‹ Manuel d'archéologie chrétienneChapitre 243 sur 305 · CHAPITRE VI. - SOURCES D’INSPIRATION DE L'ART CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. - SOURCES D’INSPIRATION DE L'ART CHRÉTIEN

conservé dans un manuscrit de la bibliothèque de Bonn et publié pour la première fois par Enger (1).

Or il est remarquable que, si le mystère de l’Assomption n’apparaît dans l’art qu'aux environs du viri* siècle, la mort ou transitus de Marie paraît avoir inspiré un artiste dès le 1v° siècle. Un sarcophage de cette époque conservé dans l'Eglise souterraine de Sainte Engracia à Saragosse, représente deux fois une scène unique dans la plastique chrétienne, et dont toute la valeur tient à un détail qui la caractérise et donne la clef de son interprétation. On y voit une femme entre deux apôtres; ceux-ci d’une main portent un volume et de l’autre semblent soutenir les bras de cette femme. Une main sortant du haut de la composition saisit le poignet de la femme et semble l’attirer. On a voulu y reconnaître la main de Dieu arrêtant Abraham prêt à immoler son fils; mais il est trop évident que le personnage central est féminin. Plus admissible serait l’interprètation de Schultz qui voit dans les deux apôtres Saint Pierre et Saint Paul introduisant une âme dans le Paradis. Maïs observons avant tout qu’une telle facon de représenter l’entrée d’une âme en Paradis serait unique dans l’art chrétien; or il n’est peut-être pas de thème dont l’expression artistique soit plus constante et plus claire. La main qui se tend du ciel soit pour offrir un chbjet, tel que le rouleau de la loi à Moïse, pour agir, en arrêtant le bras d'Abraham, pour ordonner, protéger, châtier, est toujours l’indice d’une volonté ou de la puissance divine. Or dans l’art tant antérieur que postérieur au sarcophage de Saragosse, l’introduction d’une âme en Paradis est toujours l’œuvre des anges ou des saints; l’attitude de Dieu le Père ou de Jésus-Christ est celle de l'accueil, jamais celle d’une sorte de rapt comme dans notre scène. Cette dernière attitude est au contraire constante dans la scène de l’Ascension de Notre-Seigneur, dès les temps les plus anciens; on en a de nombreux exemples. Le plus ancien est un sarcophage d’Aries que nous avons déjà mentionné et dont le cycle symbolique se termine précisement par l’Ascension: Jésus semble gravir une montagne au pied de laquelle se tiennent les apôtres dans l’attitude de la stupéfaction. La partie qui nous intéresse est presque détruite, mais on peut encore distinguer la main sortant de la nuée et saisissant le poignet du Sauveur. Peirese, qui le premier étudia ce sarcophage, décrit ainsi la scène: Ascensio in coelum, sublatus tamen videtur Christus a manu de coelo veniente, respicientibus discipulis et stratis. Un sar-

(1) ENGER, Joannis Apostoli de transitu B. M. Virginis liber. Frankfurt am Main, 1854.

el

cophage de Clermont contient le même donnée. Dans le compartiment de la porte de Sainte-Sabine qui représente l’Ascension, ce n’est plus

Figure 292. - Croix émaillée du <Sancta Sanctorum ».

la main du Père, mais celles de deux anges qui semblent tirer avec effort la personne du Sauveur. Un diptyque d'ivoire du musée de

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