CHAPITRE IV. - LES FINS DERNIÈRES ol
A ces inscriptions nombreuses il convient d'ajouter celles qui sou haitent la paix dans le sein de Dieu: IN SINV DEI.
Non moins décisives sont les inscriptions déjà citées relatives à la lumière de Dieu, à la récompense de la lumière; celles qui admettent sans ambages que le défunt se trouve déjà au lieu de rafraîchissement; enfin celles, très nombreuses, qui tout en souhaitant la paix au défunt, l’invoquent déjà comme un intercesseur auprès de Dieu. De ces dernières, voici quelques nouveaux exemples:
— VICTORIAE VIRGINI... PETE
A la vierge Victoire. Implore (Ô vierge Victoire).
— VLPIVS IVLIANVS DOLENS EVPLIES PELAGIES CONIVGI
A l'âme d'Euplia Pelagia, à l’épouse incomparable et très aimante,
PRAESTANTISSIMAE ADQVE (sic) AMANTISSIMAE SPIRITO POSVIT AB EAM ORFANUM VT PETAS PRO ME (Rome, via Salaria).
Ulpius Julianus affligé, qu'elle à laissé orphelin, pour que tu pries pour moi.
— Atovioios vhntoc Gxaxos ÉVOGDES yvette perd Tov dylwv Myñoxeode dE xat muy v tuis dyiais dUGV Toocevyats xai ToD VAUDavTOoS xat Voxrbavroc Ici repose, parmi les saints, Denis l’innocent enfant: ne nous oublie pas non
plus dans tes saintes prières, nous, l’auteur et le graveur (de l’épitaphe). (Musée Kircher).
Une autre catégorie d'inscriptions évoque ou souhaite le banquet céleste, l’Agape. Là encore le doute n’est pas possible: l’agape, c’est le bonheur céleste; n’aurions-nous pas pour le prouver tant de documents liturgiques, tant de textes des Pères, il suffirait de relire les paroles du Sauveur aux Apôtres, quand il leur promit en récompense de leur sacrifice une place à sa table dans le royaume céleste: « C’est vous qui êtes restés avec moi dans mes épreuves, c’est pourquoi je vous prépare le royaume comme mon Père me l’a préparé, pour que: vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume, et que vous siégiez sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël » (1).
Nous remarquerons avec Mer Wilpert que l’on retrouve les mêmes idées dans les actes des martyrs les plus authentiques: la mort par le martyre, c’est l’admission au céleste banquet. Nous lisons qu'Agathonice, présente au martyre des SS. Carpus et Papylus, vit en esprit le festin somptueux préparé au ciel pour les martyrs; désireuse d’y assister elle aussi, elle s’offrit aux bourreaux, en s’écriant: « Pour moi
bouc. XXII, 23 et ss.
aussi cette table est dressée; moi aussi, je dois prendre part à ce glorieux banquet » (1). Or si l’on tient compte du fait que pour tous les Pères et écrivains ecclésiastiques, à deux ou trois exceptions près, les martyrs entraient immédiatement dans la béatitude éternelle, il faut bien admettre que l’agape évoquée sur les tombeaux des simples fidèles a le même sens que le banquet des Saints, c’est-à-dire, dans le langage d'alors, des martyrs; souhaiter à un défunt le banquet céleste, c'était lui souhaiter le sort des Saints. Cette signification résulte aussi de la figure 218 où l’acclamation EIZ ATATIHN ne peut vouloir dire autre chose que l’admission dans le bercail du Christ, l’Znter oves locum praesta de la séquence liturgique, l’entrée de l’âme parmi les Saints, représentée sur ce même marbre. Ce marbre nous met devant les yeux
Figure 235. - Musée du Latran.
une sorte de synthèse du céleste banquet et du sort des Saints; 11 nous fait comprendre que les élus y peuvent participer aussitôt après le jugement particulier, et que les expressions IN AGAPE et CVM SANCTIS sont substanticllement identiques, comme le sont aussi les expressions artistiques de ces concepts tels que nous les donnent la peinture et la sculpture (voir les figures 277, 278, 279, 281). Voici des exemples de formules équivalentes:
— ERMOGENA IN AGAPE — VIVAS CVM SANCTIS
—— IVSTE NOMEN TVVM IN AGAPE
O Juste, que ton nom soit inscrit au céleste banquet (fig. 235). —— VIVAS INTER SANCTOS
Puisses-tu vivre parmi les Saints.
A la formule de FPagape ou banquet céleste se ramène les suivantes: IE ZEZEËZ (bois, vis); ILE EN OEQ (bois en Dieu). L'idée de la fon-
(1) Martyrium SS. Carpi et sociorum, 42, ed. Gebhard, pag. 16. — Voir aussi: Passio SS. Mariani et Jacobi, ed. Pio Franchi, 60.