‹ Manuel d'archéologie chrétienneChapitre 29 sur 305 · CHAPITRE III. - BRÈVES NOTES DESCRIPTIVES DES CIMETIÈRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. - BRÈVES NOTES DESCRIPTIVES DES CIMETIÈRES

sont nommés Pygménius, Milix, Vincent, Pollion, Candide, et les plus fameux d’entre eux tous, Abdon et Sennen. C’étaient deux nobles persans, que les actes et les martyrologes disent avoir souffert le martyre à Rome où ils étaient venus, soit pour chercher un refuge contre la persécution de Valérien, soit, ce qui est plus probable, pour visiter le tombeau des Apôtres. Un oratoire fut élevé en leur honneur, au temps de la paix; c’est là, ou dans un autre édifice du lieu consacré au souvenir de $'° Candide, que furent déposés les papes Athanase I°' (f 401) et Innocent I°* (+ 417), appelés martyrs, quoiqu'ils ne le soient point, par les itinéraires du septième siècle.

II ne reste dans ces catacombes qu’un très petit nombre de peintures de l’ancien style; les principales sont le Bon Pasteur, une barque chargée de tonneaux et menée par un seul homme: elle ornait probablement le tombeau de quelque employé au transport des denrées sur le Tibre. Les peintures byzantines dont furent ornés au sixième siècle les centres historiques du cimetière nous montrent plus d’une fois le Christ aux grands yeux et avec la barbe, ainsi que les saints locaux Abdon et Sennen. Ils sont représentés en costume persan avec Milix et Vincent à leurs côtés, recevant du Christ la couronne de gloire. Leurs corps furent transportés dans la basilique au-dessus, mais les pélerins ne cessèrent Jamais, même après cette translation, de visiter leur tombeau.

On construisit même, dans la niche du fond, un baptistère qui fut décoré de peintures au sixième siècle: on voit peinte dans le bas, où est la piscine, une croix gemmée, entourée de fleurs, qui semble sortir de l’eau. Les bras de la croix, auxquels sont suspendues par de petites chaînes les lettres apocalyptiques 4 et a, soutiennent deux candélabres. Plus haut, est représenté le baptême du Sauveur: Jésus y apparaît la tête entourée d’un nimbe crucigère, adulte et portant la barbe contrairement à l’usage du style classique de représenter, pour des raisons spéciales de symbolisme, Notre-Seigneur sous les traits d’un petit enfant. Le baptistère pourrait être l’indice d’une ancienne paroisse établie dans les environs, mais il n’est ni le seul, ni le plus ancien dans les catacombes. C'était pourtant toujours une idée géniale et suave que celle de baptiser dans l’eau en cet endroit où reposaient tant de fidèles qui avaient reçu le baptême du sang !

Un autre centre historique renferme les chapelles des SS. Pollion, Pygmenius et Milix, qui, à l’origine, n’eurent point d'entrée, mais seulement une fenestella confessionis, sorte d'ouverture par où l’on pouvait voir le tombeau des martyrs. Ici encore la chapelle est ornée de fresques représentant les saints de l’endroit: elles sont de la même

époque que les autres. Les pélerins n’ont pas manqué de tracer sur les parois de ces sanctuaires des graftites, dont le suivant exprime de très beaux sentiments: « Zustatius humilis peccator presbiter beati Marcellini martyris et tu qui legis ora pro me et habeas Deum protectorem »; ce qui signifie: Eustace, humble pécheur et prêtre du bienheureux martyr Marcellin (est venu ici): toi qui lis, prie pour moi, et que Dieu te protège! En voilà un autre qui pourrait être aussi une inscription funéraire: « Beata anima in pace !» Ame heureuse en paix !

Après la dernière translation des corps saints, qui eut lieu en 326, le cimetière tomba dans l’abandon le plus complet, et il ne reste plus aujourd’hui la moindre trace des basiliques.

CIMETIÈRE DE $S. FÉLIX. — Il ne reste plus que le souvenir de ces catacombes, conservé par les anciens documents topographiques; mais elles furent un sanctuaire vénéré qui, pendant un certain temps, donna son nom à la porte Portuensis. Elles sont parfois nommées comme le principal cimetière de cette voie. D’après quelques auteurs, il s’agit du pape, ou plutôt, de l’antipape Félix II, si acharné contre le pape légitime Libère. Cette opinion ne paraît pas probable: ces auteurs se fondent sur la légende d’après laquelle Félix IT s'étant retiré dans une de ses propriétés sur cette voie pour combattre les Ariens, y aurait subi le martyre. Mais il n’est jamais indiqué dans les itinéraires par le titre de pape ou d’évêque. On pourrait plutôt, et le fameux Bosio fut de cet avis, l’identifier avec le martyr Félix dont ïil est question dans les actes de S. Hippolyte (22 août). Toujours est-il que le martyrologe hiéronymien mentionne son tombeau sous la dénomination ad insalsatos; et la Notitia regionum le cite avec la note ad insalatos, ainsi qu'on pourra le voir à l’appendice n. 4, fol. XIr, p. 849, VIA PORTUEN- Sis. Rechercher l’étymologie de ces mots barbares est chose malaisée, et l’on peut dire seulement avec certitude qu'ils sont une corruption de quelque mot vraiment latin: Sinon comment les expliquer? Le mot insalsatos n’a, en effet, son égal dans aucun dictionnaire, pas même du bas-latin; quant à insalatos, c’est le participe passé du verbe insalare, qui signifie saler, et, par conséquent, n’a ni ne peut avoir aucun rapport avec un cimetière. Mais, si nous admettons, au contraire, que ces mots sont une corruption de l’adjectif infulatos, nous avons, sinon une certitude, du moins, une hypothèse fort probable; car le mot infula exprimant le bonnet phrygien, et les SS. Abdon et Sennen, en leur qualité de Persans, étant toujours représentés avec cette coiffure, il est clair que les indications topographiques en que- Stion désignent le voisinage de ces illustres martyrs.

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