIVRA TIONEM PRESVMSERIT ANA TEMA ABEAT DE IVDA ET RE PR (obationem ?) ANAMAN SYRI ABEAT

Par le Père, le Fils et le Saint Esprit, et par le jour terrible du jugement, je conjure que nul n’ose violer ce lieu de mon repos. Que si malgré cette conju-

(1) ALLEGRANZA, De sepulcris christ. in aedib. sacris, pag. 25, n° 42. (2) FABRETTI, Jnscript. antiq., pag. 329, n° 41. MORE TANT, Recueil, vol. IT, n°371.

ration, quelqu'un a cette audace, qu'il tombe sous l’anathème de Judas et la réprobation d'Aman le Syrien (1).

(1) Nuovo Bollettino di arch. crist., 1909, pag. 141. Telle est l'interprétation adoptée pour la fin de l'inscription, en ce qui nous concerne, nous trouvons plus vraisemblable l'interprétation du prof. Augusto Bacci, qui lit: Anatema habeat de Juda et repram (— lepram) Aman Naamæn Syri. Dans les deux cas nous avons ici une formule unique dans toute l’épigraphie sépulcrale.

Une fois, on appelle sur le violateur de tombes l’anatheme des cent vingt Pères de Nicée. La plupart du temps l’allusion à la résurrection est exprimée par la formule:

INSEPVLTUS IACEAT NON RESVRGAT.

Qu'il gîse sans sépulture; qu'il ne ressuscite pas.

L'épitaphe d’un enfant enseveli dans la basilique de Saint Félix de Nole, et en partie rapportée plus haut, nous dépeint le jugement en traits larges et vigoureux:

…, 1UluUM NuUNC FELICIS HABET DOMUS ALMA BEATI aique per lONGOS SVSCEPTVM POSSIDET ANNOS patronus plACITO LAETATVR IN HOSPITE FELIX sic proteciVS ERIT IVVENIS SUB IVDICE CHRISTO Cum tuba terriBILIS SONITVS CONCVSSERIT ORBEM excitaeque aniMAE RVRSVM IN SVA VASA REDIBVNT Felici merilo HIC SOCIABITVR ANTE TRIBVNAL...

L'’auguste maison de Saint Félix l’a accueilli et le gardera de longues années, le maître de ce lieu garde avec joie un hôte aussi agréable; ainsi sera par’ lui protégé le jeune homme au tribunal du Christ, quand le terrible appel de la trompette ébranlera le monde et que les âmes réveillées rentreront dans leur enveloppe (1).

La plus belle et la plus antique de ces inscriptions, certainement antérieure à l’édit de Dioclétien (303) est l’épitaphe d’une fillette de neuf ans: ce texte est connu sous le nom d'inscription du diacre Sévère. Elle nous revèle la doctrine courante des fins dernièrs en ce qui concerne les âmes innocentes, exposée dans un public et solennel document par le premier diacre de l’Église Romaine:

Cubiculum duplex cum arcisoliis et luminare, Tussu P(a)P(ae) sui Marcellini, diaconus iste Severus fecit mansionem 1n pace quietam, Sibi suisque memor, «quo membra dulcia somno Per longum tempus Factori et Tudici servet ». Severa dulcis parentibus et famulisque Reddidit octavo februarias virgo calendas ; Quam Dom(inu)s nascei mira sapientia et arte lusserat in carnem ; « quod corpus pace quietum Hic est sepultum donec resurgat ab ipso »; Quique animam rapuit spiritu sancto suo, Castam, pudicam et inviolabile(m) semper :

«Quamque iterum Dom(inu)s spiritali gloria reddet ». Quae vixit annos novem et undecim menses :

Quindecim quoque dies : sic est translata de saec(u)lo.

(1) WILPERT, Patture, texte, pag. 361.

Notre texte décrit d’abord les travaux exécutés par Sévère sur l’ordre du pape Marcellin: soit une chambre double avec arcosoles et un lucernaire:; il appelle cette chambre une maison de paix: « mansionem in pace quietam ». Il à fait cette maison pour lui et pour les siens, dans l'attente de la mort, afin que les dépouilles chères y soient conservées longtemps dans l'attente de leur Créateur et Juge. La défunte se nommait Severa, douce à ses parents et aux serviteurs ; elle mourut vierge le huit des calendes de février. Dieu, en la faisant naître, avait voulu donner un admirable exemple de sa sagesse et de son art. Le corps repose tranquille, Jusqu'au jour où Dieu, par ie même Esprit-Saint qui ravit son âme, le fera ressusciter. Chaste, pudique, et imviolée, cette âme sera par Dieu, rendue à son corps embelli de gloire spirituelle. Elle vécut neuf ans, onze mois et quinze jours: ainsi elle fut ravie au monde.

De tout ce que nous avons dit il apparaît que, tant dans le jugement particulier que dans le Jugement universel, c’est le Christ qui fait fonction de Juge: ce qui répond entièrement aux données scripturaires: Saint Paul en effet nous dit que «nous avons tous à comparaître au tribunal du Christ » (1) et Saint Jean que « le Père ne juge personne, mais réserve tout jugement au Fils» (2). Le Sauveur dit la même chose, quand il promet aux Apôtres qu'ils siègeront eux aussi en qualité de juges ou d’assesseurs aux côtés du Fils de l’homme sur le trône de sa majesté (3).

Nous remarquerons encore que le mot Ænfer ou tout autre-équivalent est presque sans exemple dans les monuments primitifs, de l’ Eglise, bien qu'on menace le violateur de sépuléres du sort de Judas. Ce mot apparaît, rarement et pour des raisons stylistiques d’antithèse, dans les inscriptions postérieures à l’époque Constantinienne; outre l’exemple cité, en voici quelques autres:

QUEM NES TARTARVS FVRENS NEC POENA SAEVA NOCEBIT Qui ne saurait redouter ni le Tartare furieux, ni le châtiment terrible (Trèves).

CONFIDIMVS TE VIVERE SEMPER, QVAM CONSTAT INFERNI TE REFUGISSE MALA

Nous avons confiance que tu vis éternellement, sûrs que tu as échappé aux tourments de l'enfer (Capoue, an. 489).

Mais si l’on pense que ces mots n'apparaissent pas davantage dans Je formulaire des épitaphes de nos jours, bien que la représentation

RATE A Un D. 4 À

(2) Apoc., V, 22.

(3) « Amen dico vobis, quod vos qui secuti estis me, in regeneratione, cum sederit Filius hominis in sede maiïestatis suae, sedebitis et vos super sedes duodecim, iudicantes duodecim tribus Israël» (MaTrH., XIX, 28 seq.). « Et ego dispono vobis sicut disposuit mihi Pater meus ut... sedeatis super thronos, iudicantes duodecim tribus Israël » (Luc., XXII. 29-30).

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